HypnoseHabitudes Et Comportements

Comment l’hypnose reprogramme votre relation aux réseaux sociaux

Une approche concrète pour changer vos automatismes.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Tu ouvres Instagram sans y penser. C’est le geste le plus banal de ta journée. Tu viens de t’asseoir dans le canapé après une journée de travail, tu sors ton téléphone, et en une fraction de seconde, ton pouce a déjà tapé sur l’icône. Tu ne te souviens même pas avoir pris la décision. C’est exactement ça, le problème : il n’y a pas eu de décision. Juste un automatisme. Un réflexe conditionné qui te vole du temps, de l’énergie, et parfois même un peu de ton calme intérieur.

Je vois ça tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des adultes intelligents, lucides, qui viennent me voir parce qu’ils sentent que leur relation à leur téléphone – et particulièrement aux réseaux sociaux – leur échappe. Ils me disent : « Je voudrais moins scroller », « Je passe deux heures par jour sur TikTok sans rien en retirer », « Je compare ma vie à celle des autres et ça me mine ». Et derrière ces phrases, il y a une frustration immense, parce qu’ils savent que ce comportement ne leur apporte rien. Mais ils continuent.

Alors comment faire pour que ton cerveau arrête de te pousser vers ces applications ? Comment sortir de ce loop infernal sans avoir à supprimer tous tes comptes ou à jeter ton smartphone par la fenêtre ? C’est là que l’hypnose ericksonienne entre en jeu. Pas comme une baguette magique, mais comme un levier concret pour reprogrammer ce qui se joue en dessous de ta conscience. Parce que le problème, avec les réseaux sociaux, il n’est pas dans ta volonté. Il est dans tes automatismes.

Pourquoi ton cerveau est piégé par les likes et les notifications

Avant de parler de solution, il faut qu’on regarde franchement le mécanisme. Tu n’es pas faible. Tu n’es pas « accro » dans le sens pathologique du terme, sauf cas extrême. Tu es humain, et ton cerveau est programmé pour chercher la récompense immédiate. Les réseaux sociaux sont conçus par des ingénieurs en comportement pour exploiter cette programmation. Ce n’est pas un complot, c’est leur métier.

Chaque fois que tu reçois une notification, ton cerveau libère un peu de dopamine. C’est le neurotransmetteur du plaisir et de l’anticipation. Ce pic est court, mais il est addictif. Et le problème, c’est que ton cerveau apprend vite : il associe l’icône de l’application à cette petite dose de plaisir. Alors, sans que tu le décides, il active un circuit automatique : tu vois le téléphone, tu ouvres l’appli. Tu t’ennuies, tu ouvres l’appli. Tu attends quelque chose, tu ouvres l’appli. C’est devenu un réflexe pavlovien.

Prenons un exemple concret. Je reçois au cabinet un homme d’une quarantaine d’années, cadre commercial, père de deux enfants. Il me raconte qu’il passe ses soirées à scroller LinkedIn et Instagram. Il n’a même pas envie de voir ce que ses collègues ou ses amis publient. Mais il le fait. Il me dit : « C’est plus fort que moi, je me rends compte que je vérifie mon téléphone toutes les cinq minutes pendant que je joue avec mes enfants. » Il se sent coupable. Il sait que ce comportement lui vole des moments précieux. Mais sa culpabilité ne suffit pas à arrêter le geste. Pourquoi ? Parce que le geste est ancré dans une partie de son cerveau qui ne répond pas à la raison. C’est le cerveau reptilien, le cerveau des habitudes. Il ne comprend pas les bonnes résolutions. Il ne comprend que les répétitions.

Quand tu essayes de réduire ton temps d’écran par la volonté pure, tu mobilises ton cortex préfrontal – la partie rationnelle et décisionnelle de ton cerveau. Le problème, c’est que cette zone se fatigue vite. En fin de journée, après des heures de décisions professionnelles et familiales, elle est épuisée. Et c’est là que ton cerveau reptilien reprend le contrôle. Tu te dis : « Je ne vais pas ouvrir Instagram », et cinq minutes plus tard, tu l’as fait. Ce n’est pas un échec de ta volonté. C’est une bataille perdue d’avance parce que tu confrontes un système conscient fatigué à un système automatique toujours prêt.

L’hypnose, elle, ne s’attaque pas à ta volonté. Elle va directement dialoguer avec cette partie automatique. Elle va reprogrammer le conditionnement à la source. Et ça change tout.

« Ce n’est pas un problème de volonté. C’est un problème de programmation. Et la bonne nouvelle, c’est que ce qui a été programmé peut être reprogrammé. »

L’hypnose ericksonienne : un dialogue avec l’inconscient, pas un ordre

Quand je parle d’hypnose à mes patients, beaucoup imaginent un spectacle de music-hall ou un état de sommeil profond. Ce n’est pas ça du tout. L’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, est un état de conscience modifié, hyper-éveillé. Tu es parfaitement conscient de ce qui se passe, tu entends ma voix, tu peux bouger si tu veux. Simplement, ton attention est focalisée de manière à contourner les filtres critiques de ton cerveau conscient. Ça permet d’accéder à cette partie de toi qui gère les automatismes : l’inconscient.

Milton Erickson, le père de cette approche, disait que l’inconscient est une ressource immense, souvent sous-estimée. L’idée n’est pas de lui donner des ordres – « Tu ne vas plus aimer les réseaux sociaux » – parce que ça ne marche pas. Un ordre direct crée une résistance. Si je te dis : « Ne pense pas à un ours blanc », tu vas immédiatement y penser. C’est le même principe. L’hypnose ericksonienne utilise le langage indirect, les métaphores, les suggestions ouvertes pour permettre à ton inconscient de trouver ses propres solutions.

Concrètement, pour la relation aux réseaux sociaux, je ne vais pas te dire : « Tu arrêteras de scroller. » Je vais plutôt t’accompagner dans un état de détente profonde, et je vais semer des graines. Par exemple, je vais utiliser l’image d’un jardinier qui arrose ses plantes. Les plantes qui reçoivent trop d’eau finissent par pourrir. Celles qui reçoivent juste ce qu’il faut s’épanouissent. Ton inconscient, en état de réceptivité, va comprendre que la modération est une forme de soin. Il va intégrer que laisser ton téléphone de côté, c’est une manière de laisser de l’espace à ce qui compte vraiment.

Un patient, un jeune footballeur que j’accompagne en préparation mentale, avait développé une habitude de checker ses notifications pendant les entractes des matchs. Il perdait sa concentration. On a travaillé en hypnose sur l’ancrage d’un état de présence. Je lui ai suggéré qu’à chaque fois qu’il posait son téléphone dans son casier, il pouvait laisser derrière lui toutes les distractions. Au bout de trois séances, il ne vérifiait plus son téléphone qu’après le match, sans effort. Son inconscient avait fait le lien : téléphone = distraction, casier = concentration. C’était devenu un nouveau réflexe.

Identifier le déclencheur émotionnel qui te pousse à scroller

Un des aspects les plus sous-estimés dans la relation aux réseaux sociaux, c’est la dimension émotionnelle. On ne scroll pas par hasard. On scroll pour une raison. Parfois c’est l’ennui. Parfois c’est l’anxiété. Parfois c’est la peur de rater quelque chose – le fameux FOMO. Et parfois, c’est une forme de fuite face à une émotion inconfortable.

Je reçois une femme, professeure des écoles, qui me dit : « Dès que je ressens un moment de vide, je prends mon téléphone. C’est comme une bouée. » En creusant, on découvre que ce « vide » est en fait une sensation de solitude ou d’insatisfaction légère qu’elle n’a pas appris à accueillir. Le téléphone devient un pansement émotionnel. Le problème, c’est que le pansement ne soigne pas la plaie. Il la cache. Et plus tu l’utilises, plus tu renforces l’association : émotion inconfortable → téléphone.

L’hypnose permet d’identifier ce déclencheur sans que tu aies à le rationaliser consciemment. En état d’hypnose, je peux te guider pour que tu explores la sensation qui précède le geste. Pas pour la juger, mais pour la reconnaître. Et une fois reconnue, on peut lui trouver une autre réponse. Par exemple, au lieu de tendre la main vers ton téléphone, ton inconscient peut apprendre à prendre trois respirations profondes. Ou à sentir le contact de tes pieds sur le sol. Ou à simplement observer l’émotion sans agir.

C’est ce qu’on appelle la « dissociation thérapeutique » : tu apprends à être le témoin de ton impulsion plutôt que son exécutant. Et ça, c’est une liberté énorme. Parce que tant que tu es confondu avec ton impulsion, tu n’as pas le choix. Dès que tu peux l’observer, tu retrouves un espace de décision.

« Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Dans cet espace se trouve notre pouvoir de choisir notre réponse. Dans notre réponse se trouve notre croissance et notre liberté. » – Viktor Frankl (paraphrasé)

La reprogrammation sensorielle : remplacer le geste par un autre ancrage

Un des outils les plus puissants que j’utilise en hypnose pour les habitudes, c’est la reprogrammation sensorielle. L’idée est simple : ton cerveau a associé certains contextes à certains gestes. Par exemple, être assis dans ton canapé le soir est associé à « prendre mon téléphone et ouvrir Instagram ». Cette association est sensorielle : tu sens le tissu du canapé, tu vois la lumière tamisée, tu entends le bruit de la télé en fond. Tous ces signaux activent le programme.

En hypnose, on va pouvoir désactiver ce programme et en installer un nouveau. Comment ? En créant un ancrage différent. Je vais t’accompagner à imaginer une scène où tu es dans ton canapé, mais au lieu de prendre ton téléphone, tu poses ta main sur ton cœur, tu fermes les yeux trente secondes, et tu te rappelles une sensation de calme profond. On répète ça plusieurs fois en état d’hypnose, jusqu’à ce que le nouveau geste soit ancré.

Et là, ce qui est fascinant, c’est que ton cerveau ne fait pas la différence entre une expérience vécue et une expérience imaginée intensément. C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité. Tu crées littéralement de nouvelles connexions neuronales. Le soir, quand tu t’assois dans ton canapé, le vieux programme est toujours là, mais il a un concurrent. Et si tu répètes le nouveau geste quelques jours, c’est lui qui prend le dessus.

Je pense à un patient coureur à pied que j’accompagne. Il avait pris l’habitude de regarder son téléphone dès qu’il finissait une séance, au lieu de prendre le temps de ressentir son corps. On a travaillé un ancrage de « récupération sensorielle » : à la fin de chaque course, il posait sa main sur son ventre et prenait cinq respirations. Au bout d’une semaine, il le faisait sans y penser. Et il m’a dit : « Je redécouvre la sensation de mes jambes après l’effort. C’était là, mais je ne la voyais plus. »

L’intelligence relationnelle : comprendre ce que tu cherches vraiment à travers l’écran

Je ne pourrais pas parler de reprogrammation sans évoquer l’Intelligence Relationnelle, une approche que j’utilise régulièrement en complément de l’hypnose. Parce que les réseaux sociaux ne sont pas qu’un problème de dopamine ou d’automatisme. Ils sont aussi une question de relation. Relation à toi-même, relation aux autres.

Quand tu scrolles, tu es en train de chercher quelque chose. Parfois c’est de la validation – un like, un commentaire, une reconnaissance. Parfois c’est de la connexion – voir ce que font tes amis, ne pas te sentir seul. Parfois c’est de l’évitement – ne pas avoir à te confronter à ta propre vie, à tes propres pensées. Et souvent, c’est un mélange de tout ça.

L’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à reconnaître tes besoins relationnels profonds et à y répondre de manière saine. En séance, je t’aide à identifier : « Qu’est-ce que tu espères trouver quand tu ouvres cette application ? » La réponse est rarement « des informations ». C’est souvent « me sentir moins seul », « me sentir important », « me sentir stimulé ». Et une fois que tu as mis des mots sur ce besoin, on peut chercher des moyens plus satisfaisants de le combler.

Par exemple, si tu scrolles parce que tu te sens seul le soir, l’hypnose peut t’aider à te reconnecter à une sensation de sécurité intérieure, à un sentiment d’appartenance qui ne dépend pas d’un écran. Si tu scrolles parce que tu as besoin de reconnaissance, on peut travailler sur l’estime de soi, pour que tu n’aies plus besoin d’un compteur de likes pour te sentir valable. C’est un travail plus profond, mais c’est celui qui libère vraiment.

Je me souviens d’une patiente qui passait trois heures par jour sur Pinterest à regarder des photos de maisons idéales. Elle se comparait, se sentait insuffisante. En explorant, on a découvert que ce qu’elle cherchait, c’était un sentiment de sécurité et de beauté dans sa propre vie. On a travaillé en hypnose pour qu’elle puisse ressentir ce sentiment de sécurité et de beauté dans son salon, tel qu’il était, sans avoir à le comparer à des images retouchées. Après quelques semaines, son temps d’écran a chuté naturellement. Pas parce qu’elle s’était forcée, mais parce que son besoin était comblé ailleurs.

Ce que l’hypnose ne fait pas (et pourquoi c’est important d’être honnête)

Je vais être franc avec toi. L’hypnose n’est pas une solution miracle. Elle ne va pas te transformer en une personne qui n’a plus aucun intérêt pour les réseaux sociaux du jour au lendemain. Elle ne va pas effacer ton envie de stimulation ou de connexion. Et elle ne va pas régler les problèmes sous-jacents – anxiété, dépression, solitude – si tu ne les adresses pas par ailleurs.

Ce que l’hypnose fait, c’est créer un espace de changement. Elle rend le chemin plus facile. Elle transforme une lutte épuisante contre toi-même en un ajustement progressif, presque naturel. Là où tu passais ta volonté à essayer de ne pas ouvrir ton téléphone, tu te surprends à le poser sans y penser. Là où tu ressentais une impulsion irrépressible, tu sens une pause, un choix.

C’est pour ça que je combine souvent l’hypnose avec d’autres approches comme l’IFS (Internal Family Systems) ou l’Intelligence Relationnelle. L’hypnose agit sur le symptôme – l’automatisme – tandis que l’IFS explore les parties de toi qui sont en conflit. Par exemple, une partie de toi veut se déconnecter pour être plus présent avec ta famille, et une autre partie a peur de manquer quelque chose. L’hypnose peut calmer la réactivité de cette deuxième partie, mais l’IFS permet de comprendre sa peur et de la rassurer.

Un patient m’a dit un jour : « L’hypnose m’a aidé à arrêter de scroller le soir, mais ça m’a surtout appris que j’avais peur du silence. » C’est exactement ça. L’outil ouvre une porte. À toi de décider si tu veux la franchir.

Un geste simple à faire maintenant pour amorcer le changement

Je ne vais pas te laisser sans rien. Si tu lis cet article, c’est que tu es prêt à faire un premier pas. Alors voici quelque chose que tu peux essayer dès ce soir, sans rendez-vous, sans matériel.

Prends ton téléphone. Oui, celui que tu as dans la main. Regarde-le. Maintenant, pose-le face contre table, à un mètre de toi. Ferme les yeux. Prends trois respirations profondes. À chaque inspiration, imagine que tu inspires du calme. À chaque expiration, imagine que tu expires la tension. Puis, sans ouvrir les yeux, pose ta main à plat sur la table, à l’endroit où était ton téléphone. Sente la texture de la table. Sente la fraîcheur. Reste comme ça t

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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