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Hypnose et IFS : apaiser la part de vous qui a peur

Dialoguez avec votre peur intérieure.

TSThierry Sudan
24 avril 202614 min de lecture

Vous êtes là, à lire ces lignes, et peut-être que quelque chose en vous se tend déjà. Peut-être que vous reconnaissez cette sensation familière : celle d’une peur qui n’est pas liée à un danger réel, ici et maintenant, mais qui vous paralyse, vous empêche d’agir, ou vous fait tourner en rond dans votre tête depuis des heures.

Je vois ça tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Un homme, la quarantaine, cadre compétent, qui ne peut pas prendre la parole en réunion sans que sa gorge se serre. Une femme, mère de famille, qui évite de conduire sur l’autoroute depuis un accident bénin il y a cinq ans. Un jeune sportif, prometteur, qui craque systématiquement aux tirs au but. Chacun me dit la même chose, avec des mots différents : « Je sais que c’est irrationnel, mais je n’y peux rien. »

Et si je vous disais que vous n’avez pas à « y pouvoir quelque chose » dans le sens où vous l’entendez ? Et si la solution n’était pas de combattre cette peur, mais d’apprendre à dialoguer avec elle ?

Je suis Thierry Sudan, praticien en hypnose ericksonienne et en IFS (Internal Family Systems) à Saintes. Depuis plus de dix ans, j’accompagne des adultes qui, comme vous, sont prisonniers de leurs peurs. Pas pour les effacer – ce serait vous couper d’une partie précieuse de vous-même – mais pour les apaiser. Dans cet article, je vais vous montrer comment l’hypnose et l’IFS peuvent vous aider à rencontrer cette part de vous qui a peur, à comprendre son langage, et à lui redonner sa juste place.

Pourquoi votre peur ne part pas, même quand vous savez qu'elle est irrationnelle

Commençons par une vérité qui dérange : votre peur n’est pas stupide. Elle n’est pas un bug dans votre système. Elle est le résultat d’un mécanisme de survie ancestral, incroyablement sophistiqué, qui a probablement sauvé votre vie – ou celle de vos ancêtres – à un moment donné.

Le problème, c’est que ce mécanisme, conçu pour la savane et les prédateurs, s’active encore aujourd’hui devant un diaporama PowerPoint, une file de voitures, ou un ballon de football.

Je reçois souvent des gens qui me disent : « Je comprends intellectuellement que je ne risque rien, mais mon corps ne comprend pas. » Et c’est exactement ça. Votre peur ne parle pas le langage de la raison. Elle parle le langage du corps : accélération du rythme cardiaque, mains moites, souffle court, tension dans les épaules, nœud dans le ventre. Elle ne comprend pas un argumentaire logique. Elle comprend une sensation, une image, un souvenir.

Prenons un exemple concret. Clara, 38 ans, vient me voir parce qu’elle est terrorisée par les araignées. Pas juste « je n’aime pas ça », mais une vraie phobie : elle ne peut pas entrer dans une pièce où elle a vu une araignée la veille. Elle me dit : « Je sais qu’elles sont inoffensives ici, en France. Je sais qu’elles sont plus petites que moi. Mais c’est plus fort que moi. »

Clara a raison. C’est plus fort qu’elle. Parce que sa peur n’est pas une simple croyance qu’on pourrait changer avec une phrase. C’est un système entier – je l’appelle une « part » – qui s’est activé un jour, probablement dans son enfance, et qui a pris son rôle très au sérieux. Cette part s’est dit : « Je dois la protéger de ces créatures. Je dois être hyper-vigilante. » Et depuis, elle fait son travail.

Le problème, c’est que cette part, qui était peut-être utile à 6 ans quand une araignée a surgi dans son lit, ne s’est jamais rendu compte que Clara a grandi, qu’elle a appris, qu’elle n’est plus en danger. La part continue son travail de garde, jour et nuit, épuisant Clara, limitant sa vie.

Votre peur n’est pas votre ennemie. C’est une part de vous qui fait un boulot dont elle ne peut pas se libérer toute seule.

Voilà la clé. Vous n’allez pas combattre votre peur. Vous allez rencontrer la part qui a peur, comprendre son histoire, et l’aider à se sentir suffisamment en sécurité pour lâcher prise. Et c’est là que l’hypnose et l’IFS entrent en jeu.

L'hypnose ericksonienne : créer un espace où la peur peut parler

Quand je parle d’hypnose, beaucoup de gens imaginent un spectacle ou un état de sommeil profond. L’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, n’a rien à voir avec ça. C’est un état de conscience modifiée, parfaitement naturel, que vous expérimentez déjà plusieurs fois par jour sans le savoir : quand vous êtes absorbé par un film, quand vous conduisez sur une route familière et que vous ne vous souvenez plus des derniers kilomètres, quand vous rêvassez.

Cet état, je vais vous aider à y entrer volontairement, pour créer un espace de sécurité intérieure. Un espace où votre peur peut baisser la garde, juste un peu, et commencer à se montrer.

L’hypnose est le véhicule. Elle permet de contourner le mental critique – cette partie de vous qui dit « c’est idiot, arrête d’avoir peur » – pour aller dialoguer directement avec les parties plus profondes, plus instinctives. C’est comme si vous descendiez dans une cave où sont stockées des émotions que vous n’avez jamais eu le temps ou la sécurité de regarder en face.

Prenons l’exemple de Julien, un coureur de trail que j’accompagne. Julien a une peur panique des descentes techniques. Dès que le terrain devient raide et caillouteux, il se fige, ses jambes deviennent en coton, et il perd toute confiance. Dans mon cabinet, en hypnose, je ne lui ai pas dit « n’aie pas peur ». Je l’ai invité à se souvenir d’une descente, à ressentir la peur dans son corps, et à lui donner une forme, une couleur, une consistance.

Cette peur, il l’a vue comme une boule rouge et dure dans son ventre. En hypnose, il a pu s’approcher de cette boule, pas pour la détruire, mais pour lui demander : « Qu’est-ce que tu fais là ? Qu’est-ce que tu veux me dire ? »

Et la réponse a été surprenante. La peur ne disait pas « tu vas tomber ». Elle disait : « Je me souviens que quand tu avais 12 ans, tu as glissé dans un escalier et tu t’es cassé le poignet. Personne n’était là pour t’aider. J’ai promis que ça n’arriverait plus. » Julien avait complètement oublié cet incident. Sa peur, elle, ne l’avait pas oublié.

Sous chaque peur apparemment absurde se cache une histoire vraie. L’hypnose vous donne la clé pour ouvrir la porte de cette histoire.

L’hypnose ericksonienne est douce, respectueuse. Vous restez conscient, vous pouvez parler, vous êtes aux commandes. Je suis juste un guide. Vous ne perdez jamais le contrôle. Vous gagnez un accès privilégié à des ressources que votre mental rationnel ne peut pas atteindre.

L'IFS : découvrir la « part de vous qui a peur » et l’accueillir

L’IFS – Internal Family Systems – est le cadre que j’utilise pour donner un sens à ce que l’hypnose révèle. L’idée est simple mais puissante : votre esprit n’est pas monolithique. Il est composé de plusieurs « parts », des sous-personnalités, chacune avec son rôle, son histoire, sa voix.

Il y a la part critique, celle qui vous dit « tu n’es pas assez bon ». Il y a la part perfectionniste, qui vous pousse à en faire toujours plus. Il y a la part qui fait tout pour éviter les conflits. Et il y a la part qui a peur.

Dans l’IFS, on ne juge aucune de ces parts. On ne cherche pas à les supprimer. On cherche à comprendre leur intention positive. Car oui, même la peur a une intention positive : elle veut vous protéger. Le problème, c’est qu’elle utilise des méthodes qui datent d’une autre époque.

Quand je travaille avec une personne qui a peur de parler en public, je l’invite à rencontrer cette part en hypnose. On lui demande : « Quel âge as-tu ? » Souvent, la part répond « 7 ans », « 10 ans », ou « 15 ans ». C’est une part qui s’est figée à un moment précis, quand elle a vécu une expérience de rejet, de ridicule, ou de danger.

Cette part, je l’appelle un « exilé ». C’est une part qui porte une charge émotionnelle douloureuse – honte, peur, tristesse – et qui a été mise à l’écart parce que trop difficile à supporter. Pour la protéger, d’autres parts – qu’on appelle des « managers » – mettent en place des stratégies : éviter les réunions, préparer des discours pendant des heures, boire un verre avant de prendre la parole.

Le but du travail n’est pas de virer le manager. C’est de libérer l’exilé. De lui donner ce dont il a eu besoin à l’époque mais qu’il n’a pas reçu : de la présence, de la compassion, la reconnaissance de sa souffrance.

Je me souviens d’un footballeur amateur, Marc, qui venait de rater un penalty décisif. Il était dévasté, se traitait de « loser ». En hypnose, on a rencontré la part qui avait peur de rater. C’était un petit Marc de 8 ans, qui avait raté un tir en match et s’était fait insulter par son entraîneur. Personne n’était venu le consoler. Il était resté seul avec sa honte.

Le travail n’a pas été d’apprendre à Marc à mieux tirer. C’était un très bon tireur. Le travail a été de prendre ce petit garçon dans ses bras, de lui dire : « Ce n’était pas ta faute. Tu as le droit de rater. Je suis là, maintenant. » Une fois que cette part s’est sentie suffisamment en sécurité, la peur a lâché. Marc n’a plus eu peur de rater. Il a retrouvé sa fluidité.

Quand une part se sent vue et comprise, elle n’a plus besoin de crier pour attirer votre attention. Elle peut se reposer.

Pourquoi l'hypnose seule ne suffit pas, et pourquoi l'IFS seule non plus

Vous pourriez me demander : « Pourquoi combiner les deux ? L’hypnose ne peut-elle pas faire le travail toute seule ? » Et l’IFS, ne peut-on pas le pratiquer en pleine conscience ? »

C’est une excellente question. Voici ma réponse honnête.

L’hypnose est un outil d’accès. Elle ouvre la porte du subconscient, elle permet de contourner les défenses, elle crée un état de réceptivité. Mais sans un cadre pour comprendre ce qui se passe une fois la porte ouverte, on risque de tourner en rond. On peut libérer une émotion, mais ne pas savoir quoi en faire.

L’IFS, lui, est un cadre magnifique. Il donne une carte du territoire. Il vous apprend à différencier vos parts de votre vrai Soi – ce que j’appelle le « Self » dans l’IFS, cette essence calme, curieuse, compatissante que vous êtes fondamentalement. Mais l’IFS, sans l’hypnose, peut rester trop « cérébral ». Vous pouvez comprendre intellectuellement que vous avez des parts, mais ne pas arriver à les contacter émotionnellement. Vous parlez d’elles, mais vous ne les rencontrez pas.

La combinaison des deux est ce qui fait la différence. L’hypnose vous plonge dans l’expérience. L’IFS vous donne le langage pour la comprendre et l’intégrer.

Prenons l’exemple de Sophie, une femme qui avait une peur viscérale de l’abandon. Elle le savait, elle en avait parlé en thérapie, elle comprenait d’où ça venait. Mais rien ne changeait. En hypnose, on a rencontré la petite Sophie, 4 ans, qui attendait sa mère partie faire des courses. La mère avait été retardée, et Sophie avait vécu une éternité de 20 minutes dans une terreur absolue.

En hypnose, j’ai guidé Sophie adulte pour qu’elle aille voir cette petite fille, qu’elle s’asseye à côté d’elle, qu’elle la prenne dans ses bras. Sophie a pleuré – pas de tristesse, mais de soulagement. Elle a pu dire à cette part : « Je suis là. Je ne te quitterai pas. Tu n’es plus seule. »

Après la séance, Sophie m’a dit : « Je savais tout ça. Mais je ne l’avais jamais ressenti comme ça. » L’hypnose a permis le ressenti. L’IFS a donné le cadre pour que ce ressenti devienne un changement durable.

Les 3 étapes pratiques pour commencer à dialoguer avec votre peur dès maintenant

Je ne veux pas que vous attendiez de prendre rendez-vous pour commencer. Voici trois choses que vous pouvez faire dès aujourd’hui, chez vous, pour entrer en contact avec la part de vous qui a peur.

Étape 1 : Identifiez la peur qui vous gêne le plus

Ne prenez pas toutes vos peurs à la fois. Choisissez une situation spécifique où vous sentez que cette peur vous limite. Par exemple : « Je veux pouvoir prendre la parole en réunion sans que ma voix tremble. » Ou : « Je veux pouvoir conduire sur l’autoroute sans paniquer. » Ou : « Je veux pouvoir tirer un penalty sans que mes jambes se dérobent. »

Soyez précis. Une peur vague est difficile à rencontrer. Une peur concrète, elle, a un visage.

Étape 2 : Asseyez-vous tranquillement et respirez

Trouvez un endroit où vous ne serez pas dérangé. Fermez les yeux. Prenez trois respirations profondes, en laissant votre ventre se gonfler. Puis laissez votre respiration revenir à son rythme naturel.

Maintenant, évoquez la situation qui vous fait peur. Pas besoin de la revivre en détail. Juste une image, une sensation. Et portez votre attention sur votre corps. Où sentez-vous la peur ? Dans la poitrine ? Le ventre ? La gorge ? Les épaules ?

Ne cherchez pas à la faire partir. Restez simplement avec elle. Comme si vous étiez assis à côté d’elle dans un bus. Vous ne devez pas lui parler. Vous devez juste être présent.

Étape 3 : Posez-lui une question curieuse

Si vous vous sentez prêt, adressez-vous à cette sensation comme à une entité séparée. Vous pouvez lui dire dans votre tête : « Je te vois. Je sens que tu es là. J’aimerais te connaître. »

Puis posez-lui une question, sans attendre de réponse logique. Les réponses viendront souvent sous forme d’images, de mots, de souvenirs, ou simplement de sensations qui changent.

Exemples de questions :

  • « Quel âge as-tu ? »
  • « Depuis quand es-tu là ? »
  • « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? »
  • « De quoi as-tu besoin ? »

Ne forcez rien. Si rien ne vient, c’est parfait. Vous avez déjà fait un pas immense : vous avez arrêté de fuir votre peur pour la regarder en face.

La première fois que vous vous asseyez avec votre peur sans essayer de la chasser, vous lui envoyez un message puissant : « Tu n’es plus seule. Je suis là. »

Faites cet exercice 5 minutes par jour pendant une semaine. Notez ce qui émerge, même si ça vous semble insignifiant. Vous serez surpris de ce que votre peur a à vous dire.

L'invitation que je vous fais

Je ne vais pas vous promettre que votre peur disparaîtra complètement. Ce serait vous mentir. Certaines peurs sont profondes, anciennes, et méritent tout notre respect. Mais je peux vous promettre ceci : vous pouvez apprendre à ne plus être en guerre contre elle. Vous pouvez passer d’un état de lutte épuisante à un état de dialogue apaisé.

Imaginez : ne plus passer vos soirées à ressasser cette réunion où vous n’avez pas osé parler. Ne plus éviter les sorties en famille parce que la route vous terrorise. Ne plus avoir cette boule au ventre avant chaque compétition. Ne plus vous sentir prisonnier d’une réaction qui vous dépasse

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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