HypnoseEmotions Et Stress

3 techniques d’autohypnose pour traverser un deuil

Des exercices simples à faire seul chez soi.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

3 techniques d’autohypnose pour traverser un deuil

Tu es peut-être en train de lire ces lignes un matin où le réveil a été particulièrement lourd. Tu as ouvert les yeux, et pendant une fraction de seconde, tu as oublié. Puis la vague est revenue : « il n’est plus là », « elle est partie », « je ne peux plus lui parler ». Ce moment suspendu entre le sommeil et la réalité, où ton cerveau met à jour sa carte du monde, est un des plus éprouvants du deuil. Et pourtant, c’est aussi le moment le plus propice pour commencer à faire quelque chose pour toi.

Dans mon cabinet à Saintes, je reçois régulièrement des personnes qui viennent avec cette phrase : « Je ne sais pas comment faire pour aller mieux. » Ce n’est pas un problème de volonté. Le deuil n’est pas une maladie qu’on guérit, c’est un processus d’adaptation à une absence. Et ce processus, tu peux l’accompagner avec des outils que tu possèdes déjà : ton attention, ta respiration, ton imagination. L’autohypnose, c’est simplement apprendre à utiliser ces ressources de manière intentionnelle.

Avant de commencer, une chose importante : ce que je vais te proposer ici ne remplace pas un accompagnement professionnel si tu te sens submergé, si ton sommeil est complètement détruit depuis des mois, ou si des pensées de mort te traversent l’esprit. L’autohypnose est un complément, pas un substitut. Mais pour traverser les jours ordinaires du deuil – ces jours où il faut continuer à vivre alors qu’une partie de toi est partie ailleurs – ces techniques peuvent faire une vraie différence.

Je vais te présenter trois exercices que tu peux faire seul, chez toi, sans préparation particulière. Ils sont conçus pour répondre à trois besoins différents : calmer l’urgence émotionnelle, créer un espace pour continuer le lien, et réapprendre à habiter ton corps. Tu n’as pas besoin de croire en quoi que ce soit. Tu as juste besoin d’essayer.

Comment l’autohypnose peut-elle aider dans le deuil ?

Commençons par un constat simple : quand tu perds quelqu’un, ton cerveau se retrouve en mode « alerte ». Le système nerveux détecte une rupture majeure dans ton environnement relationnel. Il ne sait pas si c’est une menace immédiate ou un changement permanent. Alors il active tous ses dispositifs de sécurité : hypervigilance, insomnie, perte d’appétit, difficulté à se concentrer. C’est normal. C’est biologique.

L’autohypnose vient agir sur ce système nerveux. Elle permet de signaler à ton corps que, même si tout est chamboulé, tu es capable de créer un état de sécurité intérieure. Ce n’est pas un déni de la perte. C’est un répit. Une pause nécessaire pour que ton système ne s’épuise pas complètement.

Je me souviens d’un patient, appelons-le Marc, qui avait perdu sa mère six mois plus tôt. Il venait me voir parce qu’il n’arrivait plus à travailler. Chaque fois qu’il ouvrait son ordinateur, il pensait à elle. Chaque notification sur son téléphone lui rappelait qu’elle ne répondrait plus. Il était coincé dans un état d’alerte permanent. En séance, nous avons utilisé une technique d’autohypnose très simple pour l’aider à créer une « pause » dans cette boucle. Au bout de trois semaines de pratique quotidienne, il m’a dit : « Ce n’est pas que la tristesse ait disparu, mais j’ai des moments où je peux respirer. »

C’est exactement ça. L’autohypnose ne supprime pas le deuil. Elle te donne des fenêtres de récupération. Et c’est dans ces fenêtres que ton cerveau commence à intégrer la perte, à réorganiser sa carte du monde, à trouver un nouveau rapport à la personne disparue.

Les trois techniques que je vais te détailler maintenant sont celles que j’utilise le plus souvent avec mes patients. Elles ont toutes un point commun : elles partent de ton expérience immédiate, de ce que tu ressens là, maintenant, sans jugement.

Technique n°1 : La respiration du contenant

C’est probablement l’exercice le plus immédiatement utile quand l’émotion devient trop forte. Tu sais, ces moments où la vague de chagrin te prend à la gorge, où tu sens une pression dans la poitrine, où les larmes montent sans que tu puisses les contrôler. Parfois, c’est juste ce dont tu as besoin : pleurer. Mais d’autres fois, tu es dans un contexte où tu ne peux pas te permettre de t’effondrer – au travail, dans les transports, devant tes enfants. Ou simplement, tu as besoin de reprendre le contrôle pour pouvoir pleurer plus tard, dans un endroit safe.

La respiration du contenant te permet de créer un espace intérieur pour l’émotion, sans qu’elle te submerge.

Voici comment faire :

  1. Assieds-toi confortablement. Les pieds à plat sur le sol, les mains posées sur les cuisses ou sur le ventre. Si tu es debout, appuie-toi contre un mur.
  2. Ferme les yeux à moitié ou complètement. Prends une inspiration normale. Puis une expiration longue, comme si tu soufflais dans une paille.
  3. Porte ton attention sur la zone de ta poitrine ou de ton ventre – là où tu sens le plus l’émotion. Peut-être une boule, une pression, une chaleur, un vide.
  4. Imagine que cette zone est un récipient. Une boule, une sphère, un cube, un pot en terre cuite. Peu importe la forme. Ce qui compte, c’est que tu visualises cette zone comme un espace qui peut contenir ce que tu ressens.
  5. À chaque inspiration, tu remplis ce récipient d’air frais et calme. Tu n’essaies pas de chasser l’émotion. Tu l’accueilles à l’intérieur du récipient.
  6. À chaque expiration, tu laisses le récipient se dilater un peu. Comme si tu donnais plus d’espace à l’émotion pour exister sans déborder.
  7. Continue pendant 3 à 5 minutes. Tu peux compter tes respirations si ça t’aide : inspire sur 4 temps, expire sur 6 temps.

Ce qui se passe techniquement, c’est que tu utilises la respiration pour moduler ton système nerveux autonome. L’expiration longue active le nerf vague, qui est le frein du système sympathique (celui de l’alerte). En même temps, la visualisation du contenant donne une forme à l’émotion diffuse. Le cerveau a besoin de représentations concrètes. Dès que tu donnes une forme, une couleur, une texture à une émotion, elle devient moins menaçante.

« L’émotion que tu contiens n’est plus une vague qui te noie, elle devient une rivière qui coule dans un lit que tu as creusé. »

Un patient que j’ai suivi après la perte de son conjoint utilisait cette technique chaque fois qu’il sentait monter l’angoisse dans les supermarchés. Il me disait : « Avant, je devais quitter le caddie et sortir en courant. Maintenant, je peux faire mes courses. La tristesse est toujours là, mais elle ne me fait plus fuir. »

Tu peux pratiquer cette respiration à n’importe quel moment de la journée. L’idéal, c’est de le faire trois fois par jour pendant la première semaine. Même si tu n’as pas d’émotion forte sur le moment. La répétition crée un nouveau chemin neuronal. Au bout de quelques jours, ton cerveau associera cette respiration à un état de sécurité.

Technique n°2 : Le rendez-vous avec ton souvenir

Un des paradoxes les plus douloureux du deuil, c’est la peur d’oublier. Tu as peur que les souvenirs s’estompent, que la voix de la personne disparue devienne moins claire, que son visage se brouille. Alors tu passes ton temps à ressasser, à regarder des photos, à parler d’elle. Mais parfois, cette quête épuise. Elle devient une obsession qui t’empêche de vivre.

Cette technique n’a pas pour but de figer le souvenir. Elle te permet de le visiter intentionnellement, dans un cadre sécurisé, sans te laisser submerger. C’est un peu comme ouvrir un album photo que tu choisis de consulter, plutôt que d’être poursuivi par des images qui s’imposent à toi.

Voici comment procéder :

  1. Trouve un endroit calme où tu ne seras pas dérangé pendant 15 minutes. Éteins ton téléphone.
  2. Installe-toi confortablement. Ferme les yeux. Prends trois respirations avec la technique du contenant que tu viens d’apprendre. Juste pour te poser.
  3. Imagine que tu entres dans une pièce. Cette pièce est spéciale : elle contient tous tes souvenirs de la personne. Elle peut ressembler à ce que tu veux – une chambre, un jardin, une bibliothèque, un salon. Laisse ton inconscient te montrer le lieu.
  4. Dans cette pièce, il y a un objet particulier. Un objet qui représente cette personne pour toi. Peut-être un livre, un vêtement, une photo, une musique. Ne force pas. Laisse l’objet apparaître.
  5. Approche-toi de cet objet. Regarde-le attentivement. Quelle est sa texture ? Sa couleur ? Son odeur ? Si c’est une photo, qui est dessus ? Que font-ils ? Où sont-ils ?
  6. Maintenant, permets-toi de ressentir ce qui se passe. Pas besoin de forcer une émotion. Juste observe : est-ce que ta poitrine se serre ? Est-ce que tu as chaud ? Est-ce que des larmes montent ? Accueille tout ça.
  7. Quand tu sens que c’est suffisant – au bout de 2, 5 ou 10 minutes – remercie cet objet. Tu peux le ranger doucement dans la pièce. Puis prends trois respirations profondes.
  8. Ouvre les yeux quand tu es prêt. Reste assis encore une minute avant de te lever.

Ce qui est important ici, c’est le cadre. Tu ne subis pas le souvenir, tu le convoques. Tu lui donnes une durée limitée. Cette distinction est cruciale pour ton cerveau. Quand tu pratiques régulièrement ce rendez-vous, tu crées un espace mental où le souvenir existe sans être une menace. Tu apprends à le visiter, puis à le quitter.

J’ai travaillé avec une femme qui avait perdu sa fille adolescente. Elle était terrorisée à l’idée de perdre le son de sa voix. Nous avons utilisé cette technique en intégrant un enregistrement audio de sa fille. Au début, elle ne pouvait pas l’écouter sans s’effondrer pour la journée. Après plusieurs semaines de rendez-vous quotidiens, elle pouvait écouter la voix, pleurer un peu, puis refermer la boîte et continuer sa journée. Le souvenir n’avait pas perdu de sa force. C’est la relation au souvenir qui avait changé.

Pratique ce rendez-vous une fois par jour, de préférence le matin ou en début d’après-midi. Évite le soir, car cela peut perturber ton sommeil. Si l’émotion est trop forte, n’hésite pas à raccourcir le temps. Même 30 secondes de connexion intentionnelle valent mieux que rien.

Technique n°3 : Le dialogue intérieur avec la partie qui souffre

Cette troisième technique est un peu plus avancée. Elle s’inspire de l’IFS (Internal Family Systems), un modèle que j’utilise beaucoup dans mon cabinet. L’idée est simple : tu n’es pas une seule entité. Tu es composé de différentes « parties » de toi-même, chacune avec ses émotions, ses croyances, ses besoins. Dans le deuil, une partie de toi est profondément blessée. Une autre veut passer à autre chose. Une autre encore est en colère. Une autre refuse de lâcher prise.

Le problème, c’est que ces parties sont souvent en conflit. Tu te dis : « Je devrais aller mieux », mais une autre partie répond : « Non, c’est trop tôt, je ne veux pas oublier. » Ce conflit intérieur est épuisant. Il te maintient dans une boucle de culpabilité et de tristesse.

Le dialogue intérieur consiste à reconnaître et à accueillir ces parties, sans les juger, sans essayer de les changer. Tu deviens le témoin bienveillant de ce qui se passe en toi.

Voici comment t’y prendre :

  1. Installe-toi dans un endroit calme. Ferme les yeux. Prends cinq respirations avec la technique du contenant. Tu dois être dans un état de calme relatif pour pratiquer ce dialogue.
  2. Pose-toi cette question : « Quelle est l’émotion la plus présente en moi en ce moment ? » Ne réfléchis pas. Laisse la réponse monter. Peut-être tristesse, colère, vide, peur, culpabilité, soulagement.
  3. Donne un visage à cette émotion. Ce n’est pas la personne disparue. C’est la partie de toi qui ressent cette émotion. Imagine-la comme une forme – une petite fille recroquevillée, un vieil homme fatigué, une boule d’énergie noire, une flamme. Laisse ton inconscient te montrer une représentation.
  4. Adresse-toi à elle avec curiosité et bienveillance. Tu peux lui dire mentalement : « Je te vois. Je sais que tu es là. Je ne vais pas te chasser. » Ou simplement : « Parle-moi. »
  5. Écoute ce qu’elle a à dire. Ne cherche pas à répondre, à argumenter, à consoler. Juste écouter. Peut-être qu’elle dira : « J’ai peur d’être seul. » Ou : « Je suis en colère parce qu’il est parti sans dire au revoir. » Ou : « Je suis fatiguée de faire semblant. »
  6. Remercie cette partie. Tu peux lui dire : « Merci de prendre soin de moi. » ou « Merci d’être là. » Puis, doucement, prends trois respirations et reviens à la pièce.
  7. Ouvre les yeux. Note sur un carnet ce que tu as ressenti ou entendu, si tu le souhaites.

Ce qui est puissant dans cette technique, c’est qu’elle brise l’identification à l’émotion. Quand tu es en deuil, tu peux avoir l’impression d’être la tristesse. Tu ES triste. Mais quand tu dialogues avec la partie triste, tu deviens celui qui observe la tristesse. Tu n’es plus la tristesse. Tu es celui qui la contient.

« Tu n’es pas la tempête. Tu es le ciel qui contient la tempête. »

Un patient sportif que j’accompagne en préparation mentale avait perdu son père. Il était footballeur semi-professionnel et n’arrivait plus à jouer. Chaque fois qu’il touchait le ballon, il pensait à son père qui l’emmenait à l’entraînement. Nous avons utilisé ce dialogue intérieur pour identifier une « partie performante » qui voulait jouer, et une « partie endeuillée » qui voulait s’arrêter. Au lieu de les opposer, nous les avons fait dialoguer. La partie performante a accepté de ralentir. La partie endeuillée a accepté de laisser des fenêtres pour jouer. Progressivement, il a retrouvé le plaisir du terrain.

Pratique ce dialogue une à deux fois par semaine au début. C’est un exercice qui demande un peu de recul. Ne le fais pas si tu es en pleine crise émotionnelle. Commence par les deux premières techniques, qui sont plus douces. Quand tu sens que tu arrives à les utiliser, tu peux intégrer le dialogue intérieur.

Comment intégrer ces techniques dans ta vie quotidienne ?

Les trois techniques que je viens de te détailler sont comme des outils dans une boîte. Tu n’as pas besoin de toutes les utiliser en même temps. Choisis celle qui te parle le plus en ce moment. Pour certains, ce sera la respiration du contenant, parce qu’elle répond à une urgence immédiate. Pour d’autres, ce sera le rendez-vous avec le souvenir, parce qu’ils ont besoin de maintenir un lien. Pour d’autres encore, ce sera le dialogue intérieur, parce qu’ils sentent un conflit interne.

Voici une suggestion de routine minimale :

  • Matin : 3 minutes de respiration du contenant avant de sortir du lit. Ça te prépare à affronter la journée.
  • Après-midi : Si une vague de chagrin te prend, 5 minutes de respiration du contenant ou un court

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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