HypnoseConfiance Et Identite

Pourquoi l’affirmation de soi passe d’abord par le corps ?

Découvrez comment l’hypnose travaille sur vos tensions physiques.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Tu poses ta tasse de café sur le bureau et tu sens une tension dans tes épaules. Rien d’inhabituel. Tu as à peine dormi la nuit dernière, à ressasser cette conversation qui n’a pas eu lieu. Ce collègue qui t’a coupé la parole encore une fois. Cette phrase que tu aurais dû dire, mais qui est restée coincée dans ta gorge. Et maintenant, ta mâchoire est serrée. Tu remarques à peine que tes poings sont crispés sous la table. Le pire ? Tu te dis que c’est juste comme ça. Que tu es timide, réservé, pas fait pour t’imposer.

Je vois des personnes comme toi chaque semaine dans mon cabinet à Saintes. Des adultes intelligents, sensibles, compétents. Mais qui, dans une situation de conflit, de négociation ou de simple désaccord, se retrouvent paralysés. Ils veulent dire non. Ils veulent poser une limite. Et à la place, ils sourient, ils acceptent, ils encaissent. Puis ils ruminent pendant des heures, des jours. Et ils se détestent un peu plus.

Et si ce n’était pas un problème de caractère ? Et si c’était d’abord une question de corps ? Depuis que j’accompagne des personnes avec l’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle, j’observe un schéma qui revient sans cesse : quand on veut s’affirmer, le corps bloque avant même que la pensée ait eu le temps de décider. Comprendre ce mécanisme, c’est la première étape pour le dépasser. Et l’hypnose est l’un des outils les plus puissants pour y parvenir.

Alors je vais te montrer pourquoi l’affirmation de soi commence dans les muscles, le souffle et les tensions. Et surtout, comment tu peux commencer à agir concrètement, même sans rendez-vous.

Pourquoi ton corps réagit avant ta tête ?

Imagine la scène suivante. Tu es en réunion. Quelqu’un propose une idée qui te semble injuste ou erronée. Tu ouvres la bouche pour parler. Mais au lieu d’un son, c’est un gouffre qui s’ouvre dans ton ventre. Ta gorge se serre. Ton cœur s’accélère. Ta vision se rétrécit. Et toi, tu bredouilles quelque chose d’incompréhensible ou tu te tais.

Ce n’est pas de la faiblesse. C’est un mécanisme de survie ancestral. Ton système nerveux, celui qui gère ta sécurité, a détecté une menace. Pas un tigre, non. Mais une menace sociale : être rejeté, humilié, jugé. Pour ton cerveau archaïque, l’exclusion du groupe était une question de vie ou de mort. Alors il actionne le même programme que face à un danger physique : la réponse de stress. Ça s’appelle le réflexe de défense : combat, fuite, ou figement.

Et devine lequel est le plus fréquent chez les personnes qui peinent à s’affirmer ? Le figement. Tu te figes. Tu te tais. Tu deviens un spectateur de ta propre vie. Ce n’est pas un choix conscient. C’est une réaction neurophysiologique qui se déroule en quelques millisecondes. Les muscles de ton cou, de tes épaules, de ta mâchoire se contractent. Ta respiration devient courte et haute, dans la poitrine. Ton diaphragme se bloque. Tout ton corps se prépare à encaisser le coup sans broncher.

Ce qui est fascinant, c’est que cette réponse s’enregistre très tôt. Peut-être que petit, on t’a appris à « ne pas faire d’histoire ». Ou que poser une limite était dangereux parce que l’adulte en face se fâchait. Alors ton corps a appris une leçon : s’affirmer = danger. Et il verrouille tout. Des années plus tard, même si tu sais intellectuellement que tu as le droit de dire non, ton corps n’a pas reçu la mise à jour. Il réagit encore avec le logiciel de l’enfant que tu étais.

L’hypnose ericksonienne, que j’utilise quotidiennement, permet justement de remonter à ce niveau-là. Pas en discutant avec la partie rationnelle de toi, mais en parlant directement à ton système nerveux, à ton corps. Parce que les mots ne suffisent pas toujours pour défaire des programmes corporels vieux de vingt ou trente ans. Il faut une expérience nouvelle, vécue dans le corps, pour que le cerveau apprenne enfin que s’affirmer est sûr.

Le piège de la volonté : pourquoi ça ne marche pas de « se forcer »

J’entends souvent : « Mais Thierry, j’ai essayé de me forcer à dire non. J’ai pris sur moi. Et ça n’a pas marché. » Je te crois. Et ce n’est pas un échec de ta part. C’est que la volonté seule est une stratégie inefficace quand le corps est en mode survie.

Prenons un exemple concret. Un patient, je l’appellerai Marc, est venu me voir. Marc est commercial. Très bon techniquement. Mais dès qu’un client devient insistant ou agressif, il cède. Il baisse ses tarifs, il offre des services gratuits, il dit oui à tout. En sortant de l’appel, il est furieux contre lui-même. Marc a essayé de se préparer mentalement : « La prochaine fois, je tiendrai bon. » Mais sur le moment, son corps le trahit. Les épaules remontent, la voix devient plus aiguë, il transpire. Il se force à dire non, mais ça sort comme une supplique, pas comme une affirmation.

Pourquoi ? Parce que la volonté est une fonction corticale, située dans le cortex préfrontal. C’est le « chef » rationnel. Mais face à une menace perçue, le système limbique (l’amygdale, l’hippocampe) prend le contrôle. C’est un interrupteur d’urgence. Le cortex préfrontal est mis hors ligne. Tu ne peux pas raisonner quelqu’un qui est en panique. Et tu ne peux pas non plus raisonner ton propre corps quand il est en alerte rouge. C’est comme essayer de conduire une voiture en tirant sur le frein à main tout en appuyant sur l’accélérateur. Tu n’avances pas, tu t’uses.

L’affirmation de soi n’est pas un acte de volonté. C’est un état du corps. Si ton corps est en tension, serré, verrouillé, ta voix ne portera pas, ton regard fuira, ta posture parlera de soumission avant même que tu aies ouvert la bouche. Les autres, inconsciemment, le captent. Et ils passent en mode dominant.

Alors comment faire ? L’hypnose va permettre de contourner ce blocage. En état d’hypnose, on ne lutte pas contre le corps. On crée un espace de sécurité où le système nerveux peut se détendre. On apprend au corps, progressivement, que s’affirmer ne déclenche pas de catastrophe. C’est un réapprentissage sensoriel, pas une injonction mentale. Et c’est infiniment plus efficace.

« Vous ne pouvez pas forcer une fleur à s’ouvrir. Vous pouvez simplement créer les conditions pour qu’elle s’épanouisse. » – C’est la même chose avec votre corps et votre affirmation de soi.

Les trois zones corporelles où se niche le manque d’affirmation

Si tu veux comprendre où ton corps bloque, regarde ces trois zones. Ce sont les plus courantes chez les personnes que j’accompagne. Identifie la tienne. Ce sera ton point d’entrée.

1. La gorge et la mâchoire

C’est la zone de l’expression. Quand tu n’oses pas dire ce que tu penses, ta gorge se serre. Les cordes vocales se contractent. La mâchoire se verrouille. Tu as l’impression d’avoir une boule dans la gorge. C’est un réflexe de protection : empêcher les mots dangereux de sortir. Beaucoup de mes patients ont des tensions chroniques dans les masséters (muscles de la mâchoire). Certains grincent des dents la nuit. D’autres ont des voix faibles ou monocordes.

En hypnose, je peux guider une personne vers cette zone, lui demander de la décrire, de lui donner une couleur, une texture. Puis, progressivement, on imagine la tension se dissoudre, comme un glaçon qui fond. On peut aussi utiliser des métaphores : un robinet qu’on ouvre doucement, une porte qui se déverrouille. Le cerveau, en état modifié de conscience, est très réceptif à ces images. Et sans que la personne fasse d’effort, la mâchoire se détend. La voix redevient pleine.

2. Le diaphragme et le ventre

C’est le centre de la puissance. Un diaphragme bloqué, c’est une respiration courte, haute, thoracique. C’est le souffle de la panique. Tu n’as pas de base. Tu es comme un arbre sans racines. Quand tu es incapable de dire non, ton ventre est souvent noué. C’est le fameux « noeud à l’estomac ». Ce n’est pas une image. C’est une contraction réelle du diaphragme, qui comprime les organes digestifs.

J’ai accompagné une femme, appelons-la Sophie, qui ne pouvait pas refuser une tâche supplémentaire à son travail. Elle rentrait chez elle épuisée. En séance, nous avons exploré la sensation dans son ventre. Elle décrivait une pierre froide, dure. En hypnose, nous avons imaginé un rayon de soleil qui réchauffe cette pierre, lentement. Au bout de quelques minutes, elle a pleuré. Pas de tristesse. Un relâchement profond. Son ventre s’est dénoué. Et elle m’a dit : « Je me sens ancrée. Pour la première fois, je sens que j’ai le droit de prendre de la place. »

3. Les épaules et le haut du dos

C’est la zone du poids du monde. Des épaules remontées vers les oreilles, c’est la posture de la soumission. Tu te fais petit. Tu te protèges. Tu portes les attentes des autres. Les tensions dans les trapèzes et les omoplates sont le signe que tu encaisses sans broncher. Tu portes des charges qui ne sont pas les tiennes.

Un jeune footballeur que j’accompagne en préparation mentale avait ce problème. Sur le terrain, il n’osait pas demander le ballon. Il s’effaçait. En travaillant sur sa posture, en conscience, et en état d’hypnose, nous avons changé son schéma corporel. Il a appris à ouvrir les épaules, à baisser les omoplates. Sa voix a changé. Ses coéquipiers ont commencé à le voir différemment. Il n’a pas eu besoin de se forcer à être affirmé. Il est devenu affirmé parce que son corps a changé de message.

Comment l’hypnose réécrit les programmes du corps

L’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, n’est pas un spectacle. Ce n’est pas non plus une perte de contrôle. C’est un état d’attention focalisée, de relaxation profonde, où le conscient laisse un peu la place à l’inconscient. Et c’est là que se trouvent les ressources. L’inconscient, c’est ce qui gère ta respiration, ta digestion, tes battements de cœur. Mais aussi tes habitudes, tes schémas, tes mémoires corporelles.

Quand tu es en hypnose, ton cerveau est dans un état de grande plasticité. Les connexions neuronales peuvent se reconfigurer. C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité. Un état hypnotique permet de créer de nouveaux chemins, de nouvelles associations. Si ton corps a appris que s’affirmer = danger, tu peux lui apprendre que s’affirmer = sécurité. Mais pas en lui disant. En lui faisant vivre l’expérience.

Voici comment je procède souvent. Je guide la personne vers un souvenir où elle s’est sentie forte, en sécurité, pleine. Pas forcément un moment d’affirmation. Parfois un souvenir de calme, de plénitude. Puis, en hypnose, on ancre cette sensation dans le corps. On lui donne une couleur, une chaleur, un lieu précis (la paume de la main, le sternum). Ensuite, on imagine une situation future où il faudra s’affirmer. Et on fait venir la sensation de force dans le corps au moment même où on imagine la scène.

Le cerveau ne fait pas la différence entre une expérience vécue et une expérience imaginée intensément. Progressivement, le corps associe la situation de demande d’affirmation à une sensation de sécurité. Le réflexe de figement s’affaiblit. La gorge se desserre. Le souffle s’approfondit.

C’est un travail en douceur. Pas de confrontation. Pas de violence. Juste une rééducation sensorielle. Et ça marche. Parce que le corps n’a pas besoin de comprendre pour changer. Il a besoin d’expérimenter.

« Le corps ne ment jamais. Il est la mémoire vivante de tout ce que vous avez vécu. Et il peut aussi devenir la mémoire de tout ce que vous choisissez de devenir. »

L’intelligence relationnelle : le chaînon manquant entre le corps et les mots

L’hypnose prépare le terrain. Elle libère les tensions, elle détend le système nerveux, elle crée un état intérieur de sécurité. Mais ensuite, il faut passer à l’action. Comment transformer ce nouveau calme intérieur en une parole claire, en une limite posée, en un « non » ferme et respectueux ?

C’est là qu’intervient l’Intelligence Relationnelle. Je l’enseigne à mes patients après avoir posé les bases corporelles. L’idée est simple : l’affirmation de soi n’est ni de l’agressivité ni de la passivité. C’est une compétence qui se travaille. Et elle repose sur trois piliers : la conscience de soi, la clarté du message, et la régulation émotionnelle.

La conscience de soi, c’est ce que tu viens de commencer à explorer : sentir quand ton corps se verrouille, identifier la tension. L’hypnose t’aide à devenir plus sensible à ces signaux précoces. Avant que la boule dans la gorge ne devienne un blocage complet, tu peux la sentir arriver. Et donc agir.

La clarté du message, c’est l’art de dire les choses simplement. Sans justification excessive. Sans s’excuser. Par exemple, au lieu de dire : « Je suis désolé, je ne peux pas vraiment, enfin si tu veux, mais… », tu apprends à dire : « Non, je ne peux pas aujourd’hui. » C’est court. C’est clair. C’est posé. Et ton corps, libéré des tensions, peut porter cette phrase avec justesse.

La régulation émotionnelle, c’est la capacité à rester centré même si l’autre réagit mal. Parce que oui, parfois, poser une limite déplaît. Et c’est normal. L’enjeu n’est pas que l’autre soit content. L’enjeu est que tu restes en lien avec toi-même. L’hypnose t’aide à cultiver un espace intérieur stable, un point d’ancrage, que tu peux retrouver même sous pression.

Concrètement, je peux te proposer un petit exercice, ici et maintenant. Tu n’as besoin de rien d’autre que de quelques secondes. Pose tes deux pieds à plat sur le sol. Prends une inspiration lente par le nez, et en expirant, laisse tes épaules descendre. Consciemment, relâche ta mâchoire. Laisse tes lèvres s’entrouvrir. Maintenant, répète intérieurement une phrase simple, comme « Je suis là ». Pas pour la performance. Pour sentir comment ton corps répond. Si tu le fais vraiment, tu vas peut-être remarquer un tout petit changement. Un apaisement. C’est ça, le début de l’affirmation de soi.

Ce que l’hypnose ne fait pas (et c’est important de le savoir)

Je veux être honnête avec toi. L’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne va pas effacer des années de conditionnement en une séance. Elle ne va pas transformer un timide en boute-en-train du jour au lendemain. Et elle ne va pas non plus faire disparaître les conséquences de traumatismes profonds sans un accompagnement long et respectueux.

Ce que l’hypnose fait, c’est créer une fenêtre. Une opportunité. Elle permet au corps de se rappeler ce que c’est que d’être détendu, ancré, présent. Elle ouvre un espace où de nouvelles réponses deviennent possibles. Mais ensuite, c’est à toi de marcher dans cette direction. L’hypnose n’est pas une substitution à l’action

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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