HypnoseEmotions Et Stress

Témoignage : j’ai surmonté le deuil de mon conjoint grâce à l’hypnose

Histoire réelle d’une reconstruction émotionnelle.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Je me souviens de la première fois que Sophie est entrée dans mon cabinet. C’était un mardi matin, il pleuvait sur Saintes, et elle avait ce regard que je vois souvent chez les personnes qui viennent de perdre un être cher : un mélange de vide et de retenue, comme si chaque émotion était coincée derrière une vitre blindée. Elle s’est assise, a posé son sac à main sur ses genoux, et elle a dit : « Je ne sais pas si vous pouvez m’aider. Moi, je ne crois pas à l’hypnose. Mais je ne sais plus quoi faire. »

Cette phrase, je l’entends régulièrement. Les gens arrivent avec leurs doutes, leurs blessures, et souvent une forme de lassitude. Ils ont déjà essayé de « tenir le coup », de « se raisonner », de « passer à autre chose ». Et ça n’a pas marché. Alors ils viennent, un peu par hasard, un peu par désespoir. Et parfois, il se passe quelque chose.

Sophie est restée six mois. Pas toutes les semaines, non. Plutôt une séance toutes les deux ou trois semaines, avec des temps de digestion, des moments où elle avait besoin de souffler. Aujourd’hui, elle va bien. Pas « bien comme avant », parce qu’avant n’existe plus. Mais bien dans le sens où elle a retrouvé une forme de paix, où elle peut penser à son conjoint sans s’effondrer, où elle a repris goût à des choses simples. Elle m’a autorisé à raconter son histoire, anonymement, pour montrer que le deuil n’est pas une maladie qu’on guérit, mais un chemin qu’on peut traverser autrement.

Voici son témoignage, et ce que l’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle ont changé dans sa reconstruction.

Pourquoi « tenir le coup » après un deuil nous enferme encore plus

Sophie avait perdu son conjoint, Marc, brutalement. Un arrêt cardiaque, en pleine nuit, sans signe avant-coureur. Elle l’a trouvé le matin, dans leur lit. Elle avait 52 ans, ils étaient ensemble depuis vingt-trois ans, et elle n’avait jamais imaginé vivre sans lui.

Pendant les premiers mois, elle a fait ce que tout le monde attendait d’elle : elle a organisé les obsèques, géré les papiers, répondu aux appels, remercié les gens pour leurs messages. Elle s’est forcée à sortir, à voir des amis, à « faire des choses ». Elle disait oui à tout, même quand elle n’en avait pas envie. Elle pensait que c’était ça, le courage. Être forte. Ne pas s’effondrer.

Mais à force de tenir, quelque chose s’est fissuré à l’intérieur. Elle a commencé à avoir des insomnies, puis des crises d’angoisse. Elle se réveillait en sursaut avec la sensation que Marc venait de lui parler. Elle ne pouvait plus entrer dans leur chambre sans que son cœur s’emballe. Elle a arrêté de cuisiner, parce que « cuisiner pour une personne, ça n’a pas de sens ». Elle a perdu du poids, beaucoup. Et surtout, elle a arrêté de pleurer.

« Je n’arrivais plus à pleurer, m’a-t-elle dit un jour. C’était comme si j’avais une boule dans la gorge, mais les larmes ne sortaient pas. Je me sentais vide, mais pas apaisée. Juste vide. »

Ce que Sophie vivait, c’est ce que j’appelle le deuil gelé. Ce n’est pas un terme médical officiel, mais une réalité que je rencontre souvent : des personnes qui bloquent leur processus de tristesse parce que la douleur est trop intense, parce qu’elles ont peur de s’effondrer complètement, parce que leur entourage leur renvoie qu’il faut « avancer ». Sauf que le deuil ne se commande pas. On ne décide pas de pleurer ou pas, d’être triste ou pas. Le deuil est un processus organique, comme la digestion. Si on bloque une étape, tout le système se grippe.

Quand elle est venue me voir, Sophie était épuisée. Pas seulement physiquement, mais émotionnellement. Elle avait dépensé une énergie considérable à maintenir une façade, à contrôler ce qu’elle ressentait, à éviter les déclencheurs de souvenirs. Et elle commençait à comprendre que cette stratégie ne la menait nulle part.

« J’ai compris que je ne pouvais pas passer à autre chose tant que je n’étais pas passée à travers. Et pour traverser, il fallait que je m’autorise à ressentir. Mais je n’y arrivais pas toute seule. »

C’est là que l’hypnose a trouvé sa place.

Comment l’hypnose ericksonienne a permis de débloquer la tristesse

Quand on pense à l’hypnose, on imagine souvent un spectacle, un pendule, ou un état de sommeil profond. En réalité, l’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, est tout autre chose. C’est un état de conscience modifié, entre veille et sommeil, où la partie critique du mental se met en retrait. On reste conscient, on entend tout, on peut parler si besoin, mais on est dans un état de réceptivité accrue. C’est un peu comme quand vous êtes absorbé dans un film ou une musique, et que vous ne faites plus attention au temps qui passe.

Pour Sophie, l’objectif n’était pas de « faire disparaître » sa tristesse, mais de lui permettre de s’exprimer. Elle avait construit une armure autour de sa douleur, et cette armure l’empêchait de vivre mais aussi de pleurer. Avec l’hypnose, nous avons créé un espace sécurisé où elle pouvait baisser la garde.

Lors de notre première séance, je lui ai proposé un exercice simple : visualiser un lieu calme, un endroit imaginaire où elle se sentait en sécurité. Elle a choisi une plage, au coucher du soleil. Je l’ai guidée pour qu’elle s’installe dans cette image, qu’elle ressente le sable sous ses pieds, le bruit des vagues, la chaleur du soleil sur sa peau. Et puis, je lui ai demandé d’imaginer que, sur cette plage, il y avait une boîte. Une boîte qui contenait toute la tristesse qu’elle n’avait pas encore laissée sortir.

« Est-ce que tu te sens prête à ouvrir la boîte ? » lui ai-je demandé.

Elle a hoché la tête, et s’est mise à pleurer. Pas des sanglots violents, mais des larmes silencieuses, longues, profondes. Elle a pleuré pendant ce qui lui a semblé une éternité, mais qui n’a duré que quelques minutes. Et après, elle m’a dit : « Je me sens plus légère. C’est bizarre, je n’ai rien résolu, mais je me sens plus légère. »

Ce que Sophie a expérimenté, c’est la libération d’une tension émotionnelle qui était stockée dans son corps. Le deuil n’est pas seulement une histoire de pensées tristes, c’est aussi une expérience physique. Les larmes retenues, la mâchoire serrée, les épaules contractées, l’estomac noué : tout cela fait partie du deuil. L’hypnose permet d’accéder à ces tensions, non pas en les forçant, mais en créant un contexte où le corps peut lâcher ce qu’il retient.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’hypnose n’a pas « effacé » la tristesse de Sophie. Elle lui a simplement rendu la capacité de la ressentir. Et c’est fondamental, parce qu’on ne traverse pas un deuil en évitant la douleur, mais en l’accueillant, en la laissant passer. Comme une vague. Elle arrive, elle est forte, elle vous submerge un instant, et puis elle se retire.

L’hypnose ericksonienne est particulièrement adaptée au deuil parce qu’elle est non-directive. On ne dit pas à la personne ce qu’elle doit ressentir ou faire. On l’accompagne sur son propre chemin, à son rythme. Certaines séances sont très douces, d’autres plus intenses. Tout dépend de là où la personne en est. Sophie a eu besoin de plusieurs séances pour que cette tristesse puisse vraiment s’exprimer pleinement. Mais à chaque fois, elle repartait un peu plus légère.

Ce que l’IFS a révélé sur son lien avec Marc

Au bout de quelques séances, Sophie a commencé à me parler d’une chose étrange : elle avait l’impression que Marc était « encore là », mais pas comme un fantôme. Plutôt comme une voix intérieure, un regard posé sur elle. Elle se surprenait à lui parler à voix haute, à lui demander son avis sur des décisions quotidiennes. Et cette présence, loin de la réconforter, la culpabilisait.

« J’ai l’impression de trahir sa mémoire quand je ris, m’a-t-elle confié. Comme si je lui disais : tu es mort, mais moi je m’amuse. Ce n’est pas juste. »

C’est là que l’IFS – l’Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur – est devenu un outil précieux. L’IFS, c’est une approche qui considère que notre psyché est composée de plusieurs « parties », comme des sous-personnalités, chacune avec son rôle, ses croyances, ses émotions. Certaines parties sont protectrices (elles nous empêchent de souffrir, nous poussent à être forts), d’autres sont exilées (elles portent des blessures anciennes).

Dans le cas de Sophie, une partie d’elle – je l’appellerai la partie « Gardienne du deuil » – avait pris le contrôle. Cette partie était convaincue que si Sophie arrêtait de souffrir, elle oublierait Marc. Pire : elle pensait que le bonheur de Sophie serait une insulte à sa mémoire. Cette partie avait une intention positive : protéger le lien avec Marc, maintenir sa présence vivante. Mais elle le faisait en maintenant Sophie dans une souffrance permanente.

Grâce à l’IFS, Sophie a pu dialoguer avec cette partie. Pas la combattre, pas la faire taire, mais l’écouter. Et elle a découvert quelque chose d’important : cette partie avait peur. Peur d’être inutile si Sophie allait mieux. Peur de disparaître avec la douleur.

« J’ai compris que cette partie voulait juste continuer à aimer Marc, m’a dit Sophie. Mais elle avait confondu souffrance et amour. Elle croyait que si je ne souffrais plus, c’est que je ne l’aimais plus. »

L’IFS ne cherche pas à éliminer les parties, mais à les rassurer. Sophie a appris à dire à cette Gardienne : « Je peux être heureuse et aimer Marc en même temps. Les deux sont possibles. Tu n’as pas besoin de me faire souffrir pour que je me souvienne de lui. »

Ce travail a été progressif. Il ne suffit pas d’une prise de conscience pour que tout change. Mais à force d’écouter cette partie, de la remercier pour sa protection, et de lui montrer une autre voie, Sophie a senti un relâchement. La culpabilité a diminué. Elle a pu rire sans se sentir traître. Elle a pu sortir avec des amis sans avoir l’impression d’abandonner Marc.

« La plus grande libération, ça a été de comprendre que je n’avais pas à choisir entre la souffrance et l’amour. L’amour reste, même quand la souffrance s’en va. »

Cette phrase, je la trouve magnifique. Elle résume tout le travail de l’IFS dans le deuil : permettre de différencier le lien affectif (qui peut rester vivant) de la douleur (qui peut se dissoudre).

L’Intelligence Relationnelle pour reconstruire un lien sain avec les autres

Après quelques mois, Sophie avait fait un chemin considérable. Elle pleurait quand elle en avait besoin, elle avait repris goût à la marche, elle cuisinait à nouveau. Mais il restait un domaine où elle butait : les relations avec les autres.

Autour d’elle, les gens ne comprenaient pas toujours son processus. Certains lui disaient : « Tu devrais sortir plus, te changer les idées. » D’autres, au contraire, la regardaient d’un air inquiet quand elle riait, comme si elle n’avait pas le droit. Et Sophie, qui avait toujours été quelqu’un de conciliant, se retrouvait déchirée entre l’envie de vivre et la pression sociale.

C’est là que l’Intelligence Relationnelle – une approche que j’ai développée pour aider les personnes à mieux naviguer leurs relations – est devenue utile. L’idée, c’est de comprendre comment nos schémas relationnels se mettent en place, et comment on peut les ajuster sans se trahir.

Dans le cas de Sophie, elle avait un schéma bien ancré : elle s’adaptait aux attentes des autres pour ne pas les décevoir. Avant, ce schéma lui permettait d’être appréciée, d’éviter les conflits. Mais après le deuil, il devenait toxique. Elle disait oui à des sorties qu’elle n’avait pas envie de faire, elle souriait quand elle avait envie de pleurer, elle se forçait à être « normale » pour ne pas gêner.

L’Intelligence Relationnelle lui a appris à poser des limites claires, sans agressivité. Par exemple, quand un ami lui proposait une soirée et qu’elle n’était pas prête, elle apprenait à dire : « Merci de penser à moi, mais ce soir je n’ai pas l’énergie. Peut-être la semaine prochaine. » Rien de plus. Pas d’excuse, pas de justification longue. Juste une affirmation respectueuse d’elle-même.

Elle a aussi appris à repérer les personnes qui étaient vraiment capables de l’accompagner dans son deuil. Certains amis proches se sont révélés très soutenants. D’autres, qu’elle pensait proches, se sont éloignés, parce qu’ils ne savaient pas quoi faire face à sa tristesse. Sophie a cessé de s’épuiser à maintenir des relations unilatérales. Elle a recentré son énergie sur ceux qui étaient présents sans lui demander d’être « autre chose que ce qu’elle était ».

Ce travail relationnel a été la clé pour que sa reconstruction ne reste pas confinée à son cabinet d’hypnose. Il fallait que les changements intérieurs puissent s’incarner dans sa vie quotidienne, dans ses interactions avec les autres. L’hypnose et l’IFS lui avaient redonné accès à ses émotions. L’Intelligence Relationnelle lui a permis de les vivre en société, sans se cacher et sans s’écraser.

Et maintenant, quelle place pour Marc dans sa vie ?

Un jour, Sophie m’a dit quelque chose qui m’a frappé. Elle m’a raconté qu’elle avait rêvé de Marc. Dans le rêve, il était assis à la table de la cuisine, comme avant, et il lui souriait. Elle lui a demandé : « Tu es fâché que je sois heureuse ? » Et dans le rêve, il a secoué la tête, et il a dit : « Je suis fier de toi. Vis. »

Elle s’est réveillée en pleurant, mais pas de tristesse. De soulagement. « J’ai eu l’impression qu’il me donnait la permission d’aller bien, m’a-t-elle confié. Et je sais que c’est moi qui me suis donné cette permission, à travers lui. Mais ça m’a aidée. »

Ce rêve marquait un tournant. Sophie avait cessé de vivre dans l’absence de Marc pour apprendre à vivre avec sa présence autrement. Pas une présence fantomatique, mais une présence intérieure, apaisée. Elle pouvait penser à lui sans s’effondrer. Elle pouvait raconter des souvenirs drôles sans pleurer. Elle pouvait même, parfois, se dire qu’elle avait eu de la chance de l’avoir connu, plutôt que de se lamenter de l’avoir perdu.

Bien sûr, il y a encore des jours difficiles. L’anniversaire de leur rencontre, la date de sa mort, des chansons qui passent à la radio. Mais ces moments ne sont plus des gouffres. Ce sont des vagues qu’elle apprend à surfer.

Aujourd’hui, Sophie a repris une vie sociale active. Elle a même rejoint un club de randonnée, une activité qu’elle partageait avec Marc et qu’elle avait arrêtée après sa mort. Elle m’a dit : « La première fois que je suis retournée marcher sur le sentier qu’on aimait, j’ai pleuré les trois premiers kilomètres. Et puis, j’ai continué. Parce que Marc n’aurait pas voulu que

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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