HypnosePhobies

Témoignage : « Je pouvais enfin toucher une araignée sans crier »

Histoire fictive d’une libération par l’hypnose.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Je l’ai vue arriver dans mon cabinet un mardi après-midi. Elle s’appelait Julie — enfin, c’est le prénom que je vais lui donner ici. Elle avait la trentaine, un sourire professionnel vissé sur le visage, un sac à main organisé, et une voix calme posée en surface. Mais ses doigts tripotaient la fermeture éclair de sa veste comme s’ils cherchaient une issue de secours.

Julie était venue pour une phobie. Pas celle des hauteurs, des piqûres ou de l’avion. La sienne, c’était les araignées. Et pas juste « j’aime pas ça ». C’était une peur qui la traversait comme une décharge. Elle m’a raconté qu’elle ne pouvait pas entrer dans une pièce sans d’abord scanner les murs, les coins, le plafond. Chez elle, elle avait installé des pièges collants partout. Elle ne sortait pas au jardin. Elle avait déjà fait demi-tour en voiture parce qu’elle avait aperçu une toile dans le rétroviseur. Son mari gérait les caves, les greniers, les recoins. Elle, elle vivait dans une zone sans toiles d’araignée, une zone qu’elle avait délimitée comme un territoire de survie.

« Je sais que c’est irrationnel », m’a-t-elle dit. « Je sais qu’elles ne me veulent aucun mal. Je sais qu’elles sont utiles. Mais mon corps ne le sait pas. »

Et c’est exactement ça, la phobie. Ce n’est pas une question de connaissance. C’est une question de corps. Le cerveau rationnel peut aligner tous les arguments du monde, le corps, lui, a déjà décidé.

Je ne vais pas vous raconter une histoire magique où Julie est repartie guérie en une séance. Parce que ce n’est pas comme ça que ça marche. Mais je vais vous raconter comment elle est passée de « je ne peux pas » à « je peux, et même toucher ». Et comment l’hypnose a rendu ça possible.

D’où vient cette peur qui semble venue de nulle part ?

Julie ne se souvenait pas d’un événement traumatique précis. Pas de morsure, pas d’araignée tombée dans son lit, pas de film d’horreur vu trop jeune. Rien. Juste une peur installée depuis l’enfance, comme une tapisserie qu’on n’aurait jamais osé décoller.

« Ma mère aussi avait peur », m’a-t-elle dit. « Elle criait dès qu’elle en voyait une. Mon père venait avec une chaussure. »

Là, vous avez le premier mécanisme : l’apprentissage vicariant. On n’a pas besoin de vivre un événement soi-même pour que notre système nerveux l’enregistre comme dangereux. Regarder une personne significative — un parent, un frère, une sœur — réagir avec une peur intense, ça suffit. Le cerveau de l’enfant ne fait pas la différence entre « je vis le danger » et « je vois quelqu’un vivre le danger ». Pour lui, c’est la même alarme.

Ensuite, il y a la répétition. À chaque fois que Julie voyait une araignée, elle ressentait de la peur. Et à chaque fois qu’elle ressentait de la peur, son cerveau renforçait le lien : « araignée = danger ». C’est un conditionnement classique. Le problème, c’est que ce conditionnement s’auto-alimente. Plus on a peur, plus on évite. Plus on évite, plus la peur reste intacte. Le cerveau n’a jamais l’occasion d’apprendre que, finalement, l’araignée ne fait rien.

Julie avait développé des stratégies d’évitement tellement efficaces qu’elle n’avait pas croisé une araignée de près depuis des années. Mais cette efficacité avait un prix : elle vivait dans une vigilance constante, une sorte de radar intérieur toujours allumé. Et ça, c’est épuisant.

Une phobie, ce n’est pas une peur. C’est une peur de la peur. On ne craint pas l’objet. On craint la réaction que cet objet va déclencher en nous.

C’est pour ça que les arguments rationnels ne marchent pas. Julie savait que les araignées étaient inoffensives. Mais savoir ne calmait pas son cœur. Parce que son corps avait sa propre mémoire.

La première séance : poser des mots sur ce que le corps sait

Je ne commence jamais une séance d’hypnose par l’hypnose. Je commence par une conversation. J’ai besoin de comprendre comment la peur s’organise dans la vie de la personne. Pas seulement « de quoi vous avez peur », mais « comment cette peur vous gère au quotidien ».

Julie m’a raconté les détails. L’été, elle ne pouvait pas ouvrir les fenêtres la nuit. Elle ne mettait pas de chaussures sans les secouer. Elle avait renoncé à aller dans une maison de famille à la campagne. Elle avait refusé des invitations pour des week-ends parce que « il y a des araignées là-bas ». Elle ne disait pas ça aux gens, bien sûr. Elle inventait des excuses.

« Je me sens stupide », m’a-t-elle avoué. « J’ai un bon job, je gère ma vie, et je suis terrorisée par un animal de quelques millimètres. »

Je lui ai dit ce que je dis à tout le monde : la phobie n’est pas une question de caractère ou de volonté. C’est une question de programmation. Votre cerveau a enregistré une information comme vraie, et il la rejoue à chaque fois. Ce n’est pas un défaut. C’est un mécanisme de survie qui s’est emballé.

Puis je lui ai demandé : « Si vous pouviez changer une seule chose dans votre rapport aux araignées, qu’est-ce que ce serait ? »

Sa réponse a été immédiate : « Ne plus avoir peur avant même d’en voir une. »

C’était une bonne formulation. Pas « les aimer » ou « les trouver mignonnes ». Juste « arrêter l’anticipation ». C’était réaliste, atteignable. On avait une cible.

L’hypnose ne fait pas disparaître la peur, elle change la relation à la peur

Beaucoup de personnes imaginent l’hypnose comme une baguette magique : on ferme les yeux, le praticien dit quelques mots, et pouf, la phobie disparaît. Ce n’est pas faux à cent pour cent — certaines personnes vivent des transformations très rapides. Mais dans la majorité des cas, l’hypnose est un outil pour apprendre à faire autrement.

Avec Julie, j’ai utilisé une approche que j’emploie souvent pour les peurs bien ancrées : l’hypnose ericksonienne combinée à des éléments d’IFS (Internal Family Systems). L’idée, c’est de ne pas combattre la partie d’elle qui a peur, mais de l’écouter, de la comprendre, et de lui trouver une nouvelle fonction.

« Vous avez une partie de vous qui protège votre sécurité », je lui ai dit. « Elle pense que les araignées sont dangereuses, alors elle vous alerte à chaque fois. C’est une sentinelle un peu zélée, mais elle fait son travail. »

Julie a souri. « Une sentinelle zélée. Je n’avais jamais vu ça comme ça. »

On a travaillé en hypnose avec cette sentinelle. Je ne vais pas vous détailler tout le protocole, mais l’essentiel, c’est qu’on a créé un dialogue intérieur. Julie a pu « parler » à cette partie d’elle qui avait peur, lui demander ce dont elle avait besoin pour se sentir moins en alerte. Et ce qui est ressorti, c’était simple : « J’ai besoin de savoir que tu peux gérer si quelque chose arrive. »

C’est souvent la clé des phobies. La partie qui a peur ne demande pas à ce que l’objet disparaisse. Elle demande à ce que la personne soit capable de faire face.

Le travail progressif : déconditionner sans brusquer

Entre les séances, je donnais à Julie des petites missions. Rien d’impressionnant. Rien qui déclenche une crise d’angoisse. Le but, c’était de réapprendre à son système nerveux qu’il pouvait être en présence d’une araignée sans que sa vie soit en danger.

Première mission : regarder des photos d’araignées sur son téléphone. Pas plus de trente secondes. Et à chaque fois, elle devait respirer lentement, comme on l’avait travaillé en séance. Au début, elle m’a dit qu’elle sentait son cœur s’accélérer. Mais elle tenait. Elle ne fuyait pas.

Deuxième mission : regarder une vidéo. Pas un documentaire, juste une vidéo YouTube de quelques secondes montrant une araignée qui se déplace. Elle m’a envoyé un message après : « J’ai regardé trois fois. La troisième, mon cœur n’a presque pas accéléré. »

Troisième mission : se tenir à un mètre d’une araignée réelle. Pas dans sa maison, bien sûr. Je lui avais proposé de le faire avec moi, dans mon cabinet. J’avais une petite araignée dans un bocal. Julie a accepté. Elle tremblait un peu. Elle a regardé, respiré, regardé encore. Elle est restée trente secondes. Puis elle a souri.

« C’est bizarre », a-t-elle dit. « Je sais que c’est une araignée. Je sais que d’habitude je crierais. Mais là, je me sens juste… curieuse. »

Ce passage de la peur à la curiosité, c’est le signe que quelque chose a changé. Pas au niveau des idées. Au niveau du corps.

La curiosité est l’antidote naturel de la peur. On ne peut pas être terrorisé et curieux en même temps. L’un remplace l’autre.

Ce jour où elle a touché une araignée

La quatrième séance, Julie est arrivée avec une énergie différente. Elle était détendue. Elle m’a raconté qu’elle avait vu une araignée dans sa salle de bain, un matin, et qu’elle n’avait pas crié. Elle était restée immobile, elle l’avait regardée, et elle s’était dit : « D’accord, tu es là, je te vois. » Puis elle était allée chercher un verre et un morceau de carton, elle l’avait attrapée, et elle l’avait déposée dehors.

C’était un petit exploit. Mais elle voulait aller plus loin.

« J’aimerais pouvoir la toucher », m’a-t-elle dit. « Pas une grosse. Une toute petite. Mais sans avoir peur. »

On a préparé ça en hypnose. On a installé une ressource — un état de calme intérieur qu’elle pouvait rappeler à volonté. On a créé un signal : elle posait sa main sur son cœur, elle respirait, et elle se rappelait qu’elle était en sécurité.

Puis on a sorti l’araignée du bocal. Une petite, pas plus grande qu’une pièce de monnaie. Elle s’est approchée. Elle a tendu l’index. Et elle a touché.

Pas un effleurement furtif. Un vrai contact. Le bout de son doigt sur le dos de l’araignée. L’araignée a bougé, Julie a sursauté, mais elle n’a pas retiré sa main. Elle a ri.

« Je l’ai touchée », a-t-elle dit, les yeux brillants. « Je peux enfin toucher une araignée sans crier. »

Ce n’était pas une guérison miraculeuse. Elle n’allait pas soudainement vouloir une tarentule comme animal de compagnie. Mais quelque chose d’important s’était passé : elle avait repris le contrôle. La peur n’était plus aux commandes. Elle était devenue une information parmi d’autres, pas une urgence absolue.

Ce que l’hypnose a vraiment fait

Je vais être honnête avec vous. L’hypnose n’a pas effacé la peur de Julie. Elle ne l’a pas fait « passer » comme on efface une ardoise. Ce qu’elle a fait, c’est trois choses :

D’abord, elle a permis à Julie de dissocier la peur de l’action. Avant, dès qu’elle voyait une araignée, son corps réagissait immédiatement : cœur qui s’emballe, mains moites, envie de fuir. L’hypnose a créé un espace entre le stimulus et la réaction. Un espace où elle pouvait choisir.

Ensuite, elle a permis de réécrire la mémoire émotionnelle. Chaque fois que Julie vivait une expérience positive avec une araignée — regarder une photo sans paniquer, rester près d’un bocal, toucher — son cerveau enregistrait une nouvelle donnée. La peur n’était plus la seule information disponible. Il y avait maintenant des souvenirs de sécurité.

Enfin, elle a permis de donner une voix à la partie qui avait peur. Au lieu de la combattre, de la juger, de la trouver stupide, Julie a appris à l’écouter. Et en l’écoutant, elle a découvert que cette peur n’était pas une ennemie. C’était une partie d’elle qui avait essayé de la protéger, avec les moyens qu’elle avait.

Guérir une phobie, ce n’est pas tuer le dragon. C’est apprendre à lui parler, et découvrir qu’il n’est pas un dragon, juste un chien de garde qui s’est emballé.

Et maintenant, qu’est-ce que vous pouvez faire si vous vivez la même chose ?

Je ne peux pas vous promettre que vous toucherez une araignée en quatre séances. Chaque personne est différente. Certaines phobies sont plus légères, d’autres plus enracinées. Mais je peux vous dire ceci : si vous vivez avec une peur qui vous limite, qui vous empêche de vivre normalement, qui vous oblige à organiser votre vie autour d’un évitement, vous n’êtes pas obligé de rester comme ça.

Vous n’êtes pas faible. Vous n’êtes pas stupide. Vous n’êtes pas « trop sensible ». Vous avez simplement un système nerveux qui a appris une leçon un peu trop bien, et qui la répète à chaque occasion. Et ce système peut réapprendre.

Si vous vous reconnaissez dans l’histoire de Julie, voici une petite chose que vous pouvez essayer dès maintenant, sans rendez-vous, sans matériel :

  1. Identifiez votre peur. Pas besoin de la confronter tout de suite. Juste la nommer. « J’ai peur des araignées » (ou des chiens, des ascenseurs, des piqûres, du regard des autres). Mettez un mot dessus.

  2. Observez comment elle se manifeste dans votre corps. Quand vous pensez à l’objet de votre peur, qu’est-ce qui se passe ? Votre respiration change ? Votre ventre se serre ? Vos épaules remontent ? Ne cherchez pas à changer ça. Juste regardez.

  3. Dites-vous une chose vraie : « Cette peur est une partie de moi qui essaie de me protéger. » Pas « cette peur est idiote ». Pas « je devrais avoir dépassé ça ». Juste une phrase de reconnaissance.

Ces trois étapes ne vont pas guérir votre phobie. Mais elles vont commencer à changer votre relation avec elle. Et c’est par là que tout commence.

Si vous sentez que vous avez besoin d’être accompagné pour aller plus loin, je suis là. Mon cabinet est à Saintes, mais je reçois aussi en visio. On peut prendre le temps de parler de votre peur, sans jugement, sans pression, à votre rythme.

Julie est venue parce qu’elle en avait assez de vivre aux aguets. Elle est repartie avec une liberté qu’elle n’avait pas imaginée possible. Pas une liberté totale, parfaite, absolue. Mais une liberté réelle : celle de pouvoir entrer dans une pièce sans scanner les murs. Celle de pouvoir toucher une araignée sans crier.

Ce n’est pas un exploit pour tout le monde. Mais pour elle, c’était immense.

Peut-être que pour vous aussi, ça peut l’être.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit