HypnoseConfiance Et Identite

Le protocole IFS pour apaiser la peur du jugement

Une méthode douce pour dialoguer avec vos parts.

TSThierry Sudan
24 avril 202612 min de lecture

Vous êtes en réunion. Vous voulez dire quelque chose, mais votre gorge se serre. Vous sentez le regard des autres peser sur vous. Une voix intérieure vous souffle : « Ne dis rien, tu vas passer pour un idiot. » Alors vous vous taisez. Vous resserrez les épaules, vous baissez les yeux, et vous attendez que le moment passe.

Cette scène, vous la vivez peut-être au travail, en famille, ou même entre amis. La peur du jugement n’est pas une faiblesse. C’est une réaction ancienne, une alarme qui s’est déclenchée tellement de fois qu’elle est devenue un réflexe. Mais derrière cette peur, il n’y a pas un problème à éliminer. Il y a une part de vous qui essaie de vous protéger.

Je m’appelle Thierry Sudan, et depuis mon cabinet à Saintes, j’accompagne des adultes qui, comme vous, sentent cette peur au quotidien. Aujourd’hui, je vais vous parler d’une méthode douce pour dialoguer avec cette part qui juge et qui craint d’être jugée : le protocole IFS (Internal Family Systems). Pas de baguette magique, pas de promesse de transformation instantanée. Juste une façon de faire la paix avec ce qui vous habite.

Pourquoi la peur du jugement vous paralyse (et ce n’est pas votre faute)

Imaginez un instant que vous êtes dans une pièce avec des amis. Quelqu’un raconte une anecdote personnelle, un peu vulnérable. Vous sentez un malaise monter. Vous pensez : « Pourquoi il dit ça ? Ça va le faire mal juger. » Puis vous réalisez que c’est vous qui parlez, et que vous venez de vous exposer.

Ce qui se joue ici, ce n’est pas un simple manque de confiance. C’est un système interne qui s’active en une fraction de seconde. La peur du jugement est souvent liée à ce que les thérapeutes appellent un « critique intérieur ». En IFS, on ne le combat pas. On l’écoute.

Cette part de vous qui vous dit « tais-toi », « tu vas te ridiculiser », ou « ils vont penser que tu es nul », n’est pas votre ennemie. Elle est comme un ange gardien qui a mal vieilli. Elle a été créée dans un moment de vulnérabilité – une enfance où l’on vous a trop corrigé, une adolescence où l’on s’est moqué de vous, un environnement professionnel compétitif. Sa mission : vous éviter la douleur du rejet.

Mais aujourd’hui, cette part est devenue trop bruyante. Elle vous empêche de prendre la parole, de dire ce que vous pensez, de montrer qui vous êtes vraiment. Et plus vous essayez de la faire taire, plus elle s’accroche. Pourquoi ? Parce qu’elle croit sincèrement que sans elle, vous allez vous effondrer.

Le paradoxe de la peur du jugement : plus vous voulez la contrôler, plus elle prend le pouvoir. La solution n’est pas de la combattre, mais de la comprendre.

Le modèle IFS : votre esprit n’est pas un bloc, c’est une famille intérieure

Vous avez sans doute déjà entendu parler de l’hypnose ou de la psychologie classique. L’IFS, c’est un peu différent. Imaginez que votre psyché n’est pas un tout homogène, mais une famille de « parts » qui vivent à l’intérieur de vous. Chacune a son âge, son histoire, ses émotions, et sa stratégie de survie.

Dans le cas de la peur du jugement, trois types de parts entrent souvent en jeu :

  1. Les parts protectrices : ce sont elles qui vous poussent à vous taire, à vous préparer à l’avance, à analyser chaque mot. Leur rôle : éviter le danger social.
  2. Les parts exilées : ce sont des parties plus jeunes, souvent blessées, qui portent des souvenirs de honte, de rejet ou d’humiliation. Les protectrices les cachent pour que vous ne les ressentiez pas.
  3. Le Soi : c’est votre essence – calme, curieuse, confiante, compatissante. En IFS, on ne cherche pas à éliminer les parts, mais à libérer le Soi pour qu’il puisse les guider.

Concrètement, quand vous avez peur du jugement, une part protectrice (appelons-la « la Vigie ») se lève et vous dit : « Attention, danger. » Elle active des tensions dans le corps, des pensées répétitives, et une hypervigilance. Elle fait son travail. Mais elle écrase votre spontanéité.

L’objectif du protocole IFS n’est pas de la faire taire. C’est de l’inviter à s’asseoir avec vous, de l’écouter, et de lui montrer qu’aujourd’hui, vous êtes adulte et capable de gérer les situations autrement.

Comment dialoguer avec la part qui juge (exercice pas à pas)

Avant de commencer, un prérequis : vous n’allez pas juger votre part qui juge. Si vous pensez « cette part est idiote, je voudrais m’en débarrasser », vous êtes vous-même identifié à une autre part critique. Le travail IFS commence par une posture d’accueil.

Voici un exercice que vous pouvez faire seul, dans un endroit calme, pendant 10 à 15 minutes. Vous pouvez aussi l’utiliser comme préparation avant une situation stressante.

Étape 1 : Identifiez la part active Fermez les yeux. Rappelez-vous une situation récente où vous avez senti la peur du jugement. Peut-être une réunion, un dîner, un échange avec un supérieur. Laissez la scène revenir, comme un film. Maintenant, portez votre attention sur les sensations physiques : où est-ce que ça serre ? Poitrine, gorge, ventre ? Et les pensées : que vous dites-vous exactement ? « Ils vont voir que je ne sais pas », « Je vais me faire remarquer », « Il faut que je sois parfait » ?

Cette voix, cette tension, c’est votre part protectrice. Vous pouvez la nommer : « la Vigie », « le Censeur », « l’Avocat du diable ». Donnez-lui un nom, ça crée une distance.

Étape 2 : Posez-lui des questions avec curiosité Au lieu de lui résister, adressez-vous à elle mentalement, comme à une personne. Vous pouvez dire : « Bonjour, je vois que tu es là. Merci de me protéger. J’aimerais te connaître mieux. » Puis posez des questions simples :

  • Que crains-tu qu’il arrive si je dis ce que je pense ?
  • Depuis quand es-tu là ? Quel âge as-tu dans cette histoire ?
  • Qu’est-ce que tu crois devoir faire pour me garder en sécurité ?

Ne cherchez pas à répondre « intelligemment ». Laissez venir des images, des sensations, des souvenirs. Peut-être que cette part vous montrera une scène d’enfance où l’on s’est moqué de vous, ou une remarque d’un parent qui vous a marqué.

Étape 3 : Ressentez ce qu’elle porte Souvent, sous la peur du jugement, il y a une part plus jeune, plus vulnérable. Par exemple, un enfant qui a eu honte d’être lui-même. La part protectrice (la Vigie) porte la responsabilité de cacher cet enfant. Si vous pouvez, demandez à la Vigie : « Qu’est-ce que tu ressens quand tu me protèges ? Est-ce que tu es fatiguée ? Triste ? » Vous serez surpris : derrière la dureté, il y a souvent de la fatigue et de la tendresse.

Étape 4 : Proposez un nouveau rôle Une fois que vous avez écouté, vous pouvez dire à cette part : « Je te remercie d’avoir fait ce travail pendant toutes ces années. Aujourd’hui, je suis adulte. Je peux gérer les situations autrement. Accepterais-tu de prendre un nouveau rôle ? Par exemple, tu pourrais rester à mes côtés, mais sans prendre les commandes. Tu pourrais me signaler les vrais dangers, mais me laisser décider. »

Ce n’est pas un ordre. C’est une négociation. Certaines parts acceptent tout de suite, d’autres ont besoin de temps.

Étape 5 : Revenez doucement Reprenez contact avec votre respiration, ouvrez les yeux. Notez ce qui a changé. Peut-être que la tension a baissé, que vous vous sentez plus léger, ou que la voix intérieure s’est adoucie.

L’IFS ne demande pas de croire quoi que ce soit. Il vous invite à expérimenter. Essayez cet exercice une fois, et observez ce qui se passe. Vous n’avez rien à perdre, sauf peut-être un peu de peur.

Ce que l’hypnose ericksonienne ajoute à l’IFS (et pourquoi c’est complémentaire)

Dans mon cabinet, j’utilise souvent l’hypnose ericksonienne en complément de l’IFS. Pourquoi ? Parce que l’IFS est un dialogue conscient, tandis que l’hypnose permet d’aller plus profond, là où les parts sont moins accessibles à la raison.

L’hypnose ericksonienne, c’est l’art de parler à l’inconscient de manière indirecte. Par exemple, plutôt que de dire « vous allez faire la paix avec votre part qui juge », on utilise des métaphores, des histoires, des suggestions qui contournent les résistances. Une part protectrice est souvent méfiante : elle ne veut pas qu’on la change. L’hypnose lui parle dans une langue qu’elle comprend.

Concrètement, si vous venez me voir pour la peur du jugement, on peut faire une séance où, sous hypnose, on invite la part protectrice à se détendre un peu, à prendre du recul. On crée un espace intérieur où la part exilée peut être entendue sans être submergée. L’hypnose permet aussi de renforcer le Soi – cette partie de vous qui est déjà calme et confiante, même si vous ne la sentez pas toujours.

Attention : l’hypnose ne vous fera pas perdre le contrôle. Vous restez conscient, vous entendez ma voix, vous pouvez ouvrir les yeux à tout moment. Et elle ne remplace pas l’IFS : elle le facilite. Les deux approches se nourrissent.

Les pièges à éviter quand on travaille avec ses parts

Quand on commence à dialoguer avec ses parts, on peut tomber dans quelques erreurs. Je les vois souvent chez mes clients, et je les ai moi-même vécues.

Piège n°1 : Vouloir se débarrasser de la part qui juge C’est tentant. On se dit : « Si je pouvais juste supprimer cette voix, je serais libre. » Mais une part ne se supprime pas. Elle s’intègre. Si vous la chassez, elle revient par la fenêtre, sous une autre forme (anxiété, procrastination, perfectionnisme). L’IFS n’est pas un exorcisme, c’est une réconciliation.

Piège n°2 : Confondre la part et le Soi Quand vous êtes en pleine peur du jugement, vous êtes probablement « fusionné » avec la part protectrice. Vous ne pouvez pas la voir clairement. Il faut d’abord prendre du recul. Une astuce : si vous ressentez une forte émotion (colère, honte, panique), vous êtes dans une part. Le Soi, lui, est calme, curieux, et un peu distant – comme un observateur bienveillant.

Piège n°3 : Aller trop vite vers la part exilée Sous la peur du jugement, il y a souvent une part blessée (un enfant qui a eu honte, qui s’est senti rejeté). C’est tentant de vouloir la réconforter tout de suite. Mais si vous y allez sans l’accord de la part protectrice, vous risquez de la submerger. Respectez le rythme. Demandez d’abord à la Vigie : « Est-ce que je peux parler à la part que tu protèges ? » Si elle dit non, écoutez-la encore.

Piège n°4 : Croire qu’une seule séance suffit L’IFS est un processus. Certaines parts sont très anciennes et ont besoin de plusieurs dialogues pour se sentir en sécurité. Ne vous découragez pas si après un premier exercice, la peur revient. C’est normal. Chaque fois que vous écoutez une part, vous renforcez la confiance.

Comment intégrer ce protocole dans votre quotidien (sans devenir thérapeute)

Vous n’avez pas besoin de passer des heures par jour à dialoguer avec vos parts. Voici comment intégrer l’IFS dans votre vie réelle, en trois gestes simples.

1. Le « check-in » de 30 secondes Avant une situation qui déclenche votre peur du jugement (une réunion, un appel, un rendez-vous), prenez 30 secondes. Posez votre main sur votre ventre ou votre poitrine. Dites intérieurement : « Bonjour, part qui a peur. Je sais que tu es là. Merci de me protéger. Je vais y aller, mais je t’emmène avec moi. » Ce simple geste désamorce souvent la panique.

2. Le journal des parts Le soir, notez rapidement une situation où la peur du jugement est apparue. Puis écrivez ce que la part vous a dit (par exemple : « Tu vas te ridiculiser »). Ensuite, écrivez une réponse du Soi, comme vous le feriez avec un ami : « Je comprends que tu aies peur. Mais je suis capable de gérer les critiques. Je suis en sécurité. » Sans jugement, juste une voix calme.

3. La pratique de la curiosité Quand vous êtes en pleine interaction et que la peur monte, au lieu de vous crisper, devenez curieux. Demandez-vous : « Qu’est-ce que ma part ressent en ce moment ? » Cette simple question vous sort de la fusion et vous remet en contact avec le Soi. Vous pouvez même le faire en direct, pendant une conversation.

Le plus grand changement ne vient pas d’un protocole parfait, mais d’un regard neuf sur ce qui vous habite. Quand vous cessez de lutter contre vos parts, elles cessent de lutter contre vous.

Une invitation à faire le premier pas

La peur du jugement n’est pas une fatalité. Elle est le signe qu’une partie de vous veille, peut-être trop fort, mais avec une intention bonne. Le protocole IFS vous offre une clé : au lieu de fuir cette part ou de la combattre, vous pouvez l’écouter, la remercier, et lui proposer une place plus légère.

Ce n’est pas un chemin rapide. Certains jours, la peur sera encore là. Mais vous saurez qu’elle n’est pas toute votre histoire. Vous saurez qu’il y a, au fond de vous, un espace calme qui peut l’accueillir sans être submergé.

Si cet article résonne avec ce que vous vivez, je vous invite à essayer l’exercice que je vous ai donné. Prenez 10 minutes, installez-vous, et parlez à cette part. Vous verrez, elle a des choses à vous dire. Et vous, vous avez une voix qui mérite d’être entendue.

Si vous sentez que vous avez besoin d’un accompagnement plus personnalisé, sachez que je reçois en cabinet à Saintes et en visio. Nous pourrons travailler ensemble, à votre rythme, avec l’hypnose et l’IFS. Pas pour effacer vos parts, mais pour les apaiser. Contactez-moi si vous voulez en parler – sans pression, juste une porte ouverte.

Prenez soin de vous. Et de vos parts.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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