HypnoseHabitudes Et Comportements

Comment transformer votre « je le ferai demain » en action immédiate

Solutions concrètes issues de l'hypnose pour inverser la tendance.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

« Demain, j’attaque mon projet. Vraiment, cette fois, c’est la bonne. »

Je les entends souvent, ces phrases. Vous les avez peut-être déjà prononcées. Vous êtes assis devant votre ordinateur, votre cahier, votre instrument de sport ou votre dossier professionnel. Une intention claire, une motivation sincère. Puis, soudain, un poids invisible vous colle au fauteuil. Vous regardez l’écran, vous ouvrez Instagram, vous vous resservez un café. Le temps file. Vous vous dites : « Bon, demain matin, je serai frais, je le ferai. »

Ce mécanisme n’est pas un défaut de caractère. Il n’est pas lié à la paresse ou au manque de volonté. Il s’agit d’un processus neurologique et émotionnel bien spécifique, que l’on peut comprendre et désamorcer. Je travaille depuis plusieurs années avec des adultes qui viennent me voir pour ce motif précis : ils veulent arrêter de remettre au lendemain ce qui compte vraiment pour eux. Grâce à l’hypnose ericksonienne et à l’approche IFS (Internal Family Systems), j’ai observé que ce « demain » n’est pas un ennemi. C’est une partie de vous qui essaie de vous protéger.

Ce que je vais partager ici n’est pas une injonction à « vous bouger ». C’est une exploration de ce qui se passe en vous quand la procrastination apparaît, et comment, avec des outils concrets, vous pouvez créer un chemin vers l’action immédiate. Pas une action parfaite. Une action juste.

Pourquoi votre cerveau préfère-t-il « demain » à « maintenant » ?

Prenons un exemple. Récemment, j’ai reçu Antoine, un chef de projet de 38 ans, venu pour une préparation mentale sportive. Il courait un marathon dans six mois, mais chaque séance d’entraînement prévue était repoussée. Il se disait : « Ce soir, je suis fatigué, je ferai la sortie longue demain matin. » Le lendemain matin, il trouvait une autre excuse. Cela faisait trois semaines qu’il n’avait pas couru.

Quand nous avons exploré cette situation, Antoine a réalisé qu’il ne ressentait pas de paresse. Il ressentait une angoisse diffuse à l’idée de ne pas être à la hauteur. « Si je cours et que je suis lent, je vais me décevoir », m’a-t-il confié. Cette peur était si forte qu’elle activait une réponse de fuite. Son cerveau, pour le protéger de cette déception potentielle, lui disait : « Pas maintenant. Plus tard. Quand tu seras prêt. »

Ce mécanisme s’appelle l’évitement expérientiel. Votre système nerveux perçoit l’action à venir comme une menace – non pas physique, mais émotionnelle. Le cortex préfrontal, qui gère la planification et la prise de décision, est court-circuité par l’amygdale, votre centre de l’alarme. Résultat : vous ne décidez pas de ne pas agir. Vous êtes empêché d’agir. La procrastination n’est pas un choix. C’est une réaction.

L’hypnose ericksonienne permet de contourner ce blocage. Elle ne force pas votre cerveau à « arrêter de procrastiner ». Elle lui offre une nouvelle voie, plus souple, pour aborder l’action. En état de transe légère, vous pouvez accéder à la partie de vous qui a peur, et lui montrer que vous êtes capable de gérer l’inconfort sans fuir.

« La procrastination n’est pas un manque de motivation. C’est un excès de protection. Protéger quoi ? Une peur que vous n’avez jamais nommée. »

Si vous reconnaissez ce schéma, sachez que vous n’êtes pas seul. La clé n’est pas de vous forcer à agir. C’est de comprendre ce que vous fuyez. Et une fois que vous le savez, l’action devient possible.

Deux questions qui changent tout : que fuyez-vous, et que voulez-vous vraiment ?

Quand je travaille avec des adultes en souffrance, je commence souvent par une question simple : « Qu’est-ce que vous évitez exactement en remettant cette tâche à demain ? » La réponse est rarement « le travail lui-même ». C’est presque toujours une émotion sous-jacente : la peur de l’échec, la peur du jugement, l’ennui, la frustration, ou même la peur de réussir.

Prenons le cas de Claire, une coach sportive qui venait me voir pour un problème de gestion du temps. Elle devait préparer ses séances, mais elle repoussait systématiquement la rédaction de ses fiches. « Je suis une professionnelle, je devrais être capable de faire ça sans problème », se disait-elle. En explorant avec l’IFS, nous avons découvert une partie d’elle-même, très jeune, qui avait été humiliée par un professeur qui lui avait dit que ses idées n’étaient pas assez bonnes. Cette partie refusait d’écrire, de peur de revivre cette humiliation.

L’IFS (Internal Family Systems) repose sur une idée simple : notre esprit est composé de multiples « parties », chacune avec ses propres croyances et émotions. La partie qui procrastine n’est pas un défaut. C’est un protecteur. Son rôle est de vous garder en sécurité. Mais parfois, ce protecteur utilise des stratégies qui ne sont plus adaptées à votre vie d’adulte.

Pour transformer votre « demain » en action immédiate, vous devez dialoguer avec cette partie. Pas la combattre. L’écouter.

Voici un exercice que vous pouvez faire seul. Installez-vous tranquillement, fermez les yeux, et prenez trois respirations profondes. Posez-vous la question : « Quelle est la tâche que je repousse en ce moment ? » Visualisez-la. Puis, demandez-vous : « Si je faisais cette tâche maintenant, quelle émotion inconfortable surgirait ? » Ne cherchez pas à la chasser. Observez-la. Est-ce de l’anxiété ? De la honte ? De la colère ? De la tristesse ? Donnez-lui un nom.

Ensuite, adressez-vous à cette émotion comme à une personne. Dites-lui : « Je te vois. Je sais que tu es là pour me protéger. Merci. Mais je peux gérer cela maintenant. » Ce simple geste de reconnaissance désamorce souvent la résistance. L’émotion n’est plus un obstacle. Elle devient une information.

L’hypnose ericksonienne utilise des métaphores pour faciliter ce dialogue. Par exemple, je peux vous guider dans une visualisation où votre « protecteur procrastinateur » est représenté par un gardien à l’entrée d’un jardin. Au lieu de le pousser, vous lui demandez ce dont il a besoin pour vous laisser passer. Parfois, il a besoin de savoir que vous avez un plan B. Parfois, il a besoin que vous reconnaissiez sa fatigue. Une fois entendu, il se détend. Et l’action devient possible.

L’hypnose pour reprogrammer le réflexe du « pas maintenant »

Vous avez identifié l’émotion. Vous avez dialogué avec la partie qui protège. Maintenant, comment faire pour que votre cerveau ne déclenche plus automatiquement la réponse « demain » face à une tâche ?

L’hypnose ericksonienne est particulièrement efficace pour cela, car elle travaille avec les processus inconscients qui pilotent vos habitudes. Contrairement à la volonté consciente, qui s’épuise, l’inconscient peut intégrer de nouveaux schémas de manière fluide.

Un exemple concret. J’ai accompagné Lucas, un footballeur amateur qui repoussait ses séances de renforcement musculaire. Il savait que c’était essentiel pour éviter les blessures, mais chaque fois qu’il voyait son tapis de sol, il se disait : « Je le ferai après le dîner. » À 22 heures, il était trop fatigué. Ce cycle durait depuis des mois.

En séance d’hypnose, nous avons installé un « déclencheur » : le simple fait de voir son tapis de sol devait activer une sensation de légèreté et d’énergie. Nous avons utilisé une métaphore : celle d’un interrupteur. Quand il voit le tapis, il imagine un interrupteur qui s’allume en vert, et son corps se met en mode « action facile ». Après deux séances, Lucas m’a rapporté qu’il ne réfléchissait plus. Il voyait le tapis, il se sentait prêt, et il commençait.

Ce n’est pas de la magie. C’est du conditionnement inconscient. Votre cerveau a appris à associer la tâche à une sensation de lourdeur ou de menace. L’hypnose vous permet de créer une nouvelle association, plus neutre ou même agréable.

Pour commencer chez vous, voici un petit protocole d’auto-hypnose, que vous pouvez pratiquer chaque matin pendant 5 minutes :

  1. Installez-vous confortablement et fermez les yeux.
  2. Portez votre attention sur votre respiration. Inspirez lentement par le nez, expirez par la bouche. À chaque expiration, imaginez que vous relâchez la tension.
  3. Choisissez une tâche que vous repoussez souvent. Visualisez-la dans votre esprit, mais en noir et blanc, comme une vieille photo.
  4. Imaginez maintenant que cette même tâche apparaît en couleur, mais avec un halo de lumière douce autour d’elle. Donnez-lui une couleur qui vous apaise (bleu, vert, or).
  5. Répétez mentalement : « Quand je vois cette tâche, je ressens une curiosité légère. Mon corps se prépare à agir avec facilité. »
  6. Ouvrez les yeux et passez à autre chose. Vous venez de planter une graine dans votre inconscient.

Répétez ceci pendant une semaine. Vous n’aurez peut-être pas de résultat immédiat, mais vous remarquerez que la résistance initiale diminue. Votre « demain » deviendra un « pourquoi pas maintenant ? ».

Quand l’action semble impossible : l’astuce des 2 minutes et de la porte ouverte

Parfois, malgré tous vos efforts, le blocage reste massif. Vous avez identifié la peur, vous avez dialogué avec la partie protectrice, vous avez fait de l’auto-hypnose. Pourtant, quand vous vous tenez devant la tâche, votre corps est paralysé. Que faire ?

J’ai une patiente, Sophie, qui devait rédiger un rapport important pour son travail. Chaque jour, elle ouvrait le document, le regardait, puis le fermait. Elle m’a dit : « Je me sens comme un hamster dans une roue. Je tourne, mais j’avance pas. » Nous avons utilisé une technique que j’appelle la « porte ouverte » – une approche dérivée de l’hypnose ericksonienne et de la thérapie brève.

Le principe est simple : au lieu d’exiger de vous que vous fassiez la tâche entière, vous ne vous autorisez à faire que deux minutes. Pas plus. Deux minutes chronométrées. Vous pouvez écrire trois mots, faire un seul exercice de stretching, lire une phrase de votre dossier. Après ces deux minutes, vous avez le droit d’arrêter. Vous ouvrez la porte de l’action, mais vous êtes libre de la refermer.

Ce qui se passe alors est fascinant. La partie de vous qui résiste accepte ce contrat, car deux minutes ne représentent aucune menace. Mais une fois que vous avez commencé, l’inertie est brisée. Le mouvement appelle le mouvement. Souvent, au bout de deux minutes, vous continuez. Pas par obligation, mais par élan.

Sophie a essayé. Le premier jour, elle a écrit deux phrases. Le lendemain, elle a écrit un paragraphe entier. Au bout d’une semaine, le rapport était terminé. Elle m’a dit : « Je n’ai pas eu l’impression de me forcer. J’ai juste ouvert la porte, et je suis entrée. »

Cette technique fonctionne pour plusieurs raisons. D’abord, elle contourne la résistance en rendant l’action minuscule. Ensuite, elle respecte votre besoin de contrôle. Vous ne vous imposez rien. Vous vous proposez une expérience. Enfin, elle utilise le principe de l’élan : une fois en mouvement, il est plus difficile de s’arrêter que de continuer.

« L’action ne demande pas un saut. Elle demande un pas. Un pas si petit que votre peur ne le voit même pas. »

Si vous êtes dans un blocage profond, essayez cela maintenant. Identifiez une tâche que vous repoussez depuis plus de trois jours. Réglez un minuteur sur deux minutes. Faites la plus petite action possible. Puis arrêtez-vous. Observez ce que vous ressentez. Vous aurez peut-être envie de continuer. Ou pas. Dans les deux cas, vous avez déjà gagné : vous avez agi.

L’effet rebond : pourquoi forcer ne marche pas sur la durée

Un dernier point crucial. Beaucoup de personnes que je reçois ont essayé de « se motiver » par la force. Elles se sont fait des promesses strictes, ont installé des applications de productivité, ont bloqué des heures dans leur agenda. Cela fonctionne parfois quelques jours, voire quelques semaines. Puis vient l’effet rebond. La fatigue s’accumule, la frustration monte, et un jour, tout s’effondre. La procrastination revient, plus forte qu’avant.

Ce phénomène s’explique par la dynamique des parties en IFS. Quand vous forcez votre « partie action » à prendre le contrôle, vous écrasez la « partie protection ». Mais cette dernière ne disparaît pas. Elle se renforce dans l’ombre. Plus vous la réprimez, plus elle trouvera des moyens subtils de saboter vos efforts. Vous finissez par vous épuiser.

La solution durable, c’est l’intégration. L’hypnose ericksonienne et l’IFS ne visent pas à éliminer la partie qui procrastine. Elles visent à lui donner une place, à l’écouter, et à négocier avec elle. Vous pouvez dire à cette partie : « Je comprends que tu veux me protéger de l’échec ou de l’inconfort. Mais aujourd’hui, je choisis d’agir. Et je te promets que si cela devient trop difficile, je m’arrêterai et je t’écouterai à nouveau. »

Cette promesse change tout. La partie protectrice se sent respectée, et elle peut se détendre. Vous n’êtes plus en guerre contre vous-même. Vous devenez un chef d’orchestre, qui dirige ses différentes parties avec bienveillance.

J’ai vu des sportifs transformer leur relation à l’entraînement grâce à cette approche. Au lieu de se réveiller avec la pression de « devoir courir », ils se réveillaient avec la curiosité de « voir ce que leur corps avait envie de faire aujourd’hui ». La performance n’en souffrait pas. Au contraire, elle s’améliorait, car l’énergie n’était plus gaspillée dans le conflit intérieur.

Ce que vous pouvez faire maintenant (vraiment)

Vous êtes arrivé jusqu’ici. Peut-être que cet article résonne avec quelque chose en vous. Peut-être que vous sentez cette petite impulsion : « Je pourrais essayer. » Ne la repoussez pas. Ne la mettez pas dans la case « demain ». Faites quelque chose de concret, tout de suite.

Voici trois actions possibles, choisissez celle qui vous semble la plus accessible :

  1. Prenez une feuille et un stylo. Écrivez une tâche que vous repoussez. En dessous, écrivez l’émotion que cette tâche déclenche (peur, ennui, anxiété, etc.). Puis écrivez : « Merci de me protéger. Je peux gérer cela. » Pliez la feuille et mettez-la de côté. Ce simple geste crée une brèche dans la résistance.

  2. Pratiquez l’exercice des deux minutes. Choisissez une action minuscule liée à votre tâche. Par exemple, ouvrir le dossier, écrire un titre, mettre vos chaussures de sport. Faites-le maintenant. Pas dans cinq minutes. Maintenant.

  3. Si vous sentez que le blocage est trop fort, prenez rendez-vous avec vous-même. Notez dans votre agenda un créneau de 15 minutes demain matin pour faire cet exercice d’auto-hypnose que j’ai décrit. Engagez-vous à le faire. Pas pour être parfait. Juste pour essayer.

Je suis Thierry, installé à Saintes depuis 2014. Je reçois des adultes qui veulent comprendre pourquoi ils tournent en rond, et comment sortir de leurs schémas. Je ne promets pas de solution miracle. Je promets un espace où vous pouvez être honnête sur ce qui se passe en vous, sans jugement. L’hypnose, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle sont des outils. Le véritable changement vient de votre décision de vous écouter.

Si vous

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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