HypnoseConfiance Et Identite

« On profite de moi au travail » : comment l’hypnose a changé la donne

Récit d’une transformation professionnelle grâce à l’hypnose.

TSThierry Sudan
24 avril 202614 min de lecture

« Arrête d’être gentille, on va encore te mettre un dossier de plus sur le bureau. » C’est ce que sa meilleure amie lui répétait chaque semaine, presque mot pour mot. Elle, c’est Élodie, 34 ans, cheffe de projet dans une agence de communication. Elle venait me voir pour une raison précise, qu’elle avait posée sur le ton de la blague pour ne pas pleurer : « Je suis devenue la serpillière du service. » Ça m’a serré le cœur, parce que je l’entends souvent, cette phrase. Pas forcément avec les mêmes mots, mais avec la même douleur. « On profite de moi au travail. » C’est un constat, une plainte, mais surtout une souffrance qui ronge. Et c’est exactement de cela que nous allons parler aujourd’hui. Pas de théorie abstraite, mais d’un chemin que j’ai vu emprunter par des dizaines de personnes, dont Élodie, et qui a changé leur quotidien. Un chemin où l’hypnose a joué un rôle central, non pas comme une baguette magique, mais comme un outil pour dénouer des nœuds bien réels.

Si vous lisez ces lignes, peut-être que cette histoire vous parle. Peut-être que vous aussi, vous avez l’impression de dire « oui » quand vous voudriez dire « non ». Peut-être que vous portez des tâches qui ne sont pas les vôtres, que vous répondez aux mails à 22h pendant que vos collègues débranchent, ou que vous acceptez des missions sans reconnaissance. Et vous vous demandez : pourquoi je fais ça ? Pourquoi je n’arrive pas à poser une limite ? La réponse n’est pas dans un manuel de management. Elle est souvent enfouie plus profond, dans une histoire personnelle, dans des croyances que vous avez construites pour survivre, et que vous traînez aujourd’hui comme un boulet. L’hypnose, dans ce contexte, n’est pas une fuite. C’est une plongée. Et c’est ce que nous allons explorer ensemble.

« Pourquoi je dis oui à tout ? » : le mécanisme invisible derrière la soumission

Avant de comprendre comment l’hypnose a changé la donne pour Élodie, il faut comprendre ce qui se joue quand vous dites « oui » alors que tout votre corps crie « non ». Ce n’est pas de la faiblesse. C’est un mécanisme de survie. Imaginez : vous êtes enfant, et vous apprenez vite que pour être aimé, pour être accepté, pour éviter une dispute ou un rejet, il faut être « gentil », « serviable », « ne pas faire de vagues ». Peut-être que vos parents étaient exigeants, ou que l’un d’eux était imprévisible. Peut-être que vous avez grandi dans une famille où l’amour était conditionné à vos performances ou à votre docilité. Ces schémas, vous ne les avez pas choisis. Vous les avez intégrés. Et aujourd’hui, au bureau, votre cerveau active le même programme : « Si je refuse, je vais être rejeté. Si je dis non, je vais décevoir. Si je pose une limite, je vais être perçu comme difficile, voire incompétent. »

Ce n’est pas un défaut de caractère. C’est une stratégie qui a fonctionné pour vous protéger, mais qui est devenue obsolète. Le problème, c’est que votre inconscient ne fait pas la différence entre un danger physique (un tigre qui court vers vous) et un danger social (un collègue qui vous regarde bizarrement parce que vous avez refusé une mission). Pour lui, le rejet social est une menace vitale. Alors il enclenche le pilote automatique : sourire, acquiescer, prendre la tâche supplémentaire. Et vous rentrez chez vous épuisé, en vous demandant pourquoi vous vous laissez faire.

Élodie, par exemple, avait grandi avec une mère très aimante mais anxieuse, qui lui répétait : « Il faut être gentille avec tout le monde, sinon les gens ne t’aimeront pas. » À 8 ans, c’était une consigne de survie affective. À 34 ans, c’était une prison. Elle ne disait jamais non à son chef, même quand il lui filait le dossier d’un collègue en arrêt maladie, parce qu’elle était « la plus fiable ». Mais cette fiabilité était un piège : plus elle en faisait, plus on lui en demandait. Et plus elle en demandait, plus elle se sentait vide.

L’hypnose, dans ce cadre, ne va pas vous transformer en robot qui dit « non » froidement. Elle va d’abord vous aider à prendre conscience de ce mécanisme. À le voir de l’extérieur. Parce que tant que vous êtes dedans, vous ne pouvez pas le changer. C’est comme être dans une voiture dont le volant est bloqué : vous pouvez appuyer sur l’accélérateur, mais vous allez droit dans le mur. L’hypnose permet de desserrer ce blocage, pas en vous forçant, mais en vous donnant accès à la partie de vous qui a appris cette stratégie, pour la remercier, et lui dire qu’elle peut lâcher prise.

« Le plus grand mensonge que vous vous êtes raconté, c’est que dire non vous rendra moins aimable. En réalité, c’est le contraire : dire oui à tout vous rend invisible. »

L’hypnose comme outil de réappropriation : reprendre le volant de vos choix

Quand j’ai commencé à travailler avec Élodie, je ne lui ai pas dit : « Il faut que tu changes, que tu deviennes plus assertive. » Ça, elle l’avait déjà entendu. Ses amies, son conjoint, même un coach en entreprise lui avaient dit. Mais ça ne marchait pas. Pourquoi ? Parce que ces conseils s’adressent à la partie consciente de votre cerveau, celle qui prend des décisions rationnelles. Or, le problème d’Élodie n’était pas rationnel. C’était émotionnel et ancré dans son histoire. Son inconscient avait associé « dire non » à « être rejetée », et cette association était plus forte que toutes les bonnes résolutions du monde.

L’hypnose permet d’aller dialoguer avec cette partie inconsciente. Pas pour la dominer, mais pour la comprendre. Dans un état de conscience modifiée – que je préfère appeler « état de conscience élargie » – vous n’êtes pas endormi. Vous êtes simplement plus réceptif, moins filtré par le mental critique. C’est comme si vous enleviez les barrières habituelles de votre esprit pour accéder à des ressources que vous avez oubliées.

Avec Élodie, nous avons fait un travail d’exploration. Je l’ai guidée pour qu’elle rencontre cette partie d’elle-même qui disait « oui » par peur. Nous l’avons appelée « la petite fille sage ». Elle était là, assise sur une chaise, avec son serre-tête et ses chaussures trop sages, prête à tout pour que personne ne se fâche. Et nous l’avons remerciée. Sérieusement. Parce que cette petite fille avait protégé Élodie pendant des années. Sans elle, elle aurait peut-être vécu des conflits familiaux douloureux. Mais aujourd’hui, ce n’était plus utile. Alors nous lui avons demandé : « Est-ce que tu es d’accord pour prendre un peu de repos ? Pour laisser une autre partie d’Élodie prendre le relais ? »

Et là, quelque chose a changé. Élodie a senti une détente dans sa poitrine. Ce n’était pas magique, c’était physiologique. Le nœud s’est desserré. Elle a pu, en hypnose, visualiser une scène de travail où son chef lui demandait un dossier urgent. Et au lieu de dire « oui » automatiquement, elle a ressenti une pause. Un espace entre la demande et la réponse. Et dans cet espace, elle a pu choisir. Elle a dit : « Je comprends que c’est urgent. Je peux le prendre, mais je vais devoir décaler la réunion de 15h. Est-ce que ça te va ? » C’était un petit pas. Mais pour elle, c’était un pas de géant. Parce que pour la première fois, elle n’avait pas dit « oui » par peur. Elle avait négocié. Elle avait posé une condition. Et le monde ne s’était pas effondré.

L’hypnose ne vous donne pas un script. Elle vous donne accès à votre propre autorité intérieure. Celle que vous avez enterrée sous des années de « gentillesse » forcée. Et une fois que vous la retrouvez, vous pouvez l’utiliser dans toutes les situations.

Les croyances limitantes : ces phrases qui tournent en boucle dans votre tête

Vous avez probablement des phrases qui reviennent régulièrement dans votre esprit. « Je ne suis pas assez compétent. » « Si je refuse, on va penser que je suis fainéant. » « Les autres en font plus que moi. » « Je dois mériter ma place. » Ce ne sont pas des vérités absolues. Ce sont des croyances. Et plus vous les répétez, plus elles s’ancrent dans votre inconscient comme des rails de chemin de fer. Vous finissez par ne plus voir d’autre possibilité que celle de suivre ces rails.

L’hypnose permet de dérailler. Littéralement. En état hypnotique, vous pouvez revisiter ces croyances, non pas en les niant, mais en les interrogeant. D’où viennent-elles ? À quel moment de votre vie avez-vous décidé que pour être aimé, il fallait tout accepter ? Souvent, c’est un souvenir précis : une fois où vous avez refusé quelque chose, et où la réaction de l’autre a été violente ou décevante. Votre cerveau a généralisé : « Si je refuse, je souffre. » Et il a fermé la porte.

Avec un autre patient, Vincent, 42 ans, cadre dans une banque, la croyance était : « Si je ne prends pas tout, je vais perdre mon emploi. » Il travaillait 60 heures par semaine, ne prenait jamais ses RTT, et répondait aux mails le dimanche. Il était épuisé, mais il ne s’arrêtait pas. En hypnose, nous avons trouvé l’origine : son père, un entrepreneur qui avait fait faillite, et qui lui répétait : « Dans la vie, il faut se battre, personne ne te fera de cadeau. » Vincent avait intégré que la survie professionnelle passait par le sacrifice. Mais son corps disait stop.

Nous avons travaillé à déconstruire cette croyance. Pas en disant « ton père avait tort », mais en montrant à Vincent qu’il n’était plus son père, et que son environnement de travail n’était pas celui des années 80. Il avait des droits, des protections, des compétences. Et surtout, il avait le droit de dire « non » sans que le ciel lui tombe sur la tête. L’hypnose a permis de créer une nouvelle expérience mentale : celle où il refusait une tâche, et où rien de grave ne se produisait. Son cerveau a commencé à intégrer cette nouvelle donnée. Et progressivement, il a pu poser des limites dans la réalité, d’abord timidement, puis avec plus d’aisance.

Les croyances limitantes ne disparaissent pas en un claquement de doigts. Mais elles perdent leur emprise quand vous les exposez à la lumière de votre conscience et que vous les confrontez à des expériences correctives, même imaginaires. L’hypnose est un formidable laboratoire pour cela.

« Je ne suis pas une victime, je suis un acteur » : le passage de la plainte à l’action

Un tournant dans l’accompagnement d’Élodie est arrivé quand elle a cessé de se percevoir comme une victime. Pas que les autres n’aient pas profité d’elle – c’était factuel. Mais elle a réalisé que tant qu’elle se voyait comme la personne à qui on fait des choses, elle restait passive. Le changement est venu quand elle a pris conscience de son pouvoir d’action. « Je ne peux pas contrôler ce que mon chef me demande, mais je peux contrôler ma réponse. » Cette phrase, c’est elle qui l’a dite, lors d’une séance. Je n’ai fait que la refléter.

L’hypnose a aidé à incarner cette nouvelle identité. Nous avons travaillé sur ce que j’appelle « l’ancrage de l’autorité ». C’est un processus simple mais puissant. En état d’hypnose, Élodie a revécu un souvenir où elle s’était sentie forte, légitime, respectée. Ce n’était pas au travail. C’était un jour où elle avait organisé un anniversaire surprise pour son frère, et où tout le monde l’avait remerciée. Elle s’était sentie fière, compétente, et surtout, elle avait été reconnue pour ce qu’elle était, pas pour ce qu’elle donnait. Nous avons ancré cette sensation dans son corps : un geste, une pression du pouce sur l’index, suffisait à raviver cette ressource.

Puis, en hypnose, nous avons projeté des situations de travail où elle devait dire non. Et à chaque fois, avant de répondre, elle activait cet ancrage. Elle sentait la force monter en elle, sans agressivité. Juste une stabilité. Et elle répondait. La première fois, en séance, elle a dit : « Non, je ne peux pas prendre ce dossier aujourd’hui. » Sa voix a tremblé. La deuxième fois, elle était plus ferme. La troisième, elle a souri. Son cerveau apprenait un nouveau chemin. Et ce chemin, elle allait pouvoir l’emprunter dans la réalité.

Ce passage de la plainte à l’action est crucial. Tant que vous restez dans la plainte, vous êtes dans la position de l’enfant qui attend que le parent – le chef, le collègue, le système – change. Mais le changement ne vient jamais de l’extérieur. Il vient de l’intérieur. L’hypnose ne vous donne pas un monde parfait. Elle vous donne les clés pour naviguer dans le monde tel qu’il est, avec plus de liberté et moins de souffrance.

« Vous n’êtes pas responsable de ce que les autres vous demandent. Mais vous êtes responsable de ce que vous acceptez. Et c’est là que votre pouvoir commence. »

Le piège de la sur-adaptation : quand être trop fiable devient votre pire ennemi

Il y a un paradoxe que je rencontre souvent chez les personnes qui « se laissent marcher dessus » : elles sont souvent extrêmement compétentes et fiables. C’est d’ailleurs pour cela qu’on leur en donne toujours plus. Leur fiabilité est à la fois leur force et leur faiblesse. Mais pourquoi sont-elles devenues si fiables ? Parce que, dans leur histoire, être fiable était un moyen d’obtenir de la reconnaissance ou d’éviter des critiques. C’est une stratégie de sur-adaptation.

Le problème, c’est que cette stratégie a un coût. Vous devenez un expert dans l’art de répondre aux attentes des autres, mais vous perdez la connexion avec vos propres besoins. Vous savez ce que veut votre chef, votre conjoint, votre mère, mais vous ne savez plus ce que vous voulez, vous. Et quand on vous demande : « Qu’est-ce qui serait bon pour toi ? », vous restez muet. Parce que cette question, vous ne vous l’êtes jamais posée.

L’hypnose permet de rétablir cette connexion. Pas en vous forçant à être égoïste, mais en vous aidant à écouter les signaux de votre corps. Votre corps, lui, sait ce qui est bon pour vous. Il vous envoie des signaux : tension dans les épaules quand vous acceptez une mission, boule dans le ventre quand vous entendez une demande injuste, fatigue chronique quand vous en faites trop. Mais vous avez appris à les ignorer. L’hypnose vous réapprend à les écouter.

Avec Élodie, nous avons fait un exercice simple. Je lui ai demandé, en hypnose, de poser la main sur son ventre et de respirer. Puis de penser à une demande qu’elle avait acceptée récemment et qui l’avait mise en colère. Son ventre s’est serré immédiatement. « C’est quoi cette sensation ? » lui ai-je demandé. « C’est lourd. Ça me tire vers le bas. » Puis je lui ai demandé de penser à une demande qu’elle avait refusée, ou qu’elle aurait aimé refuser. Son ventre s’est détendu. Elle a souri. « C’est plus léger. » Son corps lui donnait une information claire. Mais tant qu’elle n’avait pas pris le temps de l’écouter, elle ne pouvait pas l’utiliser.

Ce n’est pas de la spiritualité. C’est de la neurobiologie. Votre intestin est peuplé de neurones, et il envoie des signaux à votre cerveau. L’hypnose est un pont entre ce corps qui sait et

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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