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Peur du dentiste : mythes et réalités sur l’hypnose

Démêlez le vrai du faux sur cette méthode de plus en plus prisée

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Vous avez rendez-vous chez le dentiste dans trois jours. Et déjà, cette sensation familière vous étreint : la bouche sèche, les paumes moites, cette petite voix intérieure qui vous souffle « annule, tu verras plus tard ». Votre dernière visite remonte à trois ans, et encore, c’était pour une urgence. Vous savez que vous devriez y aller, que votre dent de sagesse commence à vous gêner, que la carie de l’année dernière n’a pas disparu par magie. Mais cette peur, elle est là, viscérale, irrationnelle, et elle vous paralyse.

Vous avez entendu parler de l’hypnose pour soigner cette phobie. Un ami vous a dit que ça l’avait aidé, un article sur Internet vante la méthode. Mais vous restez sceptique. L’hypnose, c’est pas un peu du cirque ? On vous endort, on vous fait faire des trucs contre votre gré ? On vous transforme en poulet sur scène ? Et si ça ne marchait pas, vous retrouver coincé dans le fauteuil avec la fraise qui tourne ?

Je comprends ces questions. En tant que praticien installé à Saintes depuis 2014, j’accompagne chaque semaine des personnes qui, comme vous, aimeraient ne plus avoir peur du dentiste. Certains viennent après des années d’évitement, d’autres après une expérience traumatisante. Et presque tous partagent les mêmes croyances erronées sur l’hypnose. Alors aujourd’hui, je vous propose de faire le tri : démêler le vrai du faux, pour que vous puissiez décider en toute connaissance de cause si cette approche peut vous aider.

L’hypnose dentaire, c’est quoi exactement ? Et surtout, ce n’est pas quoi ?

Commençons par le plus important : l’hypnose que j’utilise, celle qui est pratiquée dans les cabinets dentaires, n’a rien à voir avec l’hypnose de spectacle. Vous ne serez pas transformé en zombie, vous ne perdrez pas le contrôle, et personne ne vous fera chanter comme une poule. L’hypnose ericksonienne, du nom du psychiatre américain Milton Erickson, est un état de conscience modifié, naturel, que vous expérimentez déjà plusieurs fois par jour sans le savoir.

Vous connaissez cette sensation quand vous êtes au volant, que vous roulez sur une route familière, et que soudain vous réalisez que vous êtes arrivé sans vous souvenir du trajet ? Ou ce moment où vous lisez un livre, complètement absorbé, et que vous ne percevez plus les bruits autour de vous ? C’est cela, l’hypnose légère. Un état de focalisation intérieure où votre esprit conscient prend un peu de recul, tandis que votre inconscient reste pleinement actif et réceptif aux suggestions qui correspondent à vos valeurs.

En cabinet dentaire, l’hypnose ne remplace pas l’anesthésie. Elle ne vous empêchera pas de ressentir une douleur si le dentiste doit percer une dent vivante. En revanche, elle va agir sur plusieurs plans. D’abord, sur votre anxiété : vous serez moins tendu avant même d’entrer dans la salle. Ensuite, sur votre perception de la douleur : l’hypnose peut modifier la façon dont votre cerveau interprète les signaux corporels. Et enfin, sur votre réactivité : au lieu de sursauter au moindre geste, vous restez calme et détendu.

Un patient que j’ai suivi, appelons-le Marc, avait une peur panique des aiguilles. Chaque fois qu’il voyait la seringue, il se raidissait, ses muscles se contractaient, et le dentiste n’arrivait plus à faire son travail. Marc a fini par annuler trois rendez-vous consécutifs. Après quelques séances d’hypnose, il a pu se faire soigner sans cris ni tremblements. Il m’a dit : « Je savais que l’aiguille était là, mais c’était comme si elle ne me concernait pas. » Voilà ce que fait l’hypnose : elle change votre relation à ce qui se passe.

« L’hypnose ne vous fait pas perdre le contrôle. Elle vous offre un espace intérieur où vous pouvez choisir comment réagir à ce qui vous fait peur. »

Mythe n°1 : « Je vais être inconscient, je ne saurai pas ce qu’on me fait »

C’est la croyance la plus répandue. L’idée que l’hypnose est une forme de sommeil, où vous êtes « out », incapable de réagir. Rien de plus faux. En état d’hypnose, vous restez pleinement conscient de ce qui se passe autour de vous. Vous entendez le bruit de la fraise, vous sentez le fauteuil sous votre dos, vous pouvez même ouvrir les yeux si on vous le demande. Simplement, ces informations ne déclenchent plus la même alarme intérieure.

Imaginez que votre cerveau est une radio avec plusieurs stations. En temps normal, la station « peur » est allumée en permanence dès que vous franchissez la porte du cabinet. L’hypnose vous aide à changer de fréquence. Vous passez sur une station plus calme, plus neutre. Vous entendez toujours le même bruit, mais il ne vous fait plus vibrer de la même manière.

Pendant une séance d’hypnose dentaire, le praticien (souvent le dentiste lui-même, formé à cette technique, ou un hypnothérapeute comme moi en amont) vous guide avec des suggestions. Par exemple : « Vous pouvez imaginer que vous êtes sur une plage, que le bruit de la fraise est celui des vagues qui se retirent. » Vous n’êtes pas obligé d’y croire. Votre inconscient, cette partie de vous qui gère votre respiration, votre digestion, vos émotions automatiques, va capter ces images et les utiliser pour apaiser votre système nerveux.

Un autre mythe lié : « Et si je ne me réveille pas ? » Vous ne vous êtes jamais « endormi » sous hypnose. Vous pouvez sortir de cet état à tout moment, comme vous sortez d’une rêverie. Si le dentiste vous demande de rincer, vous ouvrez les yeux, vous crachez, vous replongez. C’est vous qui gardez le contrôle. L’hypnose n’est pas un pouvoir qu’on exerce sur vous, c’est une compétence qu’on vous apprend à utiliser.

Mythe n°2 : « L’hypnose ne peut pas marcher sur moi, je suis trop rationnel »

J’entends souvent ça : « Je suis quelqu’un de cartésien, j’ai besoin de comprendre, je ne me laisse pas embarquer. » Cette objection vient souvent de personnes qui ont un esprit analytique développé – des ingénieurs, des chefs d’entreprise, des scientifiques. Et c’est justement pour elles que l’hypnose peut être très efficace, à condition d’être bien présentée.

L’hypnose ericksonienne ne demande pas de « croire » ou de « se laisser aller ». Elle fonctionne avec votre propre logique. Je vais vous donner un exemple. Une patiente, commerciale dans la vie, me disait : « Mon cerveau tourne en permanence, je ne peux pas m’arrêter. » Je lui ai proposé un exercice simple : écouter attentivement ma voix et compter mentalement chaque mot que je prononçais. Puis, je lui ai demandé de compter à l’envers. Son esprit analytique était tellement occupé par cette tâche que son anxiété n’avait plus de place. En quelques minutes, elle était dans un état de relaxation profonde.

L’hypnose ne combat pas votre rationalité, elle l’utilise. Elle contourne les résistances conscientes en parlant directement à votre inconscient, cette partie de vous qui gère vos automatismes. Votre peur du dentiste n’est pas rationnelle, elle est émotionnelle et conditionnée. Vous pouvez vous répéter cent fois « ce n’est pas grave, ce n’est pas dangereux », votre corps continue à produire du cortisol. L’hypnose agit là où la raison ne peut pas aller : dans le système limbique, le siège de vos émotions.

Alors non, vous n’avez pas besoin d’être « sensible » ou « créatif » pour bénéficier de l’hypnose. J’ai accompagné des sportifs de haut niveau, des dirigeants stressés, des mères débordées. Tous ont trouvé leur propre chemin vers cet état de conscience modifiée. Le seul prérequis, c’est d’être d’accord pour essayer, sans jugement, pendant quelques séances.

Mythe n°3 : « L’hypnose va effacer mon traumatisme d’un coup de baguette magique »

Celui-ci est plus insidieux. Parce que oui, l’hypnose peut faire des merveilles pour désensibiliser une phobie. Mais non, elle n’est pas une baguette magique qui efface en une séance des années d’angoisse accumulée. Je préfère être honnête avec vous : si vous avez une peur viscérale du dentiste depuis l’enfance, liée à une expérience douloureuse où vous vous êtes senti piégé, impuissant, il faudra un peu de travail.

Ce que l’hypnose fait, c’est créer un espace de sécurité intérieure. Elle vous apprend à dissocier le souvenir traumatique de la réaction émotionnelle automatique. Vous pourrez repenser à cette mauvaise expérience sans que votre cœur s’emballe. Vous pourrez entrer dans un cabinet dentaire sans avoir envie de fuir. Mais le souvenir lui-même ne disparaît pas. Il devient juste neutre, comme une vieille photo rangée dans un album.

Prenons un cas concret. Une patiente, Sophie, avait été plaquée sur le fauteuil par un dentiste quand elle avait 8 ans, pour une extraction forcée. À 35 ans, elle n’avait jamais remis les pieds chez un dentiste. Ses dents étaient dans un état catastrophique. En séance, nous n’avons pas « effacé » ce souvenir. Nous avons travaillé avec l’IFS (Internal Family Systems), une approche que j’utilise souvent en complément de l’hypnose. Nous avons identifié la partie d’elle qui avait peur, cette petite fille terrorisée. Nous l’avons remerciée d’avoir protégé Sophie pendant toutes ces années. Puis, nous lui avons montré que Sophie, adulte, avait désormais les ressources pour faire face. L’hypnose a permis de créer un dialogue entre ces parties d’elle-même.

Résultat : Sophie a pu se faire soigner. Pas en une séance, mais en plusieurs. La première fois, elle est juste restée assise dans la salle d’attente. La deuxième, elle est montée sur le fauteuil. La troisième, le dentiste a fait un détartrage. Chaque étape était une victoire. L’hypnose n’a pas effacé son traumatisme, elle lui a redonné le pouvoir sur sa propre vie.

« L’hypnose ne supprime pas vos souvenirs, elle les prive de leur pouvoir sur vous. Vous n’oublierez pas, mais vous ne serez plus esclave. »

Mythe n°4 : « C’est une méthode de dernier recours, pour les cas désespérés »

Certains patients arrivent dans mon cabinet en disant : « J’ai tout essayé, les médicaments, la relaxation, la sophrologie, rien n’a marché. L’hypnose, c’est ma dernière chance. » Et c’est vrai que l’hypnose peut être très efficace pour des phobies tenaces. Mais ce n’est pas une option de secours réservée aux cas extrêmes. Elle peut aussi vous être utile si vous avez simplement une appréhension modérée, si vous voulez éviter les anxiolytiques, ou si vous souhaitez vivre vos soins dentaires de manière plus sereine.

Un exemple : un patient, coureur de fond que j’accompagne aussi en préparation mentale, avait peur du dentiste. Rien de traumatique, juste une gêne. Il détestait la sensation d’être allongé, immobile, avec quelqu’un qui fouille dans sa bouche. Il a fait deux séances d’hypnose avec moi avant son rendez-vous. Il m’a ensuite envoyé un message : « Je n’ai pas eu besoin d’anxiolytique, j’étais détendu, le dentiste m’a dit que j’étais son meilleur patient de la semaine. » Ce n’était pas un cas désespéré, juste quelqu’un qui a choisi une solution douce plutôt que la médication systématique.

L’hypnose dentaire est aussi utilisée pour les patients qui ont un réflexe nauséeux prononcé, ceux qui ne supportent pas les empreintes ou les radios. Ou pour les enfants anxieux. Ou pour les personnes qui doivent subir des soins longs et complexes. Bref, ce n’est pas un dernier recours, c’est un outil de confort et d’autonomie.

Ce que l’hypnose ne peut pas faire (soyons honnêtes)

Je ne veux pas vous vendre du rêve. L’hypnose a ses limites, et il est important que vous les connaissiez. Elle ne remplace pas une anesthésie locale quand elle est nécessaire. Elle ne guérit pas une infection dentaire. Elle ne transforme pas un dentiste incompétent en bon praticien. Et elle ne fonctionne pas si vous n’êtes pas d’accord pour essayer.

Si vous venez à une séance en vous disant « ça ne marchera pas », avec les bras croisés et l’esprit fermé, il y a peu de chances que l’hypnose fasse des miracles. Non pas parce qu’elle est faible, mais parce que votre inconscient, qui est aux commandes, suivra vos ordres conscients. Vous pouvez dire à voix haute « je veux guérir », mais si au fond de vous vous pensez « c’est impossible », votre inconscient exécutera le second message.

C’est pour ça que je passe toujours du temps en début d’accompagnement à expliquer, à répondre à vos questions, à dissiper les mythes. Je veux que vous veniez avec une curiosité ouverte, pas avec une foi aveugle. L’hypnose est une collaboration entre vous et moi. Mon rôle est de vous guider, le vôtre est d’accepter de suivre ce chemin, même si vous ne savez pas exactement où il mène.

Autre limite : l’hypnose ne résout pas les problèmes psychologiques plus profonds qui peuvent être à l’origine de votre phobie. Si votre peur du dentiste est liée à un trouble anxieux généralisé, à un syndrome de stress post-traumatique complexe, ou à une dépression, il faudra peut-être un accompagnement plus large. L’hypnose peut être une brique dans un parcours de soin, mais pas forcément la solution unique.

Comment se déroule une séance type ?

Concrètement, comment ça se passe ? Si vous venez me voir pour une phobie du dentiste, voici à quoi vous attendre. La première séance dure environ 1h30. Je commence par vous écouter : votre histoire, vos peurs, ce qui s’est passé, ce que vous avez déjà essayé. Je vous explique le fonctionnement de l’hypnose, je réponds à vos doutes. Puis je vous propose un premier exercice, très simple, pour que vous expérimentiez par vous-même cet état modifié.

Souvent, je vous demande de vous installer confortablement, de fermer les yeux, et de suivre ma voix. Je vous guide vers une relaxation progressive, puis je suggère des images apaisantes. Vous n’allez pas « tomber dans un trou noir ». Vous allez peut-être sentir une lourdeur dans vos membres, une chaleur, une sensation de flottement. Certains voient des couleurs, d’autres non. Il n’y a pas de « bonne » façon de vivre l’hypnose.

Ensuite, selon votre objectif, on travaille sur la désensibilisation. Par exemple, je peux vous demander d’imaginer que vous êtes dans la salle d’attente du dentiste, mais en restant dans votre état de relaxation. Si une émotion monte, on l’accueille, on la transforme. On répète l’exercice jusqu’à ce que vous puissiez visualiser la scène sans anxiété.

Je vous donne aussi des outils pour chez vous : un enregistrement audio, des exercices d’auto-hypnose, des ancrages (un geste, un mot, une respiration qui déclenche l’apaisement). L’idée est que vous deveniez autonome. Que vous puissiez, le jour J, utiliser ces ressources sans moi.

Parfois, je travaille en amont avec le dentiste lui-même. Certains dentistes à Saintes sont formés à l’hypnose et peuvent vous accompagner pendant le soin. D’autres préfèrent que je prépare le patient en séance, et que vous arriviez avec vos outils. Les deux fonctionnent.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

Vous n’avez pas besoin d’attendre un rendez-vous pour commencer à apaiser votre peur. Voici trois choses que vous pouvez essayer chez vous, ce soir.

  1. Respirez en conscience : Asseyez-vous confortablement. Inspirez par le nez pendant 4 secondes, retenez

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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