3 phrases à répéter (avec l'hypnose) pour gagner en confiance
Des affirmations qui changent vraiment votre dialogue intérieur.
Une méthode douce pour apaiser le protecteur intérieur.
« Elle s’appelle Julie. À chaque fois qu’elle doit prendre la parole en réunion, sa gorge se serre. Sa voix devient étranglée, ses mains moites. Elle sent monter une panique qu’elle n’explique pas : « Je sais que je connais mon sujet, pourtant mon corps réagit comme si j’étais en danger. » Ce n’est pas une question de timidité. C’est une partie d’elle, bien réactive, qui s’active dès qu’elle perçoit une situation d’évaluation ou de vulnérabilité. Julie a déjà essayé de respirer, de se raisonner, de se répéter des affirmations positives. Rien n’y fait. Cette partie qui a peur semble plus forte que sa volonté.
Si vous lisez ces lignes, peut-être reconnaissez-vous cette expérience. Une phobie, une anxiété sociale, une peur irrationnelle qui ne répond pas à la simple logique. Vous avez peut-être tenté de l’ignorer, de la combattre ou de la contrôler. Et souvent, ça ne fait qu’empirer. Pourtant, il existe une voie différente, plus douce, qui ne cherche pas à éliminer la peur, mais à comprendre ce qu’elle protège. C’est ce que propose l’hypnose IFS (Internal Family Systems), une approche qui dialogue avec les parties de nous-mêmes, y compris celle qui a peur, pour apaiser le conflit intérieur.
Dans cet article, je vais vous expliquer comment fonctionne cette méthode, pourquoi votre peur n’est pas votre ennemie, et comment vous pouvez, pas à pas, entamer ce dialogue intérieur. Je vous parlerai de mécanismes concrets, de cas anonymisés comme celui de Julie, et je vous donnerai des pistes pratiques pour commencer dès maintenant. Pas de promesses magiques : l’IFS demande de la curiosité et un peu de patience, mais les résultats peuvent être profonds.
Commençons par un constat qui vous parle peut-être : vous savez rationnellement que prendre la parole en public n’est pas dangereux. Vous savez que les araignées ne vous attaqueront pas, que l’avion est statistiquement sûr, que conduire sur l’autoroute n’est pas une épreuve de survie. Pourtant, votre corps réagit comme si c’était le cas. Le cœur s’emballe, la respiration s’accélère, les muscles se tendent. C’est ce décalage entre le mental conscient et la réaction automatique qui rend la phobie si frustrante.
D’un point de vue neurologique, cette réaction est gérée par l’amygdale, une petite structure dans le cerveau qui joue le rôle de détecteur de menaces. Son travail est rapide, instinctif, et elle ne consulte pas votre cortex préfrontal (la partie rationnelle) avant d’agir. Quand elle a été conditionnée à associer une situation à un danger, elle déclenche l’alarme en une fraction de seconde. C’est un système de survie très efficace… sauf quand il se trompe de cible.
Mais il y a une couche supplémentaire, plus psychologique, que l’IFS explore. Cette réaction n’est pas un simple dysfonctionnement neuronal. C’est une partie de vous, une sous-personnalité, qui a pris le relais pour vous protéger. Dans le modèle IFS, nous sommes tous composés de multiples « parties », chacune avec ses propres croyances, émotions et stratégies. La partie qui a peur n’est pas un défaut : c’est un protecteur qui a été activé à un moment de votre vie, souvent dans l’enfance, face à une situation perçue comme dangereuse ou blessante.
Prenons l’exemple de Thomas, un footballeur que j’accompagne en préparation mentale. Il a une peur panique de rater un penalty décisif. Rationnellement, il sait qu’un match n’est qu’un jeu. Mais sa partie protectrice, que nous avons surnommée « le Vigile », s’active dès qu’il s’approche du point de penalty. Cette partie s’est formée à l’âge de 12 ans, quand il a manqué un tir important et qu’il a été humilié devant toute l’école. Le Vigile est convaincu que si Thomas échoue encore, il revivra cette humiliation insupportable. Alors pour l’en empêcher, il génère une peur paralysante qui bloque ses jambes et embue sa concentration.
La peur irrationnelle n’est donc pas un bug. C’est une stratégie de protection, certes maladroite, mais animée par une intention positive : vous éviter une souffrance. Le problème, c’est que cette stratégie est devenue obsolete. Elle a été programmée dans un contexte ancien, et elle continue de s’appliquer à des situations actuelles qui ne présentent plus le même danger. La bonne nouvelle, c’est que vous pouvez dialoguer avec cette partie pour la rassurer, la remercier, et lui proposer un nouveau rôle.
L’hypnose IFS, c’est la rencontre de deux mondes : l’hypnose ericksonienne, que je pratique depuis des années, et le modèle IFS développé par Richard Schwartz dans les années 1980. L’hypnose ericksonienne est une forme d’hypnose permissive et indirecte, qui utilise le langage métaphorique et la suggestion pour contourner les résistances conscientes et accéder à l’inconscient. L’IFS, lui, est un modèle de psychothérapie qui considère que notre psyché est constituée d’un Self (notre essence calme, curieuse et compatissante) et de nombreuses parties, souvent en conflit entre elles.
La spécificité de l’hypnose IFS, c’est qu’elle combine l’état de conscience modifié de l’hypnose avec le travail de dialogue avec les parties. En état hypnotique, vous êtes plus réceptif, moins critique, et plus connecté à votre monde intérieur. C’est le moment idéal pour entrer en contact avec une partie qui a peur, non pas pour la forcer à disparaître, mais pour l’écouter, comprendre son histoire, et négocier un nouveau mode de fonctionnement.
Là où d’autres approches peuvent être confrontantes ou chercher à éteindre la peur par des techniques d’exposition ou de recadrage cognitif, l’IFS propose une écoute radicale. Imaginez que la partie qui a peur soit un enfant paniqué dans une pièce sombre. Le raisonner en lui disant « il n’y a rien à craindre » ne marche pas. Le forcer à affronter la pièce sombre pourrait même le traumatiser davantage. En revanche, s’asseoir à côté de lui, lui prendre la main, lui demander ce qu’il voit, ce qu’il craint, et lui offrir une présence sécurisante, ça change tout. C’est exactement ce que fait l’hypnose IFS : vous devenez le parent bienveillant pour votre propre partie effrayée.
Cette approche est particulièrement efficace pour les phobies parce qu’elle ne cherche pas à supprimer la peur, mais à en faire une alliée. Une fois que la partie protectrice se sent entendue et reconnue, elle peut se détendre. Et souvent, derrière elle, se trouve une partie plus vulnérable, souvent un enfant intérieur qui a été blessé. En libérant cette charge émotionnelle ancienne, la peur actuelle s’évanouit naturellement. Ce n’est pas un combat, c’est une réconciliation.
Le dialogue avec une partie ne se fait pas n’importe comment. Il y a un cadre, une attitude, que j’appelle la « posture du Self ». Le Self est votre centre, votre nature profonde : calme, curieuse, compatissante, confiante, créative, courageuse, connectée. Quand vous êtes dans le Self, vous pouvez approcher n’importe quelle partie sans jugement, sans vouloir la changer, juste avec l’intention de comprendre.
Voici les étapes que je propose souvent à mes patients, que ce soit en séance d’hypnose ou en auto-pratique. Je vais les illustrer avec le cas de Julie, pour que ce soit concret.
Étape 1 : Prenez une pause et respirez. Asseyez-vous confortablement, fermez les yeux, et portez votre attention sur votre respiration. Laissez le monde extérieur s’éloigner. Vous n’avez rien à faire, juste être présent. Quand vous vous sentez suffisamment ancré, vous pouvez inviter la partie qui a peur à se manifester. Ne cherchez pas à la forcer. Dites simplement intérieurement : « J’aimerais rencontrer la partie de moi qui a peur. Je suis ouvert à la ressentir. »
Étape 2 : Observez-la comme un phénomène. Julie, au début, ressentait une boule dans la gorge et une tension dans la poitrine. Elle a appris à observer ces sensations sans les juger. Où est-ce que la peur se situe dans votre corps ? A-t-elle une forme, une couleur, une texture ? Est-elle chaude ou froide ? Lourde ou légère ? Cette observation crée une distance saine : vous n’êtes pas la peur, vous êtes celui ou celle qui l’observe. C’est le début du dialogue.
Étape 3 : Remerciez-la. C’est contre-intuitif, mais essentiel. Dites à cette partie : « Merci d’avoir pris soin de moi toutes ces années. Je sais que tu as essayé de me protéger. » Julie a été surprise par les larmes qui sont montées à ce moment-là. Sa partie protectrice, qu’elle avait toujours combattue, s’est sentie reconnue pour la première fois. La peur a immédiatement baissé d’intensité.
Étape 4 : Posez-lui des questions avec curiosité. Demandez-lui : « Quel âge as-tu ? Depuis quand es-tu là ? Que crains-tu qu’il arrive si tu ne fais pas ton travail ? Qu’essaies-tu de m’éviter exactement ? » Julie a découvert que sa partie avait 8 ans. Elle avait peur qu’on se moque d’elle comme à l’école, quand elle avait bafouillé lors d’une lecture à voix haute. La partie était convaincue que si Julie montrait ses faiblesses, elle serait rejetée et exclue.
Étape 5 : Écoutez sans argumenter. Ne dites pas à la partie que sa peur est irrationnelle. Elle a ses raisons, même si elles datent d’un autre temps. Validez son expérience : « Je comprends que tu aies eu si peur à ce moment-là. C’était dur. » Cette validation est le carburant de l’apaisement.
Étape 6 : Proposez un nouveau rôle. Une fois que la partie se sent entendue, vous pouvez lui demander : « Accepterais-tu de prendre un peu de recul ? J’aimerais essayer de gérer cette situation d’une nouvelle façon, avec toi à mes côtés, mais sans que tu aies à porter toute la responsabilité. » Julie a proposé à sa partie de devenir une « observatrice calme » plutôt qu’une « alarme stridente ». La partie a accepté, à condition de pouvoir revenir si elle sentait un vrai danger.
Ces étapes peuvent sembler simples, mais elles demandent de la pratique. En séance d’hypnose, je guide la personne dans cet état de conscience modifié, ce qui rend le dialogue plus fluide et profond. Mais vous pouvez aussi commencer seul, dans un moment calme, en écrivant dans un journal ou en méditant. L’important est l’attitude : la curiosité, la compassion, et la patience.
C’est sans doute le point le plus important à intégrer. La partie qui a peur n’est pas un démon à exorciser. C’est un protecteur qui a été contraint de prendre un rôle extrême parce que, à un moment donné, il n’y avait pas d’autre option. Richard Schwartz parle de « protecteurs » et d’« exilés ». Les exilés sont des parties vulnérables qui portent des blessures émotionnelles anciennes (honte, humiliation, abandon). Les protecteurs, comme la peur, sont là pour empêcher que ces exilés soient exposés ou submergés.
Prenons un autre exemple, celui de Marc, un coureur que j’accompagne. Il a une peur paralysante de se blesser. À chaque entraînement, il ralentit, s’arrête, vérifie constamment ses sensations. Cette peur le protège d’une blessure réelle, certes, mais elle l’empêche aussi de progresser. En creusant avec l’IFS, nous avons découvert que derrière cette peur se cachait un exilé : un adolescent qui avait été humilié par son entraîneur après une blessure, traité de « faible ». La peur de Marc n’est pas seulement la peur de la douleur physique, c’est la peur de revivre cette humiliation. Le protecteur (la peur) fait tout pour que l’exilé (l’adolescent humilié) ne soit jamais exposé à nouveau.
Comprendre cette dynamique change tout. Au lieu de lutter contre la peur, vous pouvez remercier le protecteur d’avoir fait son travail, puis vous tourner vers l’exilé pour le libérer de sa charge émotionnelle. C’est un processus en deux temps : d’abord apaiser le protecteur, puis guérir l’exilé. L’hypnose IFS est particulièrement adaptée à cela, car elle permet d’accéder à ces souvenirs et de les retraiter dans un état de sécurité.
Un blocage fréquent que je vois en consultation, c’est la croyance que « si je laisse tomber ma peur, je vais devenir imprudent ou me mettre en danger ». C’est une peur légitime du protecteur lui-même. Il craint qu’en le licenciant, vous vous exposiez à des risques. C’est pourquoi le dialogue est crucial : vous devez rassurer le protecteur, lui montrer que vous êtes capable de prendre soin de vous d’une autre manière, et qu’il peut se reposer. Ce n’est pas un abandon, c’est une délégation de responsabilité.
Je ne vais pas vous promettre que l’hypnose IFS efface les phobies en une séance. Ce serait malhonnête. Chaque personne est unique, et la profondeur du travail dépend de l’histoire de la partie protectrice et de l’exilé qu’elle protège. Ce que je peux vous dire, c’est ce que j’observe régulièrement chez les personnes que j’accompagne.
Premier résultat : une diminution significative de l’intensité de la peur. Julie, après trois séances, a pu prendre la parole en réunion sans que sa gorge ne se serre. Elle ressentait encore une légère appréhension, mais elle pouvait la traverser. La panique avait laissé place à une nervosité normale, gérable. Thomas, le footballeur, a retrouvé sa fluidité sur les penalties. Sa partie protectrice, le Vigile, est devenue un « conseiller stratégique » qui l’aide à se concentrer plutôt qu’à le bloquer.
Deuxième résultat : une meilleure relation avec soi-même. Les personnes qui pratiquent l’IFS développent une auto-compassion qu’elles n’avaient pas auparavant. Elles cessent de se juger pour leur peur. Elles comprennent que cette peur est une réponse logique à une histoire, et non une faiblesse de caractère. Cette acceptation réduit la souffrance secondaire : la peur d’avoir peur.
Troisième résultat : une transformation durable. Contrairement à des techniques de gestion des symptômes, l’IFS s’attaque à la racine. En libérant l’exilé de sa charge émotionnelle, la peur protectrice n’a plus de raison d’être aussi intense. Les changements sont souvent profonds et stables dans le temps. Bien sûr, d’autres situations peuvent réactiver d’autres parties, mais vous aurez appris une méthode pour les accueillir.
Je me souviens d’une patiente, Sophie, qui avait une phobie des examens depuis vingt ans. Elle avait tout essayé : thérapies cognitives, méditation, médicaments. Rien n’avait vraiment marché. En explorant avec l’IFS, elle a découvert une partie d’elle, une petite fille de 7 ans, qui avait été terrorisée par un père exigeant. Chaque note inférieure à 18/20 était vécue comme un échec cuisant. La partie protectrice, surnommée « la Perfectionniste », la poussait à une anxiété extrême pour qu’elle travaille sans relâche. En dialoguant avec cette perfectionniste, Sophie a pu la rassurer : elle n’avait plus besoin de cette pression
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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