HypnoseHabitudes Et Comportements

3 signes que votre comportement répétitif cache une émotion

Apprenez à décoder ce que votre corps vous dit.

TSThierry Sudan
24 avril 202612 min de lecture

Vous avez sans doute déjà vécu ça : vous rentrez du travail, vous ouvrez le frigo sans avoir faim, vous mangez un morceau de fromage, puis un autre. Ou bien vous scrollez votre téléphone pendant une heure, passant d’une application à l’autre sans vraiment rien regarder. Peut-être que vous vous rongez les ongles en réunion, ou que vous allumez une cigarette alors que vous vous étiez promis d’arrêter.

Ces gestes, vous les connaissez. Ils reviennent, toujours les mêmes, comme un disque rayé. Et vous vous êtes sûrement dit, une fois l’acte accompli : « Mais pourquoi j’ai refait ça ? » Peut-être même avez-vous tenté de les arrêter. Vous vous êtes promis de manger mieux, de lâcher le téléphone, de stopper la cigarette. Et ça a tenu… trois jours. Puis le geste est revenu, aussi fort qu’avant, avec une petite dose de honte en prime.

Voici ce que personne ne vous dit : ces comportements répétitifs ne sont pas vos ennemis. Ce ne sont pas de mauvaises habitudes qu’il faudrait extirper à la force de la volonté. Ce sont des signaux. Votre corps et votre inconscient essaient de vous dire quelque chose, mais ils n’ont pas de mots. Alors ils passent par des gestes.

Je ne vous propose pas une méthode miracle pour arrêter du jour au lendemain. Je vous propose d’apprendre à écouter ce qui se cache derrière. Parce que quand on comprend le message, le geste n’a plus besoin d’exister.

Voici trois signes que votre comportement répétitif cache une émotion que vous n’avez pas encore osé regarder.

1. Vous répétez le geste sans pouvoir l’expliquer

C’est le signe le plus évident, et pourtant le plus souvent ignoré. Vous faites quelque chose, et quand on vous demande pourquoi, vous répondez : « Je ne sais pas, c’est plus fort que moi. » Ou alors : « C’est une habitude. »

Prenons un exemple concret. Un patient, que j’appellerai Julien, est venu me voir parce qu’il passait ses soirées à jouer à des jeux vidéo jusqu’à 2 ou 3 heures du matin. Il avait un travail prenant, une femme qu’il aimait, des enfants. Mais chaque soir, il s’asseyait devant l’écran, et les heures défilaient. Il se disait : « Je vais arrêter à 23 heures. » Et puis 23 heures passaient, minuit passait, et il restait là, les yeux rivés sur l’écran, épuisé mais incapable de s’arrêter.

Le lendemain, il était fatigué, irritable, et il se promettait que ce soir, ce serait différent. Mais le soir venu, le scénario se répétait. Il a essayé de supprimer les jeux de son ordinateur. Il a acheté un minuteur. Il a même demandé à sa femme de lui prendre sa souris. Rien n’y faisait.

Quand je lui ai demandé ce qu’il ressentait juste avant de lancer une partie, il a eu du mal à répondre. « Rien, je me pose et je lance », disait-il. Mais en creusant un peu, il a fini par décrire une sensation : une boule dans le ventre, une légère oppression dans la poitrine, une envie de « décompresser ». Ce n’était pas du plaisir. C’était une urgence.

Ce comportement répétitif, qu’on appelle en hypnose une « boucle inconsciente », a une fonction cachée. Il n’est pas là pour vous détendre. Il est là pour vous distraire de quelque chose d’autre.

Ce que votre geste répétitif vous dit : « Je suis là pour que vous ne sentiez pas ce que vous ne voulez pas sentir. »

Le problème, c’est que tant que vous ne savez pas quoi vous fuyez, vous êtes condamné à répéter le geste. Votre cerveau a appris que ce comportement (manger, fumer, scroller, jouer) calme temporairement une tension. Il ne sait pas faire la différence entre une vraie menace et une simple émotion inconfortable. Pour lui, toute tension est un signal d’alarme, et il actionne le bouton « comportement habituel » pour l’éteindre.

Ce que vous pouvez faire maintenant : La prochaine fois que vous sentez l’envie monter, arrêtez-vous une seconde. Ne faites pas le geste tout de suite. Posez-vous juste cette question : « Qu’est-ce que je ressens sous cette envie ? » Ne cherchez pas à comprendre, cherchez juste à sentir. Une tension dans les épaules ? Une boule dans l’estomac ? De l’agacement ? Notez-le mentalement. C’est la première étape pour sortir de l’automatisme.

2. Vous vous sentez plus mal après qu’avant

C’est un paradoxe fascinant. Vous faites quelque chose qui, en théorie, devrait vous faire du bien. Vous mangez un cookie, vous fumez une cigarette, vous regardez une série. Mais à la fin, vous ne vous sentez pas mieux. Vous vous sentez vide, coupable, fatigué, ou même plus anxieux qu’avant.

C’est la signature d’un comportement répétitif qui cache une émotion. Si c’était un vrai plaisir, vous vous sentiriez satisfait. Vous diriez : « Ah, ça m’a fait du bien. » Mais vous dites plutôt : « J’aurais pas dû. » Ou vous passez directement au geste suivant, sans même savourer.

Prenons l’exemple d’une patiente, Sophie. Elle venait de se séparer de son compagnon. Chaque soir, en rentrant chez elle, elle ouvrait une bouteille de vin. Pas une bouteille entière, mais deux ou trois verres. Elle se disait que ça l’aidait à « décompresser » après une journée difficile. Mais elle a remarqué que plus elle buvait, plus elle se sentait triste. Elle finissait par envoyer des messages à son ex, ou par pleurer devant la télé. Le lendemain, elle avait la gueule de bois et la honte en plus.

Quand je lui ai demandé pourquoi elle buvait, elle a répondu : « Pour ne pas penser à lui. » C’était honnête. Mais le problème, c’est que l’alcool ne fait pas disparaître la tristesse. Il la repousse, la retient, la stocke. Et quand l’effet passe, elle revient, plus intense, car vous êtes fatigué et vulnérable.

Sophie utilisait son comportement répétitif comme un bouchon émotionnel. Elle empêchait la tristesse de sortir, mais elle l’empêchait aussi de se dissiper. En IFS (Internal Family Systems), on dirait qu’une partie d’elle avait pris le contrôle pour la protéger de la douleur, mais cette protection avait un coût très élevé.

Pourquoi vous sentez-vous plus mal ? Parce que l’émotion que vous fuyez reste là, en attente. Le geste ne la résout pas. Il la gèle. Et une émotion gelée, c’est une émotion qui s’alourdit. Elle devient une tension chronique, une fatigue inexplicable, une irritabilité permanente.

Ce que votre geste répétitif vous dit : « Je ne suis pas une solution. Je suis un cache-misère. Et le misère est toujours là, sous le cache. »

Ce que vous pouvez faire maintenant : La prochaine fois que vous terminez votre geste (après avoir mangé, fumé, scrollé), faites une pause de 30 secondes. Ne jugez pas. Posez-vous juste la question : « Comment je me sens maintenant ? » Comparez avec comment vous vous sentiez juste avant. Si la réponse est « plus mal », « vide », « coupable », « fatigué », vous tenez un indice. Ce comportement est probablement là pour vous protéger d’une émotion que vous n’osez pas affronter. Notez-la : tristesse ? colère ? peur ? ennui ?

3. Le geste est toujours lié à un moment précis ou à un lieu spécifique

C’est un signe que les gens négligent souvent. Vous ne grignotez pas tout le temps. Vous grignotez après une conversation difficile avec votre mère. Vous ne fumez pas n’importe quand. Vous fumez en sortant du travail, ou après le café. Vous ne scrollez pas toute la journée. Vous scrollez le soir, dans votre lit.

Ces comportements ne sont pas aléatoires. Ils sont déclenchés par des contextes précis. Et ces contextes sont les portes d’entrée vers l’émotion cachée.

Un autre patient, Marc, coureur amateur, avait une obsession : il vérifiait son rythme cardiaque toutes les deux minutes pendant ses sorties. Il regardait sa montre, s’inquiétait si le chiffre montait, ralentissait, puis accélérait, puis vérifiait encore. Il avait transformé son plaisir de courir en une angoisse permanente. Il est venu me voir pour « arrêter de stresser pendant le sport ».

Je lui ai demandé : « Quand est-ce que cette vérification est la plus forte ? » Il a réfléchi. « Au début de la course, les dix premières minutes. » Puis : « Et quand je suis seul. » Et encore : « Surtout le dimanche matin. »

Dimanche matin. Seul. Début de course. Qu’est-ce que ça évoquait ? En creusant, il a évoqué son père, qui courait aussi, et qui avait fait un malaise cardiaque un dimanche matin, seul, vingt ans plus tôt. Marc n’y avait jamais pensé. Il avait juste « une habitude de vérifier son cœur ». Mais son corps, lui, n’avait pas oublié. Il avait associé « dimanche matin + course + solitude = danger ». Et pour gérer cette peur, il vérifiait son pouls.

Le comportement répétitif était un rituel de réassurance. Il vérifiait pour se rassurer que tout allait bien. Mais le problème, c’est que la vérification elle-même entretenait la peur. Plus il vérifiait, plus il confirmait à son cerveau que le danger était réel.

Ce que votre geste répétitif vous dit : « Je ne suis pas là par hasard. Je réponds à un déclencheur précis. Trouve le déclencheur, tu trouveras l’émotion. »

Ce que vous pouvez faire maintenant : Pendant les trois prochains jours, soyez un détective de vous-même. Chaque fois que vous faites votre geste répétitif, notez trois choses : Quand ? (heure, moment de la journée), Où ? (pièce, lieu), Juste avant ? (quel événement, quelle conversation, quelle pensée). Au bout de trois jours, regardez vos notes. Vous verrez probablement un motif apparaître. « Je grignote toujours après avoir parlé à mon chef. » « Je fume toujours en sortant de la voiture. » Ce motif est la clé. L’émotion est juste derrière.

Que faire de tout ça ? La sortie de la boucle

Maintenant, vous avez trois signes. Vous savez que votre comportement est automatique, qu’il vous laisse plus mal qu’avant, et qu’il est déclenché par un contexte précis. Vous commencez à voir l’émotion cachée : de la peur, de la tristesse, de la colère, de l’ennui, de la honte.

Mais savoir ne suffit pas. Vous avez peut-être déjà compris tout ça avant de lire cet article, et pourtant le geste est toujours là. Pourquoi ? Parce que votre cerveau a créé une autoroute neuronale. Le déclencheur (la tension, le contexte) est le point A, et le comportement (manger, fumer, scroller) est le point B. Il n’y a pas de chemin alternatif. Vous pouvez comprendre l’autoroute, mais tant qu’elle est la seule route, vous l’emprunterez.

Le travail, c’est de construire une nouvelle route. Et ça ne se fait pas en se disant « je vais arrêter ». Ça se fait en apprenant à accueillir l’émotion qui est sous le geste, sans la fuir.

C’est là que l’hypnose ericksonienne et l’IFS sont puissants. En hypnose, on peut apprendre à votre inconscient à reconnaître le signal d’alarme (la tension) et à proposer une autre réponse. On peut désactiver le lien automatique entre l’émotion et le geste. En IFS, on va rencontrer la « partie » de vous qui a pris le contrôle pour vous protéger. On va la remercier, lui montrer qu’elle peut lâcher prise, et libérer l’émotion qu’elle retient.

Mais vous pouvez commencer seul, dès maintenant, avec une pratique simple. Je l’appelle le « temps d’arrêt de 60 secondes ».

  1. Repérez le déclencheur. Utilisez le motif que vous avez noté plus haut. Dès que vous sentez l’envie du geste arriver, ou que vous entrez dans le contexte habituel, arrêtez-vous.
  2. Respirez une fois. Une seule. Lentement, profondément. Ça casse l’automatisme.
  3. Localisez la sensation. Où est l’émotion dans votre corps ? Ventre ? Poitrine ? Gorge ? Mâchoire ? Ne cherchez pas à lui donner un nom tout de suite. Juste la sentir. « Tiens, là, une boule. »
  4. Dites-lui bonjour. Mentalement ou à voix basse : « Je te vois. » C’est tout. Pas besoin de la changer, de la comprendre, de la faire partir. Juste la reconnaître.
  5. Faites le geste ou pas. Après ces 60 secondes, vous pouvez faire votre geste. Mais vous l’aurez fait consciemment, pas en pilote automatique. Et souvent, le simple fait de reconnaître l’émotion suffit à enlever l’urgence. L’envie baisse d’intensité. Parfois, elle disparaît.

Ce n’est pas miraculeux. Ce n’est pas instantané. Mais c’est le début de la construction de cette nouvelle route. À force de répéter ce temps d’arrêt, vous créez un nouvel espace entre le déclencheur et la réponse. Et dans cet espace, il y a la liberté.

Pourquoi je vous parle de tout ça

Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes. Depuis 2014, j’accompagne des adultes qui, comme vous, se sentent prisonniers de leurs habitudes. Pas pour les juger, mais pour les aider à comprendre ce que leur corps leur dit depuis longtemps. J’utilise l’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle, parce que ces approches ne forcent pas le changement. Elles l’autorisent.

Je ne vous promets pas que vous arrêterez du jour au lendemain. Je vous promets que vous pouvez apprendre à écouter ce qui se cache derrière le geste. Et qu’en écoutant, vous vous libérerez doucement.

Si ces lignes résonnent en vous, si vous sentez que vous avez besoin d’un espace pour déposer tout ça, sachez que vous pouvez prendre contact. Un premier échange, sans engagement, pour parler de vous, de ce qui vous traverse. Je suis là pour ça.

Prenez soin de vous. Et la prochaine fois que votre main se tend vers ce paquet de biscuits ou ce téléphone, souvenez-vous : ce n’est pas une faiblesse. C’est un message. Et vous venez d’apprendre à le décoder.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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