HypnoseHabitudes Et Comportements

Pourquoi je répète toujours les mêmes gestes sans le vouloir ?

Comprendre l'origine inconsciente des compulsions.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Tu les reconnais, ces gestes qui reviennent sans que tu aies eu le temps de réfléchir. Peut-être que tu vérifies trois fois que la porte est fermée avant de partir, ou que tu frottes tes mains d’une manière particulière quand tu es tendu. Peut-être que tu ranges tes stylos dans un ordre précis, que tu touches ton épaule gauche après chaque phrase, ou que tu cliques sur le même site internet vingt fois par jour sans vraiment le vouloir.

Sur le moment, tu te dis : « Pourquoi je fais ça ? » Puis tu passes à autre chose. Mais au fond, ça t’intrigue. Parfois même, ça t’inquiète. Est-ce que c’est sérieux ? Est-ce que je perds le contrôle ? Est-ce que ça cache quelque chose de plus grave ?

Rassure-toi : tu n’es pas seul à te poser ces questions. Dans mon cabinet à Saintes, je reçois chaque semaine des adultes qui viennent me dire, souvent avec une certaine gêne : « Je ne comprends pas pourquoi je recommence sans cesse les mêmes gestes. J’ai l’impression d’être un robot. » Alors aujourd’hui, on va regarder ça ensemble. Pas avec des étiquettes ou des diagnostics compliqués, mais avec un regard simple et humain sur ce qui se joue, dans l’ombre de ton inconscient.

Ce que ton geste répété te dit vraiment

Quand tu répètes un même geste sans le vouloir, ton inconscient essaie de te parler. Pas en mots, mais en actes. C’est comme un message codé que ton corps envoie, parce que les mots ne suffisent pas ou ne sont pas encore accessibles.

Prenons un exemple concret. Je reçois Émilie, une quadragénaire qui travaille dans la comptabilité. Elle me raconte qu’elle se lave les mains de façon répétée, bien au-delà de ce qui est nécessaire. Au début, elle pensait à une simple habitude d’hygiène. Puis ça a commencé à la gêner : ses mains étaient sèches, irritées, et elle perdait du temps. En creusant ensemble, on s’est rendu compte que ce geste apparaissait systématiquement après avoir terminé une tâche précise : clôturer un dossier comptable. Pourquoi ? Parce que dans son histoire, finir un dossier était associé à une peur ancienne de s’être trompée, d’avoir causé un problème à son équipe. Se laver les mains, c’était sa manière inconsciente de « nettoyer » l’erreur potentielle, d’effacer une menace invisible.

Ton geste répété, quelle que soit sa forme, est souvent une tentative de ton esprit de gérer quelque chose qui te dépasse : une émotion, une peur, un souvenir, un conflit intérieur. Il ne faut pas le combattre comme un ennemi. Il faut l’écouter comme un indicateur. C’est un peu comme le voyant d’huile sur le tableau de bord de ta voiture. Tu peux le cacher avec du ruban adhésif, mais ça n’empêchera pas le moteur de chauffer. Le geste, c’est le voyant. Ce qu’il signale, c’est ce qui compte vraiment.

« Un geste répété n’est jamais un hasard. C’est la mémoire du corps qui cherche à se faire entendre, souvent parce que les mots ont été confisqués par la peur ou la pudeur. »

Alors la prochaine fois que tu surprends ta main à faire ce mouvement, arrête-toi une seconde. Ne juge pas. Demande-toi simplement : « Qu’est-ce qui se passait juste avant ? Qu’est-ce que je ressentais ? » Parfois, la réponse est évidente. Parfois, elle est enfouie plus profondément. Mais le simple fait de poser la question, c’est déjà un premier pas hors du pilote automatique.

Pourquoi ton cerveau aime les boucles répétitives

Tu pourrais te demander : si ce geste me gêne, pourquoi mon cerveau le reproduit encore et encore ? C’est une excellente question, et la réponse est à la fois simple et surprenante.

Ton cerveau est un organe paresseux. Pas dans le sens négatif du terme : il cherche à économiser de l’énergie. Chaque fois que tu répètes un geste, tu renforces un chemin neuronal. Plus tu l’empruntes, plus il devient large et rapide. C’est comme un sentier dans une forêt : si tu passes tous les jours au même endroit, l’herbe disparaît, la terre se tasse, et bientôt tu as une route. Ton cerveau fait exactement la même chose avec tes habitudes, qu’elles soient utiles ou non.

Mais il y a une couche plus profonde. Les gestes répétitifs sont souvent liés à ce qu’on appelle en hypnose et en IFS (Internal Family Systems) des « parties protectrices ». Imagine qu’à l’intérieur de toi, il y a différentes voix ou différentes parties. L’une d’elles, souvent très jeune, a vécu un moment difficile. Pour la protéger, une autre partie a développé une stratégie, un geste, une routine qui à l’époque a fonctionné. Peut-être que quand tu étais enfant, te balancer d’avant en arrière te calmait quand tu étais angoissé. Aujourd’hui, adulte, cette partie continue de te faire balancer chaque fois que l’angoisse pointe le bout de son nez.

Le problème, c’est que cette boucle de protection devient une prison. Tu n’es plus libre de choisir. Le geste s’impose à toi. Et plus tu résistes, plus il s’intensifie. C’est le fameux effet « ne pense pas à un ours blanc ». Plus tu te dis « Je ne dois pas faire ce geste », plus tu y penses, et plus le geste devient probable.

L’hypnose ericksonienne et l’IFS permettent de sortir de cette boucle, non pas en forçant l’arrêt du geste, mais en allant à la rencontre de la partie qui le produit. On ne cherche pas à éteindre le voyant, on va voir ce qui se passe dans le moteur. Et souvent, on découvre que la partie qui répète le geste est fatiguée. Elle fait ce boulot de protection depuis des années, sans jamais avoir eu de reconnaissance. Quand on la remercie, quand on lui montre qu’on est adulte maintenant et qu’on peut gérer la situation autrement, elle accepte souvent de lâcher prise.

Le piège de la volonté : pourquoi ça ne marche pas de « juste arrêter »

Je vois souvent des personnes arriver dans mon cabinet en disant : « J’ai tout essayé. J’ai de la volonté, je me suis forcé à arrêter, mais ça revient toujours. » Et je leur réponds toujours la même chose : « Tu as utilisé ta volonté contre toi-même, et ça ne pouvait pas marcher. »

Imagine que tu as un enfant de trois ans qui fait une crise parce qu’il veut un jouet. Tu peux lui crier dessus, le punir, le forcer à se taire. Ça marche sur le moment, mais l’enfant est toujours en colère à l’intérieur. Il va trouver une autre façon d’exprimer son mécontentement. C’est exactement ce qui se passe avec tes gestes répétés. Ta volonté, c’est la partie de toi qui veut arrêter. Mais le geste est produit par une autre partie, souvent plus ancienne et plus émotionnelle.

Quand tu utilises ta volonté pour réprimer le geste, tu crées un conflit interne. Plus tu réprimes, plus la partie qui produit le geste se sent incomprise, menacée, et plus elle s’active. C’est pour ça que les compulsions s’aggravent souvent après une période de restriction volontaire. Tu tiens une semaine, puis tu craques, et c’est pire qu’avant.

Je me souviens de Marc, un coureur que j’accompagne en préparation mentale. Il avait une manie : avant chaque départ de course, il devait tapoter trois fois sa cuisse gauche. Il avait essayé de s’en empêcher, en se disant que c’était ridicule. Résultat : il était tellement tendu à l’idée de ne pas le faire qu’il performait moins bien. Quand on a travaillé ensemble, on n’a pas cherché à supprimer le geste. On a plutôt exploré ce que ce tapotement représentait pour lui. C’était un signal que son cerveau avait associé à la sécurité, à la préparation. Une fois qu’il a compris ça, on a pu le transformer volontairement en un autre geste, plus discret, qu’il choisissait lui-même. La compulsion est devenue un rituel choisi.

« La volonté seule est comme un pompiers qui arrose le feu avec de l’essence. Elle croit agir, mais elle alimente ce qu’elle combat. »

Alors si tu es en train de te battre contre toi-même, arrête. Pose les armes. Tu n’as pas besoin de plus de volonté. Tu as besoin de comprendre ce que ton geste essaie de te dire. Et ça, ce n’est pas une question de force, c’est une question de curiosité et de douceur envers toi-même.

Comment l’hypnose ericksonienne dénoue ces schémas sans lutte

L’hypnose ericksonienne, c’est un peu comme un langage secret que tu parles directement à ton inconscient. Pas en lui donnant des ordres du style « Arrête ça tout de suite », mais en lui proposant des alternatives, en douceur, sans le brusquer.

Le principe est simple : ton inconscient est très doué pour apprendre, mais il n’aime pas qu’on le force. Milton Erickson, le père de cette approche, disait que « l’inconscient entend tout, mais n’obéit à rien sous la contrainte ». En séance, je ne vais pas te dire « Tu vas arrêter de faire ce geste ». Je vais plutôt créer un espace où ton inconscient peut se détendre, explorer, et trouver par lui-même une autre solution.

Prenons l’exemple de Sophie, une enseignante qui avait un tic de l’épaule gauche. À chaque fois qu’elle était stressée en classe, son épaule se levait toute seule, comme pour la protéger d’un coup invisible. En hypnose, on a voyagé dans son histoire. On a retrouvé le moment où ce geste était apparu : elle avait 8 ans, et dans la cour de récréation, une camarade la bousculait régulièrement. Son épaule se levait pour parer les coups. Aujourd’hui, à 35 ans, plus personne ne la bouscule, mais son épaule continue de se lever automatiquement quand elle sent une tension.

En hypnose, on a pu « dire » à cette partie d’elle-même : « Merci d’avoir protégé Sophie quand elle était petite. Maintenant, elle est grande. Elle peut gérer le stress autrement. Tu peux te reposer. » Et progressivement, le geste s’est estompé. Pas parce qu’on l’a combattu, mais parce que sa raison d’être a été reconnue et apaisée.

L’hypnose ericksonienne utilise aussi des métaphores, des histoires, des images. Par exemple, je peux raconter l’histoire d’un vieux chemin de campagne qui est devenu une autoroute, et comment on peut construire une nouvelle route, plus belle, à côté. Ton inconscient comprend ce langage symbolique bien mieux que des ordres directs. Il capte le sens, pas les mots.

L’IFS : accueillir les parties qui répètent les gestes

L’IFS, ou Internal Family Systems, est une approche que j’utilise souvent en complément de l’hypnose. Elle repose sur une idée très simple : tu n’es pas un bloc uniforme. Tu es composé de plusieurs « parties », chacune avec son rôle, son histoire, ses émotions. Et ces parties, quand elles sont en conflit, produisent des symptômes comme les gestes répétés.

Reprenons l’exemple de la vérification des portes. Une partie de toi te pousse à vérifier. Elle est anxieuse, elle a peur qu’il arrive un malheur si tu ne le fais pas. Une autre partie te critique : « Arrête, c’est ridicule, tu perds ton temps. » Une troisième partie est fatiguée, elle voudrait juste vivre normalement. Tu vois le conflit ? C’est une guerre intérieure. Et le geste répété, c’est le champ de bataille.

En IFS, on ne cherche pas à éliminer la partie anxieuse. On l’accueille. On lui demande : « Qu’est-ce qui te fait si peur ? Qu’est-ce qui s’est passé dans le passé pour que tu doives être si vigilante ? » Et souvent, on découvre une partie blessée, plus jeune, qui a vécu un événement où elle s’est sentie en danger. La partie anxieuse, elle, est devenue une « protectrice » qui utilise la vérification pour éviter que ce danger ne se reproduise.

Quand tu accueilles cette protectrice avec compassion, elle se détend. Elle n’a plus besoin de faire son job aussi intensément. Et la partie blessée peut enfin être entendue et guérie. C’est un processus profond, mais il libère énormément d’énergie. Ce n’est plus une lutte, c’est une réconciliation.

« La paix intérieure ne se gagne pas en vainquant ses démons, mais en les invitant à table. »

Ce que tu peux faire dès maintenant (sans attendre une séance)

Tu n’as pas besoin d’être en cabinet pour commencer à changer ton rapport à ces gestes. Voici trois choses concrètes que tu peux essayer seul, chez toi, tranquillement.

1. L’observation sans jugement

Pendant les trois prochains jours, chaque fois que tu surprends ton geste répété, arrête-toi une seconde. Ne te dis pas « Encore ! Je suis nul ». Dis-toi plutôt : « Tiens, voilà ce geste. Qu’est-ce qui se passait juste avant ? » Note-le mentalement ou sur un carnet. Tu vas commencer à voir des motifs. Peut-être que ça arrive toujours après une interaction sociale, ou quand tu es fatigué, ou à un moment précis de la journée. Cette observation, c’est déjà un acte de conscience qui brise l’automatisme.

2. La transformation douce

Plutôt que d’essayer d’arrêter le geste, essaie de le faire différemment. Si tu touches ton nez, touche ton menton à la place. Si tu vérifies la porte une fois, vérifie-la une fois mais en changeant de main. Ce petit décalage, c’est un signal pour ton cerveau : « On n’est plus en pilote automatique, on choisit. » Progressivement, tu peux espacer ou diminuer l’intensité du geste, sans lutte.

3. Le dialogue intérieur

Avant de dormir, pose-toi une question : « Si ce geste était une partie de moi, que voudrait-elle me dire ? » Ne cherche pas une réponse logique. Laisse venir une image, un mot, une sensation. Peut-être que tu ressens une tension dans le ventre, ou que tu vois une scène d’enfance. Accueille ça sans jugement. Dis à cette partie : « Je t’entends. Je suis là. » C’est le début d’une relation différente avec toi-même.

Conclusion : ton geste n’est pas une fatalité

Si tu es arrivé jusqu’ici, c’est que quelque chose en toi veut comprendre, veut changer. Peut-être que tu es fatigué de répéter toujours les mêmes boucles, de te sentir prisonnier d’un geste que tu ne maîtrises pas. Je veux que tu saches une chose : ce n’est pas une fatalité. Ce n’est pas un défaut de caractère, ni une marque de faiblesse.

Ces gestes, ils sont là parce qu’ils ont eu un sens à un moment donné. Ils ont protégé quelque chose en toi. Aujourd’hui, tu as grandi, tu as des ressources que tu n’avais pas avant. Tu peux apprendre à parler à ces parties de toi, à les rassurer, à leur montrer que tu es capable de gérer autrement.

Je ne te propose pas de recette magique. L’hypnose, l’IFS, l’Intelligence Relationnelle, ce sont des outils. Ils demandent du temps, de la patience, et surtout une bonne dose de douceur envers toi-même. Mais ils marchent, parce qu’ils ne s’attaquent pas au symptôme : ils vont à la racine.

Si tu sens que c’est le moment d’aller plus loin, je suis là. On peut se rencontrer à Saintes, ou échanger à distance. Pas pour te « guérir » de quelque chose, mais pour que tu retrouves ta liberté intérieure. Celle de choisir, en pleine conscience, ce que tu fais de tes mains, de ton corps, de ta vie.

Prends soin de toi. Et si un geste revient ce soir,

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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