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Comment se déroule une séance d’hypnose pour l’agoraphobie

Un guide pas à pas pour savoir à quoi vous attendre.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Vous avez sans doute déjà imaginé la scène. Cette boule au ventre qui monte dès que vous pensez à prendre la voiture. Ce pouls qui s’accélère quand vous voyez la file d’attente au supermarché. Cette voix intérieure qui vous souffle : « Et si je ne pouvais pas sortir ? Et si je me sentais mal, là, devant tout le monde ? » Peut-être même avez-vous déjà annulé des projets, refusé des invitations, trouvé des excuses pour rester chez vous. L’agoraphobie, ce n’est pas juste « la peur des espaces ouverts ». C’est une peur intense de perdre le contrôle, de ne pas pouvoir vous échapper, d’être submergé par l’angoisse dans un endroit où vous vous sentez piégé. Et cette peur, elle vous isole, elle rétrécit votre monde.

Vous êtes peut-être en train de lire ces lignes parce que vous cherchez une solution. L’hypnose, vous en avez entendu parler. Mais concrètement, comment ça se passe ? Est-ce que ça va être étrange ? Est-ce que vous allez perdre le contrôle ? Est-ce que ça va vraiment marcher pour quelque chose d’aussi ancré que votre phobie ? Je vais vous le dire honnêtement : l’hypnose n’est pas une baguette magique. Mais c’est un outil puissant, doux et concret pour remettre du mouvement là où tout s’est figé. Dans cet article, je vais vous décrire pas à pas comment se déroule une séance d’hypnose pour l’agoraphobie. Pas de théorie abstraite. Juste ce qui se passe vraiment, de l’instant où vous poussez la porte de mon cabinet à celui où vous repartez.

Qu’est-ce que l’agoraphobie, et pourquoi l’hypnose peut y répondre ?

Avant de parler de la séance, il faut comprendre ce que vous vivez. L’agoraphobie, dans son mécanisme, ce n’est pas une faiblesse de caractère. C’est un système de protection qui s’est emballé. Votre cerveau, pour vous protéger d’un danger perçu (une crise d’angoisse, une sensation d’étouffement, une perte de contrôle), a associé certains lieux ou situations à une menace. Résultat : à chaque fois que vous vous approchez d’un supermarché, d’un pont, d’un train, ou même d’une rue bondée, votre système nerveux s’active comme si un lion était devant vous. Votre corps se prépare à fuir ou à combattre. Mais comme il n’y a pas de lion, cette énergie reste bloquée, et vous vous retrouvez en pleine crise d’angoisse. La solution que votre cerveau trouve, c’est d’éviter ces situations. Et plus vous évitez, plus le cercle vicieux se renforce.

L’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, ne cherche pas à vous « faire oublier » votre peur ou à la nier. Elle va plutôt travailler avec votre inconscient, cette partie de vous qui gère vos automatismes, vos émotions, vos habitudes. L’idée, c’est de proposer à votre système nerveux de nouvelles associations, de nouveaux chemins. Si la peur s’est construite par répétition, elle peut se déconstruire par une autre forme de répétition, plus douce, plus sécurisante. L’hypnose, c’est un état modifié de conscience, un peu comme la rêverie, où votre critique intérieur se met en veille et où votre inconscient devient plus réceptif aux suggestions. On ne vous endort pas, on ne vous fait pas perdre le contrôle. Au contraire, on vous apprend à le reprendre, là où vous pensiez l’avoir perdu.

« L’hypnose ne vous enlève rien. Elle vous rend ce que vous avez oublié que vous possédiez : votre capacité à choisir votre réponse face à une situation. »

Première séance : faire connaissance et poser le cadre

La première séance dure généralement entre une heure et une heure trente. Elle commence toujours par un temps d’échange. Je vais vous poser des questions, beaucoup de questions. Mais pas pour vous juger ou pour remplir une fiche. Pour comprendre votre agoraphobie, dans votre vie. Car elle est unique. Pour certaines personnes, l’élément déclencheur, c’est les transports en commun. Pour d’autres, c’est la foule, ou au contraire le vide d’un parking désert. Certaines ressentent une oppression dans la poitrine, d’autres une impression de déréalisation, comme si le monde devenait irréel.

Je vais vous demander : « Quand cette peur est apparue ? Dans quel contexte ? » Parfois, elle est liée à une crise d’angoisse survenue dans un lieu précis. D’autres fois, elle est plus diffuse, liée à un événement de vie (un deuil, un burn-out, une séparation). Je ne cherche pas une cause unique, mais une carte de votre territoire. Je vais aussi vous demander ce que vous avez déjà essayé : médicaments, thérapies, évitements. Et surtout, je vais vous demander ce qui, malgré tout, fonctionne un peu. Par exemple : « Est-ce qu’il y a des moments où la peur est moins forte ? Quand vous êtes accompagné ? Avec de la musique ? À certaines heures ? » Ces exceptions sont des pépites. Elles montrent que votre système sait déjà, parfois, faire autrement.

Ensuite, je vous explique concrètement ce qu’est l’hypnose, comment je vais procéder. Je vous rassure sur ce qui va se passer : vous restez conscient, vous entendrez ma voix, vous pourrez parler si vous le souhaitez, et à tout moment, vous pouvez ouvrir les yeux et sortir de l’état hypnotique. Il n’y a pas de piège. Je vous propose aussi un petit exercice rapide pour vous montrer ce qu’est une suggestion hypnotique, par exemple en vous demandant de fixer un point et de laisser vos paupières devenir lourdes. C’est une simple démonstration, sans enjeu. Cela suffit souvent à dissiper les craintes.

Cette première partie est fondamentale. Elle crée la confiance. Vous devez vous sentir en sécurité, écouté, compris. Sans ce cadre, l’hypnose ne peut pas fonctionner. Votre inconscient a besoin de savoir qu’il peut lâcher prise sans danger.

L’induction : comment on entre dans l’état hypnotique

Une fois que vous êtes installé confortablement dans le fauteuil, je vais vous guider vers un état de relaxation profonde. On appelle ça l’induction. Il existe des centaines de façons de faire, et je choisis celle qui vous correspond. Pour les personnes agoraphobes, je privilégie souvent des inductions douces, lentes, avec des images de contenance et de sécurité. Par exemple, je peux vous inviter à imaginer que vous êtes dans un endroit où vous vous sentez parfaitement bien, un lieu réel ou imaginaire. Peut-être une plage déserte, une forêt calme, ou tout simplement votre canapé. Je vais décrire cet endroit avec vos sens : ce que vous voyez, entendez, ressentez sur votre peau, l’odeur de l’air.

L’idée n’est pas de « faire semblant », mais de laisser votre corps et votre esprit s’immerger dans cette sensation de sécurité. Votre respiration va ralentir, vos muscles vont se détendre, votre attention va se focaliser sur ma voix et sur les sensations internes. Parfois, je vous demanderai de compter à rebours, ou de visualiser un escalier qui descend. Ce sont des astuces pour aider votre mental à lâcher le contrôle volontaire et à laisser place à l’inconscient.

Vous pourriez avoir l’impression que votre corps devient lourd ou au contraire très léger. Vous pourriez ressentir des fourmillements, une chaleur. C’est normal. Certaines personnes ont des images très nettes, d’autres non. Certaines se sentent complètement absentes, d’autres très présentes. Il n’y a pas une bonne façon de vivre l’hypnose. L’état hypnotique, c’est comme un état de rêverie éveillée, où votre attention est à la fois concentrée et ouverte. Vous entendez peut-être les bruits de la rue, mais ils ne vous dérangent pas. Vous savez que vous êtes dans mon cabinet, mais vous êtes aussi dans votre monde intérieur.

Ce qui est important, c’est que vous ne forcez rien. Vous ne « faites pas » l’hypnose. Vous laissez faire. C’est un processus naturel, comme s’endormir. Plus vous essayez de vous détendre, moins vous y arrivez. Alors on fait le contraire : on accepte ce qui vient, sans jugement. Et c’est là que la magie opère.

Le travail thérapeutique : défaire les nœuds de la peur

Une fois que vous êtes dans cet état de conscience modifié, le travail commence. Mais attention : je ne vais pas vous dire « Vous n’aurez plus peur des supermarchés ». Votre inconscient n’accepterait pas une suggestion aussi directe, car elle serait en contradiction avec votre réalité vécue. On va plutôt procéder par étapes, avec des métaphores, des images, des sensations.

Je vais utiliser plusieurs techniques, selon ce que j’ai compris de votre situation lors de l’entretien. Par exemple :

La dissociation et la réassociation. Je peux vous inviter à imaginer que vous regardez la situation qui vous fait peur (par exemple, entrer dans un centre commercial) comme si vous étiez dans une salle de cinéma, assis au dernier rang, en train de regarder un film sur un écran. Vous voyez la scène, mais vous êtes en sécurité, loin. Puis, progressivement, je vous propose de modifier le film : rendre l’image plus floue, plus petite, en noir et blanc, ou au contraire d’ajouter une bande-son apaisante. On désamorce la charge émotionnelle du souvenir ou de l’anticipation.

La réassociation à des ressources. Je vais chercher avec vous un souvenir ou une sensation où vous vous êtes senti fort, calme, compétent. Peut-être un moment où vous avez réussi quelque chose de difficile, ou un instant de pur bien-être. On va ancrer cette ressource dans votre corps, par exemple en associant cette sensation à un geste (presser le pouce et l’index) ou à une respiration. Ensuite, on va « transporter » cette ressource dans la situation problématique. Dans votre état hypnotique, vous pouvez imaginer entrer dans le supermarché (ou le train, ou la foule) en emportant avec vous cette sensation de calme et de force.

Le recadrage de la peur. La peur n’est pas votre ennemie. Elle a été, à un moment, une alliée qui a essayé de vous protéger. Je peux vous inviter à dialoguer avec elle, en imagination. « Qu’est-ce que tu veux me dire ? De quoi as-tu peur, toi, la peur ? » Parfois, la peur de l’agoraphobie cache une peur plus ancienne : peur de l’abandon, peur de ne pas être à la hauteur, peur de l’intrusion. En reconnaissant son rôle, on peut la remercier et lui proposer une nouvelle mission, moins envahissante.

La visualisation de nouveaux chemins. L’hypnose, c’est aussi un entraînement mental. Je vais vous guider dans une visualisation où vous traversez une situation redoutée, étape par étape, en ressentant les émotions qui montent, en les accueillant, et en les voyant passer. Vous allez « répéter » mentalement un scénario réussi. Votre cerveau ne fait pas bien la différence entre une expérience vécue et une expérience vivement imaginée. En répétant mentalement un succès, vous créez de nouveaux circuits neuronaux qui rendront l’action réelle plus facile.

Pendant tout ce temps, je parle d’une voix calme, je laisse des silences, je vous observe. Parfois, je vous demande de hocher la tête si vous êtes d’accord, ou de lever un doigt si une sensation particulière apparaît. Vous restez acteur de votre processus. Vous n’êtes pas passif.

« La peur n’est pas un mur. C’est une porte que vous n’avez pas encore appris à ouvrir. L’hypnose vous donne la clé, mais c’est vous qui tournez la poignée. »

La fin de séance : retour en douceur et premiers pas concrets

Le travail hypnotique dure généralement entre 20 et 40 minutes. Puis vient le moment de revenir. Je ne vous sortez jamais brutalement de l’état hypnotique. Je vais compter de 1 à 5 ou de 5 à 1, en vous invitant à retrouver progressivement la sensation de votre corps dans le fauteuil, les bruits de la pièce, la lumière. Je vous suggère que vous allez vous sentir reposé, lucide, et que les bienfaits de la séance vont continuer à se déployer dans les heures et les jours qui viennent.

Quand vous ouvrez les yeux, vous êtes souvent surpris. « Déjà ? » Oui, le temps passe différemment en hypnose. Vous pouvez vous sentir léger, un peu étourdi, ou au contraire très clair. On prend le temps de boire un verre d’eau, de revenir doucement. Puis, je vous demande : « Qu’est-ce que vous avez ressenti ? Qu’est-ce qui vous a marqué ? » Parfois, vous avez eu des images fortes, des insights, des émotions. Parfois, vous ne vous souvenez de rien, juste d’une impression de calme. Les deux sont parfaitement normaux.

Mais le plus important arrive après. Je ne vous laisse pas repartir sans un plan. L’hypnose, c’est un coup de pouce, mais le vrai changement se fait dans votre vie quotidienne. Je vais donc vous proposer une ou deux petites tâches pour la semaine. Rien d’effrayant. Par exemple :

  • Un exercice de respiration à faire chaque matin, pour activer le calme que vous avez ressenti en séance.
  • Un défi minuscule : aller jusqu’à la boîte aux lettres, puis rentrer. Ou marcher 50 mètres dans une rue commerçante à une heure creuse. L’idée est de réussir, pas de vous confronter à l’échec. On construit la confiance par petites victoires.
  • Un journal des exceptions : noter chaque jour un moment où la peur était moins forte, ou où vous avez fait quelque chose que vous n’auriez pas fait la semaine précédente.

Je vous explique aussi que la peur peut revenir, par vagues. Ce n’est pas un échec. C’est normal. L’objectif n’est pas de ne plus jamais avoir peur, mais de ne plus être paralysé par la peur. De pouvoir lui dire : « Je te vois, je t’accueille, et je continue quand même. »

Combien de séances sont nécessaires ?

C’est la question que tout le monde pose. Et la réponse est honnête : ça dépend. Pour certaines personnes, une seule séance bien ciblée peut suffire à débloquer une situation. Pour d’autres, il faudra 3, 5 ou 10 séances. L’agoraphobie est souvent un symptôme qui cache d’autres choses : une anxiété généralisée, un trouble panique, un traumatisme ancien. On ne peut pas toujours tout régler en une fois.

En général, je propose un premier cycle de 3 à 4 séances, espacées de 2 à 3 semaines. Cela permet de voir comment vous réagissez, comment votre système intègre les changements. Entre les séances, vous expérimentez dans la vie réelle. On ajuste le travail en fonction de vos retours. Si vous stagnez, on creuse autre chose. Si ça avance, on consolide.

Je ne promets jamais une guérison rapide. Je promets un accompagnement sérieux, respectueux, et des outils concrets. L’hypnose, surtout couplée à l’IFS (le travail avec les parties de vous) ou à l’Intelligence Relationnelle, peut profondément transformer votre rapport à la peur. Mais cela demande votre engagement. Vous êtes le pilote. Je suis le copilote, celui qui vous aide à lire la carte et à garder le cap.

Conclusion : un pas vers votre liberté

Si vous êtes arrivé jusqu’ici, c’est que quelque chose en vous a envie de bouger. Peut-être un tout petit espoir, timide, qui dit : « Et si ça pouvait marcher pour moi ? » Je ne peux pas vous garantir que l’hypnose va effacer votre agoraphobie du jour au lendemain. Je peux vous garantir que si vous venez, vous repartirez avec une compréhension plus claire de votre mécanisme, avec des sensations de calme que vous pensiez impossibles, et avec un plan pour avancer, à votre rythme.

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À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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