HypnoseEmotions Et Stress

Hypnose et deuil : mythes et réalités à connaître

Démêler le vrai du faux pour oser essayer.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Je reçois encore des messages de personnes qui hésitent à pousser la porte de mon cabinet. Pas parce qu’elles doutent de leur souffrance, mais parce qu’elles ont peur de ce qu’elles vont trouver en elles. “Si je commence à pleurer, je vais m’effondrer et ne jamais m’arrêter.” “L’hypnose, c’est pour effacer la mémoire de la personne décédée, non ?” “On m’a dit qu’il fallait juste du temps et que les psys n’y pouvaient rien.”

Ces phrases, je les entends presque chaque semaine. Et derrière elles, il y a une méfiance légitime mêlée à un espoir timide. Parce que quand on perd quelqu’un, on est déjà vidé. On n’a pas l’énergie de se lancer dans une démarche qui pourrait nous briser davantage. On veut juste que ça s’arrête, ou au moins que ça fasse moins mal.

Alors aujourd’hui, j’ai envie de prendre le temps de poser les choses à plat. Pas avec des promesses en l’air, mais avec ce que j’observe depuis dix ans dans mon cabinet à Saintes. Le deuil, je l’accompagne tous les jours. Et l’hypnose, elle n’est ni une baguette magique ni un danger. Elle est un outil. Un outil mal compris, souvent caricaturé, mais qui peut vraiment aider si on sait à quoi s’attendre.

On va donc démonter ensemble les mythes les plus tenaces, et je vous montrerai ce que la réalité du travail thérapeutique donne vraiment. Parce que oui, il y a des choses que l’hypnose peut faire pour vous. Et il y a des choses qu’elle ne fera jamais. Mieux vaut le savoir avant de se lancer.

Pourquoi l’hypnose fait peur dans le cadre d’un deuil ?

La première peur que j’entends, c’est celle de perdre le contrôle. “Si je suis hypnotisé, je vais dire des choses que je ne veux pas dire, ou je vais revivre des moments traumatiques sans pouvoir m’arrêter.” C’est compréhensible. On a tous vu des spectacles d’hypnose de scène où des gens font n’importe quoi, et on se dit : “Jamais je ne me laisserai faire ça.”

Mais là, on ne parle pas de spectacle. L’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, c’est l’inverse du contrôle extérieur. C’est vous qui gardez les rênes. Je ne vous “programme” pas. Je vous guide vers un état de conscience modifié où vous êtes plus connecté à vos ressources intérieures, pas moins. Vous pouvez ouvrir les yeux à tout moment. Vous pouvez dire non. Vous pouvez même vous lever et partir si quelque chose ne vous convient pas. C’est arrivé une fois, en dix ans. Une dame qui n’était pas prête à parler de son fils décédé. Elle s’est levée, elle m’a dit “pas aujourd’hui”, et on a juste parlé. C’était parfait.

La deuxième peur, plus spécifique au deuil, c’est celle de “trahir” la mémoire du défunt. Certains patients me disent : “Si je vais mieux, c’est comme si je l’oubliais.” Ou pire : “Si je ne souffre plus, c’est que je ne l’aimais pas assez.” Cette peur est profondément humaine. Elle vient d’une croyance que l’amour et la souffrance sont liés. Plus on souffre, plus on aime. C’est faux, mais c’est puissant.

L’hypnose ne vous fera pas oublier qui vous avez perdu. Elle ne vous détachera pas de cette personne. Ce qu’elle peut faire, c’est vous aider à porter ce lien différemment. À ne plus être écrasé par lui. À pouvoir penser à elle sans avoir le ventre noué. À pouvoir sourire à un souvenir sans culpabiliser. C’est tout l’inverse d’un effacement. C’est une transformation du lien.

“On ne guérit pas d’un deuil. On apprend à habiter une maison qui a une pièce en moins. L’hypnose ne reconstruit pas la pièce, mais elle vous aide à allumer la lumière dans les autres.”

Mythe n°1 : “L’hypnose va effacer mes souvenirs ou me faire oublier la personne”

C’est le mythe le plus répandu, et le plus bloquant. Les gens imaginent que je vais les plonger dans un état second, claquer des doigts, et que le souvenir de l’être cher disparaîtra comme par magie. Certains viennent même avec cette attente secrète : “Faites que je n’aie plus mal, même si c’est en oubliant.”

Je vais être très clair : je ne peux pas effacer un souvenir. Et je ne le voudrais pas. Un souvenir, c’est une trace neurologique, émotionnelle, sensorielle. C’est ce qui fait que vous êtes vous. L’effacer, ce serait amputer une partie de votre histoire. Et ça, ce n’est pas une solution, c’est une mutilation.

Ce que l’hypnose peut faire, c’est changer la charge émotionnelle associée au souvenir. Prenons un exemple concret. Une patiente, appelons-la Marie, venait me voir deux ans après la mort de son père. Elle ne pouvait pas entrer dans la chambre d’hôpital où il était décédé sans avoir des palpitations, des sueurs froides, une sensation d’étouffement. Le souvenir était intact, mais la charge émotionnelle était devenue toxique. Elle revivait la scène comme si c’était hier, avec la même intensité.

En hypnose, on a travaillé sur ce souvenir. Pas pour le supprimer, mais pour le “recontextualiser”. On a ajouté des éléments que son cerveau n’avait pas enregistrés sur le moment : la présence d’une infirmière douce, le bruit de la pluie contre la vitre, le fait qu’elle avait tenu la main de son père jusqu’au bout. On a aussi créé une “distance de sécurité” : elle pouvait regarder la scène comme si elle était dans un cinéma, avec la télécommande en main pour mettre pause ou avancer.

Résultat : le souvenir est toujours là. Elle se rappelle parfaitement de ce jour. Mais maintenant, elle peut y penser sans s’effondrer. Elle peut même entrer dans une chambre d’hôpital sans paniquer. Le souvenir n’a pas été effacé. Il a été apprivoisé.

Mythe n°2 : “Le deuil dure un an, après ça va mieux”

Ah, celui-là, il est tenace. On l’entend partout : dans les familles, chez le médecin, dans les livres de développement personnel des années 90. L’idée qu’il y a des étapes (le déni, la colère, le marchandage, la tristesse, l’acceptation) et qu’on doit les traverser dans l’ordre, comme un jeu de société.

La réalité, c’est que le deuil n’a pas de calendrier. J’ai accompagné des personnes qui “allaient bien” au bout de trois mois et qui s’effondraient deux ans plus tard, sans raison apparente. J’ai vu des veufs qui semblaient “passer à autre chose” très vite, mais qui vivaient un deuil différé cinq ans après. J’ai vu des parents qui perdaient un enfant et qui, dix ans après, avaient encore des vagues de douleur aussi intenses qu’au premier jour.

Le deuil n’est pas une maladie qu’on soigne en un an. C’est une adaptation. Une reconfiguration de tout votre être. Et cette reconfiguration, elle prend le temps qu’elle prend. Certains jours, vous aurez l’impression d’avancer. D’autres jours, vous reculerez de trois pas. C’est normal.

L’hypnose, dans ce cadre, ne va pas accélérer le processus. Elle ne va pas vous faire “passer” les étapes plus vite. Ce qu’elle fait, c’est vous offrir des moments de répit. Des moments où vous pouvez poser le poids. Où vous pouvez respirer sans avoir cette boule dans la gorge. Où vous pouvez vous autoriser à être autre chose que “la personne en deuil” pendant une heure.

Et c’est là que se joue une grande partie du travail. Parce que quand on est épuisé par la douleur, on n’a plus l’énergie de s’adapter. On survit, on ne vit pas. L’hypnose vous redonne un peu d’énergie vitale. Pas pour “oublier”, mais pour avoir la force de continuer à intégrer cette perte dans votre vie.

Mythe n°3 : “Si je pleure en séance, c’est que ça ne marche pas”

C’est peut-être le mythe le plus triste que j’entends. Des patients arrivent en s’excusant presque : “Désolé, je vais pleurer, je suis un peu sensible aujourd’hui.” Comme si pleurer était un échec. Comme si une séance d’hypnose devait être calme, zen, sans émotion.

Je vais vous dire une chose : si vous ne pleurez jamais en séance, c’est peut-être que vous ne touchez pas vraiment le fond du problème. Les larmes, c’est le signe que quelque chose bouge. Que le système se réorganise. Que vous êtes en train de libérer une tension que vous portez depuis des mois, voire des années.

En hypnose, on ne bloque pas les émotions. On les accueille. On les laisse venir, on les laisse traverser. Parce que ce sont elles qui font le travail. Pleurer en séance, ce n’est pas un signe de faiblesse. C’est un signe que vous êtes en train de guérir. Pas de guérir “du deuil” — je n’aime pas ce mot — mais de guérir la partie de vous qui est bloquée dans la souffrance.

J’ai une patiente qui venait depuis trois séances sans verser une larme. Elle était fière : “Vous voyez, je tiens le coup.” Mais au fond, elle était tendue comme une corde de violon. À la quatrième séance, elle a craqué. Elle a pleuré pendant vingt minutes, sans pouvoir s’arrêter. Et après, elle m’a dit : “Je ne me suis jamais sentie aussi légère.” Parce qu’elle avait enfin lâché ce qu’elle retenait.

Alors si vous pleurez en séance, ne vous excusez pas. C’est exactement ce qu’il faut. Et si vous ne pleurez pas, ce n’est pas grave non plus. Chacun vit les choses à sa manière. Mais ne croyez pas que l’absence de larmes soit un signe de réussite.

Ce que l’hypnose fait vraiment dans un accompagnement de deuil

Maintenant qu’on a démoli les mythes, parlons de ce qui se passe vraiment. Concrètement, comment je travaille avec quelqu’un qui vit un deuil ?

La première séance, on parle. Beaucoup. Je veux comprendre qui vous avez perdu, comment c’est arrivé, ce qui est le plus difficile aujourd’hui. Je veux aussi savoir comment vous dormez, comment vous mangez, si vous avez des flashbacks, des insomnies, des crises d’angoisse. Je ne plonge pas directement dans l’hypnose. Je construis une relation de confiance. Parce que sans confiance, l’hypnose ne sert à rien.

Ensuite, selon ce que vous me dites, je vais adapter mon approche. Il n’y a pas une “technique hypnose deuil”. Il y a des personnes, avec des histoires uniques. Pour certains, le travail va porter sur le “non-dit”. Des mots qu’ils n’ont pas eu le temps de dire avant le départ. Une lettre jamais écrite. Un pardon jamais donné. L’hypnose peut créer un espace symbolique où ces mots sont enfin prononcés, même si l’autre n’est plus là physiquement.

Pour d’autres, le travail va porter sur la relation au corps. Parce que le deuil, ce n’est pas que dans la tête. C’est dans les épaules, dans le ventre, dans la poitrine. Des tensions chroniques, des douleurs inexpliquées, une fatigue qui ne passe pas. L’hypnose permet de revenir dans le corps, de le détendre, de lui redonner de la mobilité.

Pour d’autres encore, le travail va porter sur l’avenir. Comment vivre sans cette personne ? Comment se projeter ? Comment se donner la permission d’être heureux à nouveau ? L’hypnose peut aider à construire des images mentales de ce futur possible, à les rendre moins effrayantes, plus concrètes.

“L’hypnose ne vous enlève pas le deuil. Elle vous apprend à porter le poids différemment. À le déposer parfois. À le reprendre quand vous êtes prêt. À ne plus le laisser vous écraser.”

Comment savoir si l’hypnose est faite pour vous ?

C’est la question que tout le monde se pose. Et la réponse, elle est simple : si vous avez essayé de “tenir le coup” tout seul, si vous avez l’impression de tourner en rond, si les nuits sont devenues un cauchemar, si les relations avec les autres se sont dégradées, si vous sentez que vous avez besoin d’un coup de main pour sortir de l’impasse, alors oui, l’hypnose peut vous aider.

Mais attention : l’hypnose n’est pas une solution miracle. Si vous êtes en dépression sévère, si vous avez des idées noires, si vous ne sortez plus de chez vous depuis des mois, il faut d’abord consulter un médecin ou un psychiatre. L’hypnose peut être un complément, mais elle ne remplace pas un suivi médical.

Ce que je vous propose, ce n’est pas de “guérir” du deuil. C’est de retrouver un peu de légèreté. De pouvoir penser à la personne sans avoir mal. De pouvoir rire à nouveau sans culpabiliser. De pouvoir vous projeter dans un avenir qui n’est plus uniquement défini par la perte.

Et si vous n’êtes pas sûr, venez en parler. On ne fera pas d’hypnose tout de suite. On prendra un café (ou un thé, je n’ai pas de préférence), on discutera de ce qui vous bloque, de ce qui vous fait peur. Et vous déciderez, sans pression.

Ce que vous pouvez faire maintenant, avant même de prendre rendez-vous

Si cet article vous parle, si vous sentez que quelque chose doit bouger, voici trois choses que vous pouvez faire dès aujourd’hui, sans sortir de chez vous, sans dépenser un centime.

1. Autorisez-vous à ressentir sans jugement. Prenez cinq minutes, posez-vous dans un endroit calme. Fermez les yeux. Laissez venir ce qui vient. Si c’est de la tristesse, laissez-la. Si c’est de la colère, accueillez-la. Si c’est du vide, restez avec. Ne vous dites pas “je ne devrais pas ressentir ça après tout ce temps”. Ressentez, c’est tout. C’est le premier pas vers la libération.

2. Écrivez une lettre que vous n’enverrez jamais. Prenez un stylo et du papier. Écrivez à la personne que vous avez perdue. Dites-lui tout ce que vous n’avez pas eu le temps de dire. Les regrets, les remerciements, les colères, les amours. Ne censurez rien. Ne vous souciez pas du style. Cette lettre est pour vous. Vous pouvez la brûler, la garder, la déchirer. L’important, c’est de mettre les mots dehors.

3. Offrez-vous un moment de douceur. Le deuil est épuisant. Vous avez le droit de faire une pause. Prenez un bain chaud, écoutez une musique qui vous fait du bien, regardez un film qui vous fait sourire. Ne culpabilisez pas. Vous n’êtes pas en train de “trahir” la mémoire de quelqu’un en prenant soin de vous. Vous êtes en train de recharger vos batteries pour continuer à porter ce lien précieux.

Et si après ces trois gestes, vous sentez que vous avez besoin d’un accompagnement plus structuré, alors oui, poussez une porte. La mienne, ou celle d’un autre thérapeute en qui vous avez confiance. Mais ne restez pas seul avec ce poids. Il n’y a aucune honte à demander de l’aide. Il y a du courage.


Si vous êtes à Saintes ou dans les environs, si vous lisez cet article et que quelque chose résonne en vous, je vous propose de venir simplement en parler. Pas d’engagement, pas d’hypnose forcée. Juste une conversation où vous pourrez poser toutes vos questions, exprimer vos craintes, et voir si une collaboration pourrait vous être utile.

Vous pouvez me contacter par téléphone ou via le formulaire sur mon site. Je prends le temps de répondre personnel

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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