HypnoseConfiance Et Identite

Hypnose et estime de soi : une solution quand les affirmations échouent

Quand les mantras positifs ne marchent pas, l'hypnose offre une autre voie.

TSThierry Sudan
24 avril 202611 min de lecture

Tu as tout essayé. Les livres de développement personnel qui s’empilent sur ta table de chevet. Les applications de méditation que tu ouvres le soir, la conscience tranquille. Et surtout, ces fameuses affirmations positives que tu répètes devant le miroir chaque matin, la main sur le cœur, en articulant bien : « Je suis capable », « Je mérite d’être heureux », « Je suis digne d’amour ».

Et pourtant, quelque chose ne colle pas. Tu as l’impression de réciter une leçon, de jouer un rôle. Ta voix intérieure, cette petite voix familière, ricane en fond : « Sérieusement ? Tu te rappelles la dernière fois que tu as osé parler en réunion ? » Ou pire : elle reste silencieuse, comme si elle ne te prenait même plus au sérieux.

Ce décalage, cette sensation de mensonge, n’est pas un échec de ta part. Il signale simplement que tu t’y es mal pris. Les affirmations positives ne sont pas inefficaces en soi. Elles sont juste incomplètes. Elles s’adressent à la partie consciente de ton cerveau, celle qui décide, qui raisonne, qui veut changer. Mais l’estime de soi ne se commande pas. Elle se construit dans les couches plus profondes de ton esprit, là où les mots du miroir n’ont pas accès.

C’est là que l’hypnose ericksonienne entre en jeu. Non pas comme une baguette magique, mais comme une clé pour ouvrir une porte que tu croyais condamnée.

Pourquoi les affirmations positives te laissent un goût amer

Avant de comprendre comment l’hypnose peut t’aider, il faut regarder en face pourquoi les mantras te fatiguent autant. Je vois régulièrement des personnes dans mon cabinet de Saintes qui arrivent avec ce même constat : « Je sais que je devrais penser positif, je le fais, mais ça ne marche pas. »

Prenons l’exemple de Claire, une quadragénaire que j’accompagne. Cadre dans une entreprise locale, compétente, reconnue par ses pairs. Chaque matin, elle se répétait : « Je suis légitime, j’ai ma place ici. » Puis elle entrait dans la salle de réunion et sentait son ventre se nouer. Elle se taisait, laissait les autres parler, puis ruminait son silence pendant des heures.

Les affirmations de Claire n’étaient pas fausses. Elles étaient juste en contradiction directe avec une croyance plus ancienne, plus viscérale : « Si je parle, je vais dire une bêtise et tout le monde verra que je suis une imposture. » Cette croyance, logée dans son système limbique, la partie émotionnelle et archaïque de son cerveau, ne se laisse pas déloger par une phrase gentille. Elle résiste. Elle s’accroche.

C’est le mécanisme classique de la dissonance cognitive. Ton cortex préfrontal, la partie rationnelle, entend l’affirmation et la trouve logique. Mais ton cerveau émotionnel, celui qui a appris très tôt à se protéger en se faisant tout petit, ne la reconnaît pas. Il la rejette comme un corps étranger. Résultat : tu te sens encore plus faux, encore plus impuissant. L’affirmation, au lieu de te renforcer, a creusé le fossé entre ce que tu veux croire et ce que tu crois vraiment.

Tu n’es pas en échec. Tu utilises simplement le mauvais outil pour le bon problème. Les affirmations s’adressent à un conducteur qui n’est pas aux commandes.

L’hypnose, une conversation avec le pilote automatique

Alors, quelle est la différence avec l’hypnose ? L’hypnose ericksonienne ne cherche pas à convaincre la partie rationnelle de ton esprit. Elle va dialoguer directement avec cette partie inconsciente qui gère tes automatismes, tes réflexes émotionnels, tes croyances les plus enfouies.

Quand tu es en état d’hypnose, tu n’es pas endormi ni inconscient. Tu es dans un état de conscience modifiée, très proche de la rêverie que tu connais quand tu conduis sur une route familière et que tu « décroches » pendant quelques minutes. Ton attention est focalisée vers l’intérieur, et les filtres critiques de ton esprit conscient s’assouplissent. C’est un état naturel que tu vis plusieurs fois par jour sans t’en rendre compte.

Dans cet état, ton inconscient devient réceptif à de nouvelles informations. Il n’est plus en mode défense. Il écoute. Et c’est là que le travail commence vraiment.

Je me souviens de Marc, un trentenaire venu me voir pour une timidité qu’il traînait depuis l’adolescence. Il avait lu des dizaines d’articles, essayé des techniques de respiration, des postures de pouvoir. Rien n’y faisait. En séance, je ne lui ai pas demandé de répéter qu’il était confiant. Je l’ai invité à se reconnecter à un souvenir précis, pas forcément heureux, mais significatif : un moment où il s’était senti invisible, ignoré. Au lieu de combattre cette mémoire, nous l’avons accueillie. Puis, progressivement, nous avons introduit une ressource nouvelle : la sensation de calme qu’il ressentait quand il jouait seul de la guitare, chez lui, en toute sécurité.

L’hypnose ne dit pas à ton inconscient : « Tu as tort de penser ça. » Elle dit : « Je vois bien que tu as appris à te protéger ainsi. C’était utile à l’époque. Maintenant, tu peux apprendre autrement. » C’est une approche respectueuse, qui ne brise pas tes défenses mais les assouplit.

L’hypnose ericksonienne ne réécrit pas ton histoire. Elle te permet d’y ajouter de nouveaux chapitres, écrits avec les ressources que tu possèdes déjà.

L’estime de soi n’est pas un sentiment, c’est un enracinement

Une idée fausse circule beaucoup : l’estime de soi serait une émotion qu’il faut « ressentir ». Du coup, on cherche à se sentir bien, fort, confiant. Mais c’est mettre la charrue avant les bœufs. L’estime de soi est d’abord une relation stable avec soi-même, une forme de fiabilité intérieure.

Pose-toi cette question : quand tu fais une promesse à quelqu’un d’autre, tu tiens généralement parole. Mais quand tu te promets à toi-même de faire une pause, de dire non à un collègue, de prendre soin de toi, est-ce que tu tiens ? Souvent non. Et chaque fois que tu te trahis ainsi, ton inconscient enregistre : « Cette personne n’est pas digne de confiance. » L’estime de soi s’effrite, non pas parce que tu es nul, mais parce que tu as appris à ne pas compter sur toi-même.

L’hypnose permet de restaurer cette fiabilité. Elle ne te fait pas soudainement « aimer » qui tu es. Elle t’aide à renouer un contact authentique avec toi-même, à écouter ce que ton corps et ton intuition te disent, sans les filtrer par le jugement. C’est un travail d’enracinement, pas d’exaltation.

Pendant une séance, je guide souvent les personnes vers une image intérieure. Certaines voient un arbre, d’autres une maison, d’autres encore une couleur ou une sensation. L’important n’est pas l’image, mais la qualité de présence qu’elle génère. À partir de cet ancrage, nous pouvons revisiter des situations où l’estime de soi vacille, non pas pour les fuir, mais pour y apporter une nouvelle ressource.

Je pense à Sophie, une jeune femme qui n’arrivait pas à accepter son corps après une grossesse. Les affirmations « J’aime mon corps » la faisaient pleurer. En hypnose, nous avons travaillé sur la sensation de ses pieds ancrés dans le sol, puis sur la chaleur de ses mains posées sur son ventre. Sans mots, sans jugement. Juste une présence. Après quelques séances, elle m’a dit : « Je n’aime pas encore tout, mais je ne me déteste plus. Je peux regarder. » C’est ça, le premier pas.

Quand l’intelligence relationnelle complète le travail

L’hypnose seule peut faire beaucoup. Mais j’ai appris, au fil des années, qu’elle gagne à être accompagnée d’un autre levier : l’intelligence relationnelle. C’est une approche que j’intègre souvent dans mes accompagnements, surtout quand l’estime de soi est liée à des schémas relationnels répétitifs.

Tu as peut-être remarqué que ta faible estime de soi ne se manifeste pas dans toutes les situations. Elle surgit surtout en présence de certaines personnes : un parent, un supérieur hiérarchique, un ancien camarade. C’est normal. Notre estime de soi s’est construite dans la relation aux autres, et elle continue de s’y jouer.

L’intelligence relationnelle, c’est la capacité à reconnaître ces schémas, à comprendre quel rôle tu joues (victime, sauveur, persécuteur, comme le décrit le triangle de Karpman) et à en sortir. L’hypnose peut t’aider à apaiser la charge émotionnelle liée à ces rôles. L’intelligence relationnelle t’offre une grille de lecture pour ne plus retomber dans les mêmes pièges.

Par exemple, un homme que j’accompagnais, appelons-le Julien, se retrouvait systématiquement en position de « sauveur » dans son couple et son travail. Il donnait, donnait, puis s’épuisait, puis en voulait à l’autre. Son estime de soi était conditionnée à son utilité. En hypnose, nous avons travaillé sur la peur de ne pas être aimé s’il n’aidait pas. En parallèle, je lui ai proposé des exercices concrets pour identifier quand il entrait dans ce rôle et pour expérimenter le fait de dire non sans se justifier. L’hypnose a préparé le terrain. L’intelligence relationnelle a construit la maison.

Ce que l’hypnose ne fait pas (et c’est important à savoir)

Je veux être honnête avec toi. L’hypnose n’efface pas les blessures. Elle ne transforme pas une personne introvertie en boute-en-train. Elle ne te donnera pas une confiance artificielle qui te ferait traverser la vie sans peur.

Si tu viens me voir en espérant repartir « guéri » en une séance, tu risques d’être déçu. Ce n’est pas un spectacle. C’est un accompagnement. L’hypnose ericksonienne est douce, non directive, et elle respecte ton rythme. Certaines personnes ressentent un changement profond dès la première rencontre. D’autres ont besoin de plusieurs séances pour que les nouvelles connexions neuronales s’installent.

Ce qu’elle fait, en revanche, c’est créer les conditions pour que ton propre système de guérison se mette en marche. Ton inconscient sait déjà ce dont il a besoin. Mon rôle est simplement de t’aider à lever les obstacles qui l’empêchent d’agir.

Tu ne deviendras pas quelqu’un d’autre. Mais tu pourras peut-être, enfin, te reconnaître dans le miroir sans avoir à te convaincre.

Trois pistes concrètes pour commencer dès maintenant

Tu n’as pas besoin d’attendre une séance pour amorcer un changement. Voici trois choses simples que tu peux essayer aujourd’hui, chez toi, sans matériel.

1. Remplace les affirmations par des questions Au lieu de te dire « Je suis confiant », demande-toi : « Qu’est-ce qui, en moi, est déjà confiant, même un tout petit peu ? » Cette question ouvre une porte. Elle ne force pas une croyance, elle invite une exploration. Ton cerveau déteste les questions sans réponse, il va donc chercher des éléments réels, même infimes. Tu pourrais découvrir que tu es confiant pour conduire, pour cuisiner, pour écouter un ami. C’est un début.

2. Observe ton dialogue intérieur sans le juger Pendant une journée, deviens un simple observateur de ta voix intérieure. Ne cherche pas à la changer, ne la combat pas. Note mentalement (ou sur un carnet) les phrases qui reviennent. « Je ne suis pas à la hauteur », « Les autres sont meilleurs », « Je vais me ridiculiser ». Ces phrases ne sont pas des vérités. Ce sont des habitudes mentales, comme des chemins tracés dans l’herbe à force de passer au même endroit. La première étape pour en créer de nouveaux, c’est de reconnaître les anciens.

3. Accorde-toi un rituel d’ancrage corporel Quand tu sens le doute monter, arrête-toi une minute. Pose tes deux pieds à plat sur le sol. Prends une inspiration lente, et en expirant, imagine que tes racines descendent dans la terre. Puis pose une main sur ton cœur ou ton ventre. Ne dis rien. Reste juste présent à la sensation de ta main et de ton souffle. C’est une forme d’auto-hypnose minimale. Tu ne résous rien, mais tu interromps le cycle de la rumination. Et parfois, c’est tout ce qu’il faut pour que la clarté revienne.

Conclusion : une main tendue

Les affirmations positives ne sont pas une mauvaise chose. Elles ont leur place, mais pas au début du chemin. Avant de pouvoir dire « Je suis capable », il faut d’abord pouvoir être en paix avec celui ou celle qui doute. L’hypnose t’offre cet espace de paix. Un espace où tu n’as rien à prouver, rien à réciter, rien à forcer.

Si tu te reconnais dans ce que tu viens de lire, si cette fatigue intérieure te pèse depuis longtemps, sache que tu n’es pas seul. Je reçois chaque semaine à Saintes des hommes et des femmes qui ont les mêmes doutes, les mêmes lassitudes. Et je vois, séance après séance, comment le simple fait de se donner la permission de ralentir et d’écouter peut tout changer.

Tu n’es pas obligé d’y arriver seul. Tu n’es pas obligé d’y arriver tout de suite. Mais tu peux, dès aujourd’hui, poser un premier geste : prendre rendez-vous, m’écrire, ou simplement t’accorder cinq minutes pour respirer en posant la main sur ton cœur.

Parce que l’estime de soi ne se commande pas. Elle se cultive, doucement, patiemment, avec les bons outils. Et parfois, il suffit de quelqu’un pour te montrer le chemin. Je suis là pour ça, si tu le souhaites.

À très bientôt, peut-être.

Thierry Sudan
Praticien en hypnose ericksonienne, IFS et intelligence relationnelle
Saintes

À propos de l'auteur

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Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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