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Hypnose et envies de sucre : le protocole des 7 jours

Un plan concret pour réduire les sucres ajoutés sans frustration.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Tu ouvres ton placard pour prendre un verre, et ta main attrape machinalement une tablette de chocolat. Tu te promets de n’en manger qu’un carré, mais vingt minutes plus tard, la moitié a disparu. Ou peut-être que c’est le soir, après une journée chargée, que cette envie de sucre te tombe dessus, comme une vague. Un petit quelque chose de doux, pour te récompenser, pour te calmer, pour tenir le coup. Et tu te dis : « Demain, j’arrête. » Mais demain, la même scène se répète.

Je vois ça presque chaque semaine dans mon cabinet à Saintes. Des adultes, parfois des sportifs, qui viennent me dire qu’ils « craquent » sur le sucre, qu’ils se sentent prisonniers de cette habitude, et qu’ils en ont assez de la culpabilité qui suit chaque bouchée. Pourtant, arrêter brutalement le sucre ajouté, c’est comme couper l’eau sans prévenir un jardin assoiffé : ça crée un stress, une frustration, et souvent une rechute plus violente.

Ce que je te propose ici, c’est autre chose. Un chemin progressif, sans violence, qui utilise l’hypnose ericksonienne et les principes de l’Intelligence Relationnelle pour désamorcer ces envies de sucre. Pas de régime draconien, pas de privation. Juste un protocole de sept jours, concret, que tu peux mettre en place tout de suite. Chaque jour, tu ajoutes une petite brique, et au bout d’une semaine, tu auras déjà changé ton rapport au sucre.

Pourquoi sept jours ? Parce que c’est le temps qu’il faut à ton cerveau pour commencer à intégrer un nouveau schéma sans le vivre comme une menace. Et parce que je sais que tu as besoin d’un plan simple, pas d’un discours abstrait.

Alors, prêt·e à tenter l’expérience ? Commençons par le premier jour.

Jour 1 : observer sans juger, et comprendre le signal derrière l’envie

Le premier jour, tu ne changes rien à ton alimentation. Tu manges comme d’habitude. Mais tu fais une chose nouvelle : tu observes. Quand l’envie de sucre se présente, tu ne la juges pas, tu ne luttes pas contre. Tu la notes simplement. Dans ton téléphone, sur un carnet, ou même mentalement.

Demande-toi : « Qu’est-ce qui se passe juste avant cette envie ? » Est-ce que c’est la fatigue ? L’ennui ? Une émotion désagréable ? Une conversation tendue ? Ou simplement l’heure habituelle de ta pause sucrée ?

Je vais te donner un exemple anonymisé d’un patient que j’ai accompagné. Appelons-le Julien. Julien est commercial, il court beaucoup la journée. Chaque après-midi, vers 16h, il sentait une irrésistible envie de sucre. Il se disait : « C’est mon corps qui a besoin d’énergie. » Mais en observant, il a réalisé qu’à 16h, il avait un coup de fatigue après ses appels clients, et que le sucre était surtout une façon de se redonner un coup de boost émotionnel, pas physique. Le sucre était un cache-misère pour une baisse de moral, pas un besoin énergétique réel.

Ce que tu vas découvrir, c’est que l’envie de sucre est rarement une faim. C’est souvent un signal. Un signal que quelque chose manque : du repos, du réconfort, une pause, une connexion avec toi-même. L’hypnose ericksonienne, dans laquelle je me suis formé, part de ce principe : les symptômes (ici, l’envie de sucre) ont une fonction. Les respecter, c’est la première étape pour les transformer.

Alors aujourd’hui, tu observes. Tu notes trois choses : l’heure, le contexte, et l’émotion dominante. Sans te gronder. C’est un geste de curiosité, pas de contrôle. Tu verras, c’est souvent surprenant.

Jour 2 : respirer trois fois avant de céder, pour créer un espace de choix

Le deuxième jour, tu ajoutes un petit rituel. Quand l’envie de sucre arrive, tu ne te jettes pas dessus immédiatement. Tu prends trois respirations lentes et profondes. Inspire par le nez pendant quatre secondes, retiens deux secondes, expire par la bouche pendant six secondes. Une, deux, trois fois.

Pourquoi ça marche ? Parce que l’envie de sucre est souvent une réaction automatique, un réflexe conditionné. Le cerveau a associé un stimulus (ex. : 16h, fatigue) à une réponse (manger du sucre). Ce circuit est rapide, il passe par le système limbique, la partie émotionnelle du cerveau. En prenant trois respirations, tu actives le cortex préfrontal, la partie rationnelle. Tu crées un espace entre le stimulus et la réponse. Et dans cet espace, tu as le choix.

Je travaille aussi avec l’IFS (Internal Family Systems), un modèle qui considère que nous avons en nous différentes « parties » qui prennent le contrôle. L’envie de sucre, c’est souvent une partie protectrice qui cherche à apaiser une autre partie, plus vulnérable (fatigue, stress, solitude). En respirant, tu ne luttes pas contre cette partie. Tu lui dis : « Je t’entends. Je vais juste prendre un instant. »

Tu n’es pas obligé·e de ne pas manger le sucre. L’objectif n’est pas la privation. Mais tu vas peut-être découvrir qu’après trois respirations, l’envie a baissé d’intensité. Ou que tu peux choisir de manger un carré de chocolat en pleine conscience, plutôt que la moitié de la tablette sans t’en rendre compte.

Un patient, David, coureur amateur, faisait ça avant chaque compétition. Il avait une envie de sucre juste avant le départ, par nervosité. En respirant trois fois, il a réalisé que son corps n’avait pas besoin de sucre, mais d’un recentrage. Il a remplacé le sucre par une visualisation de sa course. Résultat : il a amélioré son temps, et il s’est senti plus présent.

Aujourd’hui, tu fais ce petit geste. Trois respirations. C’est tout. Mais c’est déjà un changement de cap.

Jour 3 : remplacer par une alternative sensorielle, pas par un interdit

Le troisième jour, tu introduis une substitution. Pas une privation. L’erreur classique, c’est de se dire : « Je ne mangerai plus de sucre. » Ça ne marche pas, parce que le cerveau perçoit l’interdit comme une menace. Il va alors amplifier l’envie.

À la place, tu vas offrir à ton corps une alternative sensorielle. Quand l’envie de sucre pointe, tu as le choix entre plusieurs options :

  • Une tisane chaude (camomille, verveine, rooibos) – la chaleur et l’amertume douce calment souvent l’envie.
  • Un fruit frais (pomme, orange, poignée de myrtilles) – le sucre naturel du fruit est accompagné de fibres, ce qui ralentit l’absorption et évite le pic de glycémie.
  • Un carré de chocolat noir à 85% minimum – le cacao est riche en magnésium, et le goût amer suffit souvent à satisfaire l’envie sans déclencher une surconsommation.
  • Une boisson gazeuse sans sucre (eau pétillante avec une tranche de citron) – le côté pétillant et frais peut tromper les papilles.

Mais il y a une astuce que j’utilise souvent avec les sportifs que je prépare mentalement : l’ancrage sensoriel. Tu choisis une de ces alternatives, et tu la prends en pleine conscience. Tu observes la couleur, l’odeur, la texture, la température. Tu mâches ou tu bois lentement, en te concentrant sur chaque sensation. Pourquoi ? Parce que l’envie de sucre est souvent une recherche de stimulation sensorielle rapide. En ralentissant et en engageant tous tes sens, tu donnes à ton cerveau ce qu’il cherche, mais avec une option plus douce.

Un exemple : une patiente, Sophie, adorait les bonbons gélifiés. Chaque fin de journée, elle en mangeait une poignée. Elle a remplacé par une infusion de menthe poivrée très chaude. La sensation de chaleur et de fraîcheur a suffi à couper l’envie. Elle m’a dit : « C’est bizarre, j’ai l’impression que mon cerveau a été dupé. » En réalité, son cerveau a simplement trouvé une nouvelle association.

Aujourd’hui, tu prépares une liste de trois alternatives que tu aimes. Tu les as sous la main. Quand l’envie vient, tu choisis l’une d’elles, et tu la savoures en pleine conscience. Pas de culpabilité si tu préfères le sucre, mais tu essaies au moins une fois.

Jour 4 : associer une intention positive à chaque prise de sucre

Le quatrième jour, tu abordes la dimension émotionnelle. Parce que le sucre n’est pas qu’une affaire de goût. C’est un régulateur émotionnel puissant. Il active les récepteurs de dopamine, le neurotransmetteur du plaisir. Quand tu es stressé·e, triste, ou fatigué·e, le sucre est comme une bouée de sauvetage chimique.

Mais il y a un piège : la dopamine chute ensuite, et tu te sens encore plus vide. D’où le cycle infernal.

Aujourd’hui, tu vas faire un exercice simple, inspiré de l’IFS. Avant de manger quelque chose de sucré (ou l’alternative que tu as choisie), tu t’arrêtes et tu te poses une question : « Qu’est-ce que je veux vraiment ressentir en mangeant ça ? »

Les réponses possibles : « Je veux me sentir réconforté·e », « Je veux me sentir récompensé·e », « Je veux me sentir calme », « Je veux me sentir vivant·e ». Ensuite, tu visualises cette sensation. Tu fermes les yeux, et tu imagines que tu l’as déjà, sans le sucre. Peut-être que tu te sens réconforté·e par un câlin imaginaire, ou récompensé·e par une parole gentille que tu te dis à toi-même.

Puis, tu manges le sucre (ou l’alternative) en te disant : « Je prends ce sucre pour ressentir X. » Tu associes ainsi l’acte à une intention claire, pas à une réaction automatique. Cela change le sens de l’acte. Tu n’es plus victime de l’envie, tu deviens acteur·trice de ton choix.

Je me souviens d’un patient, Marc, qui mangeait un pain au chocolat tous les matins au café. Il s’est demandé ce qu’il cherchait vraiment. C’était une sensation de « douceur de vivre », de pause. Il a commencé à s’offrir cette pause autrement : il s’asseyait cinq minutes, buvait un thé, et lisait un poème sur son téléphone. Le pain au chocolat a perdu son pouvoir. Il en mange encore, mais plus par automatisme.

Aujourd’hui, tu fais ce petit rituel. Avant chaque prise sucrée, tu nommes l’émotion que tu cherches. Tu la visualises. Tu peux même te dire tout bas : « Je choisis ce moment pour ressentir… » C’est un geste qui peut sembler anodin, mais il reconnecte ton cerveau à ton intention profonde.

Jour 5 : reprogrammer l’inconscient avec une auto-hypnose de 5 minutes

Le cinquième jour, tu passes à l’étape suivante : tu vas utiliser l’hypnose pour ancrer ce nouveau rapport au sucre. Pas besoin d’être un·e expert·e. L’auto-hypnose, c’est simplement un état de relaxation profonde où tu donnes des suggestions à ton inconscient. Tu peux le faire assis·e, allongé·e, le soir avant de dormir ou le matin au réveil.

Voici un protocole simple que j’ai conçu pour mes patients :

  1. Installe-toi confortablement dans un endroit calme. Ferme les yeux. Prends trois respirations profondes.
  2. Imagine un escalier de dix marches qui descend. À chaque marche, tu te détends un peu plus. Compte de 10 à 1.
  3. Une fois en bas, visualise un endroit paisible (plage, forêt, nuage). Reste là quelques instants, sens les sons, les odeurs, la température.
  4. Répète mentalement ces trois phrases, lentement, comme une caresse :
    • « Mon corps sait maintenant choisir ce qui lui fait du bien. »
    • « Les envies de sucre sont des signaux que j’écoute avec bienveillance, sans leur obéir. »
    • « Je suis libre de mes choix alimentaires, sans lutte ni frustration. »
  5. Remonte l’escalier en comptant de 1 à 10. À 10, ouvre les yeux, tu es frais·che et dispos·e.

Pourquoi ça marche ? L’hypnose ericksonienne utilise la métaphore et la suggestion indirecte. En état de relaxation, ton inconscient est plus réceptif. Tu ne forces rien, tu plantes une graine. Les phrases que tu répètes sont au présent, comme si la transformation était déjà en cours. Ton cerveau commence à les intégrer comme une réalité.

Je le fais avec mes sportifs. Un coureur, Paul, avait une envie irrépressible de sucre après ses entraînements longs. Il a utilisé cette auto-hypnose pendant cinq jours. Au sixième, il m’a dit : « Je n’ai pas eu envie de sucre. J’ai juste bu de l’eau et mangé une banane. C’était naturel. » Ce n’était pas magique. C’était juste une reprogrammation douce.

Aujourd’hui, tu fais cette auto-hypnose une fois. Si tu veux, tu peux enregistrer ta voix sur ton téléphone pour te guider. L’important, c’est la régularité. Même deux minutes suffisent.

Jour 6 : intégrer le mouvement et la régulation émotionnelle

Le sixième jour, tu ajoutes une brique : le mouvement. Pas une séance de sport intense, mais une activité physique douce qui régule ton système nerveux. Pourquoi ? Parce que l’envie de sucre est souvent liée à un déséquilibre du système nerveux : trop de stress (sympathique) ou trop d’ennui (parasympathique). Le mouvement modéré rééquilibre.

Voici ce que tu fais aujourd’hui : quand une envie de sucre se présente, tu ne te précipites pas sur l’alternative. Tu fais une minute de mouvement. Ça peut être :

  • Une marche rapide autour de ta maison ou de ton bureau.
  • Des étirements doux (le chat-vache, la posture de l’enfant).
  • Cinq sauts sur place.
  • Une danse libre sur une chanson que tu aimes.

Le mouvement libère des endorphines, les hormones du bien-être, qui rivalisent avec la dopamine du sucre. En plus, il active la circulation et redonne de l’énergie. C’est particulièrement utile pour les sportifs que j’accompagne : un footballeur qui a une envie de sucre avant un match peut la remplacer par une série de sauts ou une visualisation dynamique.

Un patient, Antoine, avait une envie de sucre systématique après le déjeuner, pendant sa pause. Il s’est mis à faire trois minutes de marche autour du pâté de maisons. Il a dit : « L’envie a disparu après deux minutes de marche. Je n’avais plus faim. J’avais juste besoin de bouger. »

Aujourd’hui, tu essaies ce lien : envie de sucre = mouvement. Juste une minute. Si l’envie persiste après, tu peux prendre ton alternative. Mais souvent, elle se dissout.

Jour 7 : revisiter la semaine et célébrer les micro-victoires

Le septième jour, tu fais le point. Pas pour te juger, mais pour reconnaître ce qui a changé. Assieds-toi cinq minutes, prends ton carnet ou ton téléphone, et écris les réponses à ces questions :

  • Quel jour ai-je le plus observé mes envies ?
  • Quelle alternative sensorielle a le mieux fonctionné ?
  • Ai-je réussi à respirer trois fois avant de céder ? Combien de fois ?
  • Qu’est-ce que j’ai appris sur moi-même cette semaine ?

Tu vas probablement découvrir que tu as déjà modifié quelque chose. Peut-être que tu as réduit ta consommation de sucre de 30%, ou que tu as ressenti moins de culpabilité. C’est énorme. Le cerveau apprend par petites touches. Chaque micro-victoire est un pas vers une relation plus libre avec la nourriture.

Un patient, Lucas, a tenu un journal. À la fin de la semaine, il avait noté

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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