HypnoseConfiance Et Identite

« Je n’osais plus parler en réunion » : témoignage d’une guérison

Histoire vraie d’une transformation grâce à l’hypnose ericksonienne.

TSThierry Sudan
24 avril 202612 min de lecture

« Je n’osais plus parler en réunion » : c’est la phrase que j’ai entendue le plus souvent dans mon cabinet ces dernières années. Pas toujours formulée comme ça, mais toujours avec la même gêne, la même honte. « Je sais que je connais mon sujet, mais dès que je dois prendre la parole, ma voix se bloque » ; « On me dit que je suis compétent, mais je n’arrive pas à m’affirmer devant les autres » ; « Je préfère me taire plutôt que de dire une bêtise ».

Et puis un jour, il y a ce déclic. Pas un miracle. Pas une formule magique. Mais quelque chose qui change.

Cet article, je l’écris pour ceux qui se reconnaissent dans ces mots. Pas pour vous vendre une méthode miracle, mais pour vous raconter ce qui se passe vraiment quand on ose regarder la peur en face. Et pour vous montrer que vous n’êtes pas seul, et que ce n’est pas une fatalité.

Pourquoi la peur de parler en réunion est-elle si paralysante ?

Prenons un exemple. Je vais l’appeler Julien. Trente-cinq ans, cadre dans une entreprise de services. Il vient me voir un mardi matin, visiblement tendu. Il s’assoit, croise les bras. « Je n’en peux plus. Chaque réunion est un supplice. Même quand je sais ce que je dois dire, ma gorge se serre. Je transpire, mon cœur s’emballe, et je finis par me taire. Ensuite, je passe des heures à me détester. »

Ce que Julien décrit, ce n’est pas de la timidité ordinaire. C’est une réaction physiologique et psychologique complexe. Quand vous êtes en réunion, votre cerveau, via l’amygdale, interprète la situation comme une menace. Pas une menace de mort, bien sûr, mais une menace sociale : le jugement, le rejet, l’humiliation. Et votre corps réagit comme face à un prédateur : accélération cardiaque, transpiration, respiration superficielle, et cette sensation de « boule » dans la gorge qui vous empêche de parler.

Ce qui est pernicieux, c’est que plus vous évitez, plus la peur s’ancre. Chaque silence renforce l’idée que « c’est dangereux ». Chaque fuite confirme que « je ne suis pas capable ». Le cerveau apprend, mais il apprend mal. Il associe la réunion à un danger, et il renforce le circuit de l’évitement.

Ce n’est pas une question de volonté. Ce n’est pas que vous soyez « faible » ou « nul ». C’est un mécanisme de survie qui s’est emballé. Et la bonne nouvelle, c’est qu’on peut le réinitialiser.

Comment l’hypnose ericksonienne permet de débloquer ce mécanisme ?

Je pratique l’hypnose ericksonienne depuis plus de dix ans. Ce qui me passionne dans cette approche, c’est qu’elle ne cherche pas à « contrôler » ou à « supprimer » la peur. Elle va plutôt dialoguer avec elle. Milton Erickson, le fondateur, disait que chaque symptôme a une fonction, une logique interne. La peur de parler en réunion n’est pas un bug. C’est une stratégie mal adaptée que votre inconscient a mise en place pour vous protéger.

L’hypnose ericksonienne, c’est un état de conscience modifié où votre attention est focalisée, mais où votre critique intérieur s’apaise. Vous n’êtes pas endormi. Vous êtes dans un état de réceptivité, un peu comme quand vous êtes absorbé par un film ou une musique. Dans cet état, on peut accéder à des ressources que votre mental rationnel ne mobilise pas.

Prenons un exemple concret. Avec Julien, je ne lui ai pas demandé de « se détendre » ou de « positiver ». Je l’ai invité à se souvenir d’un moment où il s’était senti confiant et compétent. Pas lié au travail. Un souvenir quelconque : une fois où il avait réparé un vélo, ou cuisiné un plat pour des amis, ou réussi un jeu vidéo difficile. On a pris le temps de revivre cette sensation, de la ressentir dans le corps : la respiration, la posture, la chaleur dans la poitrine.

Ensuite, sans forcer, on a associé cette sensation à l’image d’une réunion. Pas en disant « tu vas être confiant », mais en laissant cette ressource se connecter doucement, naturellement. L’idée, c’est de créer un nouveau chemin neuronal, une nouvelle association entre la réunion et une sensation de sécurité.

L’hypnose ericksonienne ne fait pas l’impossible. Elle ne vous transforme pas en bête de scène du jour au lendemain. Mais elle vous permet de déverrouiller une porte que vous pensiez fermée à double tour.

Ce que l’IFS apporte de plus : comprendre les parties de soi qui s’opposent

L’hypnose seule peut faire beaucoup. Mais depuis quelques années, j’intègre un autre outil puissant : l’IFS (Internal Family Systems). C’est un modèle qui considère que notre psyché est composée de multiples « parties », comme des sous-personnalités. Chacune a son rôle, ses croyances, sa stratégie pour nous protéger.

Quand vous avez peur de parler en réunion, ce n’est pas « vous » qui êtes peureux. C’est une partie de vous qui a pris le contrôle. Appelons-la la « partie protectrice ». Elle est là pour vous éviter de souffrir. Elle a peut-être appris, enfant, que dire quelque chose de travers pouvait attirer les moqueries ou les reproches. Alors elle vous fait taire. Elle vous serre la gorge. Elle vous fait transpirer pour que vous vous taisiez.

Mais il y a aussi une autre partie, souvent plus jeune, qu’on appelle la « partie exilée ». C’est celle qui porte la blessure d’origine : la honte, le sentiment de ne pas être à la hauteur, la peur d’être rejeté. Le protecteur fait tout pour que vous ne ressentiez pas cette blessure.

Le travail, avec l’IFS, c’est d’entrer en dialogue avec ces parties. Pas pour les combattre, mais pour les comprendre. Pour leur dire : « Merci de me protéger. Je vois ton travail. Maintenant, j’ai besoin de reprendre les commandes, mais je ne te rejette pas. »

Avec Julien, on a fait un exercice simple en état d’hypnose légère. Je lui ai demandé de placer sa main sur sa poitrine, là où il sentait la tension. Et de demander à cette partie : « Qu’est-ce que tu veux pour moi ? » La réponse est venue, presque immédiate : « Je veux que tu ne sois pas humilié. Je veux que tu sois en sécurité. » Ce n’était pas un ennemi. C’était un gardien dévoué, mais maladroit.

Quand on comprend ça, la peur perd de sa puissance. Ce n’est plus un monstre. C’est une partie de soi qui a besoin d’être rassurée, pas combattue.

Pourquoi l’Intelligence Relationnelle est la clé pour oser enfin s’exprimer

L’hypnose et l’IFS travaillent sur vous, en vous. Mais la peur de parler en réunion a aussi une dimension relationnelle. Vous n’avez pas peur de parler tout seul dans votre chambre. Vous avez peur face aux autres. Le regard, le jugement, la dynamique de groupe.

C’est là qu’intervient l’Intelligence Relationnelle, une approche que j’ai développée et qui s’inspire de la communication non violente, de l’analyse transactionnelle et de la pleine conscience relationnelle. L’idée est simple : quand vous êtes en réunion, vous n’êtes pas seulement en compétition avec votre propre peur. Vous êtes en interaction avec des personnes qui ont aussi leurs propres parties protectrices.

Un collègue qui vous coupe la parole n’est pas forcément méchant. Il a peut-être une partie qui a peur de ne pas être entendu. Un manager qui semble impatient a peut-être une partie qui craint de perdre le contrôle. Si vous comprenez ça, vous pouvez arrêter de prendre tout personnellement.

L’Intelligence Relationnelle vous apprend à repérer vos déclencheurs émotionnels dans l’instant. Par exemple, vous sentez que votre cœur s’emballe. Au lieu de vous laisser submerger, vous pouvez faire une micro-pause. Un simple souffle. Et vous dire intérieurement : « Tiens, ma partie protectrice s’active. Elle pense que c’est dangereux. Je la remercie, et je choisis de parler quand même. »

Ce n’est pas une technique de manipulation. C’est une posture. C’est apprendre à rester connecté à soi tout en étant connecté aux autres. C’est oser dire : « Je vais prendre un instant pour rassembler mes idées », sans s’excuser. C’est oser reformuler une question, même si votre voix tremble un peu.

« Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité d’agir malgré elle. Et parfois, agir, c’est juste dire une phrase, même si la voix flanche. »

Comment la préparation mentale sportive s’applique à la prise de parole

J’accompagne aussi des sportifs. Des coureurs, des footballeurs. Et je vois des parallèles frappants entre la préparation d’un match et la préparation d’une réunion. Le trac du sportif avant une compétition, c’est exactement le même mécanisme que l’anxiété avant une prise de parole. Les mêmes hormones, les mêmes pensées parasites.

Ce que j’apprends aux sportifs, c’est que la performance ne dépend pas de l’absence de stress, mais de la capacité à réguler ce stress. On ne vise pas le calme absolu. On vise un état de « zone optimale de performance », où l’énergie est canalisée, pas dispersée.

Concrètement, voici quelques outils que j’adapte pour mes clients en entreprise :

La respiration en carré. Avant une réunion, vous pouvez faire 4-5 cycles : inspirez sur 4 secondes, bloquez sur 4, expirez sur 4, pause sur 4. Ça active le système parasympathique, celui qui calme le système nerveux.

L’ancrage. En hypnose, on crée un « ancrage » : un geste, un mot, un objet qui déclenche une sensation de ressource. Par exemple, toucher votre poignet gauche en pensant à un souvenir de confiance. En réunion, vous pouvez refaire ce geste discrètement pour vous reconnecter à cette ressource.

La préparation mentale narrative. Au lieu de scénariser l’échec (« Je vais bafouiller »), on scénarise le succès réaliste. Pas un succès grandiose. Un succès accessible : « Je vais dire une phrase claire, même si elle est courte. Et ce sera bien. »

Avec Julien, on a travaillé un rituel de 3 minutes avant chaque réunion : il fermait les yeux, il imaginait la salle, les visages, et il se voyait parler avec une voix posée. Pas parfaite, mais posée. Il a fait ça pendant trois semaines. Au bout d’un mois, il m’a dit : « La première fois que j’ai parlé sans que mon cœur s’emballe, j’ai pleuré dans ma voiture après. »

Que faire maintenant si vous vous reconnaissez ?

Si vous avez lu jusqu’ici, c’est probablement que quelque chose résonne. Peut-être que vous aussi, vous avez cette boule dans la gorge en réunion. Peut-être que vous avez déjà pris la décision de vous taire, cent fois, pour éviter la honte.

Je ne vais pas vous dire que tout va changer en un claquement de doigts. La guérison, c’est un chemin. Mais il y a des choses que vous pouvez faire dès maintenant, sans rendez-vous, sans thérapie.

1. Arrêtez de vous juger d’avoir peur. La peur n’est pas une faiblesse. C’est un signal. Elle vous dit que quelque chose compte pour vous. Si vous n’aviez aucune peur, vous ne seriez pas humain. Alors posez votre main sur votre poitrine, respirez, et dites-vous : « C’est normal d’avoir peur. Je ne suis pas seul. »

2. Expérimentez une micro-prise de parole. Ne visez pas grand-chose. Dans une prochaine réunion, engagez-vous à dire une seule phrase, même banale. « Je suis d’accord avec ce point. » Ou « Je peux préciser ce chiffre ? » Rien de plus. L’important, c’est de casser le cycle de l’évitement. Votre cerveau va apprendre que ça ne tue pas.

3. Tenez un petit carnet de vos victoires. Chaque fois que vous parlez, même brièvement, notez-le. Notez ce que vous avez ressenti, ce qui s’est passé après. Vous allez voir, au bout de quelques semaines, vous aurez des preuves que vous êtes capable. Et ces preuves, votre cerveau va les intégrer.

4. Si vous sentez que vous avez besoin d’un accompagnement, n’attendez pas d’être au bord du gouffre. Ce n’est pas une honte de demander de l’aide. C’est un acte de courage. Je reçois des personnes comme vous tous les jours à Saintes, et parfois en visio. On ne va pas « guérir » la peur. On va l’apprivoiser. On va lui donner une place, mais pas tout le pouvoir.

Conclusion : la guérison, c’est oser une phrase de plus

Je revois Julien, six mois après notre première séance. Il est venu me voir pour me dire merci, mais surtout pour me raconter une scène. Il était en réunion de direction. Il y avait le PDG, des directeurs. D’habitude, il se taisait, hochait la tête, attendait que ça passe. Ce jour-là, il a levé la main. Il a dit : « Je voudrais ajouter quelque chose. » Et il a parlé pendant deux minutes.

Il m’a dit : « Ma voix a un peu tremblé au début. Mais je m’en foutais. J’ai parlé. Et après, le PDG m’a dit : “Merci Julien, c’était très pertinent.” » Il avait les larmes aux yeux en me racontant ça. Pas de joie excessive. De la fierté tranquille.

La guérison, ce n’est pas de devenir un conférencier TEDx du jour au lendemain. C’est de pouvoir être vous-même, avec vos imperfections, sans avoir à vous cacher. C’est de pouvoir dire une phrase de plus que la fois d’avant. C’est de savoir que la peur est là, mais qu’elle n’est plus aux commandes.

Si vous sentez que vous avez besoin d’un cadre pour amorcer ce chemin, je suis là. Un appel gratuit de 20 minutes, sans engagement, juste pour qu’on se parle et qu’on voie si je peux vous aider. Vous pouvez me contacter via mon site thierrysudan.com. Il n’y a pas de honte à demander. Il y a de la force à oser.

Prenez soin de vous. Et la prochaine fois que vous serez en réunion, souvenez-vous : votre voix compte. Même si elle tremble un peu.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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