HypnoseConfiance Et Identite

3 exercices d'hypnose pour affronter les regards

Des protocoles simples à tester dès maintenant.

TSThierry Sudan
24 avril 202612 min de lecture

Tu es là, debout devant une salle, et tu sens ton ventre se nouer. Ou peut-être que c’est lors d’une réunion, quand tous les yeux se tournent vers toi pour que tu prennes la parole. Ou encore dans un dîner, quand quelqu’un te pose une question personnelle et que tu as l’impression que tout le monde attend ta réponse. Les regards, tu les connais. Parfois, ils te traversent comme si tu étais transparent. D’autres fois, ils pèsent lourd, comme une couverture humide qui t’empêche de respirer.

Je reçois souvent des personnes qui me disent : « Thierry, je n’ai pas peur de parler, j’ai peur qu’on me regarde. » Et c’est une nuance importante. Ce n’est pas l’action qui est difficile, c’est l’exposition. La sensation d’être jugé, évalué, scruté. Derrière cette gêne, il y a souvent une voix intérieure qui raconte des histoires : « Ils vont voir que je ne suis pas à ma place », « Ils vont remarquer que je tremble », « Ils vont penser que je suis nul ».

Ces regards, tu ne peux pas les contrôler. Mais tu peux changer la manière dont tu les accueilles. L’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle m’ont appris une chose : ce n’est pas le regard de l’autre qui fait mal, c’est ce que tu te racontes sur ce regard. Et tu peux apprendre à te raconter une autre histoire.

Je vais te proposer trois exercices concrets, issus de mon cabinet à Saintes, que tu peux tester dès maintenant. Ils ne demandent pas de matériel, juste un peu de temps et de curiosité. Avant de commencer, une règle importante : si tu sens une résistance ou un inconfort fort, arrête-toi. L’idée n’est pas de te forcer à « être bien », mais de créer un espace où tu peux accueillir ce qui est là.

Pourquoi les regards des autres nous paralysent-ils autant ?

Avant de plonger dans les exercices, prenons une minute pour comprendre le mécanisme. Quand tu sens que les regards te gênent, ce n’est pas une faiblesse. C’est une réaction archaïque. Dans l’histoire de l’humanité, être regardé intensément pouvait signifier que tu étais repéré par un prédateur ou que tu étais en train d’être exclu du groupe. Le cerveau primitif n’a pas évolué aussi vite que la société. Aujourd’hui, le regard d’un collègue en réunion n’est pas un tigre à dents de sabre, mais ton amygdale cérébrale, elle, n’a pas reçu le mémo.

En IFS, on dit qu’il y a une « partie » de toi qui s’active pour te protéger. Cette partie a été formée un jour, souvent dans l’enfance ou l’adolescence, quand un regard a été vécu comme dangereux. Peut-être un professeur qui t’a humilié devant la classe, un parent qui t’a regardé avec déception, ou un groupe d’amis qui s’est moqué de toi. Cette partie a pris le relais et continue aujourd’hui à crier : « Attention, danger ! » quand quelqu’un te regarde.

L’hypnose ericksonienne, elle, contourne le mental rationnel. Elle ne cherche pas à argumenter avec cette partie, mais à lui offrir une nouvelle expérience sensorielle. L’idée est de créer un état de sécurité interne pour que cette partie puisse se calmer. L’Intelligence Relationnelle ajoute une couche : elle te permet de décoder ce qui se passe dans la relation, de réaliser que le regard de l’autre n’est pas forcément une menace, mais parfois une simple curiosité ou une attente.

Les trois exercices que je vais te donner agissent à différents niveaux. Le premier travaille sur le corps et la respiration, le deuxième sur l’image mentale, le troisième sur la relation à la partie qui a peur. Tu peux les faire dans l’ordre ou choisir celui qui te parle le plus.

Exercice n°1 : Le regard intérieur – transformer la sensation physique

Je vais te guider pas à pas. Installe-toi confortablement, assis ou debout, et ferme les yeux si tu peux. Sinon, fixe un point neutre devant toi.

Imagine que tu es dans une situation où les regards te mettent mal à l’aise. N’y va pas trop fort, juste un souvenir modéré, pas le plus intense. Visualise la scène : où es-tu ? Qui te regarde ? Qu’est-ce que tu ressens dans ton corps ? Peut-être une boule dans le ventre, une tension dans les épaules, une chaleur dans le visage.

Prends conscience de cette sensation. Ne cherche pas à la chasser. Au contraire, pose une main sur la zone où elle se manifeste. Si c’est le ventre, pose ta main à plat sur ton ventre. Si c’est la poitrine, pose ta main sur ton sternum. Et respire doucement, en dirigeant ton souffle vers cette main.

Maintenant, je vais te proposer une métaphore. Imagine que cette sensation est une couleur. Quelle est-elle ? Rouge, marron, gris, noir ? Laisse venir la première couleur qui te vient. Puis, imagine que tu peux la nuancer, la diluer comme si tu ajoutais de l’eau à une peinture. Tu vois la couleur devenir plus pâle, plus douce. Peut-être qu’elle devient rose pâle, bleu clair, ou blanc.

Respire encore. Et maintenant, donne une forme à cette sensation. Est-elle ronde, anguleuse, pointue, diffuse ? Observe-la. Puis, imagine que tu peux la faire tourner doucement sur elle-même, comme un objet que tu tiendrais dans tes mains. En tournant, la forme s’arrondit, les angles s’adoucissent.

Ouvre les yeux doucement. Note ce qui a changé dans ton corps.

Ce que tu viens de faire, c’est une technique d’hypnose ericksonienne appelée la « transformation sensorielle ». Tu n’as pas combattu la sensation, tu l’as accompagnée. Et souvent, quand on lui donne un peu d’attention, elle se détend.

Tu peux refaire cet exercice en situation réelle, discrètement. Personne ne voit que tu es en train de visualiser. Quand tu sens les regards peser, pose ta main sur ton ventre (sous la table, dans ta poche) et transforme la sensation mentalement. En quelques secondes, la pression diminue.

Exercice n°2 : Le bouclier de lumière – créer une distance protectrice

Voici un exercice qui s’appuie sur l’imagerie mentale, un outil puissant en hypnose. Il est particulièrement utile pour les situations où tu dois affronter un groupe : une présentation, une réunion, un dîner.

Ferme les yeux et imagine que tu es enveloppé d’une lumière douce. Choisis la couleur qui te semble protectrice : bleu, doré, violet, blanc. Cette lumière est comme une bulle autour de toi, à une trentaine de centimètres de ton corps. Elle est perméable à l’air et aux sons, mais elle filtre les regards. Les regards arrivent jusqu’à toi, mais ils sont arrêtés par cette lumière avant de te toucher émotionnellement.

Prends quelques respirations en sentant cette bulle autour de toi. Puis, imagine que tu peux ajuster sa transparence. Parfois, tu peux la rendre plus opaque pour te sentir plus protégé. Parfois, tu peux la rendre presque transparente pour laisser passer la lumière extérieure. C’est toi qui contrôles.

Maintenant, visualise une situation où tu as peur des regards. Voix les personnes autour de toi. Leurs regards arrivent vers toi, mais ils touchent d’abord ta bulle de lumière. Tu vois les regards rebondir ou se diffuser dans la lumière, comme une pierre qui tombe dans l’eau et fait des ronds. Toi, tu restes calme au centre.

Ouvre les yeux. Cet exercice peut sembler un peu « magique », mais il est très efficace parce qu’il utilise la capacité de ton cerveau à créer des images mentales. Quand tu visualises une protection, ton système nerveux se calme. Il reçoit le signal que tu es en sécurité.

Le bouclier n’est pas une barrière qui t’isole des autres. C’est une membrane qui te permet de rester présent sans être submergé. Tu es toujours en relation, mais tu n’absorbe pas tout.

Tu peux utiliser cette technique avant d’entrer dans une pièce. Prends 30 secondes dans les toilettes ou dans le couloir pour installer ta bulle. Puis entre avec la sensation que tu es protégé. Les regards sont là, mais ils ne te traversent plus.

Exercice n°3 : Dialoguer avec la partie qui a peur – une approche IFS

Cet exercice est un peu plus introspectif. Il s’inspire de l’IFS (Internal Family Systems), un modèle qui considère que nous avons tous des « parties » en nous qui portent des émotions et des croyances. La peur des regards est souvent portée par une partie que l’on peut appeler « La Protectrice » ou « La Petite Timide ».

Installe-toi dans un endroit calme, ferme les yeux, et ramène à l’esprit une situation récente où les regards t’ont gêné. Ressens l’émotion dans ton corps. Puis, pose-toi cette question : « Quelle partie de moi est là ? » Ne cherche pas une réponse logique, laisse venir une image, une sensation, une voix.

Peut-être que cette partie a un âge. Est-elle jeune ? Adolescente ? Peut-être qu’elle a une forme : une boule serrée, un enfant recroquevillé, un animal aux aguets. Accueille-la sans jugement. Dis-lui mentalement : « Je te vois, je suis là avec toi. »

Maintenant, demande-lui (dans ta tête) : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » Écoute la réponse qui vient, même si elle est juste une sensation. Peut-être qu’elle dit : « Je veux te protéger », ou « Je ne veux pas qu’on se moque de toi », ou « Je suis fatiguée de toujours être en alerte ».

Remercie cette partie. Puis, propose-lui un petit changement : « Est-ce que tu veux bien que je prenne le relais maintenant ? Tu peux te reposer un peu. » Parfois, la partie accepte. Parfois, elle hésite. Si elle hésite, ne force pas. Dis-lui : « D’accord, tu peux rester, mais peut-être que tu peux te mettre un peu en retrait, juste pour voir si ça se passe bien. »

Ouvre les yeux. Note ce qui s’est passé.

Cet exercice est puissant car il change ta relation avec ta peur. Au lieu de la combattre, tu l’écoutes. Et souvent, ce dont la partie a besoin, c’est d’être reconnue, pas éliminée. Une fois reconnue, elle se calme d’elle-même.

En IFS, on dit : « Toutes les parties sont bien intentionnées, même celles qui nous font souffrir. » La peur des regards n’est pas une ennemie, c’est une gardienne qui a appris à être trop vigilante.

Tu peux faire ce dialogue régulièrement, comme un rituel. Avant une situation stressante, prends 2 minutes pour parler à cette partie. Tu verras, elle devient moins envahissante.

Pourquoi ces exercices marchent-ils (et ce qu’ils ne feront pas)

Je veux être clair : ces exercices ne vont pas faire disparaître ta sensibilité aux regards du jour au lendemain. Ce ne sont pas des formules magiques. Ce sont des outils pour rééduquer ton système nerveux petit à petit. La pratique fait la différence.

Ce qui se passe, c’est que tu changes le dialogue interne. Au lieu de te dire « Je dois être fort et ne pas avoir peur », tu deviens curieux : « Qu’est-ce que je ressens ? Comment je peux accueillir ça ? » Cette curiosité est le carburant de l’hypnose et de l’IFS. Elle ouvre une porte.

En hypnose ericksonienne, on utilise beaucoup les métaphores et les suggestions indirectes. Les exercices que je t’ai donnés sont des métaphores que tu incarnes. Quand tu transformes une sensation en couleur, tu sors du mental pour entrer dans le sensoriel. Quand tu crées un bouclier, tu donnes à ton cerveau une image de sécurité. Quand tu dialogues avec une partie, tu arrêtes de la combattre.

L’Intelligence Relationnelle ajoute une dimension : elle te rappelle que le regard de l’autre n’est pas une vérité absolue. L’autre te regarde peut-être parce qu’il est intéressé, ou parce qu’il est perdu dans ses propres pensées, ou parce qu’il t’admire. Tu ne sais pas. Tu projettes souvent sur son regard tes propres insécurités. Les exercices t’aident à faire la différence entre ce qui est réel et ce que tu imagines.

Intégrer ces exercices dans ta vie quotidienne

Un piège serait de faire ces exercices une fois et d’attendre un miracle. Pour qu’ils fonctionnent, il faut les intégrer. Voici comment je les utilise avec les sportifs que je suis – coureurs et footballeurs – et comment tu peux les adapter.

Pour les coureurs : Avant une compétition, les regards du public ou des concurrents peuvent être perturbants. Le bouclier de lumière est idéal. Visualise-le avant le départ. Pendant la course, si tu sens un regard peser, rappelle-toi ta bulle en une seconde.

Pour les footballeurs : Sur le terrain, les regards des adversaires, du coach, des supporters. Le regard intérieur est utile pour rester centré. Avant un penalty ou un moment clé, pose ta main sur ton ventre et transforme la sensation.

Pour toi, dans ta vie : Avant une réunion, prends 30 secondes pour dialoguer avec la partie qui a peur. Pendant la réunion, si tu sens la pression, utilise le regard intérieur discrètement. Après, note ce qui s’est passé, sans jugement.

Je conseille à mes clients de choisir un seul exercice et de le pratiquer chaque jour pendant une semaine. Pas plus. Juste une minute par jour. Puis, la semaine suivante, ajouter le deuxième. La répétition crée des automatismes.

Un dernier mot avant de te laisser

Tu n’es pas seul à ressentir cette gêne face aux regards. C’est une expérience humaine très répandue. Beaucoup de personnes que je reçois à Saintes ont cette difficulté, et elles viennent parce qu’elles en ont assez de se sentir limitées. Elles veulent pouvoir être elles-mêmes, sans que le regard des autres les empêche d’avancer.

Si tu sens que ces exercices ne suffisent pas, ou que la peur est trop ancrée, je t’invite à prendre contact. Un accompagnement personnalisé peut faire toute la différence. En hypnose ericksonienne, on creuse plus profondément. En IFS, on rencontre les parties qui portent des blessures anciennes. En Intelligence Relationnelle, on apprend à décoder les relations pour ne plus être prisonnier du regard de l’autre.

Mais pour l’instant, tu as trois outils dans ta poche. Tu peux les tester maintenant, dans le calme de ta lecture. Ou ce soir, avant de dormir. Ou demain, avant une situation qui te stresse. L’important, c’est de commencer. Pas de perfection, juste un pas.

Alors, prends une respiration. Tu es déjà en train de changer la donne.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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