HypnoseEmotions Et Stress

Le protocole en 3 étapes pour lâcher la colère

Une méthode éprouvée, accessible à faire chez vous.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Vous arrive-t-il de repenser à une situation qui vous a mis en colère, et de sentir cette même bouffée de chaleur remonter, des jours, des semaines, voire des années après ? Peut-être que vous ruminez un échange avec un collègue, une injustice familiale, ou une frustration du quotidien. Vous savez que cette colère ne vous sert plus à rien, qu'elle vous épuise, qu'elle gâche vos soirées ou vos nuits. Et pourtant, elle revient, comme un disque rayé. Vous avez essayé de la raisonner, de la chasser, de l'ignorer. Mais elle s'accroche.

En tant que praticien, je rencontre régulièrement des personnes qui me disent : « Je ne suis pas quelqu’un de colérique, mais là, je n’arrive pas à passer à autre chose. » La colère n’est pas un défaut, c’est une alarme. Le problème, c’est qu’elle reste allumée même quand l’incendie est éteint. Aujourd’hui, je vais vous proposer un protocole en trois étapes, simple et accessible, que vous pouvez faire chez vous. Il combine des outils d’hypnose ericksonienne et d’Intelligence Relationnelle. Il ne s’agit pas de nier votre colère ni de la refouler, mais de lui donner une forme que vous pouvez lâcher. Pas à pas.

Pourquoi votre colère s’accroche-t-elle à vous comme une sangsue ?

Avant d’agir, il faut comprendre le mécanisme. La colère que vous n’arrivez pas à lâcher n’est pas une émotion « actuelle ». C’est une émotion qui a été gelée dans le temps. Imaginez une situation : vous êtes en réunion, votre chef vous coupe la parole et minimise votre travail. Sur le moment, vous ne dites rien. Vous serrez les dents, vous avalez. Pourquoi ? Parce que ce n’était pas le moment, parce que vous aviez peur des conséquences, parce que vous étiez trop surpris. Votre corps, lui, s’est préparé à se défendre : coeur qui accélère, mâchoire serrée, poings crispés. Mais l’action de défense n’a pas eu lieu. Cette énergie n’est pas partie. Elle reste stockée dans votre système nerveux, dans vos muscles, dans votre mémoire.

Le cerveau, pour vous protéger, garde cette information en alerte. Il se dit : « Attention, danger similaire possible, garde la réaction prête. » Résultat : chaque fois que vous croisez ce chef, ou même que vous pensez à lui, le corps rejoue la scène. C’est ce qu’on appelle un réflexe conditionné. La colère n’est plus un choix, c’est une réponse automatique. Et plus vous essayez de la contrôler par la volonté, plus vous lui mettez de la pression, et plus elle risque d’exploser ailleurs (sur votre conjoint, vos enfants, ou dans votre estomac).

L’hypnose ericksonienne ne cherche pas à supprimer ce réflexe. Elle cherche à le déprogrammer en douceur, en donnant au cerveau une nouvelle expérience. L’Intelligence Relationnelle, elle, vous aide à comprendre le message caché de la colère. Car oui, la colère a un message. Elle dit souvent : « Mes limites ont été franchies », « On n’a pas respecté quelque chose d’important pour moi », ou « Je me sens impuissant ». Si vous ignorez ce message, la colère continuera à crier. Si vous l’écoutez, elle peut s’apaiser.

Blockquote : « La colère que vous ruminez n’est pas une faiblesse. C’est une partie de vous qui crie pour être entendue, parce qu’elle n’a pas pu s’exprimer au bon moment. Lui donner une voix, ce n’est pas la renforcer, c’est lui permettre de se reposer. »

Étape 1 : Créer un espace de sécurité intérieure pour accueillir la colère

La première étape est contre-intuitive. Vous voulez vous débarrasser de la colère, mais je vais vous demander de l’accueillir. Pas de la nourrir, pas de la justifier, mais de l’accueillir comme on accueille un invité bruyant qui a sonné à la porte. Pourquoi ? Parce que ce que vous résistez, persiste. Si vous poussez la colère, elle pousse en retour. C’est le principe de la double contrainte : plus vous luttez, plus vous l’ancrez.

Alors, voici ce que je vous propose. Installez-vous dans un endroit calme, où vous ne serez pas dérangé pendant 10 minutes. Fermez les yeux. Prenez trois respirations profondes, en expirant plus lentement que vous inspirez. Laissez votre corps s’alourdir dans le fauteuil ou sur le coussin. Maintenant, je vais vous guider pour créer un lieu de sécurité intérieure.

Imaginez un endroit, réel ou imaginaire, où vous vous sentez totalement en sécurité. Cela peut être une plage déserte, une forêt, une pièce douillette, ou même un nuage. Laissez les détails apparaître : les couleurs, les sons, les odeurs. Peut-être sentez-vous la chaleur du sable ou le parfum du bois. Prenez le temps de ressentir cette sécurité dans votre corps. Comment se tiennent vos épaules ? Votre mâchoire se détend-elle ? C’est votre « lieu ressource ».

Maintenant, dans ce lieu sécurisé, imaginez que vous invitez la colère à s’asseoir en face de vous. Ne la jugez pas. Dites-lui : « Je te vois. Tu es là. Tu as une raison d’être là. » Vous pouvez lui donner une forme : une boule rouge dans le ventre, un nuage gris, un personnage. Observez-la sans chercher à la changer. Cette simple reconnaissance modifie déjà la relation. Vous n’êtes plus la colère, vous êtes celui ou celle qui l’observe. Il y a une distance.

Cette étape peut sembler étrange, mais elle est fondamentale. En hypnose, on appelle cela la « dissociation thérapeutique ». Vous créez un observateur intérieur, une partie de vous qui peut regarder l’émotion sans être submergée. Des études en neurosciences montrent que nommer une émotion active le cortex préfrontal (la partie rationnelle) et calme l’amygdale (le centre de l’alarme). En pratique, mes patients me disent : « C’est bizarre, en faisant ça, la boule dans mon ventre a un peu diminué. » Pas disparu, mais diminué. C’est le début du lâcher-prise.

Si vous êtes sceptique, testez-le maintenant. Pensez à une petite contrariété récente. Sentez-la dans votre corps. Puis dites-vous intérieurement : « Je ressens de la colère. » Observez ce qui se passe. Puis dites : « Il y a une partie de moi qui ressent de la colère. » Vous sentez la nuance ? La deuxième phrase crée une distance. C’est la porte d’entrée.

Blockquote : « Vous n'êtes pas votre colère. Vous êtes celui qui peut choisir de la regarder, comme on regarde un orage depuis une fenêtre. À l’intérieur, il fait sec et calme. »

Étape 2 : Décharger l’énergie de la colère par le mouvement et la respiration

L’étape 1 a posé les bases. Maintenant, il faut agir sur le corps. La colère est une énergie physiologique : hormones de stress (cortisol, adrénaline), tension musculaire, rythme cardiaque élevé. Vous ne pouvez pas la faire disparaître par la seule pensée. Il faut la décharger. C’est pourquoi la deuxième étape est physique.

Vous avez deux options, selon votre contexte et votre énergie du moment.

Option A : La décharge active (idéale si vous êtes seul et que vous avez besoin de bouger)

Mettez une musique qui vous donne envie de taper du pied ou de crier. Pas besoin d’être violent. Vous pouvez prendre un coussin et le frapper sur votre canapé ou votre lit. Vous pouvez taper des pieds par terre, en rythme. Vous pouvez même pousser un cri (étouffé dans un coussin si vous avez des voisins). L’important est de laisser le corps exprimer l’énergie sans vous faire de mal. Faites cela pendant 1 à 2 minutes maximum. Puis arrêtez-vous, respirez, et ressentez. Vous verrez, une partie de la tension s’évacue. Ce n’est pas une thérapie, c’est un exutoire. Le cerveau comprend que l’action de défense a eu lieu. L’alarme peut baisser d’un cran.

Option B : La décharge douce (si vous êtes fatigué ou dans un lieu public)

Asseyez-vous confortablement. Posez une main sur votre ventre, une main sur votre coeur. Visualisez la colère comme une couleur ou une matière dense dans votre corps. Maintenant, à chaque expiration, imaginez que vous soufflez cette matière hors de vous. Pas par la bouche, mais par vos pores, par vos pieds, par le bas du corps. L’expiration doit être longue, lente, comme si vous vidiez un ballon. Inspirez calmement, et sur l’expiration, laissez aller. Faites 10 cycles. Vous pouvez accompagner d’un son doux, comme un « shhhh » en expirant.

Pourquoi ça marche ? Parce que la respiration lente active le nerf vague, qui calme le système nerveux sympathique (celui de la lutte ou de la fuite). En expirant longuement, vous envoyez un signal à votre corps : « Le danger est passé, tu peux relâcher. » C’est un ancrage physiologique.

Je me souviens d’un patient, appelons-le Marc. Il était cadre commercial, et il rentrait chaque soir avec une colère rentrée contre ses clients exigeants. Il ne pouvait pas s’exprimer au travail. La nuit, il serrait les dents au point d’avoir des douleurs à la mâchoire. Je lui ai proposé cette décharge douce. Il l’a faite dans sa voiture, avant de rentrer chez lui. Après une semaine, sa femme lui a dit : « Tu es moins tendre le soir. » Il n’avait pas changé son discours intérieur, mais son corps avait lâché. Le mental a suivi.

L’astuce : combinez cette décharge avec l’étape 1. Avant de commencer, dites à la colère : « Je vais te donner un espace pour bouger, puis je te laisserai partir. » Vous négociez avec elle, comme avec un enfant fatigué. Cela renforce votre position d’observateur bienveillant.

Étape 3 : Transformer la colère en message clair grâce à l’Intelligence Relationnelle

Les deux premières étapes ont calmé le corps et créé une distance. Maintenant, la colère n’est plus une tempête, c’est un murmure. Mais ce murmure porte un message important. Si vous ne l’écoutez pas, il reviendra. L’étape 3 consiste à extraire ce message, à le formuler en mots, puis à décider quoi en faire.

Prenez un carnet ou une feuille. Après avoir fait les étapes 1 et 2, posez-vous ces trois questions :

  1. Qu’est-ce qui a été violé dans cette situation ? (valeur, besoin, limite)
  2. Qu’est-ce que j’aurais eu besoin de dire ou de faire à ce moment-là ?
  3. Que puis-je faire maintenant pour honorer ce besoin, même symboliquement ?

Exemple concret. Vous êtes en colère parce que votre ami a annulé un rendez-vous à la dernière minute, sans excuse sincère. Question 1 : valeur violée = le respect de mon temps et de mon engagement. Question 2 : j’aurais eu besoin de dire : « Je suis déçu, j’avais organisé ma journée autour de ce moment. » Question 3 : maintenant, je peux lui envoyer un message clair, non accusateur : « Salut, je suis un peu déçu pour hier. J’aimerais qu’on trouve un créneau où on est tous les deux vraiment disponibles. » Ou, si la relation est toxique, vous pouvez décider de poser une limite : « La prochaine fois, je ne me rendrai pas disponible sans confirmation ferme. »

Ce qui est crucial ici : vous ne cherchez pas à changer l’autre. Vous cherchez à clarifier votre propre position. La colère s’apaise quand elle se sent entendue et quand elle voit une issue, même partielle. L’Intelligence Relationnelle, c’est l’art de transformer une réaction émotionnelle en une action consciente.

Un autre cas : la colère contre vous-même. « Je suis en colère parce que j’ai encore mangé trop de sucre. » Valeur violée : la santé, l’autodiscipline. Besoin : être bienveillant avec moi-même, ne pas me punir. Action : je peux écrire : « Je suis en colère parce que je voulais prendre soin de moi, et j’ai dérapé. Je peux maintenant choisir un petit geste pour me sentir mieux, sans culpabilité. » Par exemple, boire un grand verre d’eau et marcher 5 minutes. La colère se dissout quand elle trouve une direction.

Blockquote : « La colère est un signal d’alarme qui vous indique qu’une de vos valeurs est en jeu. Une fois le signal reçu, vous pouvez éteindre l’alarme. Mais si vous laissez le signal sans réponse, elle sonnera jusqu’à ce que vous l’écoutiez. »

Comment intégrer ce protocole dans votre quotidien sans vous prendre la tête

Un protocole, c’est bien. Le faire, c’est mieux. Mais je sais que la vie est rapide. Vous n’allez pas vous installer 20 minutes chaque fois que vous êtes en colère. L’idée est d’entraîner votre cerveau à faire ces étapes de plus en plus rapidement, jusqu’à ce qu’elles deviennent des réflexes. Voici comment.

La version express (2 minutes) : Quand vous sentez la colère monter (par exemple pendant une conversation), prenez une inspiration, puis une expiration longue. Pendant l’expiration, visualisez la colère sortir par vos pieds. Ensuite, posez-vous la question : « Quelle valeur est en jeu ? » Vous n’avez pas besoin de répondre tout de suite. Juste la question désamorce l’automatisme. Vous passez du mode réactif au mode observateur.

La version approfondie (15 minutes) : Le soir ou le week-end, quand vous avez un moment, repensez à une situation de colère de la journée. Appliquez les trois étapes. Cela ne prend pas longtemps, mais cela désactive le stockage de la colère dans la mémoire à long terme. Sinon, elle s’ancre et devient une rancune.

Le piège à éviter : Ne transformez pas ce protocole en obligation. Si vous vous forcez, vous ajoutez de la tension. Faites-le avec légèreté, comme un jeu. Si une étape vous semble trop difficile, sautez-la et revenez-y plus tard. L’important est de garder une intention de bienveillance envers vous-même.

Je vois souvent des personnes qui se disent : « J’ai fait le protocole mais je suis encore en colère. » C’est normal. La colère est une émotion complexe, parfois liée à des blessures anciennes (enfance, traumatismes). Ce protocole n’est pas une baguette magique. Il vous donne des outils pour réduire l’intensité et reprendre le contrôle. Si la colère est chronique, envahissante, ou accompagnée de violence verbale ou physique, je vous encourage à consulter un professionnel. L’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) peuvent dénouer des schémas plus profonds.

Et si la colère revenait ? Ce que vous pouvez faire maintenant

La colère aime les vieux chemins. Elle reviendra, c’est certain. Mais elle reviendra peut-être plus faible, ou vous serez plus habile à la gérer. Voici ce que vous pouvez faire maintenant, tout de suite, après avoir lu cet article.

  1. Choisissez une petite colère récente, une qui vous chiffonne, pas un drame. Une contrariété avec un collègue, un retard, une remarque.
  2. Appliquez l’étape 1 : fermez les yeux, respirez, créez votre lieu de sécurité, invitez la colère, observez-la. 3 minutes.
  3. Appliquez l’étape 2 : soit tapez des pieds 30 secondes, soit faites 5 expirations longues en visualisant l’énergie partir. 2 minutes.
  4. Appliquez l’étape 3 : écrivez une phrase sur ce qui a été violé, et une action possible. 2 minutes.

Total : 7 minutes. C’est le temps d’une pause-café. Vous pouvez le faire maintenant

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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