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« Je pouvais enfin respirer » : mon hypnose contre la phobie

Histoire vraie d'une renaissance après 20 ans de souffrance.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

« Je pouvais enfin respirer » : mon hypnose contre la phobie

J’ai reçu Léa un mardi matin. Elle s’est assise en face de moi, les épaules remontées jusqu’aux oreilles, les mains crispées sur les accoudoirs du fauteuil. Avant même que je prononce un mot, elle m’a dit : « Je ne sais même pas par où commencer. J’ai 38 ans, et je crois que je n’ai jamais vraiment respiré de ma vie. » Elle avait raison. Pendant vingt ans, sa phobie des araignées – une arachnophobie diagnostiquée tardivement – lui avait volé bien plus que des nuits paisibles. Elle lui avait volé des voyages, des soirées entre amis, des week-ends à la campagne, et surtout, cette légèreté qu’on oublie d’avoir quand on n’a pas peur.

Léa n’est pas un cas unique. Dans mon cabinet à Saintes, je vois chaque semaine des hommes et des femmes qui vivent avec une phobie depuis si longtemps qu’ils ne savent plus ce que ça fait de ne pas avoir peur. La phobie, ce n’est pas « ne pas aimer » quelque chose. Ce n’est pas une simple aversion ou un dégoût passager. C’est une réaction de survie qui s’emballe, un système d’alarme qui sonne en continu alors qu’il n’y a pas le feu. Et plus elle dure, plus elle s’ancre dans le corps et dans l’esprit, jusqu’à devenir une compagne silencieuse.

Dans cet article, je vais vous raconter comment Léa a transformé sa relation avec sa peur, non pas en la combattant, mais en l’écoutant. Et je vais vous expliquer pourquoi l’hypnose ericksonienne, associée à l’IFS (Internal Family Systems) et à l’Intelligence Relationnelle, peut offrir une issue là où la volonté seule échoue depuis des années.

Pourquoi la volonté ne suffit pas face à une phobie

Avant de venir me voir, Léa avait tout essayé. Elle s’était forcée à regarder des photos d’araignées sur Internet, le soir, en serrant les dents. Elle avait acheté un livre sur les araignées de France pour « apprendre à les connaître ». Elle s’était même inscrite à une séance de désensibilisation en groupe, où on l’avait invitée à toucher une mygale morte dans un bocal. Résultat ? Chaque tentative la renvoyait plus profondément dans sa peur, avec une dose supplémentaire de honte et de frustration.

« Je me disais que j’étais faible, que je manquais de volonté, que j’étais ridicule », m’a-t-elle confié. C’est le piège classique : on croit que la solution est dans le contrôle. On veut maîtriser sa peur, la dompter, la réduire à néant. Mais la phobie, c’est comme essayer d’éteindre un incendie en soufflant dessus. Plus vous luttez, plus elle s’emballe.

Le cerveau limbique – cette partie ancienne et automatique de notre système nerveux – ne comprend pas la logique. Il ne comprend que les signaux de danger. Quand Léa voyait une araignée, même en photo, son amygdale cérébrale envoyait un signal d’alerte maximal : « Danger de mort immédiat. » Son corps réagissait avant même qu’elle ait le temps de penser. C’est pour ça que se répéter « c’est juste une petite bête, elle ne peut pas me faire de mal » ne marche pas. Le corps ne vous croit pas. Il a déjà pris les commandes.

L’hypnose que je pratique ne cherche pas à contourner ce mécanisme. Elle ne le combat pas non plus. Elle crée un espace où le système nerveux peut se calmer suffisamment pour que la partie rationnelle du cerveau retrouve une voix. C’est un peu comme si on disait à l’alarme : « Je t’entends, je sais que tu fais ton travail, mais pour l’instant, on peut baisser le volume juste un peu ? » Et ça, ça ne se fait pas en forçant. Ça se fait en écoutant.

Comment une phobie s’installe (et pourquoi elle persiste)

J’ai demandé à Léa de me raconter son premier souvenir lié aux araignées. Elle avait six ou sept ans. Elle jouait dans le jardin de sa grand-mère, en Charente-Maritime, quand une araignée – une grosse, une tégénaire probablement – est tombée du cerisier juste devant elle. Elle a crié. Sa mère est accourue, a vu l’araignée, et a crié plus fort qu’elle. Puis elle a attrapé une pelle et a écrasé l’animal avec une violence qui a marqué Léa. « Ma mère avait tellement peur, elle aussi », m’a-t-elle dit. « Je me souviens avoir pensé : si maman a peur, c’est que c’est vraiment dangereux. »

Ce moment a scellé quelque chose. Ce n’était pas l’araignée en elle-même qui était devenue le problème, mais l’interprétation qu’en avait faite le cerveau de Léa : « Cet objet est extrêmement dangereux. Évite-le à tout prix. » Et le cerveau, fidèle à sa mission de survie, a généralisé. Bientôt, ce ne furent plus seulement les araignées qui déclenchaient la peur, mais tout ce qui y ressemblait : une miette de pain noire sur le sol, une ombre dans un coin, un fil électrique qui pendait.

La phobie s’auto-entretient. Chaque fois qu’on évite l’objet de sa peur, on renforce l’idée que cet objet est dangereux. On ne se donne jamais la preuve du contraire. Et plus on évite, plus la peur grandit silencieusement, comme une dette qui accumule des intérêts. Léa ne sortait plus en forêt, ne jardinait plus, ne passait plus l’aspirateur dans les coins sombres. Elle avait aménagé sa vie autour de sa peur. Et à force de faire des détours, elle avait fini par oublier où elle voulait aller.

C’est là que l’hypnose ericksonienne entre en jeu. Mon travail ne consiste pas à lui faire revivre le souvenir traumatique. Au contraire, je l’accompagne à créer une nouvelle expérience, dans un état de conscience modifié où son système nerveux peut apprendre autre chose. Pas en effaçant le passé, mais en ajoutant une mémoire différente, plus apaisée, plus libre.

L’hypnose ericksonienne : un chemin détourné vers la guérison

Quand j’ai commencé à travailler avec Léa, je ne lui ai pas demandé de se concentrer sur sa peur. Je lui ai proposé de fermer les yeux, de porter son attention sur sa respiration, et de laisser venir ce qui venait. L’hypnose ericksonienne, contrairement à certaines idées reçues, n’est pas un état de sommeil ou d’inconscience. C’est un état de conscience modifié, hypervigilant sur certains plans, très détendu sur d’autres. C’est l’état dans lequel vous êtes juste avant de vous endormir, ou quand vous êtes absorbé par un film, ou quand vous conduisez sur une route familière sans vraiment vous souvenir du trajet.

Dans cet état, le critique intérieur – cette voix qui dit « tu es ridicule, tu devrais être plus forte, arrête de faire l’enfant » – se tait un peu. La partie rationnelle du cerveau, le cortex préfrontal, laisse plus de place aux émotions et aux sensations corporelles. C’est là que le travail peut commencer.

Avec Léa, j’ai utilisé une approche que j’appelle « la ressource oubliée ». Je lui ai demandé d’imaginer un lieu où elle s’était sentie totalement en sécurité, à un moment de sa vie. Elle a choisi la plage de Royan, un été, à l’aube, seule. Elle m’a décrit le bruit des vagues, l’odeur du sable humide, la lumière rose qui montait lentement. Puis je l’ai invitée à ancrer cette sensation de sécurité dans une main, en posant ma main sur la sienne, en lui demandant de respirer profondément.

Ensuite, toujours sous hypnose, je lui ai proposé d’observer sa peur comme si elle était assise à côté d’elle, sur cette plage. Pas pour la combattre, pas pour l’analyser. Juste pour la regarder. « Qu’est-ce qu’elle a à te dire, cette peur ? » lui ai-je demandé. Léa a pleuré silencieusement pendant une minute. Puis elle a dit : « Elle me dit qu’elle a juste essayé de me protéger. Elle a fait ce qu’elle a pu. »

C’est un moment clé. Dans l’IFS (Internal Family Systems), on appelle ça « reconnaître la partie protectrice ». La phobie n’est pas un ennemi à éliminer. C’est une partie de vous qui a pris un rôle de gardienne, souvent depuis l’enfance, et qui croit sincèrement que sans elle, vous seriez en danger. Quand on reconnaît cette intention positive, la peur peut commencer à se relâcher. Pas tout d’un coup. Mais un peu.

L’IFS et l’Intelligence Relationnelle : donner une voix à ce qui souffre

L’hypnose seule est puissante, mais je l’utilise rarement sans l’accompagner d’autres outils. L’IFS – ou « travail avec les parties » – est un modèle qui considère que notre psychisme est composé de multiples sous-personnalités, chacune avec ses croyances, ses émotions, ses rôles. Il y a la partie qui veut tout contrôler, celle qui a peur, celle qui juge, celle qui protège. Et au centre, il y a un Self – une essence calme, curieuse, compatissante – qui peut dialoguer avec ces parties.

Avec Léa, nous avons identifié trois parties principales autour de sa phobie :

  1. La sentinelle – celle qui scrutait l’environnement en permanence, qui repérait le moindre point noir, qui la tenait en alerte. Elle était épuisée, mais elle refusait de lâcher prise. « Si je ne surveille pas, il va arriver quelque chose de terrible », disait-elle.

  2. La juge – celle qui la traitait de « bébé », de « chochotte », qui la comparait aux autres. Celle qui lui disait que sa peur était honteuse, que personne ne comprendrait. Cette partie était cruelle, mais en l’écoutant, Léa a compris qu’elle essayait de la pousser à guérir par la honte. Une stratégie inefficace, mais bien intentionnée.

  3. La petite – une partie plus jeune, celle de la fillette de six ans, qui avait été terrorisée par la réaction de sa mère. Cette partie n’avait jamais été rassurée. Elle était encore là, tapie dans l’ombre, à attendre qu’un adulte vienne lui dire que tout allait bien.

L’Intelligence Relationnelle, que j’intègre dans mon travail, consiste à créer un espace où ces parties peuvent être entendues, non pas pour être éliminées, mais pour être comprises. C’est une approche qui demande de la douceur et de la patience. Léa a appris à dialoguer avec sa sentinelle, à remercier la juge pour son intention, et à prendre dans ses bras la petite fille qu’elle avait été.

Ce travail a pris plusieurs séances. Ce n’est pas une formule magique. Mais à chaque fois, Léa sortait de mon cabinet un peu plus légère. Un jour, elle m’a dit : « Je me suis surprise à ne pas vérifier le plafond en entrant dans une pièce. C’est la première fois depuis des années. » Ce n’était pas encore la liberté totale, mais c’était le début d’une respiration.

« Ce qui m’a le plus surprise, c’est que je n’ai pas eu à me battre contre ma peur. J’ai juste appris à l’écouter. Et elle s’est calmée toute seule. » – Léa, après sa cinquième séance.

Le jour où tout a basculé : une séance clé

Je me souviens précisément de la sixième séance de Léa. C’était un après-midi de juin, la lumière entrait par la fenêtre de mon cabinet, et une petite araignée – une épeire diadème, inoffensive – avait tissé une toile dans le coin supérieur droit de la fenêtre. Je l’avais vue en arrivant, et j’avais hésité à la retirer. J’ai choisi de ne pas le faire.

Quand Léa est entrée, elle l’a vue immédiatement. Son corps s’est figé. Sa respiration s’est bloquée. J’ai vu ses pupilles se dilater. Pendant une seconde, j’ai cru qu’elle allait partir. Mais elle a pris une inspiration, elle a fermé les yeux, et elle m’a dit : « Je veux rester. »

Nous avons fait une séance d’hypnose courte, debout, à trois mètres de l’araignée. Je l’ai guidée pour qu’elle ancre dans son corps la sensation de sécurité qu’elle avait apprise lors des séances précédentes. Puis je lui ai demandé d’ouvrir les yeux, de regarder l’araignée, et de respirer en même temps. Pas de fuite. Pas de lutte. Juste observer.

« Qu’est-ce que tu ressens ? » lui ai-je demandé. « Mon cœur bat vite, mais… je ne suis pas en train de mourir. » « Et que remarques-tu d’autre ? » « Elle… elle fait sa vie. Elle ne me regarde même pas. Elle tisse sa toile. C’est presque beau. »

Elle a pleuré. Pas de peur, cette fois. De soulagement. Vingt ans à éviter, à contourner, à serrer les dents. Et là, debout dans mon cabinet, elle regardait une araignée sans fuir. Ce n’était pas l’absence de peur. C’était la présence d’autre chose : de la curiosité, de la compassion, et une étrange forme de paix.

Je ne raconte pas cette histoire pour dire que tout est réglé en six séances. Chaque parcours est unique. Mais ce moment illustre ce qui est possible quand on cesse de lutter contre sa phobie et qu’on apprend à l’accueillir.

Ce que l’hypnose fait (et ne fait pas) vraiment

Je veux être clair : l’hypnose n’efface pas les souvenirs. Elle ne transforme pas une personne phobique en aventurier insouciant du jour au lendemain. Et elle ne fonctionne pas si la personne n’est pas prête à s’engager dans un processus.

Ce qu’elle fait, en revanche, c’est offrir un accès direct au système nerveux autonome, là où la peur s’est inscrite. Elle permet de créer des fenêtres de tolérance, des moments où le corps peut apprendre que le danger n’est pas présent, même si l’esprit continue à envoyer des signaux d’alarme. C’est un peu comme réparer un détecteur de fumée qui se déclenche à chaque toast grillé. On ne jette pas le détecteur. On le recalibre.

Dans le cas de Léa, l’hypnose a permis trois choses :

  1. Désamorcer la réponse de survie immédiate – son corps a appris à ne pas partir en alerte maximale à la simple évocation d’une araignée.
  2. Créer une nouvelle mémoire – celle de la plage de Royan, de la sécurité, du calme, qui pouvait coexister avec l’ancienne mémoire traumatique.
  3. Donner accès à ses ressources internes – Léa a redécouvert qu’elle était capable de se calmer seule, sans fuite ni évitement.

L’hypnose ne fait pas le travail à votre place. Mais elle crée les conditions pour que vous puissiez le faire vous-même, avec un accompagnement.

Et maintenant ? Ce que vous pouvez faire dès aujourd’hui

Si vous lisez cet article et que vous vous reconnaissez dans l’histoire de Léa – cette sensation d’étouffement, ces années à éviter, cette honte silencieuse – sachez que vous n’êtes pas seul. Et que vous n’êtes pas « trop vieux » ou « trop ancré » pour changer. J’ai accompagné des personnes de 20 à 70 ans, avec des phobies qui duraient depuis plus de quarante ans. Le cerveau garde une plasticité étonnante, même après des décennies.

Voici ce que vous pouvez faire dès maintenant, avant même de prendre rendez-vous :

  1. Arrêtez de vous juger. La phobie n’est pas une faiblesse. C’est une stratégie de survie qui a été utile à un moment donné. Vous avez fait de votre mieux avec ce que vous aviez.

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À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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