3 phrases à répéter (avec l'hypnose) pour gagner en confiance
Des affirmations qui changent vraiment votre dialogue intérieur.
Témoignage d'une libération progressive et durable.
J’ai reçu Émilie un mardi matin. Elle avait 34 ans, un poste à responsabilités dans une banque régionale, et un problème qui lui pourrissait la vie depuis trois ans : elle ne pouvait plus prendre l’ascenseur. Pas les petites cabines vitrées des centres commerciaux, ni les ascenseurs silencieux des hôtels. Mais surtout, pas celui de son immeuble de bureau, qu’elle empruntait pour monter au sixième étage trois fois par semaine.
Elle me l’a dit d’une voix presque gênée, comme si elle s’excusait de me faire perdre mon temps avec un problème « ridicule ». « C’est débile, je sais. Je monte six étages à pied, j’arrive en sueur, les collègues me regardent bizarrement. Mais dès que je mets un pied dans cette cabine, j’ai l’impression que je vais mourir. »
Je lui ai souri. « Émilie, vous n’êtes pas ridicule. Vous êtes en train de faire ce que votre cerveau a appris à faire pour vous protéger. On va juste lui apprendre autre chose. »
Elle est repartie une heure plus tard, avec un rendez-vous pour une deuxième séance la semaine suivante. Et elle est revenue quatre fois. Au total, cinq séances. Aujourd’hui, elle prend l’ascenseur tous les jours. Sans sueurs froides. Sans crise d’angoisse. Sans avoir besoin de se préparer mentalement dix minutes avant.
Voici comment ça s’est passé. Et si vous vivez la même chose, voici ce qui peut vous arriver, à vous aussi.
Avant de raconter le chemin d’Émilie, il faut comprendre ce qui se joue dans une phobie. Pas dans les livres de psychiatrie, mais dans votre tête, à vous qui lisez ces lignes et qui sentez votre cœur s’accélérer rien qu’en imaginant une porte métallique se refermer.
Une phobie, ce n’est pas une faiblesse. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est un apprentissage émotionnel qui a mal tourné.
Votre cerveau possède une structure minuscule et très ancienne, appelée l’amygdale. Son boulot, c’est la survie. Elle scanne en permanence votre environnement pour détecter ce qui pourrait vous tuer. Elle ne réfléchit pas, elle ne pèse pas le pour et le contre. Elle agit. Quand elle détecte un danger, elle déclenche une cascade de réactions physiques : accélération du rythme cardiaque, transpiration, respiration courte, jambes en coton. C’est le fameux réflexe de fuite ou de combat.
Le problème, c’est que l’amygdale apprend par association. Elle ne fait pas la différence entre un vrai danger (un lion qui court vers vous) et un danger perçu (une cabine d’ascenseur qui grince). Si, un jour, vous avez ressenti une peur intense dans un ascenseur — à cause d’une panne, d’une sensation d’étouffement, d’une crise d’angoisse spontanée — votre amygdale a enregistré : « Ascenseur = danger mortel. » Et depuis, chaque fois que vous approchez d’un ascenseur, elle déclenche la même alarme que si un tigre à dents de sabre vous poursuivait.
Votre phobie n’est pas un défaut de caractère. C’est un système d’alarme hyper-performant… qui s’est trompé de cible.
Émilie, elle, avait vécu un incident précis. Une panne d’ascenseur de trente secondes, entre le troisième et le quatrième étage. Les lumières avaient clignoté, la cabine avait tremblé, et elle avait eu une crise d’angoisse foudroyante. Depuis ce jour, son amygdale avait associé ascenseur et étouffement, enfermement, mort imminente. Et plus elle évitait l’ascenseur, plus l’amygdale se renforçait dans sa certitude : « Tu vois, on a raison d’avoir peur, on est toujours vivants. »
C’est le piège de l’évitement. Plus vous évitez, plus la peur grandit. Et plus elle grandit, plus vous évitez. Un cercle vicieux parfait.
La première séance avec Émilie n’a pas été spectaculaire. Elle s’attendait peut-être à ce que je sorte une baguette magique, ou à ce que je la plonge direct dans un état second pour « effacer » son problème. Je n’ai rien fait de tout ça.
On a parlé. Beaucoup.
Je lui ai demandé de me décrire très précisément ce qui se passait dans son corps quand elle pensait à l’ascenseur. Pas dans sa tête, dans son corps. « J’ai la poitrine serrée, les mains moites, une boule dans la gorge, et j’ai envie de courir. » Je lui ai demandé depuis quand ça durait. « Trois ans, deux mois, et quelques jours. » Je lui ai demandé ce qu’elle avait déjà essayé. « Respirer, me raisonner, prendre les escaliers, changer d’horaire pour éviter l’affluence… rien n’a marché. »
Puis je lui ai posé une question un peu étrange : « Si cette peur avait une forme, une couleur, une texture, à quoi ressemblerait-elle ? »
Elle a fermé les yeux. « C’est une masse grise, lourde, posée sur mon sternum. Comme un bloc de béton froid. »
Cet exercice n’est pas un gadget. Il sert à quelque chose de très concret en hypnose et en IFS (Internal Family Systems, une approche que j’utilise beaucoup). Quand vous donnez une forme à une sensation de peur, vous commencez à l’objectiver. Elle n’est plus « vous », elle devient « quelque chose en vous ». Et ça change tout. Parce qu’on peut dialoguer avec quelque chose. On peut l’observer. On peut même lui demander ce qu’elle veut.
J’ai ensuite guidé Émilie vers une première transe légère. Rien d’impressionnant. Juste un moment pour que son système nerveux apprenne à se calmer, sans lutte. Je lui ai proposé d’imaginer un lieu sûr, un endroit où elle se sentait complètement en paix. Elle a choisi une plage bretonne, un jour de vent doux, avec le bruit des vagues en fond. On a installé cette ressource dans son corps, par la respiration et les sensations.
Avant qu’elle parte, je lui ai donné une consigne simple pour la semaine : « Chaque fois que vous pensez à l’ascenseur, même si c’est pour avoir peur, posez une main sur votre sternum, soufflez lentement, et dites-vous : ‘C’est juste une alarme qui se déclenche. Je ne suis pas en danger.’ »
Elle est repartie dubitative. « Ça va marcher, ça ? » m’a-t-elle demandé sur le pas de la porte. « On verra, Émilie. Mais vous venez de faire le plus dur : arrêter de fuir le problème. »
La deuxième séance, une semaine plus tard, Émilie est arrivée avec un sourire timide. « J’ai pris l’ascenseur une fois. Je suis montée au deuxième étage, j’ai serré les dents, je suis redescendue. J’avais le cœur qui battait fort, mais je l’ai fait. »
C’est énorme. Elle avait brisé le cycle de l’évitement. Son cerveau commençait à recevoir une information nouvelle : « Tu peux entrer dans un ascenseur et en ressortir vivante. »
Mais on n’allait pas s’arrêter là. Son amygdale était encore en mode alerte maximale. Elle avait juste réussi à passer outre une fois. Il fallait maintenant lui apprendre à se caler sur une fréquence plus sereine.
J’ai proposé à Émilie une séance d’hypnose plus profonde. L’hypnose, c’est un état modifié de conscience, très naturel, que vous vivez plusieurs fois par jour sans le savoir : quand vous rêvassez dans le bus, quand vous lisez un roman captivant, quand vous regardez le paysage défiler en voiture. C’est un moment où votre esprit critique se met en veille et où votre inconscient devient plus réceptif aux suggestions.
Je l’ai guidée vers cet état, en utilisant la plage bretonne comme point d’ancrage. Puis, une fois installée dans cette bulle de sécurité, je lui ai proposé une métaphore. Celle du chef opérateur dans la salle de contrôle d’un grand immeuble. « Vous êtes aux commandes. Devant vous, un tableau de bord avec des voyants. Il y a un voyant rouge qui clignote : ‘Ascenseur = danger’. Mais vous savez, au fond de vous, que c’est une fausse alerte. Vous pouvez appuyer sur le bouton pour le passer en vert. Pas en forçant. Juste en tournant le bouton, doucement, en laissant la nouvelle information s’installer. »
En hypnose, on ne force rien. On suggère, on ouvre des portes. C’est votre inconscient qui décide de les franchir ou pas.
Émilie a eu une réaction que je vois souvent : ses épaules se sont affaissées, sa respiration est devenue plus ample, et une larme a coulé sur sa joue. Pas une larme de tristesse. Une larme de soulagement. Comme si quelque chose de verrouillé depuis trois ans venait de se débloquer.
Quand elle est sortie de transe, elle m’a dit : « J’ai vu le bouton. Il était tout rouillé. Mais j’ai réussi à le tourner. » Je lui ai souri. « Vous venez de reprogrammer votre système d’alarme, Émilie. Maintenant, il faut consolider. »
À la troisième séance, Émilie était plus détendue. Elle avait pris l’ascenseur trois fois dans la semaine, dont une fois jusqu’au quatrième étage. Pas de crise majeure, juste une appréhension légère qui disparaissait au bout de quelques secondes. Mais elle sentait qu’il restait quelque chose. Une résistance. Un petit quelque chose qui lui disait : « Attention, ne t’emballe pas, ça peut encore arriver. »
C’est là que j’ai sorti l’IFS (Internal Family Systems). C’est une approche que j’affectionne particulièrement parce qu’elle est d’une humanité rare. L’idée de base, c’est que notre psychisme est composé de plusieurs « parties », comme une famille intérieure. Il y a la partie qui a peur, la partie qui juge, la partie qui protège, la partie qui veut tout contrôler. Et ces parties ne sont pas des ennemies. Elles ont toutes une intention positive, même si leurs méthodes sont parfois contre-productives.
J’ai demandé à Émilie de se reconnecter à cette masse grise et froide qu’elle avait identifiée en séance 1. « Si cette partie pouvait parler, que dirait-elle ? »
Émilie a fermé les yeux. « Elle dit : ‘Si tu n’as pas peur, tu vas baisser ta garde, et un jour tu vas vraiment rester coincée. Alors je te protège en te rappelant le danger.’ »
C’est magnifique, non ? Cette partie qu’elle croyait être son ennemie était en réalité une gardienne dévouée. Elle avait juste une stratégie un peu archaïque. Au lieu de vouloir la chasser, j’ai proposé à Émilie de la remercier. « Dis-lui merci d’avoir veillé sur toi pendant trois ans. Dis-lui que tu as compris. Mais que maintenant, tu as d’autres ressources pour gérer la situation. Tu peux lui demander de prendre un peu de recul. »
Émilie a eu un déclic. « C’est comme si elle acceptait de lâcher prise. Je la sens moins lourde. » La masse grise s’était transformée en une brume légère, presque transparente.
Cette séance a été un tournant. Parce qu’elle a changé le rapport d’Émilie à sa peur. Ce n’était plus une ennemie à combattre. C’était une alliée fatiguée qu’on remercie et qu’on invite à se reposer.
La quatrième séance, je l’ai voulue plus concrète. On avait travaillé l’inconscient, la reprogrammation émotionnelle, le dialogue intérieur. Il fallait maintenant ancrer tout ça dans la réalité physique. Parce qu’une phobie, ça se joue aussi dans le corps. Et le corps a besoin de preuves tangibles.
J’ai proposé à Émilie un exercice d’hypnose que j’appelle « la répétition mentale positive ». On est restés dans le cabinet, mais on a fait comme si on était devant l’ascenseur de son immeuble. Je l’ai guidée en transe légère, et je lui ai demandé d’imaginer la scène dans ses moindres détails : le hall d’entrée, la porte métallique, le bouton d’appel, la sonnerie quand la cabine arrive. Puis d’imaginer qu’elle entrait, que la porte se fermait, que la cabine montait. Et surtout, qu’elle se sentait calme. Pas de sueurs, pas de cœur qui s’emballe. Juste une respiration tranquille.
On a répété cette scène plusieurs fois. À chaque fois, je lui demandais d’ajouter un détail sensoriel : le bruit de la porte, la lumière, l’odeur de désinfectant. Plus c’était réel, plus le cerveau enregistrait l’information comme une expérience vécue.
Le cerveau ne fait pas bien la différence entre une expérience réelle et une expérience imaginée très vivement. C’est pour ça que la répétition mentale fonctionne.
En sortant de transe, Émilie m’a dit : « Je crois que je suis prête à monter au sixième. » Je lui ai souri. « Alors faites-le. Mais pas aujourd’hui. Attendez d’être dans votre contexte réel. Et emportez cette sensation de calme avec vous. »
Elle est partie avec une consigne pratique : « Chaque jour, prenez l’ascenseur au moins une fois. Même pour un étage. Votre cerveau a besoin de répéter le nouveau scénario pour qu’il devienne l’automatisme par défaut. »
La cinquième et dernière séance, Émilie est arrivée avec un grand sourire. Elle avait pris l’ascenseur tous les jours de la semaine. Lundi, elle était montée au cinquième. Mardi, au sixième. Mercredi, elle était redescendue et remontée trois fois, juste pour vérifier. « Je n’y croyais pas moi-même, mais à la troisième fois, je me suis surprise à regarder mon téléphone pendant la montée. Je n’y pensais même plus. »
C’est le signe que la guérison est complète : quand vous ne pensez plus à avoir peur. Quand l’ascenseur redevient un objet banal, un moyen de transport comme un autre.
On a passé cette dernière séance à consolider. Je lui ai appris une technique d’auto-hypnose simple, qu’elle pourrait utiliser si jamais une vieille angoisse refaisait surface. Un petit rituel de trois minutes : fermer les yeux, respirer, se reconnecter à la plage bretonne, et se rappeler qu’elle est aux commandes.
On a aussi parlé de ce qu’elle avait appris sur elle-même. « Je pense que j’avais besoin de vivre ça pour comprendre que je suis plus forte que je ne le crois. Cette peur, elle m’a appris à m’écouter. » C’est une phrase que j’entends souvent à la fin d’un accompagnement. Les phobies, aussi handicapantes soient-elles, laissent parfois un cadeau inattendu : une meilleure connaissance de soi.
Avant qu’elle parte, je lui ai demandé si elle avait quelque chose à dire à cette partie d’elle qui l’avait protégée pendant trois ans. Elle a souri. « Je lui ai déjà dit merci. Maintenant, elle peut prendre des vacances. »
Émilie n’a plus jamais eu besoin de revenir. Je la croise parfois dans la rue, à Saintes. Elle me salue, on échange deux mots. Elle prend toujours l’ascenseur.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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