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Manger ses émotions : 2 techniques d'hypnose à essayer seul

Des exercices concrets pour apaiser la tristesse ou l'anxiété sans manger.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Tu ouvres le réfrigérateur sans vraiment faim. Tu te sers une part de gâteau, puis une autre. Tu sais que ce n’est pas de la nourriture dont tu as besoin, mais quelque chose d’autre. Une sensation de vide, un nœud dans le ventre, une fatigue qui serre la poitrine. Et pourtant, la main continue de piocher.

Je vois ça chaque semaine dans mon cabinet à Saintes. Pas seulement chez les personnes qui viennent pour un problème de poids. Chez des cadres stressés, des mères débordées, des sportifs qui se privent toute la semaine et craquent le week-end. Manger ses émotions, ce n’est pas un manque de volonté. C’est une stratégie de survie que ton cerveau a apprise, et qu’il répète parce qu’elle fonctionne… sur le moment.

Je m’appelle Thierry Sudan, je suis praticien en hypnose ericksonienne, IFS et Intelligence Relationnelle. Depuis 2014, j’accompagne des adultes à sortir de ces boucles. Dans cet article, je vais te donner deux techniques d’hypnose que tu peux essayer seul, sans matériel, sans préparation. Elles ne remplacent pas un accompagnement si le trouble est installé depuis des années, mais elles peuvent déjà changer ta relation à l’émotion qui te pousse à manger.

Avant de commencer, un point important : ces exercices ne sont pas faits pour « arrêter de manger ». Ils sont faits pour accueillir ce qui se passe en toi, et donner à ton cerveau une autre option. Parce que le problème, ce n’est pas la nourriture. C’est l’émotion qui n’a pas trouvé d’autre chemin.

Pourquoi tu manges alors que tu n’as pas faim ?

Commençons par le mécanisme. Quand tu ressens une émotion forte – tristesse, anxiété, colère, solitude – ton corps active une réponse de stress. Le cortisol monte, le système nerveux se met en alerte. Dans cet état, ton cerveau cherche une solution rapide pour redescendre en tension. Et la nourriture, surtout sucrée ou grasse, est une solution redoutablement efficace.

Pourquoi ? Parce que le sucre active les mêmes zones du cerveau que certaines drogues : le circuit de la récompense. En quelques secondes, tu obtiens une bouffée de dopamine. La tension baisse. Le problème, c’est que cette baisse est temporaire. Vingt minutes plus tard, l’émotion revient, parfois plus forte, accompagnée de culpabilité.

Tu n’es pas faible. Tu es humain. Ton cerveau a simplement appris une association : émotion désagréable → manger → soulagement temporaire. Plus tu répètes ce circuit, plus il devient automatique. C’est ce qu’on appelle un conditionnement.

L’hypnose, dans ce cadre, ne va pas effacer l’émotion. Elle va t’aider à créer un espace entre l’émotion et la réaction. Un espace où tu peux choisir autre chose. Un espace où tu peux accueillir la tristesse ou l’anxiété sans qu’elle te pousse automatiquement vers le frigo.

Je précise toujours à mes clients : l’objectif n’est pas de ne plus jamais manger par émotion. Personne n’est parfait, et un carré de chocolat en pleine crise d’angoisse, ce n’est pas un drame. Le problème, c’est quand c’est la seule stratégie, quand tu te sens impuissant, quand la culpabilité aggrave le cycle.

Les deux techniques que je vais te donner agissent à deux niveaux différents. La première travaille sur le corps et la sensation de manque. La deuxième travaille sur l’émotion elle-même, en lui donnant une forme et un espace.

« L’émotion n’est pas l’ennemi. C’est la réaction automatique qui pose problème. L’hypnose ne supprime pas l’émotion, elle te redonne le choix. »

Technique n°1 : La respiration du creux

Cette première technique est inspirée de l’hypnose ericksonienne. Elle est très simple, mais ne te fie pas à sa simplicité. Elle est puissante parce qu’elle agit directement sur le système nerveux autonome, celui qui gère la réponse au stress.

Quand tu manges sous le coup d’une émotion, il y a souvent une sensation de « creux » dans le ventre ou la poitrine. Un vide, une tension, un poids. Ce creux, c’est la traduction physique de l’émotion. Ton cerveau l’interprète comme un manque, et il cherche à le combler. Avec de la nourriture.

La respiration du creux fait exactement l’inverse : elle va remplir ce vide avec autre chose que de la nourriture. Avec de l’attention, de la présence, de l’air.

Voici comment la pratiquer :

  1. Installe-toi confortablement, assis ou debout, là où tu es. Pas besoin de t’allonger. Ferme les yeux si c’est possible, sinon garde-les ouverts, le regard doux, posé sur un point fixe.
  2. Porte ton attention sur la zone du creux. C’est souvent le ventre, parfois le plexus solaire (entre les côtes), parfois la gorge. Ne cherche pas à le faire disparaître. Observe-le comme tu observerais un nuage. Quelle est sa forme ? Sa température ? Sa texture ?
  3. Inspire doucement par le nez, en imaginant que l’air entre directement dans ce creux. Pas dans les poumons, dans le creux. Visualise l’air qui vient remplir cet espace, comme de l’eau qui remplit un récipient.
  4. Expire lentement par la bouche, en laissant le creux se vider. Ne force pas. Laisse l’air sortir tout seul.
  5. Répète 5 à 10 cycles. À chaque inspiration, le creux se remplit d’air et d’attention. À chaque expiration, il se relâche un peu plus.

Ce qui se passe, c’est que tu transformes la sensation de manque en sensation de présence. Le cerveau reçoit un signal : « Il y a quelque chose ici, je ne suis pas en danger de vide absolu. » La tension baisse. L’urgence de manger diminue.

Je conseille à mes clients de faire cet exercice dès qu’ils sentent l’envie de manger sans faim. Pas après avoir craqué, pas en pleine crise, mais au moment où la main commence à se tendre. C’est un arrêt sur image. Tu interromps le programme automatique.

Un client, que j’appellerai Marc, coureur amateur, utilisait la nourriture pour gérer l’anxiété avant les compétitions. Il se jetait sur des barres de céréales et du chocolat, puis culpabilisait. Après quelques séances, il a commencé à utiliser cette respiration avant chaque course. Il m’a dit : « Je ne suis plus en train de manger mon stress. Je le respire. »

Essaie maintenant. Pas pour tester, pour ressentir. Prends trente secondes. Inspire dans le creux. Expire. Tu verras, quelque chose bouge.

Technique n°2 : Donner une forme à l’émotion qui pousse à manger

La deuxième technique est plus visuelle. Elle vient de l’IFS (Internal Family Systems), que j’utilise beaucoup dans mon accompagnement. L’idée de base, c’est que les émotions ne sont pas « toi ». Ce sont des parties de toi, des messagers. Quand une émotion te pousse à manger, c’est une partie de toi qui essaie de t’aider. Elle croit sincèrement que manger va te protéger de la douleur.

Le problème, c’est qu’elle utilise une solution qui te dessert à long terme. Mais si tu la combats, elle résiste. Si tu l’ignores, elle s’amplifie. La seule façon de l’apaiser, c’est de l’accueillir et de la comprendre.

Voici l’exercice. Il se fait les yeux fermés, dans un moment calme. Pas en pleine crise, mais après, ou avant, quand tu as un peu de recul.

  1. Rappelle-toi la dernière fois où tu as mangé sans faim. Pas besoin de revivre la scène en détail. Juste la sensation globale. L’émotion qui était là. Tristesse ? Anxiété ? Colère ? Ennui ? Fatigue ?
  2. Ferme les yeux et laisse cette émotion prendre une forme. Ne réfléchis pas. Laisse venir. C’est une couleur ? Une forme géométrique ? Une texture ? Une température ? Peut-être que ça ressemble à une boule, une vague, un nuage. Peut-être que ça n’a pas de forme stable. Accepte ce qui vient.
  3. Donne-lui un espace. Imagine que cette forme est devant toi, à une distance confortable. Pas trop proche, pas trop loin. Observe-la. Tu n’as rien à faire avec elle. Juste la regarder.
  4. Adresse-toi à elle mentalement. Tu peux dire : « Je te vois. Je sais que tu es là. Merci d’essayer de m’aider. » C’est tout. Pas de jugement, pas de vouloir la chasser. Juste une reconnaissance.
  5. Propose-lui un autre contenant. Demande-lui : « Si tu n’avais pas besoin de la nourriture, de quoi aurais-tu besoin ? » Laisse la réponse venir. Souvent, c’est : « D’être reconnue », « D’être écoutée », « De pouvoir pleurer », « De sortir marcher », « De parler à quelqu’un ». Parfois, c’est juste : « D’être tenue. »
  6. Imagine que tu donnes à cette forme ce dont elle a besoin. Pas de nourriture. Une main qui la tient, un espace pour pleurer, une lumière qui l’enveloppe. Quelque chose de symbolique. Tu n’as pas besoin d’y croire à 100 %. Fais comme si.

Ce que cet exercice fait, c’est sortir l’émotion du corps et la mettre dans un espace symbolique. Une fois qu’elle est devant toi, elle n’est plus « en toi » de la même façon. Elle devient quelque chose que tu peux observer, et non plus quelque chose qui te possède.

Je travaille avec des footballeurs, des coureurs, mais aussi des personnes qui n’ont jamais fait de sport de leur vie. Cette technique marche pour tout le monde. L’émotion, une fois reconnue et accueillie, perd de sa puissance. Elle n’a plus besoin de crier à travers la nourriture.

Une cliente, sophrologue de formation, m’a dit un jour : « J’ai toujours su que je mangeais mes émotions. Mais je n’avais jamais eu l’idée de leur parler. Maintenant, quand la tristesse arrive, je lui dis bonjour, et je lui demande ce qu’elle veut. Souvent, elle veut juste que je m’assoie cinq minutes. »

« L’émotion n’est pas un problème à résoudre. C’est un messager à écouter. Quand tu l’écoutes, elle n’a plus besoin de crier. »

Pourquoi ces techniques ne suffisent pas toujours (et c’est normal)

Je veux être honnête avec toi. Ces deux techniques sont efficaces, mais elles ne sont pas magiques. Si tu manges tes émotions depuis des années, si le trouble est lié à un événement traumatique, si tu as un rapport très conflictuel avec ton corps, un exercice seul ne suffira pas. Et ce n’est pas de ta faute.

L’hypnose que je pratique, que ce soit l’hypnose ericksonienne ou l’IFS, est un outil. Un outil formidable, mais qui a besoin d’être utilisé dans un cadre. Le cadre, c’est la relation thérapeutique. C’est quelqu’un qui te tient la main, qui te guide, qui voit les pièges que tu ne vois pas.

J’ai vu des personnes arrêter de grignoter en une séance. J’en ai vu d’autres avoir besoin de plusieurs mois. Chaque chemin est unique. Ce qui compte, ce n’est pas la vitesse. C’est la direction.

Si tu fais ces exercices et que tu sens un soulagement temporaire, mais que le problème revient, ce n’est pas un échec. C’est une information. Ça te dit que l’émotion a besoin d’être accueillie plus profondément, peut-être avec un accompagnement. Ça te dit aussi que tu es sur la bonne voie : tu as commencé à écouter.

Un autre point important : ces techniques ne remplacent pas une alimentation équilibrée ou un suivi médical si tu as des carences ou des troubles du comportement alimentaire installés. Elles sont un complément, un premier pas.

Comment intégrer ces exercices dans ton quotidien (sans pression)

Le plus grand obstacle à la pratique, ce n’est pas le manque de temps. C’est la pression que tu te mets. « Je dois le faire parfaitement. » « Ça doit marcher du premier coup. » « Si je n’y arrive pas, c’est que je suis nul(le). »

Laisse tomber tout ça. L’hypnose, c’est l’art de laisser faire. Plus tu forces, moins ça marche.

Voici comment je conseille à mes clients d’intégrer ces exercices :

  • Choisis un moment où tu n’es pas en crise. Le matin au réveil, ou le soir avant de dormir. Fais la respiration du creux pendant une minute. Donne une forme à une émotion de la journée. Pas pour la résoudre, juste pour t’entraîner à être présent.
  • Quand l’envie de manger sans faim arrive, fais une pause de 30 secondes. Pas une heure, pas un combat. Trente secondes. Inspire dans le creux. Observe l’émotion. Si après trente secondes, tu veux toujours manger, mange. Sans culpabilité. Tu auras déjà gagné une petite victoire : tu n’auras pas agi en automatique.
  • Note ce qui se passe. Pas un journal intime, juste quelques mots. « 18h, envie de sucre, sensation de vide. Respiration du creux, l’envie a baissé de 30%. » Ou : « Pas réussi, j’ai mangé trois biscuits. » C’est une donnée, pas un jugement.

Avec le temps, tu vas remarquer des schémas. Tu vas savoir qu’à 16h, c’est l’ennui au travail. Que le soir, c’est la solitude. Que le week-end, c’est l’anxiété de ne rien faire. Et à force d’accueillir ces émotions avec la respiration ou la visualisation, leur intensité va diminuer.

Tu n’arrêteras pas de manger tes émotions du jour au lendemain. Mais tu commenceras à les reconnaître. Et la reconnaissance, c’est le début de la liberté.

Ce que l’hypnose change vraiment dans le rapport à la nourriture

Beaucoup de personnes viennent me voir en pensant que l’hypnose va leur enlever l’envie de manger. Comme un interrupteur qu’on éteint. Ce n’est pas comme ça que ça marche.

L’hypnose ne supprime pas les émotions. Elle ne rend pas la nourriture moins bonne. Elle ne te transforme pas en robot qui ne ressent plus rien.

Ce qu’elle change, c’est la relation. La nourriture n’est plus une ennemie, ni une consolation. Elle redevient ce qu’elle est : du carburant, du plaisir, du partage. Mais pas un cachet contre la douleur.

Quand tu travailles avec l’hypnose ericksonienne, tu apprends à entrer dans un état de conscience modifié où les suggestions peuvent contourner les résistances du mental. C’est utile pour installer de nouvelles réponses automatiques. Par exemple, au lieu de « émotion → frigo », tu crées un nouveau chemin : « émotion → respiration → observation → choix ».

Quand tu travailles avec l’IFS, tu apprends à dialoguer avec les parties de toi qui utilisent la nourriture comme bouée de sauvetage. Tu découvres qu’elles ne sont pas méchantes. Elles sont juste fatiguées, débordées, et elles ne connaissent pas d’autre moyen de t’apaiser.

La combinaison des deux est redoutable. L’hypnose installe de nouveaux réflexes. L’IFS guérit la cause profonde. Ensemble, ils te permettent de sortir du cycle, pas seulement de le gérer.

Une cliente, qui avait des crises de boulimie depuis l’adolescence, m’a dit après quelques séances : « Je n’ai plus besoin de manger ma colère. Maintenant, je peux juste être en colère. Et ça passe tout seul. » C’est ça, le vrai changement. Ne plus avoir peur de ses émotions.

Et maintenant ?

Tu as deux techniques concrètes. Tu sais pourquoi tu manges tes émotions. Tu sais que ce n’est pas une faiblesse, mais un apprentissage que tu peux défaire. Tu sais que l’hypnose peut t’aider, mais

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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