HypnoseConfiance Et Identite

Pourquoi l’hypnose est plus efficace que la méthode Coué pour s’affirmer

Découvrez les différences concrètes entre ces deux approches.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Tu t’es déjà regardé dans le miroir en te répétant « Je suis calme et confiant » avant une réunion importante, pour finalement sentir ton cœur s’emballer dès que le regard du chef de service se pose sur toi ? Ou bien tu as passé des semaines à scander « Je mérite d’être respecté » à voix haute, mais au moment crucial, tu as encore laissé un collègue te couper la parole sans rien dire ?

Je connais bien cette frustration. Elle revient souvent dans mon cabinet, à Saintes, où je reçois des adultes qui en ont assez de se sentir invisibles ou agressifs par contrecoup. Beaucoup ont essayé les affirmations positives, la méthode Coué, l’autosuggestion. Et ils viennent me voir en disant : « Ça ne marche pas pour moi, je dois être un cas désespéré. »

Non, tu n’es pas désespéré. Tu as simplement utilisé un outil qui, dans certaines situations, a des limites structurelles. Et aujourd’hui, je vais t’expliquer pourquoi l’hypnose ericksonienne – couplée à l’IFS et à l’intelligence relationnelle – agit là où la méthode Coué bute, surtout quand il s’agit de s’affirmer vraiment.

Pas pour te vendre une méthode miracle. Mais pour que tu comprennes le mécanisme, et que tu puisses faire un choix éclairé pour toi-même.

Pourquoi les affirmations positives butent sur le mur de ton cerveau

La méthode Coué, popularisée au début du XXe siècle par le pharmacien Émile Coué, repose sur un principe séduisant : en répétant une formule positive – « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux » – tu finis par influencer ton inconscient. Le problème, c’est que ton cerveau n’est pas une machine à obéir aux ordres.

Prends un exemple concret. Lucie, une cadre commerciale de 38 ans, est venue me voir parce qu’elle n’arrivait pas à défendre ses propositions en réunion. Elle avait passé trois mois à se répéter chaque matin : « Je suis légitime, j’ai le droit de m’exprimer. » Résultat ? Dès qu’un supérieur haussait le ton, elle se taisait, le cœur en vrac. Elle se sentait même plus coupable qu’avant, comme si elle avait « échoué » à appliquer sa propre méthode.

Ce qui se passe, c’est que ton cerveau possède un filtre critique, situé dans le cortex préfrontal. Quand tu répètes une phrase qui entre en conflit avec une croyance profonde – par exemple « je ne suis pas assez compétent pour mériter la parole » – le filtre rejette l’affirmation comme un mensonge. Tu te retrouves alors dans une dissonance inconfortable. Au lieu de renforcer ta confiance, tu alimentes un dialogue intérieur du style : « Tu vois, même en te répétant que tu es légitime, tu n’y arrives pas. C’est la preuve que tu ne l’es vraiment pas. »

Le piège est vicieux. La méthode Coué suppose que ton inconscient est une page blanche, prête à recevoir ce que tu lui dictes. Or, ton inconscient est déjà rempli de programmes, de souvenirs, d’émotions stockées. Quand tu dis « je suis confiant », ton système nerveux compare cette déclaration à l’expérience réelle accumulée depuis l’enfance – les humiliations, les moments où on t’a fait taire, les fois où ta prise de parole a été ridiculisée. Le décalage est trop grand. L’affirmation glisse comme de l’eau sur une toile cirée.

« L’inconscient n’obéit pas aux ordres. Il répond aux expériences. Si tu veux changer une réponse automatique, il faut d’abord accueillir ce qui la génère, pas la recouvrir d’une phrase positive. »

C’est pour ça que beaucoup de personnes abandonnent la méthode Coué en se sentant encore plus impuissantes. Elles ont l’impression que le problème vient d’elles, alors qu’il vient de l’outil.

L’hypnose ericksonienne : contourner le filtre critique sans le forcer

L’hypnose que je pratique – l’hypnose ericksonienne inspirée de Milton Erickson – ne cherche pas à imposer une idée à ton inconscient. Elle l’invite, le contourne, le met dans un état où il est plus réceptif, sans jamais le brusquer.

Imagine que ton esprit conscient est un gardien à l’entrée d’un château. La méthode Coué frappe à la porte en criant : « Laisse-moi entrer, j’ai une bonne nouvelle ! » Le gardien, méfiant, vérifie si le visiteur correspond à ce qu’il connaît déjà. Si ce n’est pas le cas, il referme la porte. L’hypnose ericksonienne, elle, ne frappe pas. Elle s’assoit à côté du gardien, commence à parler de la pluie et du beau temps, lui raconte une histoire qui ressemble à son quotidien, et peu à peu, le gardien se détend, baisse sa garde. Sans même s’en rendre compte, il laisse entrer de nouvelles perspectives.

Concrètement, quand je travaille avec un sportif – un coureur ou un footballeur – sur la gestion du stress avant une compétition, je ne lui dis pas : « Tu vas être calme. » Je l’emmène dans un état de transe légère, où son attention est focalisée sur des sensations, des images, des métaphores. Par exemple, je peux lui suggérer de visualiser une rivière qui coule, et de remarquer comment les pensées stressantes flottent comme des feuilles à la surface, sans le submerger. Cette image, son inconscient l’intègre parce qu’elle est expérientielle, pas verbale. Elle ne passe pas par le filtre critique du « c’est faux, je ne suis pas calme du tout ».

Pour l’affirmation de soi, le même principe s’applique. Au lieu de répéter « je m’affirme », on va créer un contexte hypnotique où la personne peut expérimenter une version d’elle-même qui s’affirme, en sécurité. Et cette expérience, même brève, modifie le programme intérieur.

L’IFS : accueillir la partie de toi qui a peur de s’affirmer

L’hypnose seule est puissante, mais elle devient encore plus efficace quand on la combine avec l’IFS – l’Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur. Cette approche, développée par Richard Schwartz, part d’une idée simple : tu n’es pas un bloc uniforme. Tu es composé de plusieurs « parties », chacune avec une personnalité, des émotions, des croyances.

Quand tu n’arrives pas à t’affirmer, ce n’est pas « toi » qui es faible. C’est une partie de toi qui a pris le contrôle, souvent pour te protéger. Cette partie, je l’appelle parfois la « partie gardienne du silence ». Elle a été formée il y a longtemps – peut-être quand tu étais enfant et que parler haut te valait une punition, ou quand exprimer un désaccord déclenchait une dispute violente. Cette partie a décidé qu’il était plus sûr de se taire. Et elle continue à appliquer cette stratégie aujourd’hui, même si le contexte a changé.

Le problème avec la méthode Coué, c’est qu’elle ignore ces parties. Elle leur dit en substance : « Tais-toi, je suis le patron maintenant. » Mais une partie protectrice ne se tait pas quand on l’ignore. Elle s’active davantage. C’est pour ça que tu peux te répéter « je suis confiant » et pourtant ressentir une boule au ventre au moment crucial. Cette boule, c’est la partie qui crie : « Attention, danger ! On va se faire rejeter ! »

En hypnose IFS, on fait l’inverse. On accueille cette partie. On lui dit : « Je te remercie d’avoir veillé sur moi toutes ces années. Tu as fait du bon boulot. Maintenant, j’aimerais comprendre de quoi tu as peur exactement. » Et souvent, en état de transe, la personne peut dialoguer avec cette partie, découvrir son histoire, et négocier un nouveau rôle pour elle.

J’ai accompagné un joueur de foot amateur, Thomas, qui bloquait systématiquement sur les penalties. Il s’était répété des centaines de fois : « Je suis calme, je marque. » Rien n’y faisait. En hypnose, on a rencontré une partie de lui qui avait peur de décevoir son père – un père exigeant qui n’avait jamais été satisfait. Une fois que Thomas a pu remercier cette partie pour sa protection, et lui montrer qu’il était désormais un adulte capable de gérer l’échec, le blocage s’est dissous. La méthode Coué n’aurait jamais pu accéder à cette strate.

L’Intelligence Relationnelle : pourquoi s’affirmer ne se résume pas à « dire non »

S’affirmer, ce n’est pas seulement oser parler ou refuser. C’est aussi une compétence relationnelle fine : savoir doser, choisir le moment, adapter son ton, lire les signaux de l’autre. Beaucoup de personnes confondent affirmation de soi et agressivité, ou à l’inverse, passivité. L’Intelligence Relationnelle, que j’intègre dans mes accompagnements, travaille cette nuance.

Elle s’appuie sur des principes simples : clarifier ses besoins, exprimer son ressenti sans accuser, poser une limite tout en maintenant le lien. Mais pour appliquer ces principes, il faut d’abord que ton système nerveux soit régulé. Si tu es en état d’alerte – cœur qui bat, mains moites, mâchoire serrée – tu ne peux pas être relationnellement intelligent. Tu es en mode survie : fuir, attaquer ou figer.

L’hypnose permet de réguler ce système nerveux. En transe, tu apprends à ton corps à revenir à un état de calme, même en situation de stress. C’est comme un entraînement. La première fois, tu le fais dans mon cabinet, en sécurité. Ensuite, tu commences à pouvoir le reproduire dans des situations réelles – d’abord à faible enjeu, puis de plus en plus difficiles.

Prends l’exemple de Sophie, une enseignante de 42 ans. Elle n’arrivait pas à dire non à des collègues qui lui refilaient des tâches supplémentaires. Elle avait essayé les affirmations : « Je suis capable de poser mes limites. » Mais en situation, elle craquait. En travaillant avec l’hypnose, on a identifié que son corps associait le fait de dire non à un sentiment de danger – comme si elle allait être exclue du groupe. On a installé un « ancrage » : un geste simple (presser le pouce et l’index) qui, après l’avoir associé en transe à une sensation de calme et de légitimité, lui permettait de se recentrer avant de répondre. Aujourd’hui, elle utilise cet ancrage dans la salle des profs, et elle parvient à dire non sans culpabilité.

La méthode Coué travaille sur le contenu verbal, mais pas sur le corps. L’hypnose, elle, s’adresse directement au système nerveux autonome. Et c’est là que se joue la vraie différence.

« On ne s’affirme pas avec des mots qu’on se répète. On s’affirme avec un corps qui se sent en sécurité pour le faire. L’hypnose crée cette sécurité de l’intérieur. »

Les situations où la méthode Coué peut quand même aider – et où elle ne suffit pas

Je veux être honnête avec toi. La méthode Coué n’est pas inutile. Dans certaines circonstances, elle peut avoir un effet. Par exemple, pour des routines simples : se lever le matin avec une intention positive, renforcer une habitude légère, ou calmer une anxiété passagère. Si tu te répètes « je vais traverser cette journée avec calme » et que ton inconscient n’a pas de contre-programme fort, ça peut marcher.

Mais le problème, c’est que l’affirmation de soi touche presque toujours à des croyances profondes, souvent liées à l’estime de soi, à la peur du rejet, à l’histoire familiale ou professionnelle. Ce ne sont pas des couches superficielles. Ce sont des strates émotionnelles qui ont été construites sur des années, parfois depuis l’enfance.

Je vois régulièrement des personnes qui ont suivi des stages de développement personnel, des formations à la communication non-violente, lu des livres sur l’assertivité. Elles connaissent la théorie. Mais dans l’instant, elles se figent. Pourquoi ? Parce que la théorie reste dans le cortex préfrontal, alors que la réponse automatique – le silence, l’évitement, l’agressivité – est stockée dans les circuits sous-corticaux, dans le système limbique. L’hypnose permet d’accéder à ces circuits directement, sans passer par la volonté consciente.

Si tu as déjà vécu ça – savoir quoi faire mais ne pas y arriver au moment fatidique –, ce n’est pas un problème de motivation. C’est un problème de protocole. Tu utilises un marteau pour visser une vis. L’hypnose est le tournevis adapté.

Comment se déroule un accompagnement concret pour s’affirmer

Si tu te demandes à quoi ressemble une séance, je vais te décrire un parcours type. Pas pour que tu l’appliques seul – l’hypnose ne s’apprend pas dans un article – mais pour que tu visualises le processus.

La première séance est un entretien. On parle de ta situation, de ce que tu as déjà essayé, de ce que tu ressens dans le corps quand tu dois t’affirmer. Je pose des questions précises : « Quand tu penses à la dernière fois où tu n’as pas réussi à dire ce que tu voulais, où est-ce que tu sens cette sensation dans ton corps ? Est-ce une boule, une pression, un vide ? » Ce n’est pas du bavardage. C’est une cartographie de ton expérience.

Ensuite, on entre en hypnose. Rien de spectaculaire : tu es assis confortablement, les yeux fermés, je te guide avec ma voix. Je peux t’emmener dans un lieu de ressource – un endroit imaginaire ou réel où tu te sens bien, en sécurité. Puis je t’invite à rencontrer la partie de toi qui bloque l’affirmation. Parfois, c’est une image, parfois une sensation, parfois une voix intérieure. On dialogue avec elle, sans la forcer. On comprend ce qu’elle veut protéger.

Au fil des séances, cette partie apprend à faire confiance. Tu découvres que tu peux être à la fois prudent et affirmé, que les deux ne s’opposent pas. Tu expérimentes en transe des situations où tu t’affirmes avec succès – ton cerveau enregistre cette expérience comme réelle, parce que pour lui, une visualisation intense et une action vécue activent les mêmes réseaux neuronaux.

Petit à petit, tu commences à tester dans la vie réelle. D’abord des micro-affirmations : demander un café différent de celui qu’on t’a servi, refuser un service qu’on te demande à la dernière minute. Puis des situations plus complexes. Et tu remarques que ton corps ne réagit plus de la même manière. La boule au ventre est moins serrée, la voix ne tremble plus autant.

Ce n’est pas magique. Ça demande du travail, de la régularité. Mais c’est un travail qui s’attaque à la racine, pas aux feuilles.

Ce que tu peux faire dès maintenant, avant même de prendre rendez-vous

Je ne veux pas te laisser avec l’impression que la seule solution est de pousser la porte de mon cabinet. Il y a des choses que tu peux essayer par toi-même, en toute sécurité, pour commencer à décaler le curseur.

D’abord, arrête de te répéter des affirmations qui sonnent creux. Si une phrase te semble fausse, ne la force pas. À la place, observe ce qui se passe quand tu penses à t’affirmer. Note sur un carnet : « Quand j’imagine dire non à mon collègue, je ressens une tension dans la poitrine. Une voix intérieure me dit que je vais le décevoir. » C’est déjà un pas de côté. Tu passes du combat contre toi-même à l’observation de toi-même.

Ensuite, entraîne-toi à la respiration longue. Avant une situation où tu dois t’affirmer, inspire pendant 4 secondes, bloque 2 secondes, expire pendant 6 secondes. Fais ça trois fois. Ça active le nerf vague, abaisse le rythme cardiaque, et donne un signal de sécurité à ton système nerveux. Ce n’est pas une solution miracle, mais ça prépare le terrain.

Enfin, pose-toi cette question : « Quelle est la première fois où j’ai appris qu’il était dangereux de m’affir

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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