HypnoseEmotions Et Stress

Je me fâchais tout le temps : ce que l’hypnose a changé

Témoignage fictif d’une transformation personnelle en douceur.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Je ne sais pas exactement quand j’ai commencé à me fâcher tout le temps. Ce dont je me souviens, c’est que vers mes 35 ans, ma femme me regardait avec des yeux fatigués quand je rentrais du travail. Mes enfants, eux, avaient appris à lire mon humeur en quelques secondes : si je posais mes clés trop fort sur la console de l’entrée, ils s’éclipsaient discrètement vers leur chambre. Ce silence, je l’ai pris pour du respect pendant des années. Jusqu’au jour où ma femme m’a dit, calmement : « Je ne peux plus vivre comme ça. »

Ce jour-là, je me suis effondré. Pas parce qu’elle avait raison, mais parce qu’au fond, je le savais. Depuis l’adolescence, la colère était ma solution à tout. Un collègue qui me prend de haut ? Je monte le ton. Un conducteur qui me coupe la route ? Klaxon, insulte, poing serré. Un imprévu qui fiche en l’air ma soirée ? Je claque la porte du frigo. Pendant des années, j’ai cru que j’étais simplement « expressif », « entier », « quelqu’un qui ne se laisse pas marcher sur les pieds ». En réalité, j’étais un volcan qui ne demandait qu’à exploser, et tout le monde autour de moi vivait sur mes pentes.

Je suis allé voir Thierry parce que je ne savais plus quoi faire. J’avais essayé la méditation, la salle de sport, les livres de développement personnel. Tout ça m’énervait encore plus. Alors quand il m’a parlé d’hypnose, j’ai levé les yeux au ciel. « Vous voulez m’endormir et me reprogrammer comme un robot ? » lui ai-je demandé, sur la défensive. Il a souri, sans se démonter. « Non. Je veux vous aider à comprendre ce que votre colère essaie de vous dire. »

Cette phrase, je ne l’ai pas oubliée. Parce que je n’avais jamais envisagé ma colère comme un message. Pour moi, c’était une réaction, une fatalité, un trait de caractère. Pas un symptôme. Pas un langage. Pas quelque chose qui pouvait se transformer.

Voici ce que j’ai découvert en chemin.

Comment j’ai réalisé que ma colère n’était pas ce que je croyais

La première chose que Thierry m’a demandée, c’est de décrire une situation récente où je m’étais fâché. J’ai choisi la veille au soir : mon fils de 8 ans avait renversé son verre de lait sur la table, en plein dîner. J’avais hurlé. Pas une petite remarque. Un vrai cri, avec poing tapé sur la table. Mon fils avait fondu en larmes, ma femme avait serré les mâchoires, et le repas était fini.

« Qu’avez-vous ressenti juste avant la colère ? » m’a demandé Thierry.

J’ai réfléchi. « De l’énervement, pardi. »

« Oui, mais juste avant l’énervement. La demi-seconde d’avant. »

Je ne savais pas. Je ne m’étais jamais posé la question. La colère arrivait si vite, comme un éclair, que je n’avais jamais observé ce qui la précédait. Alors il m’a guidé dans un exercice simple : fermer les yeux, revoir la scène, et ralentir le film. Frame par frame. Comme une vidéo au ralenti.

Et là, j’ai vu quelque chose que je n’avais jamais vu. Mon fils pousse son verre. Le lait se renverse. Et dans l’infime fraction de seconde avant que ma gorge ne se serre et que ma voix ne monte, j’ai senti… de la peur. Une peur minuscule, presque imperceptible. La peur que la soirée soit gâchée. Que tout dérape. Que je perde le contrôle de mon propre foyer, de mon propre temps, de ma propre vie.

La colère n’était pas l’émotion première. Elle était la réponse à une peur que je n’osais pas ressentir.

« La colère est souvent la gardienne d’une émotion plus vulnérable. Elle frappe à la porte pour que vous n’ayez pas à ouvrir à la tristesse, à la peur ou à la honte. »

Cette phrase de Thierry m’a fait l’effet d’une révélation. Pendant trente-cinq ans, j’avais cru que ma colère était un signe de force. En réalité, c’était un bouclier. Un bouclier lourd, rouillé, qui m’empêchait de sentir tout ce qui était fragile en moi. Et qui, surtout, éloignait les gens que j’aimais.

Pourquoi l’hypnose n’a rien à voir avec ce qu’on en dit

Quand on pense hypnose, on imagine souvent un spectacle de foire : quelqu’un qui fait « dormir » un volontaire et lui fait imiter une poule. Ou alors la version new-age : une musique planante, des suggestions magiques, et au réveil, plus aucun problème. Je vous arrête tout de suite : ce n’est pas ça.

L’hypnose que j’ai pratiquée avec Thierry, c’est un état de conscience modifié, oui, mais hyper ordinaire. Vous savez quand vous êtes en voiture sur une route que vous connaissez par cœur, et que soudain vous réalisez que vous avez parcouru dix kilomètres sans y penser ? Votre corps conduisait, vos yeux voyaient la route, mais votre esprit était ailleurs. C’est ça, l’état hypnotique. Un moment où votre attention est très concentrée sur une chose (une sensation, une image, un souvenir) et où le reste du monde s’efface.

Dans cet état, votre cerveau devient plus réceptif aux nouvelles idées. Pas parce qu’on vous « programme », mais parce que vous abaissez volontairement la garde de votre esprit critique. C’est comme si vous laissiez entrer un invité dans votre salon au lieu de lui parler à travers la porte blindée.

Lors de mes séances, Thierry ne m’a jamais dit « tu ne seras plus en colère ». Il m’a plutôt aidé à revisiter des souvenirs où la colère s’était installée, et à les regarder avec un nouveau regard. C’est ce qu’on appelle la réassociation. On ne supprime pas le souvenir, on change la façon dont il résonne en nous.

Un exemple concret : dans une séance, je me suis revu à 12 ans, dans la cour du collège. Un garçon plus grand que moi m’avait humilié devant tout le monde. J’avais serré les poings, rougi, et j’avais ravalé ma rage. Puis j’étais rentré chez moi, et j’avais claqué la porte de ma chambre. Mes parents m’avaient grondé pour cette porte. Personne ne m’avait demandé ce qui s’était passé.

Sous hypnose, Thierry m’a invité à revoir cette scène, mais cette fois en étant présent à moi-même, adulte, à côté de ce garçon de 12 ans. Je lui ai posé la main sur l’épaule. Je lui ai dit : « Je te vois. Tu as eu raison d’avoir peur. Tu n’étais pas en sécurité. » Et j’ai senti une vague de chaleur monter dans ma poitrine. Pas de la colère. De la tristesse. Une tristesse ancienne, enfermée depuis vingt-trois ans.

Ce n’est pas la séance qui a changé ma colère. C’est le fait d’avoir enfin accueilli ce que cette colère protégeait.

Ce que l’IFS m’a appris sur mes « parties » en colère

Thierry utilise aussi une approche qui s’appelle l’IFS, pour Internal Family Systems. Derrière ce nom un peu technique, il y a une idée très simple : nous ne sommes pas un seul bloc. Nous sommes faits de plusieurs « parties » qui cohabitent en nous, parfois en conflit. Il y a la partie qui veut être parfaite, celle qui se cache, celle qui critique, celle qui protège. Et il y a un « Soi » central, calme et confiant, qui peut accueillir toutes ces parties.

Ma partie en colère, Thierry m’a proposé de l’appeler « Le Gardien ». Parce qu’elle se mettait en première ligne dès qu’elle sentait un danger. Un danger pour mon image, pour mon temps, pour mon autorité. Le Gardien était hyper réactif, mais il avait une bonne intention : me protéger. Le problème, c’est qu’il protégeait un enfant de 12 ans qui n’existait plus.

En séance, j’ai dialogué avec cette partie. Littéralement. Thierry m’a demandé de fermer les yeux, de visualiser cette colère comme une présence, et de lui poser des questions. « Qu’est-ce que tu crains qu’il arrive si tu te calmes ? » La réponse est venue immédiatement, dans mon ventre : « Si je me calme, on va m’écraser. On va profiter de moi. Je vais redevenir le petit garçon humilié. »

C’était vertigineux. Ma colère n’était pas une maladie. C’était un système de protection qui avait été très utile à une époque, mais qui était devenu obsolète. Comme un système d’alarme qui se déclenche parce qu’un oiseau s’est posé sur le toit.

L’IFS ne cherche pas à éliminer les parties. Il cherche à les comprendre, à les remercier, et à leur rendre leur place. Le Gardien n’a pas disparu. Il s’est assis à côté de moi au lieu de conduire le véhicule. Aujourd’hui, quand je sens la colère monter, je ne la combats pas. Je lui dis : « Je te vois, merci de vouloir me protéger, mais j’ai les choses en main. Tu peux te détendre. »

Et devinez quoi ? La plupart du temps, elle se détend.

Comment j’ai appris à accueillir mes émotions sans les laisser me diriger

Un des plus grands pièges de la gestion des émotions, c’est la croyance qu’il faut soit les réprimer, soit les exprimer violemment. On nous dit : « Exprime ta colère, sinon elle va te ronger. » Mais personne ne nous dit comment l’exprimer sans tout casser. Alors on alterne entre l’explosion et l’implosion.

Thierry m’a appris une troisième voie : l’accueil. L’idée, c’est de ressentir l’émotion dans le corps, sans la juger, sans la suivre, sans la chasser. Juste être présent à elle, comme on écouterait une personne qui a quelque chose d’important à dire.

Je me souviens d’un exercice qu’il m’a donné. « La prochaine fois que vous sentez la colère monter, arrêtez-vous. Ne parlez pas, n’agissez pas. Mettez votre main sur votre poitrine ou votre ventre, et respirez. Puis dites-vous : ‘Je ressens de la colère. Ce n’est pas grave. Elle va passer.’ »

La première fois que j’ai essayé, c’était au volant. Un type m’a fait une queue de poisson. Mon cœur s’est emballé, mes mâchoires se sont serrées, ma main a attrapé le klaxon. Puis je me suis souvenu de l’exercice. J’ai posé ma main droite sur mon sternum, j’ai inspiré lentement, et j’ai dit intérieurement : « Je ressens de la colère. Ce n’est pas grave. Elle va passer. »

Ça a duré peut-être vingt secondes. Vingt secondes pendant lesquelles je n’ai pas klaxonné, pas insulté, pas doublé pour lui faire une queue de poisson en retour. Et puis ça s’est calmé. Pas complètement, mais suffisamment pour que je reprenne le contrôle.

Ce n’est pas miraculeux. C’est un muscle. Plus on le fait, plus il devient fort. Aujourd’hui, je peux dire que je ne me fâche plus « tout le temps ». Je me fâche encore, parfois. Mais c’est choisi, pas subi. Et ça ne dure pas. Mes enfants ont recommencé à me raconter leur journée sans vérifier mon humeur d’abord.

Ce que l’Intelligence Relationnelle a changé dans mes disputes

L’autre volet de mon accompagnement, c’est ce que Thierry appelle l’Intelligence Relationnelle. Derrière ce nom un peu savant, il y a des outils très concrets pour communiquer sans se détruire. Parce que, soyons honnêtes, même après avoir appris à accueillir ma colère, je restais un piètre communiquant. J’avais deux modes : le silence ou l’attaque.

L’Intelligence Relationnelle m’a appris une chose fondamentale : dans un conflit, il n’y a pas un gentil et un méchant. Il y a deux personnes qui ont mal, chacune à leur façon. Et le but n’est pas de gagner, mais de se reconnecter.

Un outil tout simple : remplacer « Tu » par « Je ». Au lieu de dire « Tu es toujours en retard, tu te moques de moi », dire « Je me sens mis de côté quand j’attends seul au restaurant ». La première phrase accuse, la deuxième exprime. La première met l’autre sur la défensive, la deuxième l’invite à comprendre.

J’ai testé ça avec ma femme, un soir où elle avait oublié de passer chercher le pain. Avant, j’aurais dit : « T’es encore dans la lune, t’as pas pensé au pain, c’est toujours pareil. » Ce soir-là, j’ai dit : « Je suis frustré parce que j’avais vraiment envie de ce pain pour accompagner la soupe. » Elle m’a regardé, surprise. Puis elle a souri. « Je suis désolée, j’étais absorbée par mon appel. Je peux y aller maintenant si tu veux. »

On a fini par y aller ensemble. En rigolant. C’était la première dispute que je ne créais pas depuis des années.

Ce que j’ai vraiment gagné en arrêtant de me fâcher tout le temps

On pourrait croire que le résultat, c’est une vie plus calme, plus zen. Et c’est vrai, en partie. Mais ce que j’ai gagné de plus précieux, c’est de l’énergie. La colère est une émotion extrêmement coûteuse. Elle pompe votre énergie, votre attention, votre sommeil, votre santé. En arrêtant de me fâcher pour tout, j’ai libéré une quantité d’énergie que je n’imaginais pas.

J’ai aussi gagné en présence. Avant, j’étais toujours dans l’anticipation du prochain problème, du prochain affront, de la prochaine injustice. Maintenant, je peux être là, avec les gens que j’aime, sans cette tension permanente.

Et puis, il y a quelque chose de plus subtil : j’ai appris à m’aimer un peu plus. Parce que la colère que j’avais envers les autres, elle venait d’abord d’une colère envers moi-même. En apprenant à m’accueillir avec mes fragilités, j’ai pu accueillir les autres avec les leurs.

« Ce que vous cherchez chez les autres, c’est souvent ce que vous n’osez pas vous donner à vous-même. »

Thierry m’a dit ça un jour, et ça m’a traversé comme une flèche. J’avais passé ma vie à exiger des autres qu’ils soient parfaits, parce que je n’acceptais pas mes propres imperfections. Une fois que j’ai commencé à m’accorder le droit d’être humain, les autres ont eu le droit de l’être aussi.

Ce que vous pouvez faire maintenant, dès aujourd’hui

Je ne vais pas vous mentir : ce chemin n’est pas linéaire. Il y a des rechutes, des jours où je sens le Gardien qui veut reprendre les rênes. Mais aujourd’hui, j’ai des outils. Je sais reconnaître l’émotion avant qu’elle ne devienne une tempête. Je sais ralentir. Je sais demander de l’aide.

Si vous vous reconnaissez dans ce que je viens de décrire, si vous sentez que votre colère vous épuise et éloigne ceux que vous aimez, je voudrais vous proposer une chose simple. Pas un engagement, pas une promesse. Juste une expérience.

Ce soir, ou demain, quand vous sentirez la colère monter — et elle montera, c’est certain — arrêtez-vous. Ne faites rien. Pendant trente secondes, posez votre main sur votre ventre, respirez,

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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