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Hypnose et IFS : dialoguer avec sa peur des transports

Une méthode innovante pour apaiser les parties de vous qui craignent.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Vous êtes sur le point de prendre la route pour un week-end en famille. La valise est bouclée, les enfants sont installés, le plein d’essence est fait. Pourtant, au moment de tourner la clé de contact, votre ventre se noue. Une boule remonte dans la gorge, vos mains deviennent moites. Vous vous dites que c’est stupide, que vous avez fait ce trajet cent fois. Mais votre corps, lui, ne vous écoute pas. Il s’emballe.

Si vous lisez ces lignes, il y a de fortes chances que cette scène vous parle. La peur des transports – qu’il s’agisse de la voiture, du train, de l’avion, ou même du bus – est l’une des angoisses les plus invalidantes qui soit. Non pas parce qu’elle vous empêche de voyager (vous trouvez toujours des solutions de contournement), mais parce qu’elle vous vole votre liberté. Elle vous force à calculer chaque déplacement, à prévoir des échappatoires, à mentir parfois à vos proches pour éviter un trajet.

Je vois régulièrement des personnes qui souffrent de cette peur. Elles ont souvent tout essayé : la respiration, les pensées positives, les médicaments, l’évitement. Rien ne tient sur la durée. Parce que cette peur n’est pas un dysfonctionnement que l’on peut éteindre d’un clic. C’est une partie d’elles-mêmes qui essaie de les protéger. Et c’est là que l’hypnose ericksonienne combinée à l’IFS (Internal Family Systems) – ou « travail avec les parties » – change la donne. Au lieu de combattre la peur, on apprend à dialoguer avec elle.

Je vais vous montrer comment, en partant de situations concrètes, en décortiquant les mécanismes, et en vous donnant une piste que vous pouvez explorer dès maintenant.


Pourquoi votre peur des transports ne part pas avec les techniques classiques

Imaginez Claire, 42 ans, commerciale. Elle doit se rendre à Bordeaux pour une réunion importante. Elle connaît la route : c’est de l’autoroute, tout droit, pas de piège. Pourtant, depuis six mois, chaque trajet de plus de 30 minutes déclenche une crise d’angoisse. Son médecin lui a prescrit des anxiolytiques, mais elle refuse d’en prendre au volant. Elle a essayé la cohérence cardiaque : ça marche cinq minutes, puis l’angoisse revient en force. Elle a tenté de se raisonner : « Je suis une bonne conductrice, le risque est infime. » Rien n’y fait.

Pourquoi ? Parce que ces techniques s’adressent à la partie consciente et rationnelle de votre cerveau. Or la peur des transports n’est pas rationnelle. Elle est archaïque. Elle vient d’une partie de vous – que j’appellerai la « partie protectrice » – qui a détecté un danger, même si votre conscience sait qu’il n’y en a pas.

Cette partie a probablement été créée lors d’un événement spécifique : un freinage brusque qui a déclenché une sueur froide, une panne sur une voie rapide, un trajet en voiture avec un parent anxieux quand vous étiez enfant, ou même un simple reportage sur un accident. À ce moment-là, votre système nerveux a enregistré : « Transport = danger potentiel. » Depuis, cette partie veille. Elle vous envoie des signaux d’alarme (palpitations, sueurs, pensées catastrophiques) pour vous dissuader de prendre le volant.

Le problème, c’est que plus vous luttez contre ces signaux, plus elle se renforce. Vous lui dites « tais-toi », elle vous répond « tu vois, tu ne m’écoutes pas, donc le danger est encore plus grand ». C’est le piège de la résistance. L’hypnose ericksonienne, associée à l’IFS, propose une autre voie : au lieu de faire taire cette partie, vous allez l’écouter.

« Ce que l’on résiste persiste. Ce que l’on accueille se transforme. » – Carl Jung, adapté


Hypnose ericksonienne : le langage que votre inconscient comprend

L’hypnose ericksonienne n’a rien à voir avec l’image du spectacle où l’on fait dormir les gens. C’est un état de conscience modifié, naturel, que vous expérimentez déjà plusieurs fois par jour : quand vous êtes absorbé par un film, quand vous conduisez sur une route familière sans vous souvenir des derniers kilomètres, ou quand vous rêvassez sous la douche. Le thérapeute vous aide à accéder à cet état, puis utilise des suggestions indirectes pour communiquer avec votre inconscient.

Pourquoi indirectes ? Parce que votre conscient est souvent encombré de croyances limitantes. Si je vous dis « vous n’avez plus peur », votre conscient répondra « mais si, j’ai peur ». En revanche, si je vous raconte une histoire, si j’emploie des métaphores, votre inconscient va capter le message sans passer par la résistance consciente.

Prenons un exemple. Je reçois Marc, 35 ans, qui ne peut plus prendre l’avion depuis un vol turbulent il y a trois ans. En séance, je ne lui parle pas directement de sa peur. Je lui raconte l’histoire d’un jardinier qui doit traverser un pont suspendu pour aller arroser ses plantes. Le pont grince, il a peur qu’il s’effondre. Mais en regardant attentivement, il voit que les câbles sont solides, que d’autres passent chaque jour. Il décide de faire confiance à la structure, et il traverse. Marc ne fait pas le lien consciemment tout de suite. Mais son inconscient, lui, a compris : le pont, c’est l’avion. Les câbles, ce sont les protocoles de sécurité. La traversée, c’est le vol.

L’hypnose ericksonienne permet de contourner la partie rationnelle qui vous dit « c’est irrationnel d’avoir peur » pour aller directement dialoguer avec la partie émotionnelle qui a besoin d’être rassurée. Mais ce n’est que la première étape. Pour un travail en profondeur, j’associe l’IFS.


IFS : faire connaissance avec vos parties protectrices et exilées

L’IFS (Internal Family Systems) repose sur une idée simple : votre esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est constitué de nombreuses « parties », chacune avec sa propre personnalité, ses émotions, ses croyances, et même sa propre voix intérieure. Certaines parties sont protectrices : elles ont pris un rôle pour vous éviter de souffrir. D’autres sont exilées : elles portent des blessures anciennes, souvent oubliées.

Dans le cas de la peur des transports, vous allez généralement rencontrer plusieurs parties :

  • Le pompier : c’est la partie qui panique, qui vous fait transpirer, qui vous donne envie de faire demi-tour. Son job est d’éteindre le feu de l’angoisse immédiatement, même si c’est en vous privant de liberté.
  • Le manager : c’est la partie qui organise tout pour éviter la peur. Elle calcule les itinéraires sans péage, vérifie trois fois la pression des pneus, refuse les invitations qui nécessitent de prendre l’autoroute. Elle est hypervigilante.
  • L’exilée : c’est la partie blessée qui est à l’origine de tout. Elle porte la mémoire d’un événement – parfois oublié – où vous vous êtes senti en danger, impuissant, seul. Elle a été exilée parce que sa douleur est trop forte. Les protecteurs (pompier, manager) font tout pour que vous ne la ressentiez pas.

En séance, je ne cherche pas à supprimer le pompier. Je le remercie d’avoir fait son travail. Puis je lui demande ce qui se passerait s’il se détendait un peu. Souvent, il répond : « Si je me détends, l’exilée va sortir, et c’est trop douloureux. » C’est là que l’hypnose entre en jeu pour créer un espace sécurisé où l’exilée peut être entendue sans que vous soyez submergé.

Prenons un cas concret. Sophie, 29 ans, a peur de prendre le train depuis qu’elle a été bloquée deux heures dans un TGV en panne. Son pompier est très actif : dès qu’elle entre en gare, son cœur s’emballe. Son manager, lui, la pousse à prendre la voiture systématiquement, même pour Paris, ce qui est épuisant.

En état d’hypnose légère, je l’invite à se tourner vers son pompier. Je lui demande : « Quelle est son intention positive ? » La réponse de Sophie la surprend : « Il veut m’empêcher de ressentir cette sensation d’enfermement que j’ai eue dans le train. » Je lui fais ressentir de la gratitude envers cette partie. Puis, avec sa permission, on va voir l’exilée : la Sophie de 29 ans bloquée dans le train, qui a eu peur de ne jamais pouvoir sortir. On ne la force pas à revivre la scène. On l’observe avec compassion. On lui dit : « Tu as eu très peur, et tu as survécu. » Petit à petit, l’exilée se sent vue, et le pompier peut se détendre.

« Chaque partie, même la plus bruyante, a une intention positive. La peur n’est pas une ennemie : c’est un gardien qui a oublié que le danger est passé. »


Ce que l’hypnose et l’IFS font vraiment (et ne font pas)

Je veux être honnête avec vous. L’hypnose et l’IFS ne sont pas des baguettes magiques. Elles ne feront pas disparaître votre peur en une séance comme par enchantement. Ce ne sont pas non plus des techniques de « reprogrammation » qui effacent un souvenir. Ce qu’elles font, c’est changer votre relation avec la peur.

Avant, vous êtes en lutte : vous contre votre peur. C’est épuisant, et ça renforce l’anxiété. Après, vous êtes en dialogue : vous écoutez votre peur, vous comprenez ce qu’elle essaie de vous dire, et vous pouvez la rassurer. La peur ne disparaît pas forcément complètement, mais elle devient plus légère, plus maniable. Elle n’est plus une dictature, mais une simple information.

Concrètement, voici ce que vous pouvez attendre :

  • Un apaisement rapide des symptômes physiques (palpitations, sueurs, oppression) dès les premières séances, parce que le pompier se sent entendu.
  • Une compréhension profonde de l’origine de la peur, qui enlève le sentiment de honte ou d’irrationalité.
  • Une liberté de choix : vous pourrez décider de prendre la voiture ou l’avion sans être paralysé. Pas parce que la peur aura disparu, mais parce qu’elle ne sera plus aux commandes.
  • Un effet durable : en libérant l’exilée, vous ne créez pas un simple pansement. Vous traitez la racine.

Ce que ça ne fait pas :

  • Ça ne vous transforme pas en conducteur insouciant si vous avez une phobie sévère. Vous resterez prudent, mais serein.
  • Ça ne remplace pas un bilan médical si vos symptômes ont une cause physique (cardiaque, par exemple). Je travaille toujours en complément d’un suivi médical.
  • Ça ne fonctionne pas si vous n’êtes pas prêt à dialoguer avec vos parties. L’IFS demande une certaine curiosité envers vous-même.

Une séance imagée : comment ça se passe concrètement ?

Je vais vous décrire une séance typique pour que vous visualisiez. Vous êtes installé confortablement dans un fauteuil, pas allongé. Je vous guide vers un état de relaxation légère – vous restez conscient, vous pouvez parler, bouger si nécessaire. Je commence par vous demander : « Quelle est la situation de transport qui vous pose le plus problème ? » Vous me décrivez : l’autoroute, la nuit, ou le pont, ou l’aéroport.

Puis je vous invite à fermer les yeux. Je vous propose d’imaginer un lieu sécurisant – réel ou imaginaire. Vous sentez la texture du sol sous vos pieds, la température de l’air, les sons autour. Une fois que vous êtes bien ancré, je vous demande : « Pouvez-vous localiser cette partie de vous qui a peur des transports ? Dans votre corps, où est-elle ? » Vous me répondez : une boule dans le ventre, une tension dans la poitrine.

Je vous propose de lui donner une forme, une couleur, une texture. « Si cette partie était une forme, à quoi ressemblerait-elle ? » Un bloc gris, une boule noire, une spirale. Puis je vous invite à lui parler, pas pour la chasser, mais pour la connaître. « Demande-lui : pourquoi es-tu là ? Que veux-tu que je sache ? » Vous écoutez la réponse, qui vient souvent sous forme d’image, de sensation, ou de pensée. Parfois, la partie répond : « Je suis là pour te protéger de l’accident. » Vous la remerciez. Puis vous lui demandez : « Accepterais-tu de te détendre un tout petit peu, pour que je puisse voir ce qui se cache derrière toi ? »

Si elle accepte, vous découvrez l’exilée : une scène ancienne, parfois d’enfance, où vous vous êtes senti en danger. Vous l’observez avec bienveillance. Vous pouvez lui dire : « Je te vois, tu n’es plus seule. » Vous pouvez même, en imagination, lui offrir ce dont elle avait besoin à ce moment-là (une main posée sur l’épaule, des mots de réconfort).

La séance se termine par un retour progressif à l’état ordinaire. Vous ouvrez les yeux. Souvent, les gens me disent : « C’est étrange, la boule dans le ventre a changé de forme, elle est plus petite, ou elle a disparu. » Ce n’est pas fini pour autant – l’exilée aura besoin de plusieurs séances pour se sentir en sécurité. Mais un premier pas est fait.


Ce que vous pouvez faire maintenant pour commencer à dialoguer avec votre peur

Vous n’avez pas besoin d’attendre une séance pour amorcer ce dialogue. Voici un exercice simple que vous pouvez faire chez vous, dans un moment calme, sans risque.

  1. Identifiez une situation de transport qui déclenche une peur légère à modérée (pas la plus intense, pour commencer). Par exemple, prendre la voiture pour aller au supermarché à 10 km.
  2. Asseyez-vous confortablement, fermez les yeux, et prenez trois respirations profondes. Posez une main sur votre ventre.
  3. Rappelez-vous cette situation : visualisez-vous au volant, ou dans le train. Laissez la sensation de peur monter un peu – pas trop, juste assez pour la sentir.
  4. Demandez intérieurement : « Où est-ce que je ressens cette peur dans mon corps ? » Peut-être une tension dans la nuque, une oppression thoracique, un nœud à l’estomac.
  5. Donnez-lui une forme : si cette sensation était une forme, quelle serait-elle ? Une boule, une épine, une vague ? Quelle couleur ? Quelle texture ?
  6. Parlez-lui avec curiosité, pas avec colère. Dites-lui : « Je te vois. Je sais que tu es là pour me protéger. Merci. » Vous pouvez même ajouter : « Que veux-tu que je sache ? » Écoutez la réponse qui vient. Elle peut être une image, un mot, une sensation qui change.
  7. Remerciez-la et dites-lui : « Je reviendrai te parler. » Puis ouvrez les yeux doucement.

Faites cet exercice une fois par jour, pendant une semaine. Ne cherchez pas à supprimer la peur. Cherchez simplement à la connaître. Vous serez surpris de voir comment elle se modifie quand elle se sent écoutée.


Je ne vous promets pas que votre peur disparaîtra en une nuit. Mais je vous promets que vous pouvez cesser de la combattre. Et dans cet arrêt, il y a un espace de liberté que vous n’avez peut-être pas exploré.

Si vous sentez que cette approche pourrait vous aider, je vous invite à me contacter pour un premier échange sans engagement. Nous verrons ensemble si l’hypnose et l’IFS sont adaptées à votre situation. Il n’y a pas de honte à avoir peur des transports. Il y a simplement une partie de vous qui a besoin d’être entendue.

Prenez soin de vous, et de toutes vos parties.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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