3 phrases à répéter (avec l'hypnose) pour gagner en confiance
Des affirmations qui changent vraiment votre dialogue intérieur.
Comprendre le mécanisme de l’évitement pour mieux le dépasser.
Vous avez sans doute déjà ressenti cette boule au ventre en pensant à un trajet en train bondé, à une file d’attente interminable ou à une terrasse de café un samedi après-midi. Pour certains, cette gêne passagère est juste un désagrément. Pour d’autres, c’est le début d’un engrenage qui va silencieusement rétrécir leur monde, pièce après pièce. L’agoraphobie n’est pas une simple peur des espaces ouverts. C’est une peur de perdre le contrôle, de se sentir piégé, de ne pas pouvoir s’échapper ou d’être submergé par une attaque de panique dans un lieu où l’aide n’est pas immédiatement accessible. Et le piège le plus cruel, c’est qu’elle vous pousse à faire exactement ce qui la renforce : éviter.
Je reçois régulièrement dans mon cabinet à Saintes des personnes qui me disent : « Je ne suis plus la même. Avant, je sortais, je voyageais, je voyais du monde. Maintenant, je calcule tout, je planifie mes moindres déplacements, et encore… parfois je n’y vais pas. » Ce n’est pas une faiblesse de caractère. C’est un mécanisme de survie qui s’est emballé. Et la bonne nouvelle, c’est qu’on peut le comprendre, puis le déprogrammer. Pas en forçant, pas en se jetant dans le grand bain, mais en allant voir ce qui se cache derrière la peur. C’est ce que je vous propose d’explorer ensemble aujourd’hui.
Pour comprendre l’agoraphobie, il faut d’abord comprendre ce qui se passe dans votre tête quand vous êtes sur le point de franchir la porte. Vous n’êtes pas lâche, vous n’êtes pas faible. Votre cerveau, lui, fait son boulot : il vous protège. Le problème, c’est qu’il s’est trompé de menace.
Imaginez un détecteur de fumée ultra-sensible. Il est réglé pour sonner dès qu’il capte une infime particule, même si ce n’est que de la vapeur de douche. C’est exactement ce qui se passe dans votre cerveau limbique, cette partie ancienne et automatique qui gère vos émotions et votre survie. À force d’avoir vécu une ou plusieurs attaques de panique dans un contexte précis (les transports, les files d’attente, les lieux bondés), votre cerveau a associé ce contexte à un danger vital. Il a créé une mémoire émotionnelle : « Supermarché = danger de mort. »
Alors, dès que vous pensez à y aller, l’amygdale (le centre de la peur) s’active. Elle envoie un signal d’alerte à votre corps : accélération du rythme cardiaque, transpiration, souffle court, sensation d’oppression, vertiges. C’est le fameux « réflexe de survie » (fight or flight). Sauf que le danger n’est pas un tigre à dents de sabre. C’est une file d’attente à la caisse. Votre corps se prépare à combattre ou à fuir pour… du fromage et du pain de mie. C’est absurde, et vous le savez. Mais votre cerveau, lui, ne fait pas la différence entre une menace réelle et une menace perçue. Pour lui, l’émotion est réelle, donc le danger est réel.
Ce qui rend l’agoraphobie si vicieuse, ce n’est pas la peur elle-même. C’est la peur de la peur. Vous ne craignez plus le supermarché, vous craignez la sensation d’avoir une attaque de panique dans le supermarché. Et cette peur au carré est bien plus puissante que la première.
Cette hypervigilance est épuisante. Vous scannez constamment votre environnement : où est la sortie ? Y a-t-il trop de monde ? Suis-je en train de rougir ? Est-ce que mon cœur s’emballe ? Chaque petite sensation corporelle devient un signal d’alerte potentiel. Et plus vous y prêtez attention, plus elle s’amplifie. C’est un cercle vicieux classique : la peur des sensations physiques provoque les sensations physiques, qui confirment la peur. Et votre monde commence à rétrécir.
C’est ici que le piège se referme. Face à cette montée d’angoisse, vous avez une solution immédiate, efficace, et terriblement tentante : éviter. Vous ne prenez pas le bus. Vous faites vos courses à 22h quand il n’y a personne. Vous dites non à l’invitation au restaurant. Vous prétextez une migraine. Et sur le moment, ça marche. L’angoisse retombe. Vous ressentez un immense soulagement. Votre cerveau apprend : « Ah, si j’évite, je me sens bien. » C’est un renforcement négatif très puissant.
Mais ce soulagement est un leurre. Chaque fois que vous évitez, vous envoyez un message clair à votre cerveau : « Tu avais raison de paniquer, ce lieu est vraiment dangereux. » Vous ne lui donnez jamais la chance de découvrir que finalement, vous pouvez survivre à une attaque de panique dans un supermarché, que ça finit par passer, et que personne ne va en mourir. Vous validez la peur, et vous la renforcez pour la prochaine fois.
Je vois souvent des personnes qui ont mis en place des stratégies d’évitement très sophistiquées. Par exemple, un patient que j’appellerai Marc (prénom modifié) ne pouvait plus aller au cinéma. Ce n’était pas le film qui lui faisait peur, mais l’idée d’être coincé au milieu d’une rangée, sans pouvoir sortir facilement. Il a donc commencé à choisir les places au bord de l’allée. Puis il n’est allé qu’aux séances de l’après-midi, quand il y a moins de monde. Puis il a arrêté d’y aller complètement parce que même les bords d’allée lui semblaient trop risqués. Son monde s’est réduit à son salon et à son canapé. Le cinéma, ce n’était qu’un détail. Le vrai problème, c’est qu’il avait perdu la liberté de choisir. Il ne décidait plus de sa vie ; c’était la peur qui décidait pour lui.
L’évitement, c’est comme un muscle. Plus vous l’utilisez, plus il devient fort. Et plus vous l’utilisez, plus la liste des situations « dangereuses » s’allonge. Au début, c’est le métro. Puis le bus. Puis les magasins. Puis les rues piétonnes. Puis les parcs. Puis… votre propre jardin. La progression est insidieuse, mais logique. Votre cerveau généralise : si un lieu bondé est dangereux, alors un lieu un peu fréquenté est potentiellement dangereux. Et un lieu vide où vous pourriez croiser quelqu’un… aussi. Vous vous retrouvez coincé chez vous, non pas parce que vous êtes paresseux, mais parce que votre système d’alarme interne est devenu fou.
Alors, comment on sort de là ? On ne va pas se mentir, il n’y a pas de formule magique. Mais il y a des outils très concrets, et l’hypnose ericksonienne en fait partie. Attention, je ne dis pas que l’hypnose va « enlever » votre peur comme on retire une épine. Ce n’est pas de la magie. Ce qu’elle fait, c’est qu’elle vous permet de changer votre relation à la peur. Et ça, c’est un changement radical.
L’hypnose ericksonienne, que j’utilise au cabinet, ne consiste pas à vous endormir ou à vous faire perdre le contrôle. C’est tout le contraire. C’est un état de conscience modifié, naturel, que vous expérimentez déjà plusieurs fois par jour sans le savoir (quand vous êtes absorbé par un film, quand vous rêvassez en conduisant, quand vous lisez un livre captivant). Dans cet état, votre esprit critique est un peu moins actif, et votre esprit inconscient est plus réceptif. C’est ce même inconscient qui a appris à avoir peur des supermarchés. C’est lui qui peut aussi apprendre à ne plus en avoir peur.
Concrètement, en séance, on ne va pas vous forcer à revivre vos pires moments. On va plutôt utiliser des métaphores, des suggestions indirectes, des visualisations douces. Par exemple, je pourrais vous inviter à imaginer une situation qui vous stresse, mais en la regardant comme si vous étiez derrière une vitre, en sécurité. Ou à associer une sensation de calme à un geste simple (comme toucher votre pouce et votre index ensemble). L’idée, c’est de créer de nouvelles connexions neuronales, de nouveaux chemins qui contournent l’alarme défectueuse.
L’hypnose ne supprime pas la peur. Elle vous apprend à l’entendre sans lui obéir. Vous pouvez avoir peur et décider d’avancer quand même. C’est ça, la liberté.
Un des grands principes de Milton Erickson, c’est que chaque personne a déjà en elle les ressources nécessaires pour guérir. Mon rôle n’est pas de vous donner des solutions, mais de vous aider à accéder à vos propres ressources. Parfois, il suffit de débloquer un souvenir, de changer la perspective sur un événement passé, ou de réactiver une capacité d’apaisement que vous aviez enfant et que vous avez oubliée. L’hypnose, c’est un peu comme un tournevis pour ouvrir une porte que vous pensiez fermée à clé. La porte est là, la clé aussi, il faut juste retrouver le geste.
L’hypnose seule est puissante, mais je la combine souvent avec l’IFS (Internal Family Systems), un modèle de thérapie qui a changé ma façon de travailler. L’IFS part d’une idée simple et révolutionnaire : votre esprit n’est pas une entité unique, mais un système composé de différentes « parties » ou sous-personnalités. Vous avez une partie organisée, une partie impulsive, une partie perfectionniste, une partie qui veut tout contrôler… et une partie qui a peur.
Dans l’agoraphobie, la partie qui a peur est souvent très active. Elle est en première ligne, elle crie, elle vous fait transpirer, elle vous empêche de sortir. Et vous, vous la combattez. Vous lui en voulez. Vous vous dites : « Mais arrête, c’est stupide, il n’y a aucun danger ! » Vous essayez de la raisonner, de la réprimer, de l’ignorer. Et ça ne marche pas. Pourquoi ? Parce que cette partie a une bonne raison d’exister. Elle n’est pas votre ennemie. Elle est un protecteur maladroit, mais un protecteur quand même.
En IFS, on ne combat pas les parties. On les écoute. On entre en dialogue avec elles. On leur demande : « Qu’est-ce que tu crains vraiment ? Qu’est-ce qui se passerait si tu te calmais ? » Et souvent, la réponse est surprenante. La partie qui a peur des supermarchés ne craint pas vraiment le supermarché. Elle craint que si vous sortez, vous soyez submergé par une émotion que vous ne pourrez pas gérer. Elle craint que vous vous effondriez. Elle craint que vous reviviez une humiliation ou une perte de contrôle que vous avez déjà vécue. En bref, elle essaie de vous protéger d’une souffrance plus ancienne, plus profonde.
Une patiente, appelons-la Sophie, avait une peur panique des files d’attente. En travaillant en IFS, on a découvert que cette partie s’était activée après un épisode où elle avait été prise de panique dans une file et s’était sentie humiliée, regardée par tout le monde. La partie s’était dit : « Plus jamais ça. Je vais tout faire pour éviter que ça se reproduise. » Et elle avait pris le contrôle. En dialoguant avec cette partie, en la remerciant pour sa vigilance, en lui montrant qu’aujourd’hui, Sophie est une adulte capable de gérer une gêne passagère sans s’effondrer, la partie a peu à peu accepté de lâcher prise. Le symptôme (la peur des files) n’était que la pointe de l’iceberg. En dessous, il y avait une jeune fille humiliée qui avait besoin d’être rassurée.
L’agoraphobie ne vous isole pas seulement des lieux. Elle vous isole des autres. Quand vous refusez une invitation pour la troisième fois, les amis finissent par ne plus inviter. Quand vous mentez sur votre état, vous vous sentez coupable et vous vous éloignez. Quand vous avez peur d’être jugé si vous avez une crise en public, vous préférez rester seul. L’isolement social est une conséquence directe, mais c’est aussi un facteur qui aggrave le problème. Moins vous voyez du monde, plus votre monde intérieur devient bruyant et menaçant.
L’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à comprendre et à gérer vos relations avec les autres, mais aussi avec vous-même. Et c’est un levier essentiel pour sortir de l’agoraphobie. Pourquoi ? Parce que la peur de la panique en public est souvent liée à la peur du regard des autres. « Que vont-ils penser de moi ? » « Ils vont croire que je suis fou. » « Je vais les déranger, les inquiéter. » C’est une hyper-responsabilité émotionnelle : vous vous sentez responsable de l’inconfort des autres.
Travailler l’Intelligence Relationnelle, c’est apprendre à poser des limites claires, à exprimer vos besoins sans vous excuser, et à accepter que vous n’êtes pas responsable des réactions des autres. C’est aussi apprendre à recevoir de l’aide. Beaucoup de personnes agoraphobes refusent d’être accompagnées par peur de déranger ou de montrer leur vulnérabilité. Pourtant, accepter qu’un ami vienne avec vous au supermarché, ce n’est pas de la faiblesse. C’est une stratégie intelligente pour créer une nouvelle expérience positive, qui viendra contredire les anciennes mémoires de peur.
Concrètement, on peut travailler sur des scripts de communication. Par exemple, apprendre à dire à un proche : « J’ai parfois des moments d’angoisse dans les lieux publics. Ce n’est pas grave, ça passe. Mais si tu es avec moi, ça m’aide beaucoup. Tu n’as rien à faire, juste être là. » Cette simple phrase désamorce la peur du jugement et crée une alliance. L’autre devient un allié, non plus un témoin potentiel de votre faiblesse. Et progressivement, vous reconstruisez un lien de confiance avec le monde extérieur, pas à pas, relation après relation.
Je ne vais pas vous laisser avec des concepts théoriques sans rien de concret. Voici trois étapes simples que vous pouvez commencer à mettre en place dès aujourd’hui, à votre rythme. Ce n’est pas un protocole médical, c’est une invitation à reprendre le pouvoir sur votre vie, une micro-action à la fois.
Étape 1 : Cartographier votre évitement. Prenez un carnet. Notez toutes les situations que vous évitez à cause de la peur. Classez-les de la moins angoissante à la plus angoissante. Par exemple : « Aller à la boîte aux lettres » (niveau 2/10), « Faire le tour du pâté de maisons » (niveau 3/10), « Aller au petit supermarché à 8h du matin » (niveau 5/10), « Prendre le bus à l’heure de pointe » (niveau 9/10). Cette liste est votre carte. Elle vous montre où vous en êtes, et elle vous donne un chemin. L’objectif n’est pas de tout faire d’un coup, mais de commencer par le premier niveau.
Étape 2 : Le défi de la fenêtre de tolérance. Choisissez une situation de niveau 2 ou 3 sur votre liste. Celle qui vous stresse un peu, mais pas trop. Engagez-vous à y aller, mais avec une règle : vous pouvez partir à tout moment
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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