HypnoseEmotions Et Stress

Hypnose et IFS : dialoguer avec la partie qui panique en vous

Une approche douce pour comprendre votre peur intérieure.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

C’est une histoire que je connais bien, parce que je l’entends plusieurs fois par semaine dans mon cabinet à Saintes. Un homme, la quarantaine, cadre commercial, me dit : « Thierry, je n’en peux plus. Dès que je dois prendre la parole en réunion, mon cœur s’emballe, ma voix tremble, et j’ai l’impression que tout le monde voit que je panique. Pourtant, je connais mon sujet sur le bout des doigts. » Une femme, trente-cinq ans, professeure, me confie : « Je passe des nuits entières à ressasser. Une petite contrariété avec un élève, et c’est comme si un signal d’alarme intérieur se déclenchait. Je sais que c’est disproportionné, mais je n’arrive pas à l’arrêter. » Vous reconnaissez-vous là-dedans ? Cette sensation d’être pris en otage par une peur qui semble venir de nulle part, qui débarque sans prévenir et sabote vos projets, votre sommeil, votre confiance. On a tous cette voix intérieure qui, à un moment, panique. La bonne nouvelle, c’est qu’il ne s’agit pas d’un ennemi à combattre. Avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems), j’ai appris à aider des centaines de personnes à dialoguer avec cette partie qui panique, à la comprendre, et à l’apaiser. Pas pour la faire taire, mais pour en faire une alliée. Alors, si vous êtes prêt à tendre la main à cette peur qui vous habite, commençons ce voyage ensemble.

Pourquoi votre panique n’est pas un ennemi, mais un protecteur maladroit

La première chose que je dis à mes patients, c’est : « Votre panique n’est pas là pour vous détruire. Elle est là pour vous protéger. » Ça surprend, je sais. Quand vous êtes en pleine crise d’angoisse, que votre respiration se bloque et que vous avez l’impression de perdre le contrôle, il est difficile d’imaginer que cette émotion puisse avoir une intention positive. Pourtant, c’est exactement ce que nous enseignent l’hypnose ericksonienne et l’IFS. Le modèle IFS, développé par Richard Schwartz, postule que notre esprit est constitué de multiples « parties », chacune avec sa propre personnalité, ses émotions et son rôle. Il y a la partie critique, la partie perfectionniste, la partie qui veut plaire… et la partie qui panique. Cette dernière n’est pas un démon. C’est un gardien, souvent un enfant intérieur qui a été blessé à un moment de votre vie, et qui a décidé que la meilleure façon de vous protéger était de sonner l’alarme au moindre danger.

Prenons un exemple concret. J’ai accompagné un jeune footballeur, milieu de terrain, qui tremblait avant chaque match. Il me disait : « Dès que j’entre sur le terrain, je sens une boule au ventre, et je joue à 50 % de mes capacités. » En explorant cette panique avec l’hypnose, nous avons découvert une partie de lui, âgée d’environ 8 ans, qui avait vécu une humiliation en match : il avait raté un penalty décisif, et son entraîneur l’avait crié devant tout le monde. Cette partie avait alors pris le contrôle pour « éviter que ça se reproduise ». Sa panique était une alarme : « Attention, danger d’humiliation ! » Mais sur le terrain, cette alarme devenait contre-productive, car elle bloquait ses gestes techniques. Comprendre cela, c’est déjà faire un pas de géant. Au lieu de lutter contre la panique, vous pouvez dire : « D’accord, je vois que tu es là pour me protéger. Merci. Mais comment pourrais-tu m’aider autrement ? »

Ce changement de regard est crucial. La panique n’est pas un bug dans votre système, c’est une fonctionnalité mal réglée. En hypnose ericksonienne, on utilise cette même logique : on ne combat pas le symptôme, on l’accueille, on le respecte, et on lui propose une nouvelle mission. Votre partie paniquée est comme un chien de garde qui aboie sur tous les passants, parce qu’il a été mordu une fois. Notre travail, ensemble, va consister à lui apprendre à distinguer un vrai danger d’un simple stress quotidien.

« La panique n’est pas une faiblesse. C’est une partie de vous qui a pris une responsabilité trop lourde. En l’écoutant, vous lui offrez la possibilité de se reposer. »

Comment l’hypnose ericksonienne entre en dialogue avec cette partie

Vous êtes peut-être familier avec l’hypnose de spectacle, où on fait dormir les gens et on leur fait faire des choses ridicules. L’hypnose ericksonienne, celle que je pratique depuis plus de dix ans, n’a rien à voir. C’est un état de conscience modifié, naturel, que vous expérimentez déjà tous les jours : quand vous êtes absorbé par un film, quand vous conduisez sur une route familière sans vous souvenir du trajet, ou quand vous rêvassez. Dans cet état, votre esprit critique s’apaise, et votre inconscient devient plus réceptif aux suggestions. C’est là que la magie opère, mais une magie douce, respectueuse.

Quand je reçois une personne qui panique, je ne cherche pas à « effacer » la peur. Je l’invite plutôt à entrer en contact avec cette partie, guidée par ma voix et par les métaphores. Par exemple, je peux dire : « Imaginez que cette panique est une forme, une couleur, une sensation dans votre corps. Peut-être une boule rouge et chaude dans votre poitrine. Sans la juger, posez votre attention dessus. » L’hypnose permet de créer un espace de sécurité intérieure, un peu comme un salon confortable où vous pouvez recevoir cette partie qui panique, lui offrir un siège, et l’écouter sans être submergé.

L’approche ericksonienne est indirecte. Je ne dirai pas : « Vous allez arrêter de paniquer. » Votre inconscient résisterait. Je vais plutôt raconter une histoire, une métaphore qui parle à votre partie paniquée. J’ai eu un patient, un coureur de fond, qui avait une peur panique de ne pas finir un marathon. En hypnose, je lui ai raconté l’histoire d’un vieux chêne qui avait une branche cassée. Au lieu de la couper, le bûcheron avait placé un tuteur. La branche avait guéri, et l’arbre était devenu plus fort. Le coureur a compris inconsciemment que sa peur (la branche cassée) pouvait être soutenue (le tuteur) et devenir une force. Résultat : il a fini son marathon, et la panique s’était transformée en vigilance positive.

L’hypnose ne vous endort pas. Elle vous éveille à une nouvelle façon d’être en relation avec vous-même. Elle vous donne les clés pour entrer dans ce dialogue intérieur. Et quand je combine cela avec l’IFS, le travail devient encore plus précis.

L’IFS : identifier la partie paniquée et ses alliées cachées

L’IFS, ou Internal Family Systems, est un modèle thérapeutique que j’utilise quotidiennement, souvent en complément de l’hypnose. Il repose sur une idée simple : vous n’êtes pas vos parties. Vous êtes un « Self » – une essence de calme, de compassion, de curiosité – et vos parties sont des sous-personnalités qui se sont formées pour vous protéger. La partie qui panique est souvent ce qu’on appelle un « pompier » ou un « manager ». Le pompier, c’est celle qui réagit en urgence : elle vous fait fuir, vous fait crier, vous fait trembler. Le manager, c’est celle qui essaie de contrôler en amont : elle vous fait planifier à l’excès, vous fait éviter les situations. Les deux ont le même objectif : vous protéger de la souffrance.

Le travail avec l’IFS, c’est d’abord de reconnaître cette partie. Pas de la juger. Quand vous sentez la panique monter, au lieu de vous dire « Je suis nul, je panique encore », vous pouvez vous dire : « Tiens, une partie de moi panique en ce moment. Je vois que tu es là. » Ce simple geste crée une distance. Vous n’êtes plus la panique, vous êtes celui ou celle qui observe la panique. C’est le début du dialogue.

Ensuite, on explore. Pourquoi cette partie panique-t-elle ? Que craint-elle ? Que se passerait-il si elle arrêtait de paniquer ? Souvent, la réponse est : « Si j’arrête de paniquer, je vais me faire humilier, je vais échouer, je vais être rejeté. » Derrière la panique, il y a une peur plus profonde, souvent liée à une expérience passée. J’ai travaillé avec une femme qui paniquait dès qu’elle devait prendre l’avion. En IFS, nous avons découvert une partie d’elle, une petite fille de 6 ans, qui avait été séparée de sa mère dans un aéroport pendant plusieurs heures. Cette petite fille portait une peur immense de l’abandon. La panique de l’adulte était en fait la panique de cette enfant. Quand nous avons pu dialoguer avec cette enfant, la rassurer, lui dire qu’elle n’était plus seule, la panique a commencé à s’apaiser.

L’hypnose est un excellent vecteur pour ce dialogue. En état hypnotique, les défenses du mental s’abaissent, et l’accès aux parties est plus direct. Je guide mes patients pour qu’ils puissent rencontrer leur partie paniquée, lui poser des questions, et surtout, lui offrir ce dont elle a besoin : de la reconnaissance, de la sécurité, parfois juste une présence douce. Et petit à petit, cette partie accepte de lâcher prise, de faire confiance au Self.

Les pièges à éviter quand on veut « dompter » sa panique

Je vois souvent des personnes qui arrivent dans mon cabinet avec une idée préconçue : « Je veux que ma panique disparaisse. Je veux la tuer. » C’est compréhensible, parce que cette émotion est douloureuse. Mais c’est un piège. Si vous essayez de réprimer ou de combattre votre panique, vous lui donnez encore plus de pouvoir. C’est comme si vous disiez à un enfant qui crie : « Tais-toi ! » Il va crier encore plus fort. La panique est une partie de vous. Si vous la rejetez, elle se sentira menacée et renforcera son comportement.

Un autre piège, c’est de vouloir tout comprendre avec la tête. « Pourquoi j’ai peur ? D’où ça vient ? » L’analyse rationnelle a ses limites. Vous pouvez savoir que votre peur vient d’un événement d’enfance, mais cela ne la fait pas disparaître. La panique n’est pas une idée, c’est une énergie, une sensation dans le corps. L’hypnose et l’IFS travaillent à un niveau plus profond, celui de l’expérience vécue. On ne se contente pas de « comprendre », on « ressent », on « dialogue », on « transforme ».

Enfin, attention à ne pas vouloir aller trop vite. Certaines parties paniquées sont très anciennes, très protégées. Si vous les bousculez, elles peuvent réagir violemment. Je me souviens d’un patient qui, lors d’une première séance d’hypnose, a voulu forcer le dialogue avec sa partie paniquée. Il a eu une crise d’angoisse. Ce n’est pas grave, c’est une information. Cela m’a dit que cette partie avait besoin de plus de sécurité, de plus de temps. Mon rôle est de créer un rythme respectueux, comme on approche un animal sauvage : doucement, sans geste brusque, en lui montrant qu’on est digne de confiance.

Le piège ultime, c’est de croire qu’il faut être « guéri » pour vivre pleinement. La panique ne disparaît jamais complètement. Elle peut se transformer, devenir une simple vibration, un signal discret. Et c’est très bien ainsi. L’objectif n’est pas d’être sans peur, mais d’avoir une relation paisible avec elle.

Votre corps, le premier terrain de dialogue avec la panique

Vous l’avez sans doute remarqué : quand la panique arrive, elle se manifeste d’abord dans le corps. Le souffle se coupe, les épaules se tendent, l’estomac se noue, les mains deviennent moites. C’est une réponse physiologique archaïque, le fameux « fight or flight » (combat ou fuite). L’hypnose ericksonienne utilise le corps comme porte d’entrée. Pourquoi ? Parce que votre corps est plus honnête que votre mental. Il ne rationalise pas, il exprime.

Je propose souvent à mes patients un exercice simple, que vous pouvez essayer maintenant, si vous le voulez. Prenez une respiration lente. Posez une main sur votre ventre, l’autre sur votre cœur. Fermez les yeux. Et demandez à votre corps : « Où est-ce que je sens la panique en ce moment ? » Peut-être une pression dans la poitrine, une chaleur dans le dos, un vide dans le ventre. Ne cherchez pas à changer quoi que ce soit. Restez juste avec cette sensation, comme si vous teniez la main d’un ami qui a mal. C’est déjà un dialogue.

En hypnose, on va plus loin. On peut demander à cette sensation : « Si tu avais une voix, que dirais-tu ? » ou « Si tu avais une forme, quelle serait-elle ? » Parfois, la panique prend la forme d’une boule noire, d’un mur, d’une spirale. Et on peut alors, dans l’état hypnotique, lui offrir une transformation : « Et si cette boule noire se mettait à briller doucement ? » ou « Et si ce mur devenait une porte ? » Le corps répond, souvent par un relâchement, une chaleur, un soupir. C’est le signe que la partie paniquée accepte le changement.

L’IFS, de son côté, nous invite à localiser la partie dans le corps. Où habite-t-elle ? Dans la gorge ? Dans le plexus solaire ? Et à dialoguer avec elle depuis cet endroit. Par exemple : « Je sens une tension dans ma mâchoire. C’est toi, la partie qui panique ? Qu’as-tu besoin que je sache ? » Ce dialogue corporel est puissant, parce qu’il court-circuite le mental qui veut tout contrôler. Vous apprenez à écouter votre corps comme un allié, non comme un ennemi qui vous trahit.

Une invitation à faire le premier pas, chez vous, maintenant

Je ne veux pas que vous repartiez de cet article avec une simple théorie. Je veux que vous ayez un outil concret, une expérience. Alors, voici ce que je vous propose. Trouvez un endroit calme, où vous ne serez pas dérangé pendant cinq minutes. Asseyez-vous confortablement, les pieds à plat sur le sol. Fermez les yeux. Prenez trois respirations profondes, en laissant l’air descendre jusqu’au ventre. Maintenant, portez votre attention sur une situation récente où vous avez ressenti de la panique. Pas besoin de la revivre intensément, juste une petite image, une petite sensation.

Dites intérieurement, avec douceur : « Bonjour, partie de moi qui panique. Je sais que tu es là pour me protéger. Merci. » Restez silencieux un instant. Peut-être sentez-vous une réaction : une chaleur, un picotement, un changement de rythme cardiaque. C’est une réponse. Accueillez-la. Puis demandez, comme si vous parliez à un enfant : « Qu’est-ce qui te fait le plus peur ? » Ne cherchez pas une réponse logique. Laissez venir un mot, une image, une couleur. Peut-être rien. C’est ok.

Si une réponse vient, remerciez-la. Dites : « Je t’entends. Je suis là avec toi. » Puis, prenez une respiration et imaginez que vous envoyez de la compassion à cette partie, comme une lumière douce. Restez encore une minute. Puis, ouvrez doucement les yeux. Ce que vous venez de faire, c’est le début d’un dialogue. Ce n’est pas un exercice magique qui va tout résoudre, mais c’est un premier geste de paix.

Si vous sentez que cette partie paniquée est très forte, très envahissante, ne forcez pas. Ce n’est qu’un premier contact. L’important, c’est d’avoir planté une graine : vous avez reconnu que cette partie existe, et vous lui avez offert de l’attention, sans jugement. C’est le fondement de tout le travail que je fais avec l’hypnose

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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