HypnoseConfiance Et Identite

Le mythe de l’affirmation « agressive » : l’hypnose vous apprend l’assertivité

Distinguer fermeté et agressivité pour mieux communiquer.

TSThierry Sudan
24 avril 202611 min de lecture

« Je n’ai pas crié. J’ai juste dit ce que je pensais. Et pourtant, on m’a dit que j’étais agressive. » Voilà ce que m’a confié Émilie, 34 ans, responsable marketing, lors de notre première séance. Elle venait de vivre une réunion tendue où elle avait posé une limite claire à un collègue qui empiétait sur ses missions. Résultat ? Des regards gênés, un silence pesant, et l’étiquette de « celle qui monte trop fort ». Depuis, elle doute. Est-ce que poser une limite, c’est forcément être agressive ? Est-ce que dire non, c’est faire un esclandre ?

Si vous lisez ces lignes, peut-être que vous aussi, vous avez déjà vécu cette confusion. Vous avez tenté d’être ferme, mais le mot « agressif » est venu coller à votre peau comme une étiquette injuste. Ou peut-être, à l’inverse, vous évitez soigneusement toute forme de confrontation, par peur de passer pour quelqu’un de dur. Vous vous taisez, vous encaissez, et vous finissez par ruminer en silence.

Ce que je vais vous montrer ici, c’est qu’il existe une troisième voie. Une voie qui n’a rien à voir avec l’agressivité, ni avec la passivité. Elle s’appelle l’assertivité. Et l’hypnose ericksonienne, loin d’être une simple technique de relaxation, est un outil puissant pour l’incarner. Pas pour devenir un robot qui récite des formules, mais pour retrouver une authenticité relationnelle où vous pouvez exprimer ce qui est juste pour vous, sans écraser l’autre, et sans vous écraser vous-même.

Pourquoi tant de personnes confondent-elles fermeté et agressivité ?

La confusion naît souvent d’une expérience familiale ou sociale. Si, enfant, vous avez appris qu’exprimer un désaccord était dangereux – parce que cela déclenchait des colères, des punitions ou des silences –, votre cerveau a enregistré : « être ferme = être agressif = être rejeté ». Ce schéma s’ancre dans le corps, dans la voix, dans la posture.

Prenons l’exemple de Marc, 42 ans, commercial. Lorsqu’il refuse une demande irréaliste d’un client, il sent sa mâchoire se serrer, son rythme cardiaque s’accélérer. Sa voix devient plus aiguë, plus rapide. L’autre en face perçoit cette tension, et la conversation dérape. Marc n’est pas agressif dans l’intention, mais son système nerveux, en état d’alerte, produit une communication qui ressemble à de l’agressivité. Le résultat est le même : le lien se tend, la relation se fragilise.

L’agressivité, c’est quand on attaque l’autre, quand on cherche à dominer, humilier ou prendre le pouvoir. La fermeté, c’est quand on tient une position claire tout en restant respectueux. Mais entre les deux, il y a un brouillard émotionnel. Beaucoup de mes clients me disent : « Je ne sais pas comment doser. Soit j’explose, soit je me tais. »

Ce brouillard, c’est celui de l’absence d’assertivité. L’assertivité n’est ni un tempérament inné ni une technique de vente. C’est une capacité à s’affirmer sans agressivité, à dire non sans culpabilité, à demander sans exiger. Et contrairement à ce qu’on croit, elle ne nécessite pas de « monter le ton ». Elle nécessite d’être connecté à soi-même.

Comment l’hypnose ericksonienne transforme-t-elle votre rapport à l’affirmation ?

L’hypnose que je pratique n’est pas un spectacle de montre à gousset. C’est un état de conscience modifié, naturel, que vous expérimentez chaque jour sans le savoir : quand vous êtes absorbé par un film, quand vous conduisez sans vous souvenir du trajet, quand vous rêvassez. Dans cet état, le mental critique ralentit, et l’accès à l’inconscient – cette partie de vous qui gère vos automatismes, vos croyances, vos émotions – devient direct.

En séance, je ne vais pas vous « programmer » pour devenir assertif. Je vais plutôt vous aider à dénouer les fils qui relient la fermeté à la peur. Par exemple, je peux vous inviter à revivre une situation où vous vous êtes senti agressif sans le vouloir, mais en restant dans un espace de sécurité. Votre inconscient, dans cet état, peut alors associer de nouvelles réponses : une respiration plus lente, une voix posée, une posture ancrée.

Un de mes clients, footballeur en club amateur, se plaignait d’être « trop gentil » sur le terrain. Il laissait ses coéquipiers lui voler son espace, ne demandait jamais le ballon. En hypnose, nous avons travaillé sur une image : celle d’un chêne solide, dont les racines plongent profond dans la terre. À chaque fois qu’il sentait la pression monter, il visualisait ces racines. Résultat ? Il a commencé à dire « je prends » d’une voix calme, et ses coéquipiers lui ont passé le ballon. Il n’avait pas crié. Il s’était simplement affirmé.

L’hypnose ericksonienne permet de reprogrammer les réponses automatiques. Là où avant vous aviez une boule dans la gorge, vous pouvez avoir une inspiration. Là où vous aviez des mots qui blessent, vous pouvez trouver des mots qui posent.

Quels sont les vrais mécanismes de l’agressivité et comment les désamorcer ?

L’agressivité est souvent une réponse de survie. Quand notre cerveau perçoit une menace – un reproche, une injustice, un empiétement –, il active le système sympathique : le fameux « fight or flight » (combat ou fuite). Si vous êtes du genre combat, vous allez attaquer. Si vous êtes fuite, vous allez vous taire. Dans les deux cas, vous n’êtes pas dans l’assertivité.

Le problème, c’est que beaucoup de menaces modernes ne sont pas vitales. Un collègue qui vous coupe la parole n’est pas un tigre à dents de sabre. Mais votre cerveau, lui, réagit comme si c’était le cas. L’hypnose vous apprend à différencier une menace réelle d’une simple contrariété.

Prenons le cas de Sophie, 29 ans, infirmière. Elle supportait mal les remarques d’un médecin. À chaque fois, elle sentait la colère monter, ses poings se serrer, et elle répondait d’un ton sec. En séance, nous avons exploré une situation où elle s’était sentie agressée. Je lui ai demandé de décrire la scène comme si elle était une spectatrice dans un film. Cette distanciation, permise par l’état hypnotique, a changé sa perception. Elle a réalisé que le médecin n’était pas en train de l’attaquer personnellement, mais qu’il était lui-même stressé. À partir de là, elle a pu choisir une réponse plus calme.

Un exercice simple que vous pouvez essayer : la prochaine fois que vous sentez la colère monter, avant de parler, inspirez profondément par le nez pendant 4 secondes, retenez 4 secondes, expirez par la bouche pendant 6 secondes. Cela active le nerf vague, calme le système nerveux. Vous gagnez 10 secondes. Et ces 10 secondes suffisent souvent à choisir une réponse assertive plutôt qu’agressive.

Comment l’Intelligence Relationnelle et l’IFS complètent-elles ce travail ?

L’hypnose seule peut faire beaucoup, mais elle gagne à être associée à d’autres approches. L’Intelligence Relationnelle (IR) est un cadre que j’utilise souvent. Elle repose sur une idée simple : toute communication est une interaction entre deux personnes, chacune avec son histoire, ses besoins, ses peurs. L’assertivité n’est pas une performance individuelle, c’est une danse à deux.

En IR, on apprend à distinguer trois postures : la posture basse (soumission), la posture haute (agressivité) et la posture adulte (assertivité). La posture adulte implique de parler de soi, de ses ressentis, sans accuser l’autre. Par exemple : « Quand tu me coupes la parole, je me sens frustré, parce que j’ai besoin de terminer mon idée. » C’est très différent de : « Tu m’as coupé la parole, c’est impoli. »

L’IFS (Internal Family Systems), ou Système Familial Intérieur, ajoute une autre couche. Cette approche considère que notre psyché est composée de plusieurs « parties » ou sous-personnalités. Par exemple, il y a une partie en vous qui veut être gentille à tout prix, une autre qui veut se défendre, une autre qui a peur du conflit. L’agressivité peut venir d’une partie protectrice qui a appris à attaquer pour vous protéger.

En séance, je peux dialoguer avec ces parties. Une de mes clientes, Anne, 38 ans, avait une partie qu’elle appelait « la guerrière ». Cette partie surgissait dans les réunions, parlait fort, coupait la parole. Anne en avait honte. Mais en IFS, nous avons découvert que « la guerrière » s’était formée à l’adolescence, quand Anne était harcelée. Cette partie avait pris le relais pour la protéger. Une fois comprise et remerciée, elle a accepté de se faire plus discrète. Anne a pu développer une nouvelle partie, plus calme, plus assertive.

« L’agressivité n’est pas un défaut de caractère. C’est souvent une partie de vous qui a appris à crier pour être entendue. Quand vous l’écoutez, elle peut cesser de hurler. »

En quoi la préparation mentale sportive affine-t-elle cette compétence ?

Vous n’êtes pas sportif ? Peu importe. Les outils que j’utilise avec les coureurs et les footballeurs sont transposables à la vie professionnelle et personnelle. La préparation mentale sportive est un laboratoire idéal pour l’assertivité, car le sport met le corps et les émotions sous pression.

Un coureur de marathon, par exemple, doit gérer la douleur, la fatigue, les doutes. Il doit s’affirmer face à son propre mental qui lui dit « arrête-toi ». L’assertivité, ici, c’est se parler à soi-même avec fermeté et bienveillance : « Je peux tenir encore un kilomètre. Je ralentis mon rythme, mais je continue. »

Chez les footballeurs, l’assertivité est cruciale dans les duels, les choix de passes, les prises de décision sous pression. Un joueur qui doute va hésiter, perdre le ballon, ou au contraire foncer tête baissée. L’hypnose les aide à entrer dans un état de flow, où l’action et la conscience se confondent. Dans cet état, ils ne réfléchissent pas à « comment être assertif », ils le sont naturellement.

Vous pouvez appliquer cela dans votre vie. Avant une conversation difficile, visualisez-vous en train de parler calmement, le dos droit, les épaules détendues. Imaginez que vous êtes un athlète qui entre sur le terrain. Votre objectif n’est pas de gagner un combat, mais de rester dans votre centre, quoi qu’il arrive.

Comment passer de la théorie à la pratique dès maintenant ?

Je pourrais vous donner une liste de techniques, mais l’assertivité ne s’apprend pas dans les livres. Elle s’incarne. Voici trois pistes concrètes, issues de mon travail, que vous pouvez expérimenter cette semaine.

1. Le « non » en miroir. La prochaine fois qu’on vous demande quelque chose que vous ne voulez pas faire, ne répondez pas tout de suite. Prenez une respiration, puis dites : « Je comprends ta demande. Et non, je ne peux pas. » Sans justification. Sans excuse. C’est déstabilisant au début, mais ça ancre l’assertivité.

2. L’enregistrement vocal. Prenez votre téléphone, enregistrez-vous en train de dire une phrase assertive, par exemple : « Je ne suis pas d’accord avec cette décision. » Réécoutez-vous. Est-ce que votre voix est trop aiguë ? Trop rapide ? Trop agressive ? Répétez en ajustant le ton, comme un musicien qui accorde son instrument. Votre voix est un instrument, vous pouvez la modeler.

3. L’ancrage corporel. Debout, les pieds écartés à la largeur des hanches, pliez légèrement les genoux. Sentez le contact de vos pieds avec le sol. Inspirez, et imaginez que des racines descendent de vos pieds jusqu’au centre de la terre. Expirez, et sentez la stabilité. Faites cela 30 secondes avant une interaction difficile. Votre corps enverra un signal de calme à votre cerveau.

Ces exercices ne sont pas magiques. Ils demandent de la répétition. Mais avec le temps, ils deviendront des réflexes.

Conclusion : l’assertivité n’est pas une arme, c’est une libération

Je vois souvent des personnes qui viennent me voir en pensant qu’elles doivent « devenir plus dures », « mettre un masque », « apprendre à cogner ». Et puis, au fil des séances, elles découvrent que l’assertivité n’est pas une armure. C’est une ouverture. C’est la capacité à dire « voilà où je suis, voilà ce dont j’ai besoin », sans peur du jugement.

Émilie, dont je vous parlais au début, a continué son chemin. Elle a appris à ralentir sa respiration, à sentir ses pieds sur le sol, à écouter la partie d’elle qui avait peur d’être rejetée. Aujourd’hui, elle pose toujours des limites, mais sa voix est posée, son regard est calme. Ses collègues ne la trouvent plus agressive. Ils la trouvent claire. Et elle, elle se sent alignée.

Si vous sentez que ce sujet résonne en vous, si vous en avez assez de douter entre exploser ou vous taire, sachez que vous n’êtes pas seul. Ce chemin se fait avec un accompagnement, à votre rythme, dans un espace sécurisé. Vous pouvez commencer par un simple rendez-vous découverte, sans engagement. Juste pour voir. Juste pour vous écouter.

Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes, et je reçois en cabinet ou en visio. Si vous voulez explorer comment l’hypnose, l’IFS ou l’Intelligence Relationnelle peuvent vous aider à vivre des relations plus authentiques, je suis là. Pas pour vous transformer en quelqu’un d’autre, mais pour vous aider à devenir pleinement vous-même. Et ça, c’est une force que personne ne pourra vous enlever.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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