HypnoseConfiance Et Identite

Comment lâcher prise sur le regard des autres ?

Un protocole d'hypnose en 3 étapes clés.

TSThierry Sudan
24 avril 202612 min de lecture

Tu passes ta soirée à repenser à cette remarque anodine de ton collègue, à analyser le ton de sa voix, à te demander ce qu’il a vraiment voulu dire. Ou alors tu évites de poster une photo de toi sur les réseaux parce que tu anticipes les jugements. Peut-être même que tu as déjà annulé une sortie, un rendez-vous, un projet, juste parce que tu imaginais le regard des autres peser sur toi comme une chape de plomb.

Je reçois régulièrement des personnes qui me disent : « Je sais que je devrais m’en foutre, mais je n’y arrive pas. » Et c’est vrai que le simple fait de se répéter « je m’en fiche » ne suffit pas. Le regard des autres, ce n’est pas une simple pensée parasite qu’on chasse d’un revers de main. C’est un mécanisme bien ancré, parfois depuis l’enfance, qui s’active automatiquement et qui vient verrouiller ta spontanéité, ta liberté d’être toi-même.

Aujourd’hui, je vais te partager un protocole d’hypnose en trois étapes que j’utilise régulièrement en consultation. Il ne s’agit pas d’une formule magique qui efface d’un coup des années de conditionnement, mais d’un chemin concret pour commencer à desserrer l’étau. Avant d’entrer dans le vif du sujet, posons une chose claire : l’objectif n’est pas de devenir insensible ou de ne plus jamais ressentir de gêne. C’est de retrouver la capacité de choisir à quel regard tu accordes de l’importance, et surtout de faire exister ton propre regard sur toi-même.

Pourquoi le regard des autres a autant de pouvoir sur toi ?

Quand je travaille avec une personne qui souffre du regard des autres, la première chose que je l’invite à faire, c’est de regarder ce mécanisme en face sans le juger. Parce que derrière cette sensibilité, il y a souvent une histoire. Pas une histoire dramatique forcément, mais une histoire où tu as appris, très tôt, que ton existence dépendait de l’approbation extérieure.

Prenons un exemple. Je reçois Sophie, 34 ans, commerciale brillante. Devant ses clients, elle est performante, mais dès qu’il s’agit de prendre la parole en réunion interne face à ses pairs, elle se liquéfie. Elle anticipe les critiques, elle se prépare mentalement à être jugée, et parfois elle s’autocensure complètement. En creusant, on découvre que petite, quand elle rapportait un 17/20 à la maison, ses parents demandaient d’abord « Pourquoi pas 18 ? ». Elle a grandi avec l’idée que l’amour et la reconnaissance étaient conditionnés à une performance irréprochable.

Ce que Sophie a vécu, c’est ce qu’on appelle un conditionnement social. Ton cerveau, pour te protéger, a associé le regard des autres à une question de survie affective. Être rejeté par le groupe, c’était, dans l’histoire de l’humanité, un risque de mort. Alors aujourd’hui, même si tu n’es plus dans la savane, ton système nerveux réagit comme si un regard désapprobateur mettait ta vie en danger. Ça active l’amygdale, ça sécrète du cortisol, et toi tu te retrouves en mode « alerte rouge » pour une simple remarque.

Comprendre ça, c’est déjà la première étape pour arrêter de te juger d’être sensible. Tu n’es pas faible. Tu es simplement programmé pour être attentif aux autres. Le problème, c’est que cette programmation est devenue trop forte et qu’elle écrase ta propre voix. L’hypnose et l’IFS (Internal Family Systems) permettent justement de renégocier cette programmation, pas en la supprimant, mais en lui redonnant une juste place.

« Ce n’est pas le regard des autres qui te blesse, c’est la partie de toi qui a appris à croire que ce regard décidait de ta valeur. »

Étape 1 – Accueillir la partie qui a peur du jugement

La première étape du protocole, c’est d’arrêter de lutter contre cette sensibilité. Beaucoup de personnes viennent en consultation en disant : « Je veux que cette peur disparaisse. » Et je comprends. C’est épuisant de se sentir vulnérable. Mais dans mon approche, on ne combat pas une partie de soi. On l’accueille.

Je t’invite à faire ce petit exercice, même en lisant cet article. Pense à une situation où le regard des autres te bloque. Peut-être que c’est quand tu dois donner ton avis en public, ou quand tu croises quelqu’un que tu trouves « supérieur » à toi. Ressens cette tension dans le corps. Où est-elle ? Dans la poitrine ? Dans la gorge ? Dans le ventre ?

Maintenant, au lieu de vouloir la chasser, je te propose de lui parler mentalement. Demande-lui : « Qu’est-ce que tu essaies de faire pour moi ? » La réponse peut surprendre. Cette partie qui a peur du jugement, elle ne cherche pas à te nuire. Elle cherche à te protéger. Elle te dit : « Attention, si tu te montres, tu risques d’être rejeté. Reste en sécurité, ne prends pas de risque. »

En hypnose ericksonienne, on ne force pas le changement. On entre en communication avec les ressources inconscientes qui sont déjà là. Et la première ressource, c’est d’arrêter de considérer cette peur comme une ennemie. Quand tu accueilles cette partie, tu désamorces déjà 50 % de sa puissance. Parce que ce qui la rendait forte, c’est précisément le fait que tu la rejetais. Elle s’accrochait d’autant plus.

En consultation, je guide la personne dans un état de conscience modifié, où elle peut observer cette partie de l’intérieur. Pas pour la faire taire, mais pour comprendre son histoire. On remonte souvent à un moment précis : une humiliation à l’école, une remarque d’un parent, une comparaison avec un frère ou une sœur. Et on accueille ce souvenir non pas pour le revivre douloureusement, mais pour dire à cette partie : « Je te vois. Je comprends pourquoi tu fais ça. Merci de m’avoir protégé. Mais aujourd’hui, je peux prendre le relais. »

Cette simple reconnaissance crée un espace de sécurité intérieure. Et c’est depuis cet espace que tu peux commencer à poser un regard différent sur toi-même. Un regard qui ne dépend plus de l’approbation extérieure.

Étape 2 – Dissocier ton identité du regard des autres

La deuxième étape est centrale. Elle repose sur une distinction fondamentale : ton identité n’est pas ce que les autres pensent de toi. Ça paraît évident dit comme ça, mais dans le vécu, c’est une confusion permanente. Quand quelqu’un te critique, tu as l’impression que c’est toi qui es remis en question dans ton essence.

En hypnose, on travaille avec la dissociation thérapeutique. Pas pour te couper de tes émotions, mais pour te permettre d’observer la situation depuis un point de vue plus large. Concrètement, je propose un exercice que tu peux reproduire chez toi.

Installe-toi confortablement, ferme les yeux. Visualise-toi dans une situation où le regard des autres te pèse. Maintenant, imagine que tu montes de quelques marches. Tu te vois en bas, dans la scène. Tu es à la fois l’observateur et l’observé. Depuis cette position, regarde cette personne qui est toi. Que ressens-tu pour elle ? De la compassion ? De la tendresse ? Souvent, les gens me disent : « Je vois à quel point elle se fait du mal pour rien. »

Puis, je te propose d’aller encore plus haut. Imagine que tu es assis dans un avion, à 10 000 mètres d’altitude. En bas, il y a la scène, mais aussi la ville, le pays, la Terre. Et tu vois tous ces humains, chacun préoccupé par son propre regard, sa propre peur du jugement. Depuis cette hauteur, le regard des autres paraît soudain dérisoire. Pas parce qu’il n’existe pas, mais parce qu’il n’est qu’un élément parmi des milliards d’autres.

Ce travail de dissociation permet de créer une distance. Et cette distance, c’est ce qui te redonne du choix. Tu n’es plus collé à la peur. Tu peux l’observer, la reconnaître, et décider si tu veux agir en fonction d’elle ou non.

En IFS, on dirait qu’on libère ton « Self » – cette partie centrale de toi qui est calme, confiante, curieuse et compatissante. Le Self n’a pas besoin de l’approbation des autres pour exister. Il sait qui il est. Le problème, c’est qu’il est souvent recouvert par des parties protectrices qui crient plus fort. La dissociation, c’est un moyen de redonner la parole à ce Self.

« Tu n’es pas la cible du regard des autres. Tu es celui qui regarde ce regard. Et dans ce décalage, il y a toute ta liberté. »

Étape 3 – Reconnecter avec ton propre regard intérieur

On arrive à la troisième étape, celle qui consolide le changement. Une fois que tu as accueilli la partie qui a peur, et que tu as créé une distance avec le regard extérieur, il te reste à ancrer un nouveau point de référence : ton propre regard sur toi-même.

Beaucoup de personnes qui souffrent du regard des autres n’ont tout simplement jamais appris à se regarder avec bienveillance. Elles sont comme un moteur qui tourne à vide parce qu’il n’y a pas d’huile. L’huile, ici, c’est l’auto-compassion. Et ce n’est pas de la faiblesse. C’est un muscle.

En hypnose, on utilise la technique de l’ancrage. Je demande à la personne de se souvenir d’un moment où elle s’est sentie fière d’elle, ou simplement en paix avec elle-même. Pas un moment où elle a été validée par quelqu’un d’autre, mais un moment où elle s’est dit intérieurement : « Là, je suis bien avec qui je suis. »

On associe ce souvenir à un geste simple : poser la main sur le cœur, ou serrer le poing. Ensuite, quand la personne se retrouve en situation de vulnérabilité face au regard des autres, elle peut activer cet ancrage. Le geste rappelle au corps et au cerveau : « Je suis là pour moi. Je me valide moi-même. »

Je me souviens d’un jeune footballeur que j’accompagnais en préparation mentale. Il était obsédé par le regard de son entraîneur et des spectateurs. À chaque match, il jouait pour ne pas décevoir, ce qui le paralysait. On a travaillé sur un ancrage : avant chaque match, il posait la main sur sa poitrine et se disait : « Je joue pour le plaisir de mon corps en mouvement. Le reste, c’est du bruit. » Petit à petit, il a retrouvé sa fluidité. Pas parce que les regards avaient disparu, mais parce qu’il avait un point d’ancrage plus fort que l’opinion extérieure.

Cette troisième étape est cruciale car elle transforme la relation à toi-même. Tu passes d’une quête d’approbation externe à une validation interne. Et c’est ça, le véritable lâcher-prise. Ce n’est pas un renoncement. C’est un recentrage.

Ce que l’hypnose ne peut pas faire (et c’est important à savoir)

Je veux être honnête avec toi. L’hypnose, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle sont des outils puissants, mais ils ne font pas tout. Ils ne vont pas effacer d’un coup de baguette magique la sensibilité que tu as construite pendant des années. Et surtout, ils ne vont pas transformer les autres. Le regard des autres continuera d’exister. Tu croiseras toujours des personnes critiques, des regards désapprobateurs, des jugements implicites ou explicites.

Ce qui change, c’est la relation que tu entretiens avec ces regards. Avant, tu étais comme une antenne hyper-sensible qui captait tous les signaux et les interprétait comme une menace. Après le travail, tu deviens comme un filtre : tu choisis ce que tu laisses entrer. Certains regards, tu les reconnais, tu les accueilles, et tu les laisses passer sans t’y accrocher. D’autres, tu les utilises comme des informations utiles, sans qu’ils définissent ta valeur.

Un autre piège à éviter, c’est de croire que le lâcher-prise, c’est « ne plus rien ressentir ». Non. Ressentir de la gêne, de la timidité ou de l’appréhension, c’est humain. Le problème, c’est quand ces émotions prennent le volant et te conduisent là où tu ne veux pas aller. Le travail que je propose, c’est de te remettre au volant, tout en acceptant que certains passagers (les émotions) soient parfois un peu bruyants. Tu peux les entendre sans leur obéir.

Un pas que tu peux faire dès maintenant

Si tu arrives à la fin de cet article et que tu te sens concerné, je t’invite à ne pas rester seulement dans la compréhension intellectuelle. Le changement passe par l’expérience. Alors voici un petit pas concret, accessible tout de suite.

Prends un carnet ou une note dans ton téléphone. Note une situation précise où le regard des autres te bloque. Par exemple : « Quand je dois donner mon avis en réunion. » Maintenant, écris en face ce que cette partie qui a peur essaie de faire pour toi. Sois honnête. Peut-être : « Elle essaie de m’éviter de me ridiculiser. » Puis, ajoute une phrase que tu aimerais entendre de la part de quelqu’un qui te soutiendrait inconditionnellement. Par exemple : « Tu as le droit de dire quelque chose d’imparfait. Tu es légitime. »

Chaque jour pendant une semaine, lis cette phrase à voix haute devant un miroir. Pas pour te convaincre, mais pour commencer à planter une graine. Ton cerveau a besoin de répétition pour créer de nouveaux chemins. Ce n’est pas miraculeux, c’est neurologique.

Et si tu sens que ce travail a besoin d’un cadre plus solide, d’un accompagnement personnalisé, sache que je reçois en consultation à Saintes et en visio. On peut explorer ensemble les parties de toi qui sont coincées dans le regard des autres, et leur redonner une place apaisée. Il n’y a pas de honte à demander de l’aide. Au contraire, c’est un acte de courage et d’amour envers toi-même.

Tu n’es pas seul dans cette lutte silencieuse. Et la bonne nouvelle, c’est que tu n’as pas à y rester. Un premier pas, même tout petit, peut déjà changer la direction du chemin. Pourquoi pas aujourd’hui ?

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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