HypnoseConfiance Et Identite

Hypnose : quand l'avis des autres vous empêche d'agir

Briser le cercle de l'inaction avec un accompagnement.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Vous passez devant cette salle de sport depuis trois mois. Chaque soir, en rentrant du travail, vous ralentissez devant la vitrine, vous regardez les gens sur les tapis, vous imaginez la scène. Puis vous accélérez, vous passez votre chemin. Pas aujourd’hui, vous n’êtes pas en tenue. Pas ce soir, vous êtes trop fatigué. Pas cette semaine, vous attendez d’être en forme. Le problème, c’est que ça dure depuis trois mois, et la forme ne vient pas.

Ou alors c’est autre chose. Vous avez une idée de projet qui vous tient à cœur depuis des années. Un site internet, une formation, un changement de métier. Vous en parlez à votre entourage, et là, ça coince. Votre mère vous dit que c’est risqué. Votre meilleur ami vous rappelle que le marché est saturé. Votre conjoint vous demande si vous avez vraiment le temps. Vous rangez l’idée dans un tiroir, et vous n’y touchez plus. Mais elle continue de gratter, la nuit, quand vous ne dormez pas.

Vous voulez dire stop à un comportement : arrêter de fumer, moins boire, sortir d’une relation qui vous abîme. Vous avez la volonté, vous avez les arguments, vous avez même une date en tête. Et puis quelqu’un vous dit : « Mais tu es sûr ? Tu tiendras pas. » Ou pire : « Tu vas nous manquer, le soir autour de la table. » Vous sentez le ressort se casser. Vous remettez à plus tard.

Ce n’est pas de la faiblesse. Ce n’est pas un manque de motivation. C’est un mécanisme bien rodé, qui se joue en partie à votre insu. L’avis des autres n’est pas un simple commentaire : c’est un déclencheur émotionnel, parfois même physiologique. Dans cet article, je vais vous montrer comment ce mécanisme fonctionne, pourquoi il vous bloque, et comment l’hypnose – et d’autres outils que j’utilise en cabinet – peut vous aider à reprendre le volant.

Pourquoi l’avis des autres pèse-t-il si lourd ?

Vous avez peut-être déjà eu cette sensation : vous êtes sur le point de faire quelque chose d’important pour vous, et soudain, une voix extérieure vous traverse. Un regard, une remarque, un silence même. Et tout s’effondre. Ce qui était clair devient flou. Ce qui était motivant devient angoissant.

Ce n’est pas un hasard. Nous sommes des mammifères sociaux. Depuis des centaines de milliers d’années, notre survie dépend de notre appartenance au groupe. Être exclu, c’était risquer la mort. Alors notre cerveau a développé des capteurs hypersensibles aux signaux de rejet, de désapprobation, de jugement. Ce n’est pas un défaut de caractère, c’est un héritage biologique.

Le problème, c’est que ce système d’alarme ne fait pas la différence entre un danger vital et un simple commentaire sur votre projet professionnel. Pour votre cerveau, une critique sur votre façon d’élever vos enfants, c’est potentiellement la même activation qu’un prédateur dans la savane. Il se prépare à l’attaque ou à la fuite. Et dans les deux cas, l’action que vous vouliez entreprendre devient secondaire. Vous êtes en mode survie, pas en mode réalisation.

En cabinet, je vois régulièrement des personnes qui disent : « Je sais ce qu’il faut faire. Je sais même comment le faire. Mais je n’y arrive pas. » Et en creusant, on trouve toujours une voix. Celle du père qui disait « tu n’y arriveras jamais ». Celle du professeur qui notait « peut mieux faire » en rouge. Celle du conjoint qui dit « tu changes, je ne te reconnais plus ».

Ces voix ne sont pas des vérités objectives. Ce sont des enregistrements. Et l’hypnose, entre autres, permet de les réécouter autrement, ou de les baisser, tout simplement.

« Ce n’est pas le regard des autres qui vous arrête. C’est le regard que vous portez sur vous-même à travers leurs yeux. »

Le cercle vicieux de l’inaction : comment il se met en place

Quand vous êtes bloqué par l’avis des autres, vous ne restez pas simplement immobile. Vous entrez dans un cycle qui se nourrit de lui-même. Je l’appelle le cercle de l’inaction. Il comporte quatre étapes, et plus vous tournez, plus il est difficile d’en sortir.

Étape 1 : l’idée ou l’envie. Vous avez un désir. C’est agréable, c’est porteur. Vous sentez une énergie monter.

Étape 2 : le partage et la réaction extérieure. Vous dites à quelqu’un ce que vous voulez faire. La personne répond. Parfois c’est une critique directe, parfois c’est une inquiétude, parfois c’est juste une absence d’enthousiasme. Mais vous captez qu’il y a un écart entre ce que vous voulez et ce que l’autre semble valider.

Étape 3 : le doute intérieur. Vous commencez à vous poser des questions. Est-ce que j’ai raison ? Est-ce que je vais y arriver ? Est-ce que je suis légitime ? Le doute s’installe, et avec lui, l’anxiété.

Étape 4 : l’abandon ou le report. Vous repoussez l’action. Vous trouvez une bonne raison de ne pas le faire maintenant. « Je vais d’abord me former. » « Je vais d’abord perdre du poids. » « Je vais d’abord attendre que les enfants soient grands. »

Et là, vous retournez à l’étape 1, mais l’idée est moins claire, moins brillante. Elle est déjà ternie par l’échec précédent. La prochaine fois que vous aurez une envie, elle sera plus timide. Et le cercle se resserre.

Ce qui est sournois, c’est que vous finissez par croire que c’est vous le problème. Vous vous dites : « Je n’ai pas assez de volonté. » « Je ne suis pas fait pour ça. » « Je suis trop influençable. » Alors que le problème, ce n’est pas vous. C’est le cercle. Et un cercle, ça se brise.

L’hypnose permet d’intervenir précisément à l’étape 3, celle du doute. Elle offre un espace où vous pouvez entendre votre propre voix, avant qu’elle ne soit recouverte par celle des autres. C’est un peu comme si vous mettiez un casque anti-bruit sur les commentaires extérieurs, juste le temps de retrouver votre propre fréquence.

Comment l’hypnose vous reconnecte à votre propre boussole

L’hypnose que je pratique, l’hypnose ericksonienne, n’a rien à voir avec un spectacle de scène. Vous ne perdez pas conscience, vous n’êtes pas endormi, vous ne faites pas des choses contre votre gré. Vous êtes simplement dans un état de conscience modifié, un peu comme quand vous êtes absorbé par un bon film ou quand vous conduisez sur une route familière sans vous souvenir du trajet. C’est un état de concentration intérieure, où votre esprit critique se met en veille, et où votre inconscient devient plus accessible.

Pourquoi est-ce utile quand l’avis des autres vous bloque ? Parce que la plupart des croyances qui vous limitent ne sont pas stockées dans votre mémoire consciente. Elles sont dans votre inconscient, sous forme d’associations émotionnelles. Par exemple : « Quand mon père me regardait d’une certaine façon, je me sentais nul. » Cette association, vous ne la revisitez pas en pleine conscience chaque fois qu’on vous critique. Elle s’active automatiquement, en une fraction de seconde.

En hypnose, vous pouvez accéder à ce matériau. Pas pour le revivre douloureusement, mais pour le retravailler. On peut, par exemple, imaginer la scène où vous avez entendu ce commentaire qui vous a freiné, et y ajouter des ressources que vous n’aviez pas à l’époque. La personne que vous êtes aujourd’hui, avec son expérience, sa maturité, peut venir parler à celle que vous étiez. Ça semble simple, dit comme ça. Et pourtant, c’est d’une efficacité redoutable.

Prenons un exemple. Je reçois un jour un homme d’une quarantaine d’années, cadre commercial. Il veut lancer son propre cabinet de conseil. Il a les compétences, le réseau, l’expérience. Mais dès qu’il pense à en parler à son frère, il se bloque. Son frère a toujours été le « sage » de la famille, celui qui donne des conseils. Mais dans ce cas précis, ses conseils sont des freins. « Tu vas perdre en stabilité. » « Tu vas regretter. » « Tu n’es pas fait pour l’indépendance. »

En séance, on explore d’où vient ce poids. On remonte à l’enfance. Le frère aîné le protégeait, mais aussi le cadrait. L’association « suivre l’avis de mon frère = sécurité » s’est gravée. Et aujourd’hui, la sécurité, c’est rester salarié. L’indépendance, c’est l’insécurité. Son cerveau ne fait pas la différence entre un risque professionnel mesuré et un danger vital. Il active la même réponse : évitement.

On travaille en hypnose pour dissocier ces deux choses. On lui fait vivre en imagination la sensation de sécurité intérieure, indépendamment de l’avis extérieur. On crée une ancre : un geste, une respiration, qui lui rappelle cette sécurité quand il en a besoin. Au bout de quelques séances, il peut parler à son frère sans s’effondrer. Il entend ses conseils, mais il ne les prend plus pour des ordres. Il lance son cabinet six mois plus tard.

« L’hypnose ne vous rend pas insensible aux autres. Elle vous rend sensible à vous-même d’abord. »

L’Intelligence Relationnelle : un autre levier pour ne plus subir les avis

L’hypnose, c’est puissant. Mais ce n’est pas le seul outil que j’utilise. Quand vous êtes bloqué par l’avis des autres, il y a souvent un aspect relationnel qui dépasse le simple conditionnement intérieur. C’est là que l’Intelligence Relationnelle (IR) entre en jeu. C’est une approche que j’ai intégrée à ma pratique et qui complète très bien l’hypnose.

L’IR, c’est l’art de comprendre ce qui se joue dans une interaction, au-delà des mots. Quand quelqu’un vous dit « tu es sûr de vouloir faire ça ? », le message conscient, c’est une question. Mais le message inconscient, c’est peut-être : « j’ai peur que tu changes et que tu t’éloignes de moi », ou « j’ai besoin que tu restes dans le cadre que je connais », ou encore « si tu réussis, ça me renvoie à mes propres échecs ».

Quand vous comprenez ça, vous cessez de prendre les remarques personnellement. Vous les prenez comme des informations sur l’autre, pas sur vous. Et ça change tout.

En pratique, je propose souvent à mes patients un petit exercice simple. La prochaine fois que quelqu’un vous fait une remarque qui vous freine, au lieu de vous effondrer ou de vous défendre, posez-vous trois questions :

  1. Qu’est-ce que cette personne ressent vraiment, derrière ses mots ?
  2. Est-ce que son avis est basé sur une connaissance réelle de ma situation, ou sur sa propre peur ?
  3. Si je suivais mon intuition, qu’est-ce que je ferais maintenant ?

Ce n’est pas magique, mais ça crée un espace. Un espace entre le stimulus (la remarque) et la réponse (l’abandon). Et dans cet espace, vous pouvez choisir. L’hypnose vous aide à agrandir cet espace, à le rendre plus confortable, à y rester sans paniquer.

Je me souviens d’une femme, professeure des écoles, qui voulait se reconvertir dans l’accompagnement des adolescents. Elle avait déjà commencé une formation. Mais sa mère, avec qui elle était très proche, lui répétait : « Tu vas perdre ta sécurité, tu vas regretter, l’Éducation nationale c’est un bon cadre. » La patiente culpabilisait. Elle se sentait déloyale.

En IR, on a travaillé sur la notion de loyauté. Sa mère avait sacrifié sa propre carrière pour élever ses enfants. Pour elle, la sécurité était vitale. Mais ce n’était pas la même époque, ni la même personne. La patiente a appris à dire : « Maman, je comprends que tu aies peur pour moi. Mais moi, j’ai besoin de faire ce chemin. Ce n’est pas un rejet de toi, c’est une fidélité à moi. » Elle a pu le dire sans colère, sans justification, juste avec clarté. Et sa mère, surprise, a fini par dire : « Si tu es si sûre, alors je te soutiens. »

Parfois, l’avis des autres vous bloque parce que vous n’avez pas appris à poser vos propres limites. L’hypnose vous aide à renforcer votre identité, et l’IR vous donne des outils concrets pour communiquer cette identité sans agressivité. Les deux se nourrissent.

Comment sortir du cercle en trois étapes concrètes

Vous n’êtes pas obligé de venir en cabinet pour commencer à changer. Voici trois étapes que vous pouvez tester dès aujourd’hui. Elles ne remplacent pas un accompagnement, mais elles ouvrent une porte.

Étape 1 : Identifiez votre « voix critique externe ».

Prenez un carnet. Notez la dernière fois où vous avez renoncé à quelque chose à cause de l’avis de quelqu’un. Écrivez exactement ce que la personne a dit. Puis écrivez ce que vous avez ressenti. Ensuite, demandez-vous : cette personne connaît-elle vraiment mon désir, mon contexte, mes ressources ? Si la réponse est non, vous tenez quelque chose. Vous avez identifié que le commentaire vient d’une projection, pas d’une évaluation objective.

Étape 2 : Créez un espace de silence intérieur.

Avant de prendre une décision importante, accordez-vous cinq minutes de silence. Pas de téléphone, pas de musique, pas de distractions. Mettez une main sur votre ventre, l’autre sur votre cœur. Respirez lentement. Et posez-vous la question : « Qu’est-ce que je veux, moi, vraiment, si personne ne me regardait, si personne ne me jugeait ? » La première réponse qui vient, c’est souvent la bonne. Votre inconscient parle vite. Ne la censurez pas.

Étape 3 : Expérimentez un petit pas sans le dire.

Choisissez une micro-action liée à votre projet. Quelque chose que vous pouvez faire seul, sans le partager avec personne. Par exemple : acheter un livre sur le sujet. Écrire une première page. Vous inscrire à une séance d’essai dans cette salle de sport. Faire une recherche en ligne. Faites-le. Ne le dites à personne. Juste pour voir ce que ça fait d’agir sans validation extérieure. Vous constaterez peut-être que l’énergie revient, que le doute s’estompe. Parce que l’action, même minuscule, est un antidote puissant à l’inaction.

Ces trois étapes sont un premier geste. Elles vous permettent de tester votre propre rapport à l’avis des autres, sans pression. Si vous sentez que le cercle est trop serré, que vous n’arrivez pas à sortir seul, c’est normal. Vous n’êtes pas censé tout résoudre par vous-même. C’est pour ça que je suis là.

Ce que l’hypnose peut et ne peut pas faire

Je veux être honnête avec vous. L’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne va pas effacer d’un coup tous les avis extérieurs qui vous bloquent. Elle ne va pas transformer votre entourage en supporters inconditionnels. Et elle ne va pas prendre les décisions à votre place.

Ce qu’elle peut faire, en revanche, c’est :

  • Réduire l’intensité émotionnelle associée aux commentaires des autres. Ce qui était paralysant devient simplement désagréable, puis tolérable.
  • Vous reconnecter à vos propres ressources. Vous avez déjà en vous la force, la clarté, la confiance. L’hypnose vous aide à y accéder quand vous en avez besoin.
  • Modifier les associations automatiques. Le lien entre « avis de mon père » et « je dois obéir » peut être remplacé par « j’écoute, je choisis ».
  • Créer un état de calme intérieur qui vous permet de penser clairement, même sous pression extérieure.

Ce qu’elle ne peut pas faire :

  • Changer les autres à votre place. Votre conjoint peut continuer à douter de vous. Mais vous

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit