3 phrases à répéter (avec l'hypnose) pour gagner en confiance
Des affirmations qui changent vraiment votre dialogue intérieur.
L’histoire inspirante d’une personne qui a retrouvé sa liberté.
« Je ne pouvais même plus aller acheter mon pain. » C’est par ces mots que Sophie, 34 ans, a poussé la porte de mon cabinet à Saintes, il y a quelques mois. Elle s’est assise en bord de chaise, les mains crispées sur son sac, le regard fuyant. Elle venait me voir parce qu’elle avait tout essayé : les médicaments, la thérapie classique, les applications de relaxation. Rien n’avait tenu. L’agoraphobie, cette peur panique des espaces ouverts, des foules, des situations où l’on se sent piégé ou sans issue, avait grignoté sa vie morceau par morceau. Elle ne conduisait plus. Elle ne prenait plus le train. Elle avait arrêté son travail d’assistante commerciale parce que les trajets en voiture sur la rocade la faisaient hyperventiler. Sa vie s’était rétrécie à un périmètre de trois kilomètres autour de chez elle, et encore, avec des « zones rouges » : la place du marché, le supermarché le samedi matin, le cinéma.
Son histoire n’a rien d’exceptionnel. L’agoraphobie touche environ 2 % de la population adulte en France, et elle est souvent mal comprise. On l’imagine comme une simple timidité ou une peur des grandes surfaces. En réalité, c’est une prison invisible. Les personnes qui en souffrent développent des stratégies d’évitement de plus en plus sophistiquées : elles font leurs courses à heures creuses, elles demandent à un proche de les accompagner, elles repèrent systématiquement les sorties de secours. Et à chaque fois qu’elles évitent, la peur s’ancre un peu plus. Sophie était arrivée à un stade où elle ne sortait plus qu’avec son mari, et seulement pour des trajets courts, sur des itinéraires qu’elle connaissait par cœur. Elle avait l’impression d’étouffer. « Je me sens comme dans une bulle de verre », m’a-t-elle dit. « Je vois les autres vivre, et moi je suis derrière une vitre. »
Je lui ai proposé de travailler avec l’hypnose ericksonienne, que je pratique depuis mon installation en 2014. Mais je lui ai aussi parlé de l’IFS (Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur) et de l’Intelligence Relationnelle. Parce que, dans mon expérience, l’agoraphobie n’est jamais qu’un symptôme. Derrière la peur des espaces ouverts, il y a presque toujours une partie de soi qui essaie de protéger une autre partie, plus vulnérable. Une partie qui a été blessée, un jour, et qui a décidé que le monde extérieur était dangereux. L’hypnose, dans ce cadre, n’est pas un tour de magie. C’est un outil pour entrer en dialogue avec ces parties, pour les rassurer, et pour redonner à la personne le gouvernail de sa vie. Aujourd’hui, Sophie conduit à nouveau. Elle a repris le travail. Elle vient de s’inscrire à un cours de yoga en centre-ville. Elle m’a dit, la semaine dernière : « Je ne suis pas guérie au sens où la peur a disparu. Mais elle ne me dirige plus. » Voici son chemin, étape par étape – un chemin que vous pouvez, vous aussi, commencer à emprunter.
Avant de comprendre comment Sophie a pu sortir de sa prison, il faut comprendre ce qui la maintenait enfermée. L’agoraphobie est souvent présentée comme une peur des espaces ouverts, mais c’est une simplification trompeuse. Ce que craignent réellement les personnes agoraphobes, c’est de perdre le contrôle. De faire une crise de panique dans un endroit où il serait difficile, voire humiliant, de s’échapper ou d’être secouru. La peur n’est pas dirigée vers le lieu lui-même, mais vers la sensation de panique qui pourrait surgir. C’est une peur de la peur.
Dans le cas de Sophie, tout avait commencé trois ans plus tôt, dans un supermarché. Elle faisait ses courses un samedi après-midi, la cohue habituelle, quand soudain elle a senti son cœur s’emballer. Une bouffée de chaleur. Une impression d’irréalité, comme si elle regardait la scène à travers un filtre déformant. Elle a lâché son caddie, est sortie en courant, et s’est assise sur un banc, haletante. Sur le moment, elle a mis ça sur le compte de la fatigue. Mais la semaine suivante, ça a recommencé. Et la semaine d’après, à la simple idée de mettre un pied dans un magasin. Très vite, les déclencheurs se sont multipliés : les files d’attente, les transports en commun, les ponts, les rues piétonnes bondées. Son cerveau avait établi une équation dangereuse : « espace public = danger ».
Ce mécanisme est bien connu en neurosciences. L’amygdale, cette petite structure en forme d’amande dans notre cerveau, est chargée de détecter les menaces. Quand elle perçoit un danger, elle déclenche une cascade de réactions physiologiques : accélération du rythme cardiaque, transpiration, respiration rapide, libération de cortisol. C’est le fameux réflexe de combat ou de fuite. Le problème, dans l’agoraphobie, c’est que l’amygdale devient hyperactive. Elle se déclenche pour des situations qui ne présentent aucun danger réel. Et plus la personne évite ces situations, plus l’amygdale renforce son apprentissage : « Tu vois, quand tu restes chez toi, tu es en sécurité. Donc le monde extérieur est vraiment dangereux. » C’est un cercle vicieux classique, mais terriblement efficace.
Mais en IFS, on va plus loin. On considère que cette réaction de peur n’est pas un dysfonctionnement du cerveau, mais l’expression d’une « partie » protectrice. Une partie de Sophie, que nous avons appelée « la sentinelle », s’était mise en alerte permanente. Son job était d’empêcher Sophie de revivre la sensation d’effondrement qu’elle avait connue dans ce supermarché. Cette sentinelle était extrêmement réactive : elle scrutait le moindre signe d’anxiété, et dès qu’elle en détectait un, elle activait l’évitement. « Ne va pas là-bas », « Sors vite », « Tu vas craquer ». C’était une partie bien intentionnée, mais son approche était devenue tyrannique. Sophie avait perdu tout accès à son « Self » – ce centre calme, confiant, créatif que nous possédons tous en IFS. Elle était entièrement identifiée à sa peur. L’hypnose ericksonienne, dans ce contexte, n’est pas une technique pour « effacer » la sentinelle. C’est un moyen de l’apaiser, de lui montrer qu’elle peut lâcher prise parce que Sophie, désormais, sait gérer les situations autrement.
« L’agoraphobie n’est pas une faiblesse de caractère. C’est un système de protection qui a pris le pouvoir. Le travail n’est pas de le combattre, mais de le comprendre et de le rassurer. »
Vous vous demandez peut-être : pourquoi l’hypnose ? Pourquoi pas une thérapie cognitivo-comportementale (TCC), qui est souvent présentée comme le traitement de référence pour les phobies ? La réponse est simple : l’hypnose ne se substitue pas à la TCC, elle la complète magnifiquement. Mais elle fait quelque chose que la TCC ne fait pas directement : elle parle au cerveau inconscient, là où les peurs sont enracinées.
Les TCC sont très efficaces pour exposer progressivement la personne à ce qu’elle craint, et pour lui apprendre à déconstruire ses pensées catastrophiques. Je les utilise d’ailleurs souvent en préparation mentale sportive, avec des coureurs qui ont des blocages avant une compétition. Mais dans l’agoraphobie, le problème n’est pas toujours accessible par la raison. Sophie savait parfaitement, intellectuellement, qu’il n’y avait aucun danger à aller au supermarché. Elle me disait : « Je sais que c’est irrationnel. Mais mon corps ne le sait pas. » C’est exactement là que l’hypnose intervient.
L’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, est un état de conscience modifié, très naturel, que nous expérimentons tous plusieurs fois par jour sans nous en rendre compte : quand vous êtes absorbé par un film, quand vous conduisez sur une route familière et que vous ne vous rappelez pas des cinq derniers kilomètres, quand vous rêvassez sous la douche. Dans cet état, le cerveau critique, celui qui dit « ce n’est pas logique », s’apaise. On accède plus facilement aux ressources inconscientes, aux souvenirs, aux émotions brutes. Et surtout, on peut communiquer directement avec les parties protectrices comme la sentinelle de Sophie.
Concrètement, en séance, je ne vais pas dire à Sophie : « Tu n’as pas peur, c’est idiot. » Ce serait contre-productif. Je vais plutôt l’accompagner dans un voyage imaginaire. Par exemple, je vais lui demander de visualiser un lieu où elle se sent parfaitement en sécurité – un lieu réel ou imaginaire. Puis, progressivement, je vais l’inviter à intégrer des éléments de ce lieu sécurisé dans une situation qui lui fait peur. C’est ce qu’on appelle la « dissociation thérapeutique » : on crée une expérience où la peur et la sécurité coexistent, ce qui permet au cerveau de réapprendre en douceur. Pour Sophie, le lieu sécurisé était une plage déserte en Bretagne, où elle allait enfant. En hypnose, elle a « amené » cette plage dans le parking du supermarché. Elle a senti le sable sous ses pieds, entendu les vagues, tout en voyant les caddies et les enseignes lumineuses. Cette juxtaposition a désamorcé la réaction de panique. Son cerveau a compris : « Je peux être en sécurité même ici. »
L’hypnose, pour l’agoraphobie, ne fait pas disparaître la peur d’un coup de baguette magique. Elle crée un nouvel apprentissage, plus profond que la simple compréhension intellectuelle. Elle permet au corps de se souvenir qu’il peut être calme, même dans un environnement déclencheur.
Le parcours de Sophie ne s’est pas fait en un claquement de doigts. Nous avons travaillé sur six séances, espacées sur trois mois. Mais le processus peut se résumer en trois grandes étapes, que je retrouve chez la plupart des personnes que j’accompagne pour des phobies ou des troubles anxieux.
Première étape : cartographier le territoire de la peur. Avant de changer quoi que ce soit, il faut savoir à quoi on a affaire. Sophie a tenu un petit carnet pendant une semaine. Elle y notait chaque situation où l’anxiété montait, de 0 (calme absolu) à 10 (panique totale). Elle décrivait le contexte, les sensations physiques, les pensées automatiques. Ce simple exercice a été révélateur. Elle a réalisé que sa peur n’était pas uniforme : le marché couvert était un 9, la boulangerie à 200 mètres de chez elle était un 3, et la place de l’église était à 7 les jours de marché. Cette cartographie lui a redonné un sentiment de contrôle. La peur n’était plus un brouillard informe, mais un territoire avec des zones plus ou moins dangereuses. Nous avons aussi identifié les « pensées catastrophes » qui surgissaient : « Je vais m’évanouir », « Les gens vont me regarder », « Je vais perdre la raison ». En hypnose, nous avons travaillé à dégonfler ces pensées, en les remplaçant par des contre-exemples vécus : Sophie ne s’était jamais évanouie, et personne ne l’avait jamais regardée bizarrement.
Deuxième étape : créer une ressource intérieure de sécurité. C’est le cœur du travail hypnotique. Nous avons construit ensemble un « ancrage de sécurité ». En état d’hypnose, Sophie a revécu intensément le souvenir de cette plage bretonne. Elle a associé ce sentiment de paix à un geste simple : presser son pouce et son index ensemble. À force de répétition, ce geste est devenu un déclencheur. Quand elle sentait l’anxiété monter, elle pouvait presser ses doigts et, en quelques secondes, un vague sentiment de calme l’envahissait. Ce n’est pas une solution miracle – l’anxiété ne disparaît pas complètement – mais cela brise le cycle de la panique. Sophie avait une bouée de sauvetage. Elle m’a raconté qu’elle l’a utilisée une dizaine de fois dans les premières semaines, puis de moins en moins. Son cerveau avait appris qu’il n’avait plus besoin de la sentinelle au maximum de son alerte.
Troisième étape : l’exposition progressive, mais avec un allié. Ici, l’hypnose rejoint la TCC. Sophie a établi une hiérarchie de situations, de la moins angoissante à la plus angoissante. La première était : « Marcher jusqu’à la boîte aux lettres au bout de la rue ». La dernière : « Aller au marché couvert un samedi matin, seule, sans plan de fuite ». Chaque semaine, elle montait d’un échelon. Mais elle ne le faisait pas seule. Avant chaque exposition, nous faisions une courte séance d’hypnose (5 à 10 minutes) où elle visualisait la scène avec succès, en utilisant son ancrage de sécurité si nécessaire. Cela s’appelle la « répétition mentale », une technique que j’utilise aussi avec mes sportifs. Le cerveau ne fait pas bien la différence entre une action réellement vécue et une action vividement imaginée. En visualisant sa réussite, Sophie préparait son système nerveux à vivre la situation réelle avec moins de stress. Et ça a marché. Le premier samedi au marché, elle a tenu 10 minutes. Le suivant, 20. Au bout d’un mois, elle faisait ses courses comme tout le monde.
Si l’hypnose a fourni les outils techniques, c’est l’IFS qui a opéré la transformation en profondeur. L’IFS, ou Système Familial Intérieur, part du principe que notre esprit est composé de multiples « parties » – des sous-personnalités qui ont chacune leurs croyances, leurs émotions et leurs rôles. Au centre de toutes ces parties se trouve le Self, notre essence, qui possède des qualités comme la compassion, la curiosité et le calme. Dans l’agoraphobie, une partie protectrice a pris le contrôle, et le Self est masqué.
Sophie a appris à dialoguer avec sa sentinelle. En séance, je lui ai proposé de fermer les yeux et de « rencontrer » cette partie. Au début, elle l’a décrite comme une femme sévère, vêtue de gris, qui montait la garde devant une porte. Sophie lui a demandé : « Qu’est-ce que tu crains ? » La sentinelle a répondu : « Que tu t’effondres. Que tu ne puisses plus te relever. Que tu perdes tout. » C’était une partie terrifiée, qui avait pris un rôle de protection après la première crise de panique. Sophie, avec ma guidance, a pu la remercier. « Je sais que tu veux mon bien. Mais tu es épuisée. Laisse-moi essayer autrement. » Ce dialogue a été un tournant. Sophie a cessé de considérer sa peur comme une ennemie à abattre. Elle a vu une alliée maladroite, mais bien intentionnée. Et cette simple reconnaissance a désamorcé une grande partie de la tension.
L’hypnose a été le canal privilégié pour ces dialogues. En état modifié de conscience, les parties se présentent plus facilement. Elles sont moins sur la défensive. Et le Self peut émerger avec sa sagesse naturelle. Sophie m’a dit, après une séance : « Je ne me sens plus en guerre contre moi-même. Je me sens… entière. » C’est exactement cela, l’objectif de l’IFS : l’intégration, pas l’élimination.
« Ce que je croyais être mon pire ennemi – ma peur – était en fait mon garde du corps le plus fidèle. J’ai juste eu à lui montrer que je pouvais marcher sans qu’il me porte. »
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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