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Hypnose et IFS : guérir la partie qui a peur de voler

Dialoguez avec votre peur pour l’apaiser durablement.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

C’est en voyant défiler le paysage à 10 000 mètres d’altitude que Lucie a compris qu’elle avait un problème. Pas un petit trac, pas une simple appréhension. Une vraie panique, viscérale, qui lui serrait la poitrine et lui coupait le souffle. Pourtant, elle était assise, ceinture attachée, son mari à côté d’elle, rien de dangereux. Mais son corps, lui, ne voulait rien savoir. Son cœur battait comme un tambour de guerre, ses mains étaient moites, et elle avait l’impression que l’avion allait se décrocher du ciel à chaque turbulence.

Avant, Lucie prenait l’avion sans problème. Elle avait même voyagé seule en Asie plusieurs fois. Mais depuis deux ans, quelque chose avait changé. Elle évitait les voyages, refusait les invitations, et trouvait des excuses pour ne pas prendre l’avion. Son mari avait fini par accepter un poste à l’étranger, et elle devait absolument le rejoindre. Mais à chaque fois qu’elle envisageait de réserver un billet, une voix intérieure lui disait : « Tu vas mourir. » Pas une petite pensée, une certitude.

Si vous reconnaissez cette voix, ou une voix similaire qui vous empêche de faire ce que vous voulez, vous n’êtes pas seul. Beaucoup de gens vivent avec une peur qui semble irrationnelle, mais qui est bien réelle. Et souvent, on essaie de la combattre, de la raisonner, de la faire taire. On se dit : « C’est idiot, l’avion est le moyen de transport le plus sûr. » Mais la peur ne répond pas à la logique. Elle répond à quelque chose de plus profond.

C’est là que l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) peuvent faire une différence. Pas en supprimant la peur, mais en dialoguant avec elle. Parce que cette peur, aussi envahissante soit-elle, n’est pas un ennemi. C’est une partie de vous. Une partie qui a une bonne raison d’exister. Et si vous pouviez l’écouter, la comprendre, et l’apaiser, au lieu de la combattre ?

Pourquoi votre peur de voler ne part pas avec des arguments logiques ?

La première chose que les gens essaient face à une peur, c’est de la raisonner. Vous avez probablement déjà entendu ou dit des phrases comme : « Les statistiques montrent que l’avion est plus sûr que la voiture », « Les pilotes sont hyper formés », « Les avions ont des systèmes de sécurité redondants ». Et pourtant, ça ne marche pas. Pourquoi ?

Parce que la peur de voler n’est pas une peur logique. Elle est émotionnelle, physiologique, et souvent ancrée dans une expérience passée ou une croyance profonde. Notre cerveau a deux grandes parties : le cortex préfrontal, qui raisonne, analyse, et planifie (c’est le chef), et le système limbique, qui gère les émotions et la survie (c’est le gardien). Quand vous montez dans un avion, votre gardien peut se déclencher et crier : « Danger ! » même si votre chef lui montre des chiffres rassurants. Le gardien ne lit pas les statistiques. Il sent.

En hypnose ericksonienne, on ne force pas le gardien à se taire. On ne lui dit pas qu’il a tort. Au contraire, on l’écoute. On entre en contact avec cette partie qui a peur, on la remercie de vouloir vous protéger, et on cherche à comprendre ce qu’elle veut vraiment. Parce que derrière la peur de voler, il y a souvent une peur plus ancienne : peur de perdre le contrôle, peur de mourir, peur de l’abandon, peur de l’inconnu. Et tant que cette peur profonde n’est pas entendue, elle continuera à hurler.

L’erreur classique est de vouloir supprimer la peur. Mais une émotion qu’on réprime ne disparaît pas. Elle se cache, et ressort plus fort ailleurs. Vous pouvez prendre des médicaments, boire un verre de trop avant le vol, ou vous distraire avec un film. Mais la peur reste là, tapie, prête à surgir à la moindre turbulence. Ce qu’il faut, ce n’est pas la supprimer, c’est la transformer. Et pour ça, il faut d’abord l’accueillir.

Ce que l’IFS révèle : la peur est une partie, pas votre identité

L’IFS, ou Internal Family Systems, est une approche qui considère que notre esprit est composé de différentes « parties ». Imaginez une famille intérieure : il y a la partie critique, la partie perfectionniste, la partie qui se sacrifie, la partie qui a peur, la partie qui se fâche, la partie qui veut fuir, etc. Chacune a un rôle, un âge, une histoire. Et elles interagissent entre elles, parfois en conflit.

Quand vous avez peur de voler, ce n’est pas « vous » qui avez peur. C’est une partie de vous qui a peur. Et cette partie a une bonne raison de le faire. Peut-être qu’elle a vécu un événement traumatique lié à l’avion, ou à une perte de contrôle. Peut-être qu’elle a été formée par une croyance parentale : « Le ciel est dangereux », « On ne maîtrise rien ». Peut-être qu’elle est liée à une peur plus ancienne de la mort ou de l’abandon.

Le problème, c’est que cette partie a pris le contrôle. Elle est devenue ce qu’on appelle en IFS une « partie protectrice extrême ». Elle fait tout pour vous éviter de monter dans un avion. Et plus vous essayez de la combattre, plus elle se renforce. Parce qu’elle interprète votre lutte comme une preuve que le danger est réel.

En IFS, on ne combat pas cette partie. On la remercie. On lui dit : « Merci de vouloir me protéger. Je comprends que tu fais de ton mieux. Mais j’ai besoin de savoir ce que tu crains vraiment. » Et souvent, quand on creuse, on découvre qu’elle protège une partie plus vulnérable, plus jeune, qui a été blessée. Par exemple, une partie qui a vécu une séparation brutale, ou une perte de contrôle dans l’enfance. Cette partie-là a besoin d’être entendue, consolée, libérée.

L’hypnose ericksonienne est un outil idéal pour entrer en contact avec ces parties. Parce qu’elle contourne le mental analytique, le chef rationnel, et parle directement à l’inconscient. Vous pouvez, en état de transe légère, visualiser cette peur comme une forme, une couleur, un personnage. Et dialoguer avec elle. Ce n’est pas une technique de « reprogrammation » agressive. C’est une conversation douce, respectueuse, qui permet à la partie de se sentir entendue et de lâcher prise.

Comment l’hypnose ericksonienne transforme la relation avec votre peur

Milton Erickson, le père de l’hypnose qui porte son nom, avait une philosophie simple : chaque personne a déjà en elle les ressources pour guérir. Son rôle n’est pas de vous dire quoi faire, mais de créer les conditions pour que votre inconscient trouve ses propres solutions. Il utilisait des histoires, des métaphores, des suggestions indirectes, pour contourner les résistances conscientes.

Prenons l’exemple de la peur de voler. Si je vous dis directement : « Vous n’avez pas peur, l’avion est sûr », votre mental conscient va se braquer. Il va chercher des contre-exemples, des arguments, et renforcer la peur. Par contre, si je vous raconte une histoire, une métaphore, votre inconscient va l’écouter sans filtre. Par exemple, je pourrais vous parler d’un oiseau qui apprend à voler, des courants d’air qui le portent, de la confiance qu’il développe en ses ailes. Votre inconscient fera le lien tout seul, sans que vous ayez à lutter.

En séance, on travaille souvent avec des techniques de dissociation. Par exemple, je vous invite à imaginer que vous regardez un film de vous-même dans l’avion. Vous êtes dans la salle de cinéma, confortablement installé, et vous observez la scène de loin. Cela permet de réduire l’intensité émotionnelle. Puis, progressivement, vous pouvez entrer dans le film, mais avec des ressources que vous avez identifiées au préalable : un souvenir de calme, un endroit sécurisant, une sensation de force.

On utilise aussi l’ancrage : vous créez un geste, une pression sur la main, ou une respiration qui déclenche un état de calme. Ce geste, vous pouvez le reproduire dans l’avion, et votre corps se rappellera l’état de sécurité. Mais attention : l’hypnose ne fait pas disparaître la peur en un claquement de doigts. Elle vous apprend à danser avec elle. Vous n’êtes plus en lutte, vous êtes en partenariat.

Les 3 étapes clés pour apaiser une peur enracinée

Si vous voulez commencer à travailler sur votre peur de voler, voici une structure simple que j’utilise souvent avec mes patients. Elle combine l’esprit de l’IFS et les techniques d’hypnose ericksonienne. Vous pouvez la pratiquer chez vous, en douceur, sans pression.

Étape 1 : Identifier et accueillir la partie qui a peur

Asseyez-vous dans un endroit calme. Fermez les yeux. Prenez trois respirations profondes. Puis, portez votre attention sur votre corps. Où ressentez-vous la peur ? Dans la poitrine ? Le ventre ? La gorge ? Donnez-lui une forme, une couleur, une texture. Puis, dites-lui mentalement : « Je te vois. Je te remercie de vouloir me protéger. Je sais que tu fais de ton mieux. » Ne cherchez pas à la chasser. Restez avec elle quelques instants, comme avec un enfant qui a peur.

Étape 2 : Dialoguer pour comprendre son histoire

Demandez-lui doucement : « Qu’est-ce que tu crains vraiment ? Qu’est-ce qui se passerait si je montais dans cet avion ? » Écoutez la réponse. Elle peut venir sous forme de mots, d’images, de sensations. Peut-être qu’elle vous montre un souvenir : un voyage où vous avez eu très peur, une perte de contrôle, une séparation. Peut-être qu’elle vous dit : « Si tu montes, tu vas mourir, et ceux que tu aimes vont souffrir. » Ne jugez pas. Remerciez-la encore. Puis demandez : « Quel âge as-tu ? » Souvent, la partie est plus jeune que vous ne le pensez. Elle peut avoir 5, 8, 12 ans.

Étape 3 : Apporter une ressource et une nouvelle perspective

Maintenant, imaginez que vous êtes la version adulte de vous-même, calme et compétent. Vous pouvez prendre cette partie jeune dans vos bras, ou l’asseoir à côté de vous. Dites-lui : « Je suis là maintenant. Je suis adulte. Je vais m’occuper de tout. Tu n’as plus besoin de porter cette peur toute seule. » Puis, montrez-lui une image de vous dans l’avion, serein, capable de gérer les turbulences. Si elle a peur, restez avec elle. Ne la forcez pas à lâcher prise. Proposez-lui de vous faire confiance, petit à petit.

« La peur n’est pas un mur, c’est une porte. Quand on l’ouvre doucement, on découvre qu’elle protège quelque chose de précieux. »

Pourquoi cette approche est différente des thérapies classiques ?

Les thérapies classiques pour les phobies, comme la thérapie cognitive et comportementale (TCC), sont très efficaces. Elles vous exposent progressivement à l’objet de votre peur, en vous apprenant à gérer l’anxiété. Mais elles travaillent souvent au niveau du comportement et des pensées conscientes. L’hypnose ericksonienne et l’IFS vont plus loin : elles s’adressent à l’inconscient, à la racine émotionnelle.

Prenons un exemple. Un patient vient me voir avec une peur de l’avion. En TCC, on ferait une liste des situations anxiogènes, on établirait une hiérarchie, et on l’exposerait progressivement. Ça marche. Mais parfois, la peur revient après quelques mois, parce que la cause profonde n’a pas été traitée.

Avec l’IFS, on découvre que cette peur est liée à une partie qui a été créée à l’âge de 6 ans, quand ses parents ont divorcé et qu’elle a été séparée de son père. L’avion, pour elle, représente la séparation, la perte, l’abandon. En libérant cette partie de son fardeau, la peur de voler disparaît d’elle-même, sans avoir besoin de l’exposer des dizaines de fois.

L’hypnose permet d’accéder à ces mémoires anciennes, souvent hors de la conscience. Et le changement est durable, parce qu’il ne s’agit pas de gérer un symptôme, mais de guérir une cause.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant pour commencer à apaiser votre peur

Vous n’avez pas besoin d’attendre une séance pour commencer. Voici trois exercices simples que vous pouvez faire chez vous, seuls, en toute sécurité.

Exercice 1 : Le journal des parties

Prenez un carnet. Notez la phrase : « La partie de moi qui a peur de voler a peur que… » et complétez sans réfléchir. Laissez venir tout ce qui vient, même si c’est irrationnel. Puis, écrivez : « Cette partie a… ans. Elle a été blessée quand… » Encore une fois, laissez venir. Ne cherchez pas à être logique. Cet exercice permet de donner une voix à la partie, de la reconnaître.

Exercice 2 : La respiration de l’accueil

Quand la peur monte, ne respirez pas en essayant de vous calmer. Au lieu de ça, respirez dans la peur. Inspirez en imaginant que vous envoyez de l’air dans la zone de tension. Expirez en disant mentalement : « Je t’accueille. » Faites cela 5 à 10 fois. Vous verrez que la sensation change. La peur n’est plus une ennemie, elle devient une présence que vous pouvez contenir.

Exercice 3 : La visualisation de l’avion sécurisé

Avant de dormir, fermez les yeux. Imaginez un avion. Mais pas un avion normal. Imaginez-le comme un cocon, doux, lumineux, avec des hublots qui laissent entrer une lumière dorée. Vous êtes à l’intérieur, confortablement installé. Ressentez la texture du siège, l’odeur de l’air, le bruit des moteurs transformé en un bourdonnement apaisant. Visualisez le décollage comme un mouvement fluide, comme si vous étiez porté par une vague. Faites cela 5 minutes chaque soir. Votre inconscient commencera à associer l’avion à la sécurité, sans que vous ayez à lutter.

Quand la peur de voler cache autre chose

Parfois, la peur de voler n’est pas seulement une phobie. Elle peut être un signal d’alarme pour quelque chose de plus profond. Un sentiment de perte de contrôle dans la vie, une anxiété généralisée, un deuil non fait, une peur de la mort qui refait surface. Dans ces cas-là, il est important de ne pas se focaliser uniquement sur l’avion, mais d’explorer ce que cette peur vous dit de votre vie.

J’ai accompagné une femme qui avait peur de voler depuis son accouchement difficile. Elle n’avait jamais fait le lien. En travaillant avec l’IFS, on a découvert que la partie qui avait peur de l’avion était la même que celle qui avait eu peur de perdre le contrôle pendant l’accouchement. En libérant cette mémoire, la peur de voler s’est estompée. L’avion n’était que le déclencheur, pas la cause.

Si vous sentez que votre peur est liée à un événement de vie, à une période de stress, ou à une émotion non résolue, ne la traitez pas comme une simple phobie. Donnez-lui la place d’être entendue. Et si vous avez besoin d’un cadre sécurisé pour le faire, un accompagnement professionnel peut être précieux.

Conclusion : un voyage vers soi-même

Guérir une peur de voler, ce n’est pas seulement pouvoir prendre l’avion sans angoisse. C’est aussi se réconcilier avec une partie de soi

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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