Thierry Sudan
— Hypnose

Arrêter de prévoir le pire en permanence : ce que l’hypnose change

Pourquoi votre cerveau fabrique des scénarios catastrophes, les parties qui veulent vous protéger, et une technique de 5 minutes en hypnose pour calmer le scénariste intérieur.

Arrêter de prévoir le pire en permanence : ce que l’hypnose change
Photo par ABDULHADI KHASHFA sur Pexels

Un message sans réponse, et vous imaginez déjà un accident. Un rendez-vous chez le médecin, et vous voilà en train de préparer le pire diagnostic. Un collègue qui fronce les sourcils, et vous vous voyez licencié. Vous savez que ces scénarios sont exagérés, mais ils reviennent, nuit et jour, avec leurs images, leurs dialogues, leurs conséquences en cascade.

Prévoir le pire en permanence épuise. Ce n’est pas un défaut de caractère, ni un manque de volonté : c’est un mécanisme de protection devenu trop zélé. Dans cet article, je vous explique d’où il vient, pourquoi le raisonnement seul ne suffit pas à l’arrêter, et comment l’hypnose ericksonienne, associée à l’IFS, aide à le calmer en profondeur.

Pourquoi votre cerveau s’entête à imaginer le pire

Votre cerveau n’a pas été conçu pour vous rendre heureux, mais pour vous garder en vie. Pour nos ancêtres, confondre une branche avec un serpent coûtait peu ; confondre un serpent avec une branche pouvait coûter la vie. Le cerveau a donc gardé une préférence nette pour le scénario négatif : c’est ce qu’on appelle le biais de négativité.

Chez certaines personnes, ce biais prend beaucoup de place. Souvent parce que, plus tôt dans la vie, prévoir le pire a été utile :

  • grandir dans un environnement imprévisible, où il fallait anticiper l’humeur d’un parent ;
  • avoir vécu une perte, une maladie ou un événement brutal que personne n’avait vu venir ;
  • avoir été tenu pour responsable de ce qui tournait mal ;
  • avoir appris qu’être surpris, c’était être en danger.

Le cerveau en a tiré une règle : « si j’imagine le pire à l’avance, je serai prêt, ou au moins je ne serai pas pris au dépourvu ». La règle a pu vous protéger. Aujourd’hui, elle tourne à vide, et c’est vous qui en payez le prix : tension, insomnie, irritabilité, difficulté à profiter des bons moments.

Le scénario catastrophe, une illusion de contrôle

Imaginer le pire donne une sensation de maîtrise. Tant que vous pensez au problème, vous avez l’impression de faire quelque chose. Mais cette préparation est trompeuse : vous vivez émotionnellement des dizaines de catastrophes qui n’arriveront jamais, et votre corps réagit à chacune comme si elle était réelle. Le cœur accélère, les muscles se tendent, le cortisol monte.

Il y a aussi un piège plus subtil : quand le pire n’arrive pas, le cerveau en conclut parfois que c’est grâce à la vigilance. La croyance se renforce, et le scénariste travaille encore plus.

Pourquoi « arrêter d’y penser » ne marche pas

On vous a sûrement dit de « positiver » ou de « ne pas vous faire de films ». Vous avez essayé. Le problème, c’est que ces scénarios naissent dans des zones du cerveau qui réagissent plus vite que la pensée rationnelle. Lutter contre une pensée la renforce souvent : plus on essaie de ne pas penser à quelque chose, plus cela revient.

Remplacer un scénario négatif par un scénario positif ne fonctionne pas mieux, parce que la partie de vous qui produit les catastrophes n’y croit pas. Elle a une mission, et tant qu’elle pense qu’elle est nécessaire, elle continuera. Ce qui change la donne, c’est de s’adresser à elle, et à l’état du corps qui l’alimente.

Comment l’hypnose désactive le pilote automatique des scénarios

L’hypnose ericksonienne travaille avec l’inconscient, c’est-à-dire avec ces processus automatiques qui fabriquent les scénarios avant même que vous ne les remarquiez. En séance, plusieurs choses deviennent possibles.

Faire redescendre l’alerte. L’état hypnotique est un état de calme attentif. Le système nerveux sort de l’hypervigilance, et, souvent pour la première fois depuis longtemps, la personne ressent physiquement ce que c’est que de ne rien anticiper.

Prendre de la distance avec le film. En hypnose, on peut apprendre à regarder le scénario comme on regarde un film, depuis le fond de la salle. On peut le mettre en noir et blanc, baisser le son, rapetisser l’écran. Ces changements de perception paraissent anodins, mais ils réduisent la charge émotionnelle des images.

Retrouver ses ressources. Le scénario catastrophe oublie toujours une chose : vous. Vos capacités d’adaptation, les épreuves que vous avez déjà traversées, les personnes sur qui vous pouvez compter. L’hypnose permet de reconnecter ces ressources de manière vécue, pas seulement intellectuelle.

Installer une nouvelle réponse. Avec la répétition, le cerveau apprend qu’une incertitude peut être tolérée sans être résolue tout de suite.

Les parties de vous qui veulent vous protéger

L’IFS (Internal Family Systems) apporte un éclairage précieux. Dans cette approche, le « scénariste catastrophe » est une partie de vous, une partie protectrice. Elle n’est pas folle : elle croit sincèrement que si elle arrête de surveiller, quelque chose de terrible arrivera.

Souvent, elle protège une partie plus vulnérable : un enfant qui a eu très peur, qui s’est senti seul face à l’imprévu, ou qui a été pris en faute. Le scénariste veut à tout prix éviter que cet enfant revive cette détresse.

En séance, on peut s’adresser à cette partie avec curiosité :

  • Depuis quand fais-tu ce travail ?
  • Qu’est-ce que tu crains qu’il arrive si tu t’arrêtes ?
  • De quoi aurais-tu besoin pour te reposer un peu ?

Ces questions changent la relation. Au lieu de combattre vos pensées, vous devenez le partenaire de la partie qui les produit. Et quand la partie vulnérable qu’elle protège reçoit enfin du réconfort, le scénariste peut relâcher sa garde.

Sortir de l’isolement des pensées catastrophiques

Les scénarios catastrophes s’épanouissent dans la solitude. On ne les partage pas, par peur de paraître ridicule ou de « porter malheur ». Or le simple fait de dire à voix haute « j’ai peur que… » à une personne bienveillante réduit leur intensité. Le cerveau social se calme quand il se sent accompagné.

C’est l’un des apports de l’Intelligence Relationnelle : apprendre à exprimer ses inquiétudes sans les imposer, à demander du soutien de manière claire (« j’ai besoin que tu m’écoutes, pas que tu me rassures »), et à laisser l’autre être une présence plutôt qu’une solution.

Une technique de 5 minutes pour calmer le scénariste

Voici un exercice inspiré de ce que je propose en séance. Vous pouvez le pratiquer dès que vous sentez un scénario démarrer.

  1. Arrêtez-vous et nommez. « Mon cerveau est en train de me raconter une histoire de catastrophe. » Le fait de nommer crée une distance.
  2. Respirez par le bas. Posez une main sur le ventre. Expirez lentement, plus longtemps que vous n’inspirez, cinq fois.
  3. Mettez le film à distance. Imaginez que le scénario est projeté sur un petit écran au loin. Rendez l’image plus petite, plus pâle, le son plus faible.
  4. Saluez la partie. Intérieurement : « Je vois que tu essaies de me protéger. Merci. Je m’en occupe. »
  5. Revenez au présent. Nommez trois choses que vous voyez et deux sons que vous entendez. Demandez-vous : « Qu’est-ce qui est vrai, maintenant, dans cette pièce ? »

Si l’inquiétude concerne un vrai problème, ajoutez une sixième étape : notez une seule action concrète que vous pouvez faire, et quand. Le reste peut attendre.

Deux autres exercices pour le quotidien

Le rendez-vous avec l’inquiétude

Fixez chaque jour un créneau de 15 minutes, toujours à la même heure, pour vous inquiéter volontairement. Notez vos scénarios sur papier. En dehors de ce créneau, quand un scénario arrive, dites-vous : « Je le note, j’y penserai à 18 h. » Le cerveau accepte mieux de différer que de renoncer.

Le carnet des prédictions

Pendant deux semaines, notez vos prédictions catastrophes et, quelques jours plus tard, ce qui s’est réellement passé. La plupart des personnes découvrent qu’une très faible part de leurs scénarios se réalise, et que, quand une difficulté survient, elles y font face mieux que prévu.

Ce que l’hypnose ne fait pas

L’hypnose ne vous rendra pas insouciant face aux vrais risques, et ce n’est pas son but : un peu de prudence reste utile. Elle n’efface pas non plus les difficultés réelles de votre vie. Et elle ne remplace pas un suivi médical : si l’anxiété est permanente, si elle s’accompagne d’insomnies sévères, d’attaques de panique ou d’idées noires, parlez-en à votre médecin. Ne modifiez jamais un traitement sans son avis.

Pour savoir si ce qui vous arrive dépasse la simple inquiétude, voyez les signes d’une anxiété généralisée, et pour comprendre l’alarme du cerveau, comment l’hypnose calme un cerveau en alerte.

Ce que vous pouvez faire dès aujourd’hui

Choisissez un seul des exercices ci-dessus et pratiquez-le chaque jour pendant une semaine. Observez sans juger. Vous ne cherchez pas à ne plus jamais imaginer le pire, mais à ce que ces scénarios cessent de diriger votre vie.

Si le scénariste intérieur prend trop de place, je vous accompagne en cabinet à Saintes ou à distance.

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement — IFS, hypnose ericksonienne et Intelligence Relationnelle. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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