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Un protocole d’hypnose en 5 étapes pour votre vol

Suivez ces étapes pour un voyage en toute tranquillité.

TSThierry Sudan
24 avril 202612 min de lecture

Vous êtes là, stressé à l’idée de monter dans cet avion. Peut-être que c’est le décollage qui vous glace le sang, ou le simple fait de sentir les roues quitter le sol. Vous avez tout essayé : les respirations, les distractions, la petite pilule que le médecin vous a prescrite. Mais rien n’y fait, le cœur s’emballe, la sueur perle, et l’idée même de vous asseoir dans ce siège étroit vous donne envie de fuir. Pourtant, vous devez prendre ce vol. Que ce soit pour des vacances tant attendues, un rendez-vous familial ou un déplacement professionnel, l’avion n’est pas une option, c’est une nécessité.

Je vois ce scénario plusieurs fois par mois dans mon cabinet à Saintes. Des adultes, compétents, rationnels, qui gèrent leur vie avec brio, mais qui perdent tous leurs moyens face à un tableau de bord d’avion. L’hypnose que je pratique — l’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle — ne va pas effacer votre peur comme par magie. Ce n’est pas un tour de passe-passe. Ce que je vous propose, c’est un protocole en cinq étapes, conçu pour que vous puissiez reprendre le contrôle avant, pendant et après le vol. Vous n’allez pas devenir un pilote de chasse, mais vous allez pouvoir vivre ce voyage sans que la panique ne vous vole votre énergie.

Je vous ai préparé ce protocole à partir de ce qui fonctionne vraiment avec les personnes que j’accompagne. Il repose sur des mécanismes simples de votre cerveau : le système limbique (votre alarme interne) et le cortex préfrontal (votre chef d’orchestre rationnel). Quand l’alarme sonne trop fort, le chef est débordé. L’hypnose permet de calmer l’alarme et de recentrer le chef. Voici comment.

« L’hypnose ne supprime pas la peur, elle vous apprend à danser avec elle sans vous laisser piétiner. »

Étape 1 : Préparez votre cerveau à voler – la dissociation sécurisée

La première chose que je vous demande, c’est de ne pas attendre d’être dans l’avion pour agir. Votre cerveau a déjà construit une carte mentale du vol : vous imaginez les turbulences, l’espace confiné, l’impression de ne pas pouvoir sortir. Cette carte est fausse, mais elle déclenche déjà des réactions physiques. Vous devez donc, avant le jour J, reprogrammer cette carte.

Asseyez-vous tranquillement chez vous, dans un endroit où vous ne serez pas dérangé pendant 10 minutes. Fermez les yeux. Prenez trois respirations profondes, en gonflant le ventre comme un ballon, puis en soufflant lentement par la bouche, comme si vous souffliez dans une paille. Maintenant, je vais vous guider vers une dissociation sécurisée.

Imaginez que vous êtes dans une salle de cinéma, assis confortablement. L’écran est devant vous. Sur cet écran, vous voyez une personne qui vous ressemble — appelez-la votre « double ». Ce double est en train de se préparer pour le vol. Peut-être qu’il ou elle est à l’aéroport, en train de monter dans l’avion. Regardez-le de loin, comme un spectateur neutre. Vous n’êtes pas dans l’image. Vous êtes juste là, dans votre fauteuil de cinéma, en sécurité. Observez les détails : la couleur du siège, la lumière, les gestes de ce double. Vous pouvez même modifier l’image : si le double semble tendu, rendez l’image plus petite, moins colorée, ou éloignez-la. Vous êtes le réalisateur.

Cette technique s’appelle la dissociation. Elle permet à votre système nerveux de comprendre que « regarder une scène de vol » n’est pas la même chose que « vivre le vol ». Votre amygdale — cette petite amande dans votre cerveau qui crie au danger — va progressivement se calmer en voyant que vous survivez à l’image. Faites cet exercice une fois par jour pendant une semaine avant le vol. Si une sensation d’anxiété monte, respirez et revenez à votre fauteuil de cinéma. Vous êtes en sécurité, ici et maintenant.

Étape 2 : L’ancrage de la cage thoracique – un bouclier pour le décollage

Le moment critique pour la plupart des personnes que je reçois, c’est le décollage. La poussée, le bruit, l’inclinaison, la sensation de quitter le sol. Votre corps réagit comme si vous tombiez d’une falaise. Pourtant, le décollage est la phase la plus contrôlée du vol. Votre peur n’est pas une information sur la réalité, c’est une information sur votre passé. Vous devez donc installer un ancrage physique pour contrer cette réaction.

Un ancrage, c’est un geste simple associé à un état de calme. Vous allez créer le vôtre. Avant le vol, le jour J, dans le hall d’embarquement ou même dans la file d’attente, trouvez un moment pour vous. Posez votre main droite sur votre cage thoracique, juste sous la clavicule. Pas sur le ventre, sur la poitrine. Pourquoi ? Parce que quand vous avez peur, votre respiration devient haute et rapide (thoracique). En posant la main ici, vous donnez à votre cerveau un signal tactile qui dit : « Stop, je reprends le contrôle de ma respiration. »

Maintenant, inspirez lentement en comptant jusqu’à 4. Pendant que vous inspirez, imaginez que l’air entre par le sommet de votre crâne et descend jusqu’à votre main, comme une colonne de lumière bleue ou dorée — choisissez la couleur qui vous apaise. Puis, expirez lentement en comptant jusqu’à 6, en imaginant que cette lumière sort par votre main et enveloppe votre cage thoracique comme un bouclier. Faites cela cinq fois. Vous venez de créer un ancrage kinesthésique. Votre main devient une télécommande pour votre calme.

Pendant le décollage, si vous sentez la panique monter, posez à nouveau la main sur votre cage thoracique. Ne cherchez pas à arrêter la peur. Dites-vous simplement : « Je sens mon cœur qui bat, je sens l’avion qui accélère, et en même temps, ma main est là. » Vous n’êtes pas en train de lutter contre la peur, vous l’accueillez tout en activant votre bouclier. C’est ce qu’on appelle la double perception : vous pouvez être anxieux ET calme à la même seconde. Le cerveau peut gérer les deux.

Étape 3 : La métaphore du nuage – pour les turbulences et l’inconfort

Les turbulences sont souvent ce qui déclenche les crises les plus aiguës. Ce n’est pas tant le mouvement qui fait peur, c’est l’imprévisibilité. Votre cerveau déteste l’incertitude. Il préfère une mauvaise nouvelle certaine à une bonne nouvelle incertaine. Alors, quand l’avion tremble, votre esprit invente des scénarios catastrophes : l’aile va se casser, le pilote a perdu le contrôle, on va tomber. Sauf que ce n’est pas ce qui se passe. Les turbulences, c’est comme rouler sur une route de campagne. C’est inconfortable, mais pas dangereux.

Voici une métaphore que j’utilise souvent avec les sportifs que j’accompagne, comme les coureurs ou les footballeurs. Quand ils sont en pleine course et que le souffle devient court, ils apprennent à ne pas lutter contre la sensation, mais à la traverser. Pour vous, dans l’avion, je vous propose la métaphore du nuage.

Fermez les yeux (si vous êtes à l’aise, sinon juste baissez le regard). Imaginez que l’avion n’est pas un engin métallique, mais un grand nuage moelleux. Chaque turbulence, c’est comme si le nuage traversait un autre nuage. Vous êtes porté, enveloppé, soutenu. Vous n’êtes pas en train de tomber, vous flottez. Les mouvements saccadés deviennent des glissades douces sur une pente herbeuse. Vous pouvez même visualiser les courants d’air comme des rubans qui guident l’avion. C’est absurde ? Peut-être. Mais votre cerveau ne fait pas la différence entre une image réelle et une image imaginée avec intensité. C’est le principe de la neuroplasticité : vous pouvez recâbler votre réponse.

Quand une turbulence arrive, au lieu de vous crisper, relâchez vos épaules. Laissez votre tête pencher légèrement en arrière. Ouvrez la bouche un tout petit peu, comme si vous alliez bâiller. Cela détend les muscles du cou et de la mâchoire, qui sont les premiers à se verrouiller sous le stress. Et répétez mentalement : « Je traverse un nuage. Je suis porté. » Essayez-le la prochaine fois que vous êtes dans une voiture qui vibre sur une route bosselée. Ça marche aussi.

Étape 4 : Le dialogue avec la partie qui a peur – l’approche IFS

Maintenant, on entre dans quelque chose de plus profond. Vous avez peut-être remarqué que votre peur de l’avion n’est pas uniforme. Parfois, elle est immense, parfois elle se calme, parfois elle revient sans prévenir. En réalité, ce n’est pas « vous » qui avez peur. C’est une partie de vous qui a peur. Dans l’approche IFS (Internal Family Systems), on considère que notre esprit est composé de plusieurs parties, comme une famille intérieure. Il y a la partie qui veut prendre l’avion pour voir la mer, la partie qui liste tous les crashs possibles, la partie qui critique cette peur en disant « tu es ridicule », et la partie qui est juste là, témoin, calme.

Votre peur de l’avion est souvent portée par une partie protectrice. Elle a été créée un jour, peut-être après une information anxiogène, un film, ou une expérience de turbulence marquante. Son rôle est de vous protéger. Elle pense sincèrement qu’en vous faisant paniquer, elle vous sauve la vie. Le problème, c’est qu’elle est devenue trop bruyante et qu’elle vous empêche de vivre.

Avant le vol, ou même dans l’avion si vous vous sentez capable, adressez-vous à cette partie. Pas pour la chasser, mais pour la remercier. Asseyez-vous, fermez les yeux (ou juste baissez le regard), et posez votre main sur votre cœur. Dites intérieurement : « Je vois cette partie de moi qui a peur. Je la remercie d’essayer de me protéger. Je sais qu’elle fait de son mieux. » Puis, demandez-lui : « De quoi as-tu besoin pour te sentir un peu plus en sécurité ? » Laissez la réponse venir, sans forcer. Elle peut être sous forme d’image, de mot, de sensation. Peut-être qu’elle a besoin que vous lui promettiez de rester conscient, ou que vous lui teniez la main (littéralement, avec votre autre main). Faites ce qu’elle vous dit. C’est un dialogue.

« La peur n’est pas une ennemie à vaincre, c’est une sentinelle fatiguée qui a besoin qu’on lui confie la garde d’une autre manière. »

Cette étape est puissante parce qu’elle transforme la relation avec votre peur. Vous n’êtes plus en lutte. Vous devenez le leader compatissant de votre propre système. Quand la partie qui a peur se sent écoutée, elle peut lâcher prise. Elle n’a plus besoin de hurler pour être entendue. Dans mon cabinet, je vois des personnes qui, après cet exercice, descendent de l’avion en pleurant de soulagement, non pas parce que la peur a disparu, mais parce qu’elles ont appris à l’accueillir.

Étape 5 : La future mémoire – reprogrammer l’après-vol

La dernière étape est souvent négligée, mais elle est cruciale pour les vols suivants. Beaucoup de personnes, après avoir survécu à un vol angoissant, se disent : « Ouf, c’est fini, je n’y pense plus. » Mais le cerveau, lui, a enregistré l’expérience comme une confirmation de la peur. « Tu vois, tu as eu peur, donc c’était dangereux. » Il faut lui donner une autre version.

Avant même d’embarquer, prenez 5 minutes pour créer une « future mémoire ». Imaginez-vous après l’atterrissage. Vous êtes dans l’aéroport d’arrivée, vous récupérez vos bagages, ou vous marchez vers la sortie. Visualisez ce moment avec le plus de détails possible : le bruit des pas sur le carrelage, l’odeur de l’air (un peu sec, climatisé), la lumière des néons. Maintenant, ajoutez une sensation de fierté et de calme. Ressentez dans votre corps la légèreté d’avoir traversé ce vol. Vos épaules sont détendues, votre respiration est ample, vous souriez intérieurement. Dites-vous : « Je l’ai fait. J’ai géré. »

Ancrez cette sensation en pressant votre pouce et votre index ensemble, fermement, pendant quelques secondes. Ce geste deviendra un déclencheur pour rappeler cet état après le vol. Pendant le vol, si vous sentez que ça devient dur, vous pouvez aussi presser votre pouce et votre index pour rappeler cette future mémoire. Votre cerveau va se dire : « Attends, je me souviens d’un moment où j’étais calme après le vol. Peut-être que je peux être calme maintenant. »

Après le vol, ne passez pas à autre chose tout de suite. Prenez 30 secondes pour reconnaître ce que vous avez fait. Pressez votre pouce et votre index, respirez, et laissez la fierté vous traverser. Vous venez de renforcer un nouveau circuit neuronal. La prochaine fois, votre cerveau aura un souvenir positif à opposer à la peur. C’est ainsi que l’on construit une nouvelle confiance, vol après vol.

Conclusion : Votre voyage commence maintenant

Je ne vais pas vous promettre que ces cinq étapes vont transformer votre prochain vol en une partie de plaisir. Ce n’est pas réaliste. Mais je peux vous promettre que si vous les pratiquez — vraiment — vous allez ressentir une différence. La peur ne sera plus au volant. Elle sera peut-être sur le siège passager, mais c’est vous qui conduirez.

Ce protocole n’est pas un médicament. C’est un outil. Comme un coureur apprend à gérer son souffle dans le dernier kilomètre, vous apprenez à gérer votre système nerveux dans les airs. L’hypnose, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle vous offrent une boîte à outils pour redevenir l’acteur de votre vie, même dans les moments qui vous semblent incontrôlables.

Si vous sentez que cette peur est trop enracinée, trop lourde, ou qu’elle s’accompagne d’autres angoisses (la foule, les espaces clos, la perte de contrôle), je vous invite à venir en parler. Un accompagnement personnalisé peut faire toute la différence. Parfois, il suffit de quelques séances pour dénouer ce qui s’est tissé depuis des années.

Vous n’êtes pas seul à vivre cela. Des centaines de personnes prennent l’avion chaque jour avec cette peur. Mais vous pouvez choisir d’être de celles qui la traversent, non pas en la combattant, mais en l’accueillant avec douceur et intelligence.

Alors, pour votre prochain vol, imprimez ces cinq étapes ou notez-les dans votre téléphone. Prenez le temps de les répéter avant le départ. Et si vous avez besoin d’un coup de pouce, vous savez où me trouver. Je suis à Saintes, à deux pas de la gare, prêt à vous accompagner dans cette aventure.

Prenez soin de vous, et bon vol.

Thierry Sudan

À propos de l'auteur

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Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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