HypnoseHabitudes Et Comportements

Hypnose et IFS : dialoguer avec la partie qui vous pousse à répéter

Une approche innovante pour apaiser votre esprit.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Vous êtes en couple avec quelqu’un de bien, posé, présent. Et pourtant, vous sentez monter en vous cette petite voix intérieure qui vous dit : « Il va finir par partir, de toute façon. » Ou alors, vous avez enfin atteint un objectif professionnel important, et au lieu de savourer, vous êtes déjà en train de vous projeter sur l’échec suivant, comme si la réussite ne pouvait pas durer. Ou peut-être que vous répétez inlassablement le même schéma : vous vous rapprochez, puis vous sabotez tout, sans comprendre pourquoi.

Si vous vous reconnaissez dans ces situations, vous n’êtes pas seul, et ce n’est pas un défaut de caractère. C’est une partie de vous qui agit, souvent à votre insu, pour vous protéger. Le problème, c’est que cette protection ressemble à s’y méprendre à une répétition douloureuse. Dans mon cabinet à Saintes, je reçois des adultes qui sont fatigués de tourner en rond, et qui viennent chercher une autre manière de dialoguer avec ces parts d’eux-mêmes. L’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) sont deux approches qui permettent de faire ce travail en douceur, sans forcer, en comprenant enfin ce que cette partie répétitive essaie de dire.

Pourquoi répétons-nous ce qui nous fait souffrir ?

Vous avez peut-être déjà essayé de changer. Vous vous êtes dit : « Cette fois, je ne vais pas tout gâcher. Cette fois, je vais rester calme. Cette fois, je vais accepter les compliments. » Et puis, comme un mécanisme invisible, vous avez refait exactement la même chose. Vous vous êtes fâché, vous avez fui, vous avez douté. La frustration monte : « Mais pourquoi je fais ça ? Je sais que ça ne marche pas, alors pourquoi je continue ? »

La réponse est contre-intuitive. Ces répétitions ne sont pas des erreurs de programmation, ni des signes de faiblesse. Ce sont des stratégies de survie qui ont été mises en place par votre psychisme à un moment où vous en aviez besoin, souvent dans l’enfance ou lors d’un événement marquant. À l’époque, cette stratégie vous a permis de traverser une situation difficile. Par exemple, si vous avez grandi dans un environnement imprévisible, votre esprit a peut-être développé une hypervigilance : anticiper les problèmes pour ne pas être surpris. Aujourd’hui, cette hypervigilance se manifeste par une tendance à toujours imaginer le pire, même quand tout va bien.

Le cerveau est une machine à apprendre, mais il n’a pas de notion du temps. Pour lui, ce qui a fonctionné une fois reste une option valable indéfiniment, sauf si on lui montre autre chose. Le problème, c’est que ces stratégies sont devenues automatiques, inconscientes. Vous ne décidez pas de répéter, vous subissez la répétition. Et plus vous luttez contre, plus elle s’ancre. C’est là que l’hypnose et l’IFS entrent en jeu : elles ne cherchent pas à éliminer cette partie, mais à la comprendre, à la remercier, et à lui offrir une nouvelle mission.

« Ce que nous combattons persiste. Ce que nous accueillons se transforme. » – Une maxime qui résume l’esprit de l’IFS et de l’hypnose ericksonienne.

L’IFS : chaque comportement est une partie de vous qui essaie de vous aider

L’IFS, ou Internal Family Systems, est un modèle développé par Richard Schwartz dans les années 1980. L’idée centrale est que notre psyché n’est pas un tout homogène, mais une famille intérieure composée de différentes « parties ». Ces parties ont toutes une intention positive, même celles qui semblent destructrices. Par exemple, la partie qui vous pousse à vous isoler en pleine soirée a sans doute pour mission de vous protéger du rejet. La partie qui critique chacun de vos gestes cherche à vous maintenir dans une zone de sécurité, pour éviter l’échec public.

Dans ce modèle, il y a aussi ce qu’on appelle le Self : une essence centrale, calme, curieuse, compatissante, confiante. Le Self n’est pas une partie, c’est votre nature profonde. Quand vous êtes dans le Self, vous pouvez écouter vos parties sans être submergé par elles. Mais souvent, nous sommes identifiés à une partie (par exemple, la partie critique) et nous croyons que c’est « nous ». L’IFS permet de décoller cette identification et de rétablir le leadership du Self.

Concrètement, quand vous venez me voir pour une répétition – que ce soit une addiction, une phobie, une tendance à la procrastination ou un schéma relationnel douloureux – nous commençons par identifier la partie concernée. Je vous invite à la décrire comme une entité : À quoi ressemble-t-elle ? Quelle émotion porte-t-elle ? Quel âge a-t-elle ? Où la sentez-vous dans votre corps ? Très vite, les gens réalisent que cette partie n’est pas « eux », mais quelque chose qu’ils portent. Cela crée un premier espace de respiration.

Prenons un exemple anonymisé. Marc, un coureur que j’accompagne en préparation mentale, avait une partie qui le poussait à s’entraîner jusqu’à l’épuisement, au point de se blesser. Quand nous avons dialogué avec cette partie, elle nous a dit : « Si je ne le pousse pas à fond, il va perdre, et s’il perd, il ne vaut rien. » Cette partie était née à l’adolescence, après une humiliation sportive. Sa mission était de protéger Marc de la honte. Une fois que Marc a compris cela, il a pu remercier cette partie de son dévouement, puis négocier avec elle : « Je vais m’entraîner sérieusement, mais je vais aussi t’écouter quand tu es fatigué. » La répétition a cessé.

L’hypnose ericksonienne : une communication directe avec l’inconscient

L’hypnose ericksonienne, du nom de Milton Erickson, est une approche qui utilise le langage indirect, les métaphores et les suggestions pour entrer en contact avec les ressources inconscientes de la personne. Contrairement à l’hypnose de spectacle, il n’y a pas de perte de contrôle. Vous restez pleinement conscient, mais dans un état de relaxation profonde où votre esprit critique s’apaise, ce qui permet à votre inconscient d’être plus réceptif.

Quand on combine hypnose et IFS, la magie opère. L’hypnose permet de créer un espace sécurisé où les parties peuvent se manifester sans peur. Vous n’avez pas besoin de « faire » quelque chose de spécial. Je vous guide simplement à entrer dans un état de calme, puis je vous invite à rencontrer la partie qui répète le schéma. Parce que l’hypnose contourne le mental analytique, les réponses viennent souvent de manière surprenante : des images, des sensations, des souvenirs qui émergent spontanément.

Par exemple, une de mes patientes, Sophie, se retrouvait toujours dans des relations avec des partenaires distants. Elle disait : « Je choisis des hommes qui ne sont pas disponibles, et après je souffre. » En hypnose, elle a rencontré une petite fille de 6 ans, assise seule dans une cour d’école, qui attendait que sa mère vienne la chercher – mais sa mère était souvent en retard. Cette petite fille avait décidé qu’elle devait être « parfaite » et « patiente » pour mériter l’attention. Des années plus tard, cette partie continuait à attirer des situations où Sophie devait prouver sa valeur en attendant que l’autre s’engage. L’hypnose a permis à Sophie de prendre cette petite fille dans ses bras, de lui dire qu’elle n’avait plus à attendre. Les semaines suivantes, ses choix relationnels ont changé, sans effort conscient.

L’hypnose ericksonienne est particulièrement efficace parce qu’elle respecte le rythme de chacun. Certaines personnes ont besoin de plusieurs séances pour établir la confiance avec une partie. D’autres vivent un basculement en une seule rencontre. Il n’y a pas de norme. Ce qui compte, c’est la qualité de la relation que vous établissez avec vous-même.

« L’inconscient n’est pas un ennemi à vaincre, mais un allié à apprivoiser. » – Milton Erickson.

Comment dialoguer avec la partie répétitive sans la combattre

Le plus grand piège, quand on veut changer une répétition, c’est de la prendre de front. Vous avez probablement déjà essayé de vous raisonner : « Arrête, c’est idiot, tu sais bien que ça va mal finir. » Ou de vous forcer : « Je vais faire l’inverse, coûte que coûte. » Le résultat ? La partie se sent attaquée, elle se renforce, et la répétition s’intensifie. C’est le même mécanisme que quand on vous dit : « Ne pense pas à un ours blanc. » À quoi pensez-vous ? À l’ours blanc.

L’IFS propose une approche radicalement différente : au lieu de combattre la partie, on l’accueille. Concrètement, voici comment cela se passe en séance, et comment vous pouvez commencer à le faire chez vous :

  1. Identifiez la partie. Quand vous sentez la répétition arriver (par exemple, l’envie de vous isoler, la critique intérieure, la tentation de tout saboter), arrêtez-vous une seconde. Dites-vous : « Ah, voilà cette partie qui se manifeste. » Pas de jugement. Juste une observation.

  2. Situez-la dans le corps. Fermez les yeux. Où sentez-vous cette partie ? Une tension dans la poitrine ? Un nœud dans le ventre ? Une lourdeur dans les épaules ? Restez avec cette sensation, sans vouloir la changer.

  3. Demandez-lui : « Que veux-tu pour moi ? » Cette question est clé. La réponse peut surprendre. Peut-être qu’elle veut vous éviter une déception, vous garder en sécurité, ou vous pousser à être parfait. Écoutez la réponse sans la juger. Si vous n’obtenez pas de réponse verbale, une image ou une émotion peut émerger.

  4. Remerciez-la. Dites-lui : « Merci d’avoir veillé sur moi toutes ces années. Je comprends que tu as fait de ton mieux. » Ce simple geste désamorce souvent la tension. La partie se sent vue, et elle peut commencer à se détendre.

  5. Négociez. Demandez-lui : « Accepterais-tu de faire une pause ? Ou de me laisser essayer une autre approche, juste pour voir ? » Parfois, la partie demande une contrepartie : « Je veux bien, mais promets-moi que tu ne prendras pas de risques inconsidérés. » Vous pouvez alors lui donner cette promesse.

Ce dialogue peut sembler étrange au début. Vous pouvez avoir l’impression de parler tout seul. Mais je vous assure, quand vous le faites avec sincérité, les résultats sont réels. J’ai vu des personnes fondre en larmes en rencontrant une partie d’elles-mêmes qu’elles avaient rejetée pendant des années. La guérison commence par cette réconciliation intérieure.

Le rôle du préparateur mental : appliquer l’IFS à la performance

Je ne suis pas seulement praticien en hypnose et IFS. Je suis aussi préparateur mental pour des coureurs et des footballeurs. Et dans ce contexte, la répétition dont on parle n’est pas toujours un schéma émotionnel, c’est souvent une habitude de performance : le joueur qui rate ses penalties aux moments clés, le coureur qui se blesse toujours au même moment de la saison, l’athlète qui s’effondre mentalement en compétition.

L’IFS est incroyablement puissant dans ce cadre, parce qu’il permet de libérer l’athlète de la pression intérieure. Un footballeur que j’ai suivi avait une partie qui le paralysait juste avant de tirer un penalty. Il la décrivait comme un mur blanc, froid, infranchissable. En dialoguant avec elle, il a découvert que cette partie était née après un penalty manqué à 16 ans, qui avait provoqué une humiliation publique. Depuis, elle essayait de le protéger en l’empêchant de tirer, pour éviter une nouvelle honte. Une fois qu’il a compris cela, il a pu la remercier, puis lui demander de se mettre en retrait pendant le tir. Le penalty suivant ? But. Ce n’est pas de la magie, c’est la libération d’une énergie bloquée.

Pour les coureurs, la répétition prend souvent la forme d’une auto-sabotage : ils s’entraînent trop, ou pas assez, ou ils abandonnent au 30e kilomètre. La partie qui pousse à l’excès est souvent la même que celle qui pousse à l’évitement : elles travaillent en tandem pour maintenir un équilibre précaire. En identifiant ces parties, le coureur peut enfin courir avec fluidité, sans être tiré par des forces contradictoires.

Ce que ces approches ne font pas (et pourquoi c’est important)

Je veux être honnête avec vous. L’hypnose et l’IFS ne sont pas des baguettes magiques. Elles ne feront pas disparaître vos difficultés du jour au lendemain. Elles ne vous rendront pas invulnérable. Et surtout, elles ne vous éviteront pas de ressentir des émotions inconfortables. Ce qu’elles font, c’est vous donner les clés pour ne plus être le jouet de ces émotions, pour les traverser avec plus de conscience et de liberté.

Certains viennent en espérant que je vais « enlever » leur partie anxieuse ou leur tendance à la répétition. Mais ce n’est pas le but. Une partie n’est pas un ennemi à extirper. C’est un membre de votre famille intérieure qui a besoin d’être écouté, rassuré, et parfois recyclé. Quand vous la forcez à partir, elle revient toujours, souvent plus forte. Quand vous l’accueillez, elle peut se transformer.

De plus, ces approches demandent un peu de pratique. La première fois que vous dialoguerez avec une partie, vous aurez peut-être l’impression que rien ne se passe. C’est normal. La relation avec soi-même est comme une relation avec une autre personne : elle a besoin de temps, de patience, de régularité. C’est pour cela que je propose souvent un suivi sur quelques séances, espacées de deux à trois semaines, pour laisser le temps à l’inconscient d’intégrer les changements.

« Le changement véritable n’est pas un événement, c’est un processus de réconciliation. »

Et maintenant, par où commencer ?

Vous l’avez compris, dialoguer avec la partie qui répète n’est pas une technique de plus à ajouter à votre liste de choses à faire. C’est un changement de posture intérieure. Au lieu de vous battre contre vous-même, vous apprenez à devenir un leader compatissant pour votre propre psyché.

Voici ce que vous pouvez faire dès maintenant, si vous vous sentez prêt :

  1. Prenez un carnet. Notez la répétition qui vous préoccupe le plus en ce moment (relationnel, professionnel, habitude alimentaire, sportive, etc.). Décrivez-la en une phrase.
  2. Asseyez-vous tranquillement 5 minutes. Fermez les yeux. Respirez. Puis posez la question intérieure : « Quelle partie de moi est à l’œuvre ici ? » Ne cherchez pas la réponse, laissez-la venir. Elle peut prendre la forme d’une image, d’une sensation, d’un mot.
  3. Si une réponse émerge, remerciez-la. Dites-lui : « Je te vois. Je comprends que tu veux m’aider. » Pas besoin d’aller plus loin. Ce simple geste crée un espace.
  4. Si rien ne vient, ce n’est pas grave. Vous venez de poser une intention. Votre inconscient va commencer à travailler en coulisses.

Et si vous sentez que ce travail mérite un cadre plus sécurisé, avec un accompagnement personnalisé, je vous invite à me contacter. Nous pouvons explorer ensemble cette partie de vous qui répète, dans un espace de confidentialité et de bienveillance. Pas de pression, pas d’obligation. Juste la possibilité de vous offrir une trêve intérieure.

Je reçois à Saintes, en cabinet, et je propose aussi des séances en visio pour ceux qui sont plus loin ou qui préfèrent la distance. Vous pouvez simplement m’envoyer un message, sans engagement. Parfois, le premier pas le plus important, c’est de tendre la main vers celui ou celle qui peut vous aider à dénouer le fil. Je suis là pour ça.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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