3 phrases à répéter (avec l'hypnose) pour gagner en confiance
Des affirmations qui changent vraiment votre dialogue intérieur.
Apprenez à calmer les scénarios catastrophes qui tournent en boucle.
Je les vois arriver dans mon cabinet, le dos noué, les mâchoires serrées. « Docteur Sudan, j’ai besoin d’arrêter de penser. » Ils me racontent les nuits à retourner une conversation vieille de trois jours, les matins à imaginer le crash de l’avion qu’ils ne prendront que dans six mois, les soirées à anticiper la maladie de leurs enfants au moindre petit rhume. Ils ne se qualifient pas d’angoissés, plutôt de « prudents », de « gens qui anticipent ». Mais en réalité, ils sont épuisés. Épuisés d’habiter le futur avant même d’avoir vécu le présent.
Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes depuis 2014. J’accompagne des adultes qui souffrent de ce que j’appelle le syndrome du scénariste. Votre cerveau est devenu un scénariste catastrophe, un réalisateur de films d’horreur dont vous êtes le héros malgré vous. Et vous voulez couper la caméra. L’hypnose ericksonienne, couplée à l’IFS (Internal Family Systems) et à l’Intelligence Relationnelle, peut vous aider à arrêter de prévoir le pire en permanence. Pas en effaçant votre capacité d’anticipation – ce serait idiot, elle vous a sans doute sauvé la vie plusieurs fois – mais en désactivant le mode « alerte rouge » qui s’est installé en fond de votre système nerveux.
Avant de vouloir arrêter ce mécanisme, il faut comprendre pourquoi il est là. Votre cerveau n’est pas un ordinateur défectueux. C’est un organe qui a évolué pour une mission : vous garder en vie. Il y a 50 000 ans, nos ancêtres qui entendaient un bruit dans les buissons ne prenaient pas le temps de se dire : « Oh, ce n’est probablement qu’un lapin. » Non. Ceux qui imaginaient le pire – un tigre à dents de sabre – et qui fuyaient ou se préparaient au combat, survivaient. Ceux qui se disaient « ce doit être le vent » finissaient dans le ventre du prédateur.
Ce mécanisme de détection de menace est toujours actif. Il s’appelle l’amygdale cérébrale. Son rôle : scanner en permanence votre environnement et votre monde intérieur pour repérer ce qui pourrait être dangereux. Et elle est très conservatrice. Elle préfère 100 fausses alertes qu’un seul danger réel non détecté.
Je reçois souvent des gens qui se disent « angoissés chroniques ». En les écoutant, je découvre que leur système d’alarme s’est déréglé suite à un événement précis : un accident de voiture, une maladie soudaine d’un proche, une trahison professionnelle. Le cerveau s’est dit : « OK, le monde n’est plus fiable. Je dois anticiper tous les scénarios pour ne plus jamais être pris au dépourvu. »
Un patient, que j’appellerai Marc, coureur de fond, m’a raconté : « Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer ma femme avoir un accident de voiture chaque fois qu’elle a 10 minutes de retard. Je sais que c’est absurde, mais mon corps réagit comme si c’était vrai. » Marc n’est pas fou. Marc a un système nerveux qui a appris, peut-être après un deuil ou un choc, que l’imprévu est mortel. Son cerveau a créé une stratégie de survie : « Si je prévois le pire, je suis mentalement préparé. Si ça arrive, je ne serai pas surpris. »
Sauf que cette stratégie a un coût énorme. Vous vivez la catastrophe des centaines de fois avant qu’elle n’arrive. Et si elle n’arrive pas, vous avez dépensé une énergie folle pour rien. Et si elle arrive, vous êtes tellement lessivé par l’anticipation que vous n’avez plus la force de la gérer.
Le paradoxe du scénario catastrophe : vous croyez vous protéger en imaginant le pire, mais en réalité, vous vous épuisez à vivre des dangers qui n’existent pas. Votre système nerveux ne fait pas la différence entre une menace réelle et une menace imaginée. Les mêmes hormones de stress (cortisol, adrénaline) sont libérées.
L’hypnose ericksonienne ne consiste pas à vous endormir ou à effacer votre mémoire. Elle ne vous transforme pas en poulet qui se réveille en pensant être un humain (merci les clichés hollywoodiens). L’hypnose est un état de conscience modifié, naturel, que vous expérimentez déjà tous les jours : quand vous êtes absorbé par un film, quand vous conduisez sans vous souvenir des 10 derniers kilomètres, quand vous rêvassez sous la douche.
Dans cet état, votre critique interne – cette voix qui dit « mais tu es ridicule, arrête d’imaginer le crash » – est mise en veille. Votre conscient lâche un peu les commandes, et votre inconscient, cette immense bibliothèque de ressources et d’apprentissages, devient plus accessible.
Concrètement, quand une personne vient me voir pour arrêter de prévoir le pire, je ne lui dis pas : « Arrêtez de penser comme ça, c’est idiot. » Ce serait comme demander à quelqu’un de ne pas penser à un ours blanc. Plus vous dites « ne pense pas à ça », plus vous y pensez. C’est ce qu’on appelle l’ironie du contrôle : plus vous essayez de contrôler une pensée, plus elle résiste.
Je vais plutôt l’aider à entrer dans un état de ressourcement. Par exemple, je peux utiliser une métaphore. Je lui dis : « Imaginez que votre esprit est comme une radio qui capte en permanence une station d’informations anxiogènes. Vous ne pouvez pas casser la radio, mais vous pouvez apprendre à tourner le bouton vers une autre fréquence. »
L’hypnose ericksonienne travaille avec le langage indirect et les métaphores. Plutôt que de confronter directement le scénario catastrophe (« ce que vous imaginez n’arrivera pas »), on va créer un espace où la personne peut expérimenter une autre manière d’être en relation avec ses pensées.
Prenons un exemple. Une patiente, Sophie, cadre commerciale, anticipait tous les matins le rejet de ses clients. Elle se préparait mentalement au « non » avant même d’avoir composé le numéro. En séance, je l’ai guidée vers un état hypnotique léger. Je lui ai demandé d’observer ses pensées comme des nuages qui passent dans le ciel. Pas de les chasser, pas de les juger, juste de les regarder passer. Elle a souri après quelques minutes : « C’est bizarre, je vois le nuage de la catastrophe, mais il est tout petit et il se dissout. »
Ce n’est pas magique. C’est un réapprentissage neurologique. À force d’observer vos pensées catastrophiques sans y réagir, votre cerveau apprend qu’elles ne sont pas des ordres. Ce sont des suggestions mentales, pas des prédictions. L’hypnose permet de créer un espace entre le stimulus (la pensée) et la réponse (l’angoisse). Et dans cet espace, vous retrouvez du choix.
Un cadre conceptuel que j’utilise beaucoup est l’IFS, ou Internal Family Systems. Imaginez que votre psyché est une famille intérieure avec différentes parties. Vous n’êtes pas une seule personne. Vous êtes une équipe.
Il y a des parties qui veulent vous protéger, d’autres qui veulent vous critiquer, d’autres encore qui veulent prendre le contrôle. Le problème, c’est que certaines de ces parties ont pris le pouvoir et agissent sans votre consentement.
La partie qui prévoit le pire, je l’appelle souvent le « manager catastrophe » ou le « vigile intérieur ». C’est une partie de vous qui a un rôle noble : vous protéger. Mais elle est devenue envahissante. Elle ne vous laisse pas respirer.
Quand je travaille avec un patient, je ne cherche pas à éliminer cette partie. Ce serait comme virer le vigile qui empêche les cambriolages. Non, je cherche à comprendre son histoire. Pourquoi fait-elle ce travail si dur ? Quand a-t-elle commencé ? Qu’est-ce qui s’est passé dans votre vie pour qu’elle estime nécessaire d’être en alerte 24h/24 ?
Un patient, footballeur amateur, anticipait sans cesse l’échec. Avant chaque match, il se voyait rater une passe, se faire humilier, décevoir son équipe. Cette partie le protégeait de la déception : « Si tu anticipes le pire, tu ne seras pas déçu si ça arrive. » Mais cette protection l’empêchait de jouer librement, de prendre des risques, de se faire confiance.
En séance, je lui ai proposé de dialoguer avec cette partie. Pas en la combattant, mais en la remerciant. « Merci d’essayer de me protéger. Je comprends que tu as peur. Mais j’ai besoin que tu me fasses un peu confiance. Je peux gérer la déception si elle arrive. » C’est un dialogue intérieur qui semble simple, mais qui est profondément réparateur.
Quand vous arrêtez de lutter contre la partie qui prévoit le pire, elle s’apaise. Elle n’a plus besoin de crier pour être entendue. Vous pouvez lui dire : « Je t’entends, je sais que tu veux me protéger, mais pour l’instant, je suis en sécurité. »
L’IFS vous permet de reprendre votre place de leader dans votre propre système intérieur. Vous n’êtes pas votre anxiété. Vous êtes celui ou celle qui observe l’anxiété. C’est une distinction cruciale.
Le problème des scénarios catastrophes, c’est qu’ils se nourrissent de l’isolement. Quand vous êtes seul avec vos pensées, elles prennent une ampleur démesurée. Vous ruminez, vous bouclez, vous alimentez le feu.
L’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à reconnaître ce qui se joue dans la relation à l’autre et à utiliser cette relation comme levier de changement. Concrètement, cela signifie apprendre à partager ce que vous vivez sans vous noyer dedans, et à recevoir du soutien sans vous sentir dépendant.
Je vois souvent des patients qui vivent leurs scénarios catastrophes en secret. Ils n’osent pas en parler à leur conjoint de peur de passer pour « un cas », ou parce qu’ils pensent qu’on va les rassurer et que ça ne marchera pas. Et ils ont raison : le réconfort superficiel ne marche pas. « Mais non, tout va bien se passer » – cette phrase, vous l’avez entendue mille fois, et elle ne fait que renforcer votre sentiment d’être incompris.
L’Intelligence Relationnelle, c’est autre chose. C’est la capacité à dire : « Voilà ce qui se passe dans ma tête en ce moment. Je sais que c’est un scénario, mais mon corps réagit comme si c’était réel. Tu n’as pas besoin de me rassurer, juste d’être là. »
Un patient, entrepreneur, anticipait chaque jour la faillite de son entreprise, malgré des bilans positifs. Il n’en parlait jamais à sa femme, de peur de l’inquiéter. En thérapie, il a appris à nommer cette partie : « Voilà, mon vigile intérieur est en train de me montrer le scénario de la faillite. Il fait son boulot. » Sa femme, au lieu de le rassurer, a pu dire : « Je vois que c’est dur pour toi en ce moment. Tu veux qu’on en parle ou tu veux juste que je sois là ? » Cette simple phrase a changé la donne.
L’Intelligence Relationnelle, c’est aussi apprendre à recevoir de l’aide sans honte. Parce que les scénarios catastrophes vous font croire que vous êtes seul face au danger. En réalité, vous êtes entouré de ressources humaines, mais votre système d’alarme vous empêche de les voir.
Je ne veux pas que vous quittiez cet article avec des concepts, mais avec des outils. Voici trois exercices que vous pouvez faire dès maintenant, chez vous, sans matériel.
Exercice 1 : La respiration du scénario arrêté
Quand vous sentez le scénario catastrophe démarrer – cette montée d’adrénaline, cette boule dans le ventre, cette accélération des pensées – arrêtez-vous. Prenez une inspiration lente par le nez pendant 4 secondes. Bloquez pendant 4 secondes. Expirez lentement par la bouche pendant 6 secondes. Recommencez 5 fois.
Ce n’est pas un exercice de relaxation bidon. C’est une activation du nerf vague, qui envoie un signal à votre système nerveux : « On n’est pas en danger immédiat. On peut relâcher la vigilance. » Votre cerveau comprend que si vous contrôlez votre respiration, vous n’êtes pas en train de fuir un tigre. Cela force le système parasympathique à s’activer.
Exercice 2 : La technique du scénario alternatif
Prenez votre scénario catastrophe. Par exemple : « Je vais rater ma présentation demain, tout le monde va me juger, je vais perdre mon travail. » Maintenant, écrivez-le. Ensuite, écrivez un scénario alternatif tout aussi plausible, mais neutre ou positif. Par exemple : « Je vais faire ma présentation, certaines personnes seront intéressées, d’autres non, et je continuerai ma vie normalement. »
Puis, écrivez un troisième scénario, totalement absurde, qui vous fait sourire. « Je vais arriver, un singe va entrer dans la salle, tout le monde va rire, et on va finir la réunion autour d’un café. »
Le but n’est pas de vous convaincre que le pire n’arrivera pas. Le but est d’entraîner votre cerveau à considérer plusieurs possibilités au lieu d’une seule. La catastrophe n’est qu’un scénario parmi d’autres. En multipliant les scénarios, vous diluez son pouvoir.
Exercice 3 : La boîte à soucis
Prenez un carnet. Chaque jour, consacrez 10 minutes à la même heure (par exemple, 18h) pour écrire tous vos scénarios catastrophes. Notez tout, sans filtre. Puis fermez le carnet. Dites-vous : « J’ai pris le temps d’y penser. Maintenant, je peux passer à autre chose. »
Si un scénario revient en dehors de ce créneau, dites-vous : « Je le note mentalement, et je le traiterai à 18h. » Cela semble trop simple, mais ça marche. Pourquoi ? Parce que vous donnez à votre cerveau un rendez-vous. Il sait qu’il aura son moment pour anticiper. Il n’a plus besoin de vous harceler toute la journée.
Je veux être clair. L’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne va pas effacer votre passé, ni vous rendre insensible aux émotions. Elle ne va pas transformer une personne anxieuse en un zombie zen qui sourit tout le temps.
L’hypnose vous donne un outil. Elle vous permet d’accéder à des ressources que vous avez déjà, mais que vous n’utilisez pas. Elle ne crée pas de nouvelles capacités, elle débloque celles qui sont gelées par le stress.
Certains patients me disent : « J’ai peur que l’hypnose me fasse perdre le contrôle. » Je leur réponds : « Vous avez déjà perdu le contrôle, c’est pour ça que vous êtes là. Vous êtes contrôlé par vos scénarios catastrophes. L’hypnose vous aide à reprendre le contrôle, pas à le perdre. »
L’hypnose ne fonctionne pas si vous attendez passivement que le thérapeute fasse tout le travail. Ce n’est pas un spectacle. C’est une collaboration active. Vous devez être prêt à explorer, à expérimenter, à sortir de votre zone de confort mental.
Et enfin, l’hypnose ne remplace pas un suivi médical. Si vous souffrez de troubles anxieux sévères, de dépression, de TOC ou de stress post-traumatique, elle peut être un complément puissant, mais pas un substitut à un accompagnement psychiatrique ou médical.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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