3 phrases à répéter (avec l'hypnose) pour gagner en confiance
Des affirmations qui changent vraiment votre dialogue intérieur.
Soutien spécifique pour les parents endeuillés.
C’est une histoire que je n’oublierai jamais. Sophie est arrivée dans mon cabinet un mardi matin, trois mois après avoir perdu son bébé au huitième mois de grossesse. Elle tenait une petite boîte en bois dans ses mains, offerte par la maternité. Elle n’avait pas encore eu le courage de l’ouvrir. Elle m’a dit : « Je ne peux plus respirer. Mon corps a porté la vie, mais il ne porte plus que du vide. Les gens me disent de faire mon deuil, mais personne ne me dit comment. »
Son regard me parlait autant que ses mots. Ce regard, je l’ai vu des dizaines de fois, chez des pères et des mères qui viennent avec une peine tellement immense qu’elle semble ne pas avoir de place dans le monde des vivants. Le deuil périnatal, c’est cette perte silencieuse, souvent invisible aux yeux des autres, mais qui pèse des tonnes. On vous félicite pour votre grossesse, puis plus rien. On vous dit « vous êtes jeune, vous en aurez d’autres », comme si un enfant pouvait remplacer un autre. On vous demande « comment allez-vous ? », mais on ne veut pas vraiment entendre la réponse.
L’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle sont des outils que j’utilise pour accompagner ces parents. Pas pour effacer la peine — elle est légitime et nécessaire — mais pour l’apaiser, la rendre vivable, et permettre au lien d’amour avec cet enfant de trouver une forme de paix. Dans cet article, je vais vous parler de ce que ces approches peuvent offrir, sans promesses de guérison magique, mais avec une honnêteté de terrain.
Le deuil périnatal — perte d’un enfant pendant la grossesse ou dans les premiers jours de vie — n’est pas un deuil comme les autres. Il cumule des spécificités qui le rendent particulièrement difficile à traverser.
D’abord, il touche à la fois le corps et le psychisme. Une mère a porté cet enfant, senti ses mouvements, modifié son alimentation, son sommeil, son rythme. Son corps a préparé la naissance. Quand la perte survient, le corps continue parfois à produire du lait, à porter les marques de la grossesse. C’est une dissonance biologique et émotionnelle violente. Les pères, eux, vivent souvent un deuil plus invisible : ils n’ont pas porté l’enfant, mais ils ont porté leur compagne, leurs espoirs, leurs peurs. On leur dit souvent « il faut être fort pour elle », ce qui les enferme dans un silence solitaire.
Ensuite, il manque des souvenirs concrets. Avec un enfant plus âgé, on a des photos, des dessins, des moments partagés. Avec un bébé perdu avant ou juste après la naissance, les souvenirs sont souvent réduits à des échographies, une boîte, un bracelet d’hôpital. Le deuil porte sur ce qui n’a pas eu lieu, sur les possibles qui ne seront jamais. C’est un deuil sans fin, car il n’y a pas d’histoire à raconter, seulement un amour inachevé.
Enfin, le regard social est maladroit. Les phrases « ce n’était pas encore un bébé », « tu pourras retomber enceinte », « au moins, tu ne l’as pas connu » sont des blessures supplémentaires. Beaucoup de parents se retrouvent isolés, ne sachant pas à qui parler sans avoir à justifier leur souffrance.
« Le deuil périnatal, c’est pleurer quelqu’un que vous avez tenu dans votre ventre mais jamais dans vos bras. C’est un amour qui n’a pas de tombe, mais qui pèse comme une montagne. »
C’est dans ce contexte que l’hypnose et l’IFS peuvent offrir un espace où la peine est accueillie sans jugement, où chaque parent peut enfin dire « cet enfant a existé, il compte, et je peux lui donner une place dans mon cœur sans me détruire ».
L’hypnose ericksonienne, que j’utilise depuis des années, est particulièrement adaptée au deuil périnatal parce qu’elle travaille avec l’inconscient de manière douce et indirecte. Elle ne force pas le changement, elle crée les conditions pour qu’il émerge.
Quand Sophie est venue me voir, son corps était en état d’alerte permanent. Elle ne dormait plus que par à-coups, son appétit avait disparu, et elle avait des flashbacks de l’accouchement, de la salle d’opération, du silence quand le bébé n’a pas crié. Son système nerveux était bloqué en mode survie.
En hypnose, je l’ai invitée à fermer les yeux, à porter son attention sur sa respiration, puis sur les sensations de son corps. Pas pour les fuir, mais pour les accueillir une par une. Nous avons utilisé des métaphores : celle d’un jardin où chaque émotion pouvait trouver une place, celle d’une rivière qui emportait doucement les tensions. L’hypnose ericksonienne permet de créer des « ponts » entre le conscient et l’inconscient, pour que le corps apprenne à se détendre, même quand la tête continue de ruminer.
Concrètement, lors de nos séances, Sophie a pu revivre certains moments difficiles, mais avec une distance protectrice. L’hypnose crée un état de conscience modifié où l’on peut observer ses émotions sans être submergé. C’est comme regarder une tempête depuis une cabine vitrée : on voit la pluie, le vent, mais on n’est pas trempé. Cela permet de retraiter des souvenirs traumatiques sans se retraumatiser.
Elle a aussi pu, sous hypnose, « parler » à son bébé. Ce n’est pas une communication littérale, mais une expérience symbolique puissante. Elle lui a dit au revoir, elle lui a confié son amour, elle a déposé une fleur imaginaire sur son cœur. Ce rituel intérieur a apaisé une part d’elle qui était restée figée dans l’attente.
L’hypnose ne fait pas disparaître la tristesse. Mais elle change la relation à la tristesse. Au lieu d’être écrasée par elle, on apprend à la côtoyer, à lui donner une forme, à la rendre moins envahissante. Sophie a retrouvé le sommeil après trois séances. Pas un sommeil parfait, mais suffisant pour que son corps commence à récupérer.
L’IFS, ou Internal Family Systems, est un modèle qui considère que notre psyché est composée de différentes « parts » ou sous-personnalités. Chacune a une fonction, une histoire, une croyance. Dans le deuil périnatal, certaines parts sont particulièrement actives.
Prenons un exemple fréquent : une mère qui se sent coupable. Une part d’elle dit « tu aurais dû faire attention », « c’est de ta faute », « tu n’as pas été capable de le protéger ». Cette part, en IFS, on l’appelle une part « exilée » : elle porte une blessure ancienne, une honte, une peur. Autour d’elle, d’autres parts se sont formées pour la contrôler ou la protéger. Une part « manager » peut pousser à la perfection, à l’hypervigilance, à la recherche de sens. Une part « pompier » peut pousser à l’évitement, à l’épuisement, voire à des comportements addictifs.
L’IFS ne cherche pas à se débarrasser de ces parts. Il cherche à entrer en dialogue avec elles, à comprendre leur rôle, à les remercier, puis à libérer la part exilée de son fardeau. Concrètement, en séance, j’accompagne la personne à identifier une part qui se manifeste (par exemple, une boule dans le ventre, une voix intérieure critique). Puis, avec douceur, nous explorons : « Qu’est-ce que cette part ressent ? Que veut-elle ? Que craint-elle ? » Peu à peu, la personne découvre que derrière la colère ou la culpabilité, il y a souvent une immense tristesse ou un amour inexprimé.
« La culpabilité n’est jamais la vérité, elle est juste une part qui essaie de donner un sens à l’insensé. En IFS, on ne combat pas la culpabilité, on l’écoute jusqu’à ce qu’elle se calme. »
Un père que j’ai accompagné, Thomas, avait une part très en colère contre les médecins, contre sa femme, contre lui-même. En travaillant avec cette part, il a découvert qu’elle protégeait une part plus vulnérable : celle du petit garçon qui avait peur de perdre ceux qu’il aime. Une fois cette peur reconnue et apaisée, la colère a fondu comme neige au soleil.
L’IFS permet aux parents endeuillés de ne plus se sentir « cassés » ou « anormaux » dans leurs réactions. Ils comprennent que leurs émotions contradictoires — tristesse et soulagement, amour et colère — sont le signe que différentes parts tentent de gérer une situation impossible. Cela restaure une forme de compassion envers soi-même, souvent absente dans le deuil.
Le deuil périnatal n’est pas qu’une affaire individuelle. Il affecte le couple, la famille, les amis. L’Intelligence Relationnelle, que j’intègre dans mon accompagnement, aide à naviguer ces relations souvent tendues.
Beaucoup de couples se déchirent après une telle perte. L’un veut parler, l’autre veut oublier. L’un pleure, l’autre se tait. L’un veut allumer une bougie chaque mois, l’autre ne supporte plus de voir une bougie. Ces différences ne sont pas des signes d’incompatibilité, mais des stratégies de survie différentes. L’Intelligence Relationnelle apprend à reconnaître et respecter ces différences sans les prendre personnellement.
Concrètement, j’encourage les parents à exprimer leurs besoins de manière claire et non violente. Par exemple, au lieu de dire « tu ne parles jamais de notre bébé, tu t’en fous », on peut dire « j’ai besoin de parler de lui parfois, est-ce que tu peux m’écouter dix minutes sans essayer de me consoler ou de changer de sujet ? ». Ce simple changement de formulation désamorce beaucoup de conflits.
L’Intelligence Relationnelle aide aussi à gérer les relations avec les proches. Comment répondre à une belle-mère qui dit « il faut tourner la page » ? Comment ne pas exploser face à un collègue qui demande « alors, tu as des enfants ? ». On prépare des réponses qui protègent sans agresser, comme « cette perte fait partie de ma vie, je préfère ne pas en parler au travail ». Ou alors, on choisit de dire la vérité, simplement, pour briser le silence.
Un autre aspect important est la place du père. Souvent, les pères se sentent exclus des rituels de deuil. On demande à la mère comment elle va, mais pas au père. L’Intelligence Relationnelle permet d’inclure les deux parents dans le processus, chacun à sa manière. J’ai vu des pères qui préféraient écrire, d’autres qui plantaient un arbre, d’autres qui couraient un marathon en mémoire de leur enfant. Il n’y a pas de bonne façon de faire son deuil. L’important est de trouver une voie qui a du sens pour soi.
L’hypnose n’est pas qu’un outil pour « aller mieux ». C’est aussi un espace pour créer du sens. Dans le deuil périnatal, l’absence de rituels sociaux (enterrement, cérémonie, visite au cimetière) peut laisser un vide. L’hypnose permet de créer des rituels intérieurs, personnels, qui honorent l’enfant et apaisent les parents.
Je propose souvent à mes patients de construire, sous hypnose, un lieu symbolique dédié à leur enfant. Cela peut être un jardin, une plage, une forêt, une pièce imaginaire. Dans ce lieu, ils peuvent déposer des objets, des mots, des chansons. Ils peuvent parler à leur enfant, lui confier ce qu’ils n’ont pas eu le temps de dire. Ce lieu devient un refuge auquel ils peuvent retourner mentalement quand la peine est trop lourde.
Un autre rituel que j’ai utilisé avec plusieurs parents est celui de la « boîte à mémoire ». Sous hypnose, ils choisissent des souvenirs sensoriels : une odeur, une couleur, une sensation de mouvement. Ils les associent à une image de leur enfant, paisible et aimé. Ensuite, ils peuvent « ouvrir » cette boîte intérieure quand ils le souhaitent, pour ressentir du lien, sans être submergés par la douleur.
Certains parents ont besoin d’un rituel de pardon. Pardonner à leur corps qui n’a pas « réussi », pardonner aux médecins, pardonner à la vie. L’hypnose facilite ces dialogues intérieurs, où le pardon n’est pas une obligation morale, mais un soulagement pour soi-même. J’ai vu des mères pleurer en disant « je te pardonne, mon corps, tu as fait ce que tu pouvais ». Ce n’est pas un pardon intellectuel, c’est un pardon ressenti, qui libère une énergie bloquée.
« Le rituel n’est pas une superstition. C’est un geste qui dit à l’inconscient : cet enfant a existé, il a de la valeur, et je lui donne une place dans mon histoire. »
L’hypnose offre aussi la possibilité de « reprogrammer » certains souvenirs traumatiques de l’accouchement ou de l’annonce. Pas pour les effacer, mais pour les associer à des sensations de sécurité, de dignité, de respect. Par exemple, une mère qui se souvient du moment où on lui a annoncé la mort de son bébé peut, sous hypnose, se voir entourée de lumière, soutenue par des figures bienveillantes. Le souvenir reste vrai, mais la charge émotionnelle diminue.
Une question qui revient souvent dans mon cabinet est : « Est-ce que j’ai le droit d’être heureuse après avoir perdu mon enfant ? » Beaucoup de parents se sentent coupables de sourire, de rire, de projetter une nouvelle grossesse. Comme si le bonheur trahissait la mémoire de l’enfant disparu.
L’hypnose et l’IFS aident à dépasser cette culpabilité. On travaille avec la part qui pense que le bonheur est interdit. On lui montre que l’amour pour l’enfant perdu n’est pas une quantité limitée. On peut aimer un enfant qui est parti et aimer un enfant qui arrive, sans que l’un annule l’autre. C’est un peu comme l’amour pour un parent décédé : on continue de l’aimer tout en aimant d’autres personnes. Le cœur humain est extensible.
Les parents que j’accompagne apprennent à faire coexister la tristesse et la joie. Pas dans un même moment, mais dans une même vie. Il y a des jours où la peine est là, et c’est normal. Il y a des jours où la vie reprend le dessus, et c’est normal aussi. L’hypnose aide à ne pas juger ces fluctuations, à les accueillir comme les saisons d’un jardin intérieur.
Pour certains, le chemin passe par un projet concret : une association, une marche, un livre, une peinture. Pour d’autres, c’est plus discret : un sourire en pensant à l’enfant, une bougie le jour anniversaire, une prière silencieuse. L’important est que ce projet vienne de l’intérieur, pas d’une obligation sociale.
Sophie, dont je vous parlais au début, a fini par ouvrir sa boîte en bois. Elle y a trouvé une petite couverture tricotée par une infirmière, un bracelet d’identité, et une photo de l’empreinte du pied de son bébé. Elle a pleuré longtemps. Puis, sous hypnose, elle a imaginé son enfant dans un champ de lumière, jouant, libre. Elle lui a dit : « Je t’aime, je ne t’oublierai jamais, mais je dois continuer à vivre. » Ce jour-là, elle a senti un poids se lever. Pas tout, mais assez pour respirer.
Si vous lisez ces lignes, peut-être que vous êtes vous-même un parent endeuillé, ou que vous connaissez quelqu’un qui l’est. Voici quelques pistes concrètes, issues de ce que j’ai vu fonctionner :
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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