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Comment l’hypnose change votre regard sur les espaces bondés

Transformer la perception des lieux redoutés.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Je les vois arriver dans mon cabinet, souvent entre septembre et novembre. La rentrée a eu lieu, les terrasses se remplissent, les transports en commun retrouvent leur rythme. Et pour certains, c’est le retour de l’angoisse.

L’autre jour, un homme d’une quarantaine d’années s’est assis en face de moi. Il avait accepté une promotion, mais le nouveau poste impliquait des trajets quotidiens en RER aux heures de pointe. Il m’a dit : « Je ne peux pas. Dès que je vois la foule sur le quai, mon cœur s’emballe. Je transpire, j’ai envie de fuir. Je préfère prendre ma voiture et mettre deux heures de plus. » Il n’était pas agoraphobe au sens clinique du terme. Il n’avait pas peur des gens ni des espaces. Il avait peur de ce que son corps allait faire dans cet espace.

C’est une nuance fondamentale, et c’est par là que je veux commencer.

Quand on parle de phobie des foules ou d’anxiété dans les espaces bondés, on imagine souvent une peur irrationnelle des autres. Mais dans mon expérience, ce qui terrifie la plupart des personnes que je reçois, ce n’est pas la foule en elle-même. C’est la sensation d’être piégé, de ne pas pouvoir sortir, de perdre le contrôle de leur respiration, de leur rythme cardiaque, de leur corps. Ce n’est pas une peur des gens. C’est une peur de soi.

Et c’est exactement là que l’hypnose, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle peuvent faire une différence durable. Parce qu’elles ne visent pas à vous faire « supporter » la foule par la force de la volonté. Elles visent à changer votre relation à ce qui se passe à l’intérieur de vous quand vous êtes dans la foule.

Pourquoi votre cerveau transforme un supermarché en champ de bataille ?

Parlons mécanisme, mais simplement.

Vous êtes au rayon céréales d’un hypermarché un samedi après-midi. Il y a du bruit, des chariots qui se croisent, des gens qui s’arrêtent sans prévenir. Soudain, votre diaphragme se bloque. Vous avez chaud. La vue se brouille légèrement. Votre seule pensée : « Sortir. Vite. »

Que s’est-il passé techniquement ?

Votre cerveau possède une structure appelée l’amygdale. C’est un détecteur de menace ancestral. Il ne raisonne pas. Il ne se dit pas : « Tiens, nous sommes dans un lieu clos avec des inconnus, statistiquement le risque est faible. » Non. Il scanne en permanence les signaux de danger : bruits soudains, proximité, mouvements imprévisibles, absence de voie de fuite claire.

Quand vous avez vécu une première expérience désagréable dans un espace bondé – une crise d’angoisse dans le métro, une sensation d’étouffement lors d’un concert – l’amygdale a enregistré ce contexte comme dangereux. Elle a créé une connexion neuronale rapide : « Espace bondé + corps qui réagit = Danger immédiat. »

Le problème, c’est que cette connexion se renforce à chaque évitement. Vous évitez la foule ? Votre cerveau se dit : « Ah, j’avais raison, c’est dangereux, on a bien fait de fuir. » Le circuit devient autoroutier. Le supermarché, le cinéma, la salle de sport, le marché de Noël, tout devient potentiellement un champ de bataille.

Je reçois régulièrement des personnes qui ont développé des stratégies de contournement impressionnantes. L’une d’elles faisait ses courses à 22h dans un drive. Une autre prenait systématiquement les escaliers plutôt que l’ascenseur, même pour monter huit étages. Une troisième avait arrêté d’aller au stade voir jouer son fils. Chaque évitement est une victoire temporaire, mais une défaite stratégique.

L’hypnose ne va pas effacer ce circuit. Elle va vous permettre de le regarder, de le comprendre, et surtout de créer un nouveau circuit. Un circuit qui dit : « Je peux ressentir une gêne, une accélération du cœur, et pourtant être en sécurité. »

« Ce n’est pas la foule qui vous fait peur. C’est la conversation intérieure que vous avez avec elle. Changez la conversation, et l’espace change. »

Comment l’hypnose désactive le mode alerte sans lutter contre lui

J’utilise l’hypnose ericksonienne, du nom de Milton Erickson. Ce qui le rendait unique, c’est qu’il ne cherchait jamais à combattre un symptôme de front. Il l’utilisait comme point de départ.

Prenons un exemple récent. Une femme, commerciale, devait animer un stand sur un salon professionnel. Trois jours avant l’événement, elle a commencé à avoir des nausées, des insomnies, des tensions dans la nuque. Elle est venue me voir en me disant : « Je veux que vous m’enleviez cette peur. »

Je lui ai répondu : « On ne va pas enlever la peur. On va la déplacer. Ou plutôt, on va lui donner un autre travail. »

En séance, je l’ai guidée vers un état de conscience modifié – c’est ça, l’hypnose. Un état où le cerveau critique, le cortex préfrontal, ralentit. Où l’on peut dialoguer avec les parties plus anciennes, plus instinctives. Je lui ai demandé de ressentir la peur dans son corps, sans chercher à la chasser. Elle a décrit une boule dans le plexus, une tension dans la mâchoire.

Puis je lui ai proposé une chose simple : « Si cette boule avait une forme, une couleur, une texture, à quoi ressemblerait-elle ? » Elle a vu une sphère grise, rugueuse, serrée.

L’hypnose, à ce moment-là, n’est pas une baguette magique. C’est une conversation avec l’inconscient. Je lui ai demandé : « Et si cette sphère pouvait se déplacer un peu ? Pas disparaître, juste bouger de quelques centimètres. » Elle a froncé les sourcils. Puis elle a souri. « Elle est descendue dans le ventre. C’est moins désagréable. »

Nous avons continué. Je lui ai suggéré que cette énergie, au lieu d’être une alarme, pouvait devenir une forme de vigilance utile pour capter l’attention des visiteurs sur son stand. Elle est repartie avec une sensation différente. Pas « guérie », mais capable. Elle a fait son salon. Pas sans stress, mais sans paralysie.

Ce que l’hypnose fait, c’est qu’elle permet à votre système nerveux de faire une pause. Elle lui dit : « Tu n’es pas obligé de répondre en mode survie. Tu peux répondre en mode connexion. »

Repérer la « partie » qui veut vous protéger (et la remercier)

L’IFS, ou Internal Family Systems, est le modèle que j’intègre systématiquement à mon travail. Il part d’une idée simple : nous ne sommes pas un bloc homogène. Nous sommes composés de « parties », des sous-personnalités qui ont chacune un rôle, une histoire, une intention.

Quand vous êtes dans un espace bondé et que vous sentez la panique monter, ce n’est pas « vous » qui paniquez. C’est une partie de vous qui panique. Et cette partie a une bonne raison : elle veut vous protéger.

Je le vois souvent. Un jeune footballeur, milieu de terrain, perdait tous ses moyens dès qu’il y avait du public. Pas à l’entraînement, mais en match. Il se mettait à trembler, à faire des passes imprécises. Il se traitait de « faible ».

En séance, je lui ai demandé de fermer les yeux et de se reconnecter à cette sensation. « Où est cette partie dans ton corps ? » Il a pointé sa poitrine. « Elle est lourde, chaude. » Je lui ai demandé : « Si tu pouvais lui parler, que dirait-elle ? » Il a répondu, après un silence : « Elle me dit : “Arrête-toi. Tu vas te ridiculiser.” »

Puis je lui ai posé la question clé : « Et si tu la remerciais ? »

Il m’a regardé, surpris. « La remercier ? »

Oui. Parce que cette partie, aussi envahissante soit-elle, ne cherche pas à lui nuire. Elle cherche à éviter la honte, l’humiliation. Elle est née un jour, peut-être après une mauvaise performance, un regard du coach, une moquerie. Depuis, elle est aux commandes dès que le contexte est similaire.

L’IFS ne cherche pas à virer cette partie. Il cherche à libérer le « Self » – la partie de vous qui est calme, confiante, curieuse. Quand le jeune footballeur a pu dire à cette partie : « Je te vois, je comprends ton rôle, mais pour l’instant, je peux gérer », quelque chose a changé. La partie s’est détendue. Elle a pris un peu de recul.

Dans les espaces bondés, c’est pareil. La partie qui vous dit « fuyons » ou « bloquons-nous » est une sentinelle trop zélée. L’hypnose permet de l’apaiser, non pas en la combattant, mais en l’écoutant vraiment.

L’Intelligence Relationnelle : outil concret pour le métro et le supermarché

L’Intelligence Relationnelle, c’est l’art de naviguer dans les interactions humaines avec conscience et souplesse. Je l’utilise souvent en complément de l’hypnose et de l’IFS, parce qu’elle donne des outils très concrets pour le quotidien.

Voici ce que je propose aux personnes qui souffrent dans les espaces bondés.

D’abord, changez de focale. La plupart du temps, quand vous êtes dans la foule, votre attention est tournée vers l’intérieur : « Est-ce que je vais avoir chaud ? Est-ce que mon cœur s’emballe ? Est-ce que je vais tenir ? » C’est un scan interne permanent, épuisant.

L’Intelligence Relationnelle vous invite à tourner votre attention vers l’extérieur, mais pas vers les visages. Vers des détails neutres : la couleur des murs, le motif du carrelage, la musique d’ambiance, le rythme des pas. Ce n’est pas de la distraction. C’est une façon de dire à votre amygdale : « Regarde, je ne suis pas en train de traquer le danger, je suis en train d’observer. »

Ensuite, il y a la respiration. Je sais, on vous a dit mille fois de respirer. Mais je ne parle pas de la respiration « calme-toi » qui vous met encore plus de pression. Je parle de la respiration qui ancre.

Un outil simple : quand vous sentez la tension monter dans une file d’attente, posez vos pieds à plat sur le sol. Sentez le contact de vos semelles. Puis expirez deux fois plus longtemps que vous inspirez. Pas besoin de compter des cycles complexes. Juste une expiration plus longue. Cela active le nerf vague, le frein vagal. C’est physiologique, pas magique.

Enfin, il y a la notion de micro-sorties. Je l’ai apprise avec des sportifs de haut niveau. Sur un terrain, ils n’attendent pas la mi-temps pour récupérer. Ils prennent des micro-pauses entre deux actions. Dans la foule, faites de même. Vous n’êtes pas obligé de « tenir » une heure d’affilée. Accordez-vous des micro-sorties : poser votre regard 30 secondes sur un point fixe, serrer et desserrer les poings, changer votre poids d’une jambe sur l’autre.

« Le but n’est pas de ne plus rien ressentir. Le but est de ressentir sans se laisser déborder. Et ça, ça s’apprend. »

Le protocole en trois étapes que j’utilise en cabinet

Je veux être transparent sur ce que je fais et ne fais pas. L’hypnose n’efface pas les souvenirs. Elle ne vous rend pas « invincible ». Elle vous donne une flexibilité nouvelle.

Voici le squelette du travail que je propose pour les espaces bondés.

Étape 1 : L’exploration sensorielle sous hypnose

En séance, je vous guide vers un état de détente profonde. Puis je vous demande de revivre, en imagination, une situation qui a été difficile – un trajet en métro bondé, un concert, une salle d’attente. La différence, c’est que vous le faites en étant accompagné, en sécurité. Vous pouvez ressentir les sensations sans la panique. Vous pouvez observer votre réaction comme si vous regardiez un film.

Cette étape permet à votre système nerveux de faire une nouvelle expérience : « Je peux penser à cette situation sans m’effondrer. »

Étape 2 : La renégociation avec la partie protectrice

Avec l’IFS, on identifie la partie qui prend le contrôle. On lui pose des questions : « Quel âge as-tu ? Que crains-tu qu’il arrive si tu te détends ? De quoi as-tu besoin pour lâcher un peu la garde ? » C’est un dialogue. Et les réponses sont souvent surprenantes. Une fois, une partie m’a répondu : « Si je lâche, il va se faire écraser. » C’était une protection contre une menace qui n’existait plus.

Étape 3 : L’ancrage de la ressource

On crée un ancrage. Un geste, un mot, une sensation que vous pouvez retrouver volontairement. Par exemple, toucher votre pouce et votre index ensemble en inspirant, et relâcher en expirant. Vous répétez ce geste plusieurs fois en séance, associé à un état de calme. Puis vous pouvez l’utiliser dans le métro, au supermarché, en terrasse. Ce n’est pas une baguette magique, mais c’est un levier.

Un cadre m’a dit un jour : « Je n’y croyais pas. Mais je l’ai fait dans une rame bondée. Ça n’a pas enlevé la sensation, mais ça m’a donné 30 secondes de plus avant de vouloir descendre. » C’est énorme, 30 secondes. Parce que ça veut dire que vous avez un choix.

Ce que vous pouvez faire maintenant, seul, avant de consulter

Je sais qu’il n’est pas toujours facile de pousser la porte d’un cabinet. Voici trois choses concrètes que vous pouvez essayer par vous-même.

1. La cartographie corporelle

Prenez un carnet. Notez les situations bondées qui vous posent problème. Pas toutes, juste les trois principales. Pour chacune, décrivez la sensation physique : où dans le corps ? Quelle intensité de 1 à 10 ? Quelle émotion ? Cela vous sort du brouillard anxieux. Vous passez de « j’ai peur » à « j’ai une tension dans la mâchoire à 7/10 quand je suis dans la queue du supermarché ». C’est plus précis, donc plus maniable.

2. L’exposition douce

Ne vous jetez pas dans le métro aux heures de pointe si vous êtes en crise. Mais ne l’évitez pas complètement non plus. Trouvez une situation intermédiaire : un petit magasin en milieu de matinée, une terrasse de café un mardi après-midi. Restez-y 5 minutes. Puis partez. Le but n’est pas de « tenir », mais de montrer à votre cerveau que vous pouvez entrer et sortir à votre rythme.

3. La respiration du marin

Vous connaissez peut-être la cohérence cardiaque. Voici une variante simple : inspirez sur 4 secondes, expirez sur 6 secondes. Faites-le 10 fois de suite, trois fois par jour. Pas besoin d’être dans la foule. Vous entraînez votre système nerveux à ralentir. Quand vous serez dans une situation difficile, votre corps aura un chemin de retour plus accessible.

Si vous sentez que ces outils ne suffisent pas, si l’angoisse est trop envahissante ou si elle vous isole, sachez qu’un accompagnement professionnel peut faire une vraie différence. Je ne promets pas de « guérison miracle ». Je propose un espace où vous pouvez, à votre rythme, renégocier votre rapport à la foule et à vous-même.

Parfois, il suffit d’une séance pour débloquer une situation. Parfois, il en faut plusieurs. L’important, c’est de commencer.

Si cet article résonne avec ce que vous vivez, si vous en avez assez de contourner les lieux, les heures, les événements, je suis là. Vous pouvez me contacter via mon site, sans engagement. On prendra le temps de parler de ce qui se joue pour vous

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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