HypnoseConfiance Et Identite

Hypnose et IFS : dialoguez avec votre partie perfectionniste

Apprenez à négocier avec ce gardien exigeant en vous.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

« Je n’arrive pas à lâcher prise. Dès que je termine quelque chose, je vois tout ce qui pourrait être mieux. Je me réveille la nuit en pensant à ce mail que j’aurais dû formuler autrement. »

C’est Marie qui me dit ça, un mardi matin, dans mon cabinet à Saintes. Elle est cadre dans une collectivité, reconnue pour sa rigueur, sa fiabilité. Ses collègues la complimentent sur son travail. Mais elle, elle ne dort plus. Elle a 38 ans, deux enfants, et l’impression de courir après une cible qui recule sans cesse.

Je l’écoute, et je reconnais ce que j’ai si souvent entendu : la voix d’une partie d’elle-même que j’appelle le perfectionniste. Pas celui qu’on imagine de l’extérieur – l’ambitieux, l’exigeant, le gagnant. Non. Celui qui souffre en silence, qui ne s’accorde jamais de trêve, qui transforme chaque réussite en nouveau point de départ.

Marie n’est pas venue pour « guérir » son perfectionnisme. Elle est venue parce qu’elle est épuisée. Et elle a raison : ce n’est pas une maladie. C’est une partie d’elle-même qui a pris trop de place, qui s’est emballée, et qui a besoin qu’on lui parle autrement.

Dans cet article, je vais vous montrer comment l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) permettent d’entrer en dialogue avec cette partie exigeante. Pas pour la faire taire. Pour négocier avec elle. Pour qu’elle devienne une alliée, pas un tyran intérieur.

Qui est vraiment votre partie perfectionniste ?

Avant de vouloir changer quoi que ce soit, il faut reconnaître une chose : cette partie qui vous pousse à en faire toujours plus, elle n’est pas votre ennemie. Elle essaie de vous protéger.

Posez-vous cette question : « Qu’est-ce qui se passerait si j’arrêtais d’être aussi exigeant(e) avec moi-même ? »

Les réponses que j’entends le plus souvent :

  • « Je serais moins performant(e) au travail. »
  • « Les gens verraient que je ne suis pas à la hauteur. »
  • « Je décevrais ma famille, mon chef, mes proches. »
  • « Je perdrais le contrôle. »
  • « Je deviendrais négligent(e), voire paresseux(se). »

Votre partie perfectionniste croit dur comme fer que sans elle, vous allez vous écrouler. Elle est convaincue que la critique sévère qu’elle vous adresse est le seul moteur qui vous empêche de sombrer dans l’échec ou le rejet.

C’est une croyance, pas une vérité. Mais pour elle, c’est vital.

L’IFS (Internal Family Systems) est un modèle développé par Richard Schwartz dans les années 1980. Il considère que notre psyché est composée de multiples « parties » – des sous-personnalités qui ont chacune leur rôle, leur histoire, leur manière de voir le monde. Le perfectionniste est l’une d’elles. Il fait partie de ce qu’on appelle les « managers » : ces parties qui gèrent notre vie quotidienne pour nous éviter la douleur, la honte, le sentiment d’insécurité.

Ce perfectionniste a souvent émergé très tôt. Peut-être après une critique parentale, une comparaison scolaire, un événement où vous avez senti que vous n’étiez aimé(e) qu’à condition d’être parfait(e). Depuis, il veille. Il ne dort jamais. Il est toujours en alerte.

Le problème, ce n’est pas sa présence. C’est qu’il est devenu le seul pilote aux commandes.

« Le perfectionniste n’est pas un défaut à éradiquer. C’est un gardien qui a oublié qu’il peut baisser la garde. »

En hypnose, on ne combat pas ce gardien. On l’écoute. On le remercie. Et on lui montre qu’il peut se reposer un peu, parce que quelqu’un d’autre – vous, votre Self – peut reprendre le volant.

Pourquoi les injonctions à « lâcher prise » ne marchent pas (et ce qui fonctionne vraiment)

« Arrête de stresser. » « Lâche prise. » « Sois indulgent(e) avec toi-même. » « Fais-toi confiance. »

Vous avez déjà entendu ces phrases, non ? Peut-être même les avez-vous dites à quelqu’un. Ou à vous-même.

Et ça n’a pas marché.

Pourquoi ? Parce que ces injonctions s’adressent à la partie qui souffre, mais elles ignorent totalement la partie qui protège. C’est comme demander à un garde du corps de baisser les bras alors que vous marchez dans une zone dangereuse. Il va refuser. Il va serrer les poings encore plus fort.

Votre perfectionniste fait exactement la même chose. Quand vous vous dites « je devrais être moins dur(e) avec moi-même », il entend : « on veut me faire taire, on veut me licencier ». Et il redouble d’efforts.

L’hypnose ericksonienne et l’IFS proposent une tout autre approche : on ne lutte pas contre la partie, on dialogue avec elle.

Milton Erickson, le père de l’hypnose moderne, disait souvent que le changement ne vient pas de la lutte contre un symptôme, mais de l’utilisation de ce symptôme comme ressource. En clair : au lieu de vouloir supprimer votre perfectionnisme, on va le remercier pour tout le travail qu’il a fait, et on va lui trouver un rôle plus adapté.

Prenons un exemple concret.

Je reçois un jour un homme d’une cinquantaine d’années, dirigeant d’une PME. Il dort trois heures par nuit, vérifie ses mails jusqu’à minuit, se lève à 5h pour préparer ses dossiers. Son médecin lui a dit : « Vous faites un burn-out si vous continuez. » Lui me dit : « Je sais que je devrais ralentir, mais je ne peux pas. Dès que je m’arrête, je culpabilise. »

Je ne lui dis pas « lâchez prise ». Je lui propose une expérience hypnotique. Je l’invite à fermer les yeux, à se connecter à cette partie exigeante, et à lui poser une question : « Qu’est-ce que tu crains qu’il m’arrive si je ralentis ? »

La réponse vient, sous forme d’image : il voit son entreprise s’effondrer, ses employés au chômage, sa famille dans la précarité. Cette partie est terrifiée. Elle ne le pousse pas par méchanceté. Elle le pousse parce qu’elle croit que la moindre pause est un précipice.

Là, quelque chose change. Mon patient ne voit plus son perfectionnisme comme une tare. Il voit un gardien épuisé, qui fait un boulot de pompier 24h/24 dans un immeuble qui ne brûle pas.

« La partie qui vous pousse le plus est souvent celle qui a le plus peur. »

En séance, on ne va pas licencier ce pompier. On va lui dire : « Merci d’être là. Maintenant, repose-toi. Je prends le relais. »

Comment l’hypnose ouvre une porte vers votre gardien intérieur

L’hypnose est un état modifié de conscience, ni sommeil ni veille. C’est un moment où votre attention se focalise vers l’intérieur, où le mental critique s’apaise, où vous devenez plus réceptif(ve) aux suggestions et aux images intérieures.

Beaucoup de personnes imaginent l’hypnose comme un spectacle de scène où on fait faire n’importe quoi à quelqu’un. En réalité, l’hypnose ericksonienne est un outil thérapeutique très doux. On ne vous endort pas. On ne vous contrôle pas. On vous accompagne dans un état de détente profonde où votre inconscient peut se montrer plus créatif.

Dans le cadre du travail avec un perfectionniste, l’hypnose permet plusieurs choses :

  1. Mettre à distance la partie. En état hypnotique, vous pouvez observer cette partie exigeante comme si vous regardiez un personnage sur un écran. Vous n’êtes plus confondu(e) avec elle. Vous êtes le spectateur, pas l’acteur.

  2. Découvrir son histoire. En lui posant des questions (en imagination), vous apprenez d’où elle vient, quand elle est arrivée, ce qu’elle a vécu. Très souvent, elle émerge à un moment précis de l’enfance ou de l’adolescence, après un événement où la vulnérabilité a été punie ou ridiculisée.

  3. Négocier un nouveau rôle. Vous pouvez remercier cette partie, reconnaître son utilité passée, et lui proposer un poste moins épuisant. Par exemple : « Tu n’as plus besoin de travailler 24h/24. Je te confie la vigilance sur les moments importants, mais tu laisses le reste. »

  4. Ancrer un état de calme. L’hypnose crée des ancrages – des déclencheurs sensoriels (un geste, une respiration, un mot) qui vous reconnectent à cet état de paix même en pleine journée stressante.

Prenons un exemple anonyme pour illustrer.

Sophie, 45 ans, infirmière libérale. Elle se lève à 5h30, prépare ses tournées, gère les urgences, les appels des patients, les plannings. Le soir, elle refait ses dossiers, vérifie les ordonnances, s’assure que rien n’a été oublié. Elle ne s’arrête jamais. Ses collègues l’admirent. Mais elle pleure dans sa voiture entre deux visites.

En séance d’hypnose, je l’invite à rencontrer cette partie qui la pousse. Elle voit une femme en blouse blanche, debout derrière un comptoir, qui coche des cases sur un tableau. Elle a l’air tendue, les mâchoires serrées. Sophie lui demande : « Qu’est-ce qui se passerait si tu arrêtais de cocher ? » La femme répond : « Les patients mourraient. »

C’est une croyance, pas une réalité. Mais pour cette partie, c’est une certitude absolue.

On va alors travailler sur l’image. Je propose à Sophie d’imaginer qu’elle installe une deuxième personne à côté de cette femme – une version plus calme, plus âgée, qui connaît le métier depuis longtemps. Cette deuxième personne pose sa main sur l’épaule de la femme en blouse et lui dit : « Je suis là. Je peux assurer une partie de la surveillance. Tu peux te reposer un peu. »

Sophie pleure. Doucement. Puis elle sourit. La femme en blouse accepte de s’asseoir. Elle ne disparaît pas. Elle reste présente, mais elle n’est plus seule aux commandes.

Les jours suivants, Sophie me dit : « J’ai réussi à prendre 20 minutes pour boire un café sans regarder mon téléphone. Je ne me suis pas sentie coupable. C’est la première fois depuis des années. »

Ce n’est pas magique. C’est un dialogue intérieur qui a changé de ton.

Négocier avec votre perfectionniste : les étapes concrètes (même sans hypnose)

Vous n’avez pas besoin d’être en séance pour commencer ce travail. Voici une méthode en quatre étapes, que vous pouvez pratiquer chez vous, dans un moment calme.

1. Identifiez quand il parle

Le perfectionniste ne parle pas tout le temps. Il s’active dans des situations précises : avant une réunion, après une erreur, quand vous comparez votre travail à celui d’un autre, le soir avant de dormir.

Prenez un carnet. Notez les moments où vous vous sentez poussé(e), tendu(e), insatisfait(e). Notez les phrases que vous vous dites : « C’est pas assez bien », « Je dois encore améliorer », « Les autres vont voir que je ne suis pas à la hauteur ».

Ne jugez pas. Observez simplement.

2. Posez-lui une question

En IFS, on appelle ça « se tourner vers la partie ». Au lieu de vous dire « je suis nul(le) », vous dites : « Je remarque qu’une partie de moi pense que ce n’est pas assez bien. » Puis vous lui demandez, avec curiosité : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? Qu’est-ce qui te fait si peur ? »

Attendez la réponse. Elle peut venir sous forme de mots, d’images, de sensations physiques. Ne forcez pas. Accueillez.

3. Remerciez-la

C’est l’étape la plus difficile pour un perfectionniste. Remercier une partie qui vous a fait souffrir semble contre-intuitif. Pourtant, c’est ce qui désarme sa résistance.

Dites-lui : « Merci d’avoir veillé sur moi toutes ces années. Tu as fait un travail énorme. Je sais que tu voulais me protéger. »

Vous n’êtes pas en train d’approuver ses méthodes. Vous reconnaissez son intention positive.

4. Proposez un nouveau contrat

Vous pouvez maintenant négocier. Par exemple : « Je te propose de prendre un jour de repos par semaine. Ce jour-là, tu ne travailles pas. Tu surveilles juste que je sois en sécurité, mais tu ne critiques pas. On essaie un mois, et on voit. »

Ou : « Quand je fais une erreur mineure, tu me laisses trois respirations avant de commenter. Si c’est grave, tu interviens. »

Le perfectionniste a besoin de clarté. Il accepte souvent un rôle réduit s’il reste un rôle.

« Négocier avec son perfectionniste, ce n’est pas le virer. C’est le rétrograder au poste de conseiller, pas de directeur général. »

Les pièges à éviter quand on dialogue avec son perfectionniste

Ce travail est puissant, mais il a ses embûches. En voici trois, fréquentes.

Piège n°1 : Vouloir que la partie disparaisse

Certaines personnes, après avoir pris conscience de leur perfectionniste, veulent le supprimer définitivement. « Maintenant que je sais, je veux qu’il s’en aille. »

C’est une erreur. Les parties ne disparaissent pas. Elles se transforment. Si vous tentez de les chasser, elles reviennent plus fortes. Le perfectionniste est un gardien. Il ne quitte pas son poste. Il peut juste accepter de travailler en équipe.

Piège n°2 : Tomber dans le perfectionnisme du lâcher-prise

« Je dois absolument réussir à lâcher prise. Je vais méditer 30 minutes par jour, lire trois livres sur le sujet, et arrêter de stresser avant la fin du mois. »

Vous voyez le piège ? C’est votre perfectionniste qui s’empare du projet de « guérir du perfectionnisme ». Il transforme le lâcher-prise en nouvelle performance.

La solution : ralentissez. Un petit pas par jour. Une pause de deux minutes. Un mail non relu cinq fois. L’objectif n’est pas la perfection du lâcher-prise, mais l’expérience.

Piège n°3 : Confondre exigeance et perfectionnisme

Il y a une différence entre avoir des standards élevés et être perfectionniste. L’exigeance saine vous pousse à progresser, à apprendre, à vous dépasser. Le perfectionnisme, lui, vous paralyse, vous épuise, vous empêche de vous satisfaire de quoi que ce soit.

Quand vous dialoguez avec votre partie, ne lui demandez pas de ne plus être exigeante. Demandez-lui de vous laisser respirer, de vous laisser le droit à l’erreur, de célébrer les réussites.

Un patient m’a dit un jour : « Mon perfectionniste est devenu mon meilleur allié quand j’ai arrêté de le combattre. Maintenant, il me prévient quand je vais trop loin, au lieu de me pousser encore plus. »

Et si cette partie avait quelque chose à vous apprendre ?

Je termine souvent mes séances par une question. Je la pose aussi ici.

Qu’est-ce que votre perfectionniste essaie de vous dire, que vous n’avez jamais écouté ?

Peut-être qu’il vous rappelle que vous tenez à ce que vous faites. Que vous avez des valeurs, du sérieux, de l’engagement. Peut-être qu’il est le gardien de votre intégrité, de votre peur de l’échec, de votre besoin de reconnaissance.

Le problème n’est pas qu’il soit là. Le problème est qu’il parle tout le temps, sans que personne ne lui réponde.

En hypnose, on rétablit le dialogue. On remet le Self – cette partie calme, confiante, connectée à vos ressources – aux commandes. Le perfectionniste devient alors un conseiller, pas un dictateur.

Marie, dont je vous parlais au début, a continué son travail. Elle vient toutes les trois semaines. Elle

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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