3 phrases à répéter (avec l'hypnose) pour gagner en confiance
Des affirmations qui changent vraiment votre dialogue intérieur.
Des outils de sportif appliqués à votre peur des foules.
Vous êtes là, devant la porte. La poignée est froide sous vos doigts. De l’autre côté, il y a la rue, les gens, le bruit, cette sensation d’étouffement qui monte dès que vous imaginez faire trois pas dehors. Votre cœur s’emballe, votre respiration devient courte, et une voix intérieure vous dit : « Ne sors pas, c’est plus sûr ici. »
Je reçois régulièrement des personnes qui vivent cela. Pas seulement une gêne dans les transports en commun ou une préférence pour les petits commerces. Une vraie peur, viscérale, qui les empêche de faire des courses, d’aller chercher leurs enfants à l’école, ou simplement de marcher dans une rue piétonne un samedi après-midi. L’agoraphobie n’est pas une simple timidité ou une aversion pour la foule. C’est une peur de la peur elle-même, une anticipation angoissante de perdre le contrôle dans un espace dont on ne pourrait pas s’échapper facilement.
Ce que beaucoup ignorent, c’est que le cerveau qui panique dans une file d’attente au supermarché fonctionne exactement sur les mêmes circuits que celui d’un sportif de haut niveau qui « craque » avant une compétition. La même activation du système d’alarme, la même montée d’adrénaline, la même paralysie. Et si on apprenait à votre cerveau à désamorcer cette alarme, comme un athlète le fait avant un départ ?
Dans cet article, je vais vous montrer comment la préparation mentale – ces outils que j’utilise avec des coureurs et des footballeurs – peut se combiner à l’hypnose ericksonienne et à l’IFS (Internal Family Systems) pour vous aider à sortir de l’agoraphobie. Pas en niant la peur, mais en changeant votre relation avec elle. Pas en vous forçant à « faire face » comme on vous l’a peut-être déjà conseillé, mais en apprivoisant les parties de vous qui paniquent.
Commençons par le mécanisme. Si vous souffrez d’agoraphobie, vous avez probablement déjà vécu une ou plusieurs crises d’angoisse dans un lieu public. Votre corps a alors enregistré une information très claire : « Espace ouvert + foule + impossibilité de fuir = danger de mort. »
Le problème, c’est que votre cerveau ne fait pas bien la différence entre un vrai danger (un lion qui court vers vous) et un danger perçu (une queue à la caisse). Le système d’alarme s’active de la même façon : décharge d’adrénaline, accélération du rythme cardiaque, respiration courte, sensations de vertige ou d’irréalité. C’est ce qu’on appelle le réflexe de survie.
Mais voici le piège : plus vous évitez les situations qui déclenchent cette alarme, plus votre cerveau consolide la croyance que ces situations sont réellement dangereuses. C’est comme si vous disiez à votre système nerveux : « Tu as bien fait de paniquer, je suis resté chez moi, c’était plus prudent. » Résultat : la zone de sécurité rétrécit. D’abord les grands magasins, puis les petites boutiques, puis la rue, puis le jardin, puis la porte d’entrée.
Un jour, un patient m’a dit : « Je ne sors plus que la nuit, quand il n’y a personne. Et encore, je vérifie trois fois que ma rue est vide avant d’ouvrir la porte. » Ce n’est pas de la faiblesse. C’est un conditionnement neurologique extrêmement puissant. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut le déconditionner.
En préparation mentale sportive, on appelle ça la gestion de l’activation. Un footballeur qui rate un penalty parce qu’il est trop tendu vit la même chose que vous quand vous sentez l’angoisse monter : son système nerveux est en hyperactivation. La différence, c’est qu’il a des outils pour redescendre. Et ces outils, vous pouvez aussi les apprendre.
Je vois souvent des personnes qui ont développé des stratégies très élaborées pour gérer leur agoraphobie. Des « trucs » qu’elles ont inventés seules, avec courage et ingéniosité. Par exemple :
Toutes ces stratégies ont un point commun : elles vous permettent de tenir, mais elles renforcent aussi la peur. Pourquoi ? Parce qu’elles envoient un message implicite à votre cerveau : « Sans ces précautions, le danger est réel. » Vous devenez dépendant de vos béquilles.
Je compare souvent cela à un sportif qui ne s’entraînerait que sur un tapis roulant, dans une salle silencieuse, à heure fixe, avec sa bouteille d’eau à la même place. Le jour de la compétition, dans le bruit, la foule, l’imprévu, il est perdu. Vous faites exactement la même chose : vous vous entraînez à sortir uniquement dans des conditions ultra-contrôlées, et votre cerveau n’apprend jamais que la rue est un endroit sûr, même quand il y a du monde.
Un patient, que j’appellerai Marc, avait un rituel très précis : il ne sortait qu’avec un casque audio, en écoutant toujours la même playlist, et il suivait un itinéraire immuable. Le jour où son casque est tombé en panne en milieu de parcours, il a fait une crise d’angoisse si violente qu’il a dû s’asseoir par terre au milieu du trottoir. Sa stratégie d’évitement s’est retournée contre lui : elle n’avait pas construit de résilience, juste une dépendance.
La sortie de l’agoraphobie ne passe pas par l’élimination de toutes les stratégies d’un coup, mais par un réapprentissage progressif. On va garder certaines béquilles au début, et on va en ajouter d’autres, plus utiles. Puis, petit à petit, on va les retirer. Comme un sportif qui augmente la difficulté de ses entraînements.
En préparation mentale, l’ancrage est une technique simple mais redoutablement efficace. Le principe ? Vous associez un état ressource (calme, confiance, sécurité) à un stimulus précis (un geste, un mot, une sensation). Ensuite, vous pouvez déclencher cet état volontairement, même en situation de stress.
Voici comment le mettre en place pour l’agoraphobie :
Choisissez un souvenir ressource. Pensez à un moment où vous vous êtes senti(e) parfaitement calme et en sécurité. Pas besoin que ce soit un souvenir spectaculaire. Un instant paisible dans votre salon, une promenade en forêt quand vous étiez enfant, un moment de lecture au calme. Fermez les yeux et revivez-le avec tous vos sens : les images, les sons, les sensations physiques, les odeurs.
Identifiez la sensation. Où est cette sensation de calme dans votre corps ? Dans le ventre ? La poitrine ? Les épaules ? Donnez-lui une forme, une couleur, une texture. C’est votre « état ressource ».
Créez l’ancre. Choisissez un geste discret que vous pouvez faire facilement : presser le pouce et l’index ensemble, poser la main sur votre sternum, ou serrer doucement votre poignet. Au moment où la sensation de calme est à son maximum dans votre corps, faites ce geste. Maintenez-le 5 à 10 secondes, puis relâchez. Répétez cet exercice 5 à 6 fois par jour pendant une semaine.
Testez votre ancre. Au bout d’une semaine, en situation de calme, faites votre geste. La sensation de sécurité devrait revenir, même légèrement. Si ce n’est pas le cas, revenez à l’étape 1 et choisissez un souvenir plus intense.
Un athlète ne se présente pas sur la ligne de départ sans avoir activé ses ancres. Pourquoi vous présenteriez-vous à la porte de votre immeuble sans la vôtre ?
Une fois que l’ancre est solide, vous pouvez l’utiliser juste avant de sortir, ou même au début d’une montée d’angoisse. Ce n’est pas une solution magique – si la panique est déjà à 9/10, l’ancre aura du mal à passer. Mais utilisée en amont ou au tout début de la montée de stress (quand vous êtes à 3 ou 4/10), elle peut faire baisser l’activation de façon significative.
Je l’ai vu fonctionner chez un coureur qui avait une peur panique du départ en masse, et chez une patiente qui ne pouvait plus entrer dans un supermarché. L’ancre ne supprime pas la peur, mais elle crée une fenêtre de choix. Une seconde où vous pouvez décider de continuer, plutôt que de fuir automatiquement.
L’ancrage, c’est l’outil du quotidien. Mais pour aller plus loin, il faut travailler avec les parties de vous qui déclenchent l’alarme. C’est là que l’hypnose ericksonienne entre en jeu.
L’agoraphobie fonctionne souvent comme un programme automatique : situation → angoisse → évitement → soulagement → renforcement. Ce programme tourne en boucle, souvent depuis des années. L’hypnose permet de créer un état de conscience modifié où ce programme peut être observé, puis réécrit.
Contrairement à ce qu’on voit dans les spectacles, l’hypnose thérapeutique n’est pas un état de sommeil ou de perte de contrôle. C’est un état de concentration intérieure, où votre esprit critique est momentanément mis de côté, et où votre inconscient devient plus réceptif aux suggestions. Exactement comme quand vous êtes absorbé par un film ou une musique, et que vous perdez la notion du temps.
Voici comment je travaille avec mes patients agoraphobes en hypnose :
D’abord, on installe un lieu de sécurité intérieur. Un endroit imaginaire, confortable, que vous pouvez construire en séance. Ça peut être une plage déserte, une pièce douillette, un nuage moelleux. L’important, c’est que vous vous y sentiez totalement en sécurité. On ancre cet endroit avec une sensation corporelle.
Ensuite, on aborde la situation phobique, mais en restant dans cet état de sécurité. Je vais vous guider pour que vous imaginiez la scène (le supermarché, la rue bondée, le métro) tout en maintenant la sensation de sécurité. C’est ce qu’on appelle la désensibilisation en hypnose. Votre cerveau apprend progressivement que l’image de la foule peut coexister avec un état de calme. Il n’y a plus de « danger absolu ».
Un patient m’a raconté après une séance : « C’était étrange. Je voyais la foule, je sentais mon cœur qui commençait à s’emballer, mais en même temps, j’étais sur ma plage. Les deux existaient ensemble. Et pour la première fois, la foule n’a pas gagné. »
L’hypnose ne va pas effacer votre peur en une séance. Mais elle va créer une brèche dans le programme automatique. Une brèche que vous pourrez élargir ensuite avec des exercices concrets.
Il y a une chose que je trouve fascinante dans l’approche IFS (Internal Family Systems) : elle ne considère pas la peur comme un ennemi à éliminer, mais comme une partie de vous qui a pris un rôle de protection, souvent depuis longtemps.
Si vous souffrez d’agoraphobie, il y a très probablement une partie de vous qui est hypervigilante. Celle qui scrute les visages, qui repère les issues, qui calcule le temps nécessaire pour rentrer chez vous. Cette partie peut être épuisante, envahissante, parfois même tyrannique. Mais si on l’écoute vraiment, on découvre souvent qu’elle fait ce travail depuis des années pour vous protéger d’une peur plus ancienne.
Je me souviens d’une patiente, Sophie, qui ne pouvait plus prendre le bus. En explorant avec l’IFS, on a découvert que sa partie agoraphobe s’était activée après une agression dans les transports, dix ans plus tôt. Cette partie avait pris le rôle de « protectrice » : « Si je t’empêche de prendre le bus, tu ne risques rien. » Pendant dix ans, elle avait fait son travail avec une loyauté absolue. Le problème, c’est qu’elle était devenue trop zélée : elle empêchait Sophie de vivre.
En IFS, on ne cherche pas à éliminer cette partie. On la remercie pour son service, et on lui demande si elle est prête à prendre un nouveau rôle. Une fois rassurée, elle peut se détendre. Et la partie « calme » ou « confiante » de Sophie peut reprendre les commandes.
Votre peur n’est pas votre ennemie. C’est une partie de vous qui a pris un boulot trop lourd, souvent sans vous demander votre avis. Vous pouvez la remercier, et lui proposer un autre poste.
Concrètement, vous pouvez commencer ce travail seul(e) :
Ce dialogue intérieur change radicalement la relation à la peur. On passe de la lutte à la collaboration. Et c’est souvent à ce moment-là que les choses commencent à bouger.
Vous avez les outils (ancrage, hypnose, IFS). Il vous faut maintenant un plan d’action. En préparation mentale, on appelle ça la planification de l’entraînement. On ne va pas passer de zéro à cent en un jour. On va construire une progression.
Voici comment construire votre propre plan d’exposition :
Listez vos situations anxiogènes : de la moins effrayante à la plus terrifiante. Par exemple :
Commencez par le niveau 1. Utilisez votre ancre avant d’ouvrir la porte. Restez 30 secondes. Puis rentrez. Félicitez-vous. Répétez jusqu’à ce que ce soit facile (souvent 3 à 5 jours).
Passez au niveau 2. Même chose, avec ancre. Si l’angoisse monte au-delà de 6/10, utilisez votre respiration (inspirez 4 secondes, expirez 6 secondes). Si ça ne redescend pas, faites demi-tour. Ce n’est pas un échec. Vous avez juste appris que ce niveau est encore un peu trop haut. Revenez au niveau précédent et renforcez-le.
Ajoutez des variations. Une fois que le niveau 3 est maîtrisé, variez les conditions : à une heure différente, avec un peu de pluie, avec votre casque, sans casque. Comme un sportif qui s’entraîne sur différents terrains.
Un patient que j’accompagnais a mis trois mois pour pouvoir prendre le métro seul
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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