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Témoignage : j’ai vaincu ma phobie des piqûres grâce à l’hypnose

Sophie, 32 ans, partage son parcours sans médicaments ni force

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

« Je préfère accoucher sans péridurale plutôt que de me faire piquer. » C’est ce que Sophie, 32 ans, m’a dit lors de notre premier rendez-vous. Elle n’exagérait pas. Depuis l’adolescence, la simple vue d’une aiguille déclenchait chez elle une panique totale : sueurs froides, cœur qui tambourine, impression que le sol se dérobe sous ses pieds. Les prises de sang, les vaccins, les soins dentaires avec anesthésie locale – tout était devenu un parcours du combattant qu’elle repoussait ou évitait carrément.

Sophie n’est pas un cas isolé. La phobie des piqûres touche environ 10 % de la population. Pour certains, c’est une gêne. Pour d’autres, comme elle, c’est une prison invisible qui les coupe des soins essentiels. Elle avait déjà tout essayé : la respiration profonde, se raisonner, se faire accompagner par un proche. Rien n’y faisait. Son corps prenait le contrôle et la logique s’envolait.

Quand elle m’a contacté, elle cherchait une solution sans médicaments. Elle ne voulait pas de cachets pour « dormir » avant une prise de sang, ni de crème anesthésiante qui ne résolvait pas le fond du problème. Elle voulait comprendre pourquoi son cerveau réagissait comme si une aiguille était un danger mortel, et surtout, elle voulait que ça s’arrête.

Voici son témoignage, tel qu’elle me l’a confié après notre travail ensemble. Je l’ai retranscrit fidèlement, en ajoutant quelques explications sur les mécanismes en jeu pour que vous puissiez, peut-être, reconnaître votre propre histoire.

« Je ne comprenais pas pourquoi mon corps m’ignorait »

Sophie se souvient parfaitement de son premier malaise. À 14 ans, lors d’une vaccination obligatoire au collège, elle avait vu une camarade s’évanouir juste avant l’injection. L’infirmière avait géré la situation avec désinvolture, presque avec agacement. Sophie, qui n’avait jamais eu peur des piqûres avant ce jour, avait senti quelque chose se gripper en elle.

« Je me suis dit : “OK, il faut que je fasse attention, je ne veux pas être la prochaine à tomber.” Et là, mon cerveau a commencé à scanner tous les détails : le garrot, l’alcool sur la peau, l’aiguille qui sort de l’emballage… À chaque fois que je revoyais cette scène dans ma tête, mon cœur s’emballait un peu plus. »

Ce qui a commencé comme une simple vigilance est devenu, en quelques années, une véritable phobie. Sophie évitait les bilans sanguins, repoussait ses vaccins, et quand elle devait absolument se faire soigner, elle négociait avec le médecin pour qu’il utilise la plus petite aiguille possible, qu’il aille vite, qu’il ne la prévienne pas au dernier moment. Elle avait développé tout un rituel de contournement.

Mais le pire, selon elle, c’était la honte. « J’avais 32 ans, une carrière, une vie équilibrée. Et je me retrouvais à trembler comme une enfant dans une salle d’attente. Je me traitais de faible, de ridicule. Plus j’essayais de me raisonner, plus la peur devenait forte. C’était comme si une partie de moi ne m’écoutait pas. »

Ce sentiment de division intérieure, vous le connaissez peut-être. Une partie rationnelle qui dit « ce n’est rien, ça dure deux secondes », et une autre partie, bien plus bruyante, qui hurle « danger, fuis, évanouis-toi si nécessaire ». Cette guerre intérieure épuise. Et c’est là que l’hypnose entre en jeu.

Pourquoi la peur des aiguilles ne se raisonne pas

Avant de comprendre comment Sophie s’en est sortie, il faut saisir ce qui se passe dans le cerveau d’une personne phobique. Ce n’est pas un simple caprice ou un manque de courage. C’est un circuit neuronal qui s’est emballé et qui refuse de se calmer.

Notre cerveau possède une zone appelée l’amygdale, spécialisée dans la détection des dangers. Elle fonctionne en une fraction de seconde, bien avant que notre cortex préfrontal (la partie rationnelle) ait eu le temps d’analyser la situation. C’est elle qui nous fait retirer la main d’une plaque chaude avant même de ressentir la brûlure.

Chez une personne phobique, l’amygdale a appris à associer un stimulus anodin (une aiguille) à un danger vital. Et ce qui est fascinant – et frustrant –, c’est que ce conditionnement ne se défait pas par la simple raison. Vous pouvez dire mille fois à votre cerveau « c’est juste une aiguille, ça ne va pas me tuer », l’amygdale n’écoute pas. Elle a enregistré la peur à un niveau plus profond, celui de la survie.

Sophie le résume très bien : « Je savais que c’était irrationnel. Je le savais. Mais mon corps ne le savait pas. Mon corps réagissait comme si un tigre entrait dans la pièce. »

« La phobie, ce n’est pas une peur exagérée. C’est un apprentissage émotionnel qui s’est fait dans l’urgence et qui n’a jamais été remis à jour. L’hypnose permet de revenir à ce moment d’apprentissage et de le réécrire. »

C’est exactement ce que nous avons fait avec Sophie. Nous ne sommes pas partis en guerre contre sa peur. Nous avons plutôt invité la partie d’elle qui avait peur à s’exprimer, à raconter ce qu’elle protégeait. Car oui, même une phobie a une fonction. Elle protège de quelque chose : une sensation d’évanouissement, une perte de contrôle, une humiliation vécue.

L’hypnose : un chemin vers l’intérieur, pas un combat

Sophie était venue avec une idée précise de ce que serait l’hypnose. Elle imaginait que j’allais agiter une montre devant ses yeux et lui ordonner de ne plus avoir peur. Elle avait vu des spectacles, des vidéos, et ça l’inquiétait un peu.

Je lui ai expliqué que l’hypnose ericksonienne (celle que je pratique) est tout autre. C’est un état de conscience modifié, oui, mais parfaitement naturel. Vous entrez dans cet état plusieurs fois par jour sans le savoir : quand vous êtes absorbé par un film, quand vous conduisez sur une route familière sans vous souvenir des derniers kilomètres, quand vous rêvassez sous la douche. C’est un état de concentration intérieure, où le mental critique s’apaise et où l’inconscient devient plus accessible.

Dans cet état, nous n’avons pas combattu sa peur. Nous l’avons rencontrée.

« Thierry m’a demandé de fermer les yeux et de visualiser la scène qui me terrorisait le plus : être allongée sur une table, le bras tendu, l’infirmière qui approche. Mon cœur s’est emballé immédiatement. Mais au lieu de me dire “calme-toi”, il m’a invitée à observer cette peur comme si elle était une personne en moi. Je lui ai posé des questions. Je lui ai demandé ce qu’elle voulait me dire. »

Cette approche, c’est celle de l’IFS (Internal Family Systems), que j’intègre souvent à mes séances d’hypnose. L’idée est simple : nous ne sommes pas un bloc monolithique. Nous sommes composés de différentes « parties » qui ont chacune une intention positive, même si leurs méthodes nous semblent parfois contre-productives. La partie phobique de Sophie ne voulait pas la faire souffrir. Elle voulait la protéger d’une expérience qu’elle avait vécue comme traumatique.

En accueillant cette partie, en la remerciant d’avoir fait son travail toutes ces années, Sophie a vécu un changement profond. La peur n’a pas disparu d’un coup, mais elle a cessé d’être une ennemie. Elle est devenue une alliée qu’elle pouvait rassurer.

« Mon cerveau a lâché prise en quelques séances »

Nous avons travaillé ensemble cinq séances, espacées sur deux mois. Sophie a aussi pratiqué des exercices entre les rendez-vous : des auto-hypnoses courtes, des visualisations, des petits gestes concrets pour recâbler son cerveau.

L’une des techniques qui l’a le plus aidée, c’est ce que j’appelle « le film en accéléré ». Nous avons imaginé toute la séquence de soin, depuis la salle d’attente jusqu’au retrait de l’aiguille, mais en la passant comme un film, plusieurs fois, de plus en plus vite, jusqu’à ce que son cerveau s’habitue et cesse de déclencher l’alarme.

« Au début, j’avais du mal à aller jusqu’à la fin du film sans que mon cœur s’emballe. Mais Thierry m’a appris à respirer autrement, à ancrer une sensation de sécurité dans mon corps, un point de calme que je pouvais activer à volonté. Et un jour, j’ai réussi à voir l’aiguille sans paniquer. C’était un petit miracle pour moi. »

Le vrai test est arrivé trois semaines après notre dernière séance. Sophie avait une prise de sang programmée pour un bilan thyroïdien qu’elle repoussait depuis deux ans. Elle est entrée dans le laboratoire, a tendu le bras, et a laissé l’infirmière faire son travail.

« Je tremblais encore un peu, c’est vrai. Mais je n’ai pas eu de malaise. Je n’ai pas eu besoin de m’allonger. J’ai regardé l’aiguille entrer dans ma peau et je me suis dit “c’est fini, ça n’a duré que quelques secondes”. J’ai pleuré dans ma voiture après, mais de joie. Je n’étais plus prisonnière. »

Sophie n’a pas utilisé de crème anesthésiante ce jour-là. Elle n’a pas pris de médicament. Elle a simplement laissé son cerveau apprendre une nouvelle association : aiguille = soin rapide, et non plus aiguille = danger mortel.

« Ce que l’hypnose m’a donné, ce n’est pas l’absence de peur. C’est la certitude que je pouvais traverser la peur sans qu’elle me détruise. C’est tellement plus fort que de l’éviter. »

Ce que l’hypnose change vraiment dans le cerveau

Vous vous demandez peut-être si c’est « juste » de l’autosuggestion ou un vrai travail neurologique. Les recherches en neurosciences confirment que l’hypnose modifie l’activité cérébrale de manière mesurable. Des études en IRM fonctionnelle montrent que sous hypnose, la connexion entre l’amygdale et le cortex préfrontal se modifie. Le cerveau apprend à répondre différemment à un stimulus anxiogène.

Concrètement, l’hypnose ne fait pas disparaître le souvenir de la peur. Elle permet de le recontextualiser. Votre cerveau n’oublie pas qu’il a eu peur, mais il peut désormais accéder à une autre mémoire : celle d’avoir survécu, d’avoir été en sécurité, d’avoir traversé l’épreuve sans dommage.

C’est ce qui s’est passé pour Sophie. Elle a gardé le souvenir de son malaise à 14 ans, mais il a perdu son pouvoir. Il est devenu un simple événement du passé, pas une prophétie qui devait se répéter à chaque piqûre.

L’IFS, que j’utilise en complément, ajoute une dimension relationnelle à ce travail. Au lieu de considérer la peur comme un symptôme à éliminer, on la considère comme une partie de soi qui a besoin d’être entendue. Et quand on l’écoute vraiment, elle se calme. C’est contre-intuitif, mais c’est extrêmement efficace.

Sophie me disait : « Avant, je passais mon temps à me dire “arrête d’avoir peur, t’es ridicule”. Maintenant, je me dis “je sais que tu as peur, c’est normal, mais on va le faire ensemble”. Et ça change tout. »

Comment savoir si l’hypnose est faite pour vous ?

Si vous lisez ce témoignage et que vous vous reconnaissez, vous vous demandez peut-être si cette approche peut fonctionner pour vous. Voici quelques éléments de réponse.

L’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne fonctionne pas si vous n’êtes pas prêt à vous impliquer. Elle demande une certaine curiosité, une capacité à laisser de côté le contrôle mental pendant un moment. Certaines personnes très analytiques, qui ont besoin de tout comprendre intellectuellement, peuvent avoir plus de difficultés au début. Mais avec un peu de pratique, presque tout le monde peut entrer dans cet état.

L’hypnose ne remplace pas un suivi médical. Si votre phobie est liée à un trouble anxieux généralisé, à des antécédents traumatiques complexes, ou si vous avez des évanouissements réguliers, il est important d’en parler d’abord à votre médecin traitant. L’hypnose est un outil puissant, mais elle s’inscrit dans une démarche globale de soin.

Enfin, l’hypnose ne vous enlève pas votre libre arbitre. Vous restez conscient, vous pouvez ouvrir les yeux à tout moment, vous n’allez pas faire des choses contre votre gré. C’est une collaboration entre vous et moi, pas une soumission.

« Au début, j’avais peur de perdre le contrôle, raconte Sophie. Mais très vite, j’ai compris que c’était l’inverse. Pour la première fois, je reprenais le contrôle sur quelque chose qui me dominait depuis vingt ans. »

Les petites étapes qui ont tout changé

Pour ceux qui veulent commencer par eux-mêmes, voici quelques pistes que Sophie a trouvées utiles. Ce ne sont pas des solutions miracles, mais des amorces.

La première, c’est de séparer la peur de la personne. Donnez un nom à votre peur. Appelez-la « la vigie » ou « le petit soldat ». Quand elle se manifeste, dites-lui « je te vois, je sais que tu veux me protéger, mais je suis en sécurité ». Ce simple dialogue interne change la relation que vous entretenez avec votre anxiété.

La deuxième, c’est de recréer la scène dans un environnement sécurisé. Asseyez-vous dans un fauteuil confortable, fermez les yeux, et imaginez la situation qui vous fait peur, mais en la modifiant légèrement. Par exemple, imaginez que l’infirmière a un détail amusant (un chapeau coloré, une voix chantante). Votre cerveau va associer l’aiguille à cet élément incongru, et la charge émotionnelle diminue.

La troisième, c’est d’ancrer une ressource. Pensez à un moment où vous vous êtes senti particulièrement fort, calme, confiant. Visualisez-le en détail : les couleurs, les sons, les sensations dans votre corps. Quand vous êtes bien immergé, touchez votre pouce et votre index ensemble. Répétez cet ancrage plusieurs fois. Ensuite, quand la peur monte, vous pouvez reproduire ce geste pour rappeler à votre corps l’état de sécurité.

Sophie a utilisé cet ancrage le jour de sa prise de sang. « J’ai pressé mon pouce contre mon index, et j’ai senti une vague de calme monter. Ce n’était pas parfait, mais c’était suffisant pour ne pas paniquer. »

Ces exercices ne remplacent pas un accompagnement personnalisé, mais ils vous donnent un point de départ. Vous n’êtes pas condamné à vivre avec cette peur. Votre cerveau peut apprendre de nouveaux chemins, à tout âge.

Ce que Sophie retient de son parcours

Aujourd’hui, Sophie ne dit pas qu’elle « aime » les piqûres. Personne ne les aime vraiment. Mais elle peut les vivre sans que ce soit une épreuve. Elle a repris rendez-vous pour ses vaccins, elle ne repousse plus ses bilans sanguins, et elle a même accepté une anesthésie locale chez le dentiste – ce qui était impensable pour elle il y a six mois.

« Ce que j’ai gagné, c’est la liberté. La liberté de ne plus organiser ma vie autour de l’évitement. La liberté de ne plus avoir honte. La liberté de dire “je vais me faire soigner” sans que mon corps se rebelle. »

Elle a aussi découvert quelque chose d’inattendu : en apprenant à dialoguer avec sa peur des piqûres, elle a développé une meilleure relation avec d’autres angoisses. Elle

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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