HypnosePhobies

Vivre la claustrophobie au quotidien sans paniquer

Comprendre les symptômes qui empoisonnent la vie.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Tu consultes le planning des transports en commun et cette simple phrase te noue l’estomac : « Prochain métro dans quatre minutes. » Quatre minutes, c’est une éternité quand tu sais que tu vas t’enfermer dans une boîte métallique souterraine, sans échappatoire possible. Pourtant, tu n’as pas le choix : c’est le seul moyen d’arriver à l’heure à ce rendez-vous. Alors tu serres les dents, tu cherches la première place près de la porte, tu évites de croiser le regard des autres voyageurs, et tu passes ces quatre minutes à compter les secondes, le dos collé contre la vitre froide, en priant pour que ça aille vite.

Peut-être que ce n’est pas le métro. Pour toi, c’est l’ascenseur de l’immeuble, l’IRM que le médecin t’a prescrite, le train bondé aux heures de pointe, ou même la salle de réunion sans fenêtre où ton chef tient des réunions interminables. La claustrophobie, ce n’est pas juste « ne pas aimer les espaces confinés ». C’est une réaction physique et émotionnelle qui peut te gâcher la vie, te faire renoncer à des activités, des voyages, des soins médicaux, ou même des opportunités professionnelles. Pourtant, il est possible d’apprendre à vivre avec, sans que la panique prenne le volant à ta place.

Je m’appelle Thierry Sudan, je suis praticien à Saintes et j’accompagne depuis des années des adultes qui, comme toi, se sentent piégés par cette peur. Dans cet article, je vais t’expliquer ce qui se joue vraiment dans ton corps et ton esprit quand la claustrophobie te rattrape, et surtout, te donner des clés concrètes pour reprendre le contrôle, pas à pas.

Qu’est-ce qui se passe dans ton corps quand l’angoisse monte ?

Tu es dans l’ascenseur. Les portes se ferment. Ce bruit métallique, ce glissement sourd, et soudain, ta cage thoracique se serre. Ta respiration devient courte, saccadée. Tu sens ton cœur battre dans tes tempes, tes paumes deviennent moites, et une chaleur désagréable monte de ton ventre vers ta gorge. Tu as envie de hurler, de taper contre les parois, de t’arracher de là. Mais tu restes figé, parce que tu sais que ce n’est pas rationnel, que l’ascenseur va s’ouvrir dans trente secondes, que tu n’es pas en danger réel. Pourtant, ton corps, lui, ne le sait pas.

Ce que tu vis, c’est une activation du système nerveux sympathique, celui qui prépare l’organisme à la fuite ou au combat. Ton cerveau, et plus précisément ton amygdale cérébrale, interprète la situation comme une menace vitale. Elle envoie l’ordre de libérer de l’adrénaline et du cortisol. Résultat : fréquence cardiaque qui grimpe, respiration rapide et superficielle, muscles tendus, digestion mise en pause, sueurs. Tout ça pour te donner l’énergie de fuir un danger qui, dans la réalité, n’existe pas.

Ce qui est fascinant (et frustrant), c’est que ton cerveau rationnel, ton cortex préfrontal, sait pertinemment que tu es en sécurité. Il te dit : « Calme-toi, c’est juste un ascenseur. » Mais l’amygdale est plus rapide. Elle a déjà déclenché l’alarme avant que tu aies pu réfléchir. C’est pour ça que la claustrophobie ne se contrôle pas par la simple volonté. Tu ne peux pas te dire « arrête d’avoir peur » et que ça marche. La peur n’est pas une décision, c’est une réaction automatique.

Prenons l’exemple de Marc, un coureur que j’ai suivi. Il devait faire une IRM pour une blessure au genou. Il a repoussé l’examen pendant six mois, préférant vivre avec la douleur plutôt que d’affronter le tunnel de la machine. Quand il est enfin venu me voir, il m’a dit : « Je sais que c’est idiot, que des milliers de gens le font, mais dans ma tête, c’est comme si j’allais étouffer. » Son corps réagissait avant même d’entrer dans la salle d’examen. Le simple fait de penser à l’IRM déclenchait des palpitations. C’est ça, le piège de la claustrophobie : elle anticipe, elle amplifie, et elle te coupe de ta propre capacité à faire face.

Pourquoi l’évitement aggrave la situation (et comment en sortir)

Quand la claustrophobie te prend aux tripes, la réaction la plus naturelle, c’est d’éviter. Tu prends les escaliers plutôt que l’ascenseur, tu préfères marcher vingt minutes plutôt que de prendre le bus bondé, tu annules ce voyage en train, tu refuses l’IRM, tu quittes la réunion en prétextant un malaise. Sur le moment, l’évitement te soulage. Tu te dis : « Ouf, j’ai évité la crise. » Mais ce soulagement est un leurre.

À chaque fois que tu évites, tu envoies un message clair à ton cerveau : « Cette situation est dangereuse, j’ai bien fait de fuir. » Ton amygdale enregistre : « Ascenseur = danger => fuite = survie. » Elle renforce le circuit de la peur. La prochaine fois, la menace te paraîtra encore plus grande, et l’évitement deviendra plus impératif. C’est un cercle vicieux : plus tu évites, plus la peur grandit, plus tu évites. Ta zone de confort rétrécit comme une peau de chagrin.

Je vois ça régulièrement avec des footballeurs que j’accompagne en préparation mentale. Un joueur qui a peur de prendre le bus de l’équipe pour un match à l’extérieur, parce qu’il se sent coincé. Au début, il trouve une excuse : il prend sa voiture. Puis, il commence à éviter les déplacements longs. Puis, il refuse les matchs en soirée parce que le trafic est dense. Sa carrière s’en trouve limitée, non pas par son talent, mais par une peur qu’il n’a jamais affrontée.

Pourtant, il existe un chemin inverse. C’est ce qu’on appelle l’exposition progressive. L’idée n’est pas de te jeter dans le grand bain et de « te confronter à ta peur » en prenant un ascenseur bondé pendant dix minutes. Ça, c’est la méthode de la confrontation brutale, et elle fonctionne rarement seule. L’exposition progressive, c’est l’inverse : tu commences par des situations qui te mettent juste un peu mal à l’aise, mais pas en panique. Tu les vis, tu constates que tu survis, et tu remontes la difficulté petit à petit.

Concrètement, si l’ascenseur est ton problème, tu peux commencer par appeler l’ascenseur, regarder les portes s’ouvrir, et ne pas monter. Puis, tu montes, tu appuies sur le bouton du rez-de-chaussée, et tu ressors immédiatement. Puis, tu montes d’un étage. Puis de deux. Puis tu fais l’aller-retour. Chaque palier est une victoire. Chaque petite confrontation désamorce le circuit de la peur. Ton cerveau apprend progressivement que l’ascenseur n’est pas un danger mortel.

Comment l’hypnose peut t’aider à désactiver l’alarme de la peur

Tu te demandes peut-être : « OK, l’exposition progressive, c’est bien beau, mais comment je fais si mon corps se bloque dès que je pense à l’ascenseur ? » C’est là que l’hypnose ericksonienne entre en jeu. Contrairement à ce qu’on voit dans les spectacles, l’hypnose n’est pas un état de sommeil ou de perte de contrôle. C’est un état de conscience modifié, très focalisé, où tu es plus réceptif aux suggestions internes.

Dans mon cabinet à Saintes, je travaille avec l’hypnose pour aider les personnes à entrer en contact avec la partie d’elles-mêmes qui a peur. Pas pour la combattre, mais pour l’écouter. Très souvent, la claustrophobie n’est pas une peur « bête ». Elle est liée à une expérience ancienne, parfois oubliée, parfois très claire : un enfant enfermé dans un placard pendant un jeu, une personne coincée dans un ascenseur en panne, une sensation d’étouffement lors d’un soin médical. Le cerveau a associé l’espace confiné à une menace réelle, et il a généralisé.

Avec l’hypnose, on peut revisiter cette mémoire, non pas pour la revivre douloureusement, mais pour la recontextualiser. On peut apprendre au cerveau que l’ascenseur d’aujourd’hui n’est pas le placard d’hier. On peut installer une nouvelle réponse : la relaxation profonde, la sécurité intérieure, la capacité à respirer calmement. L’hypnose ne fait pas disparaître la peur par magie, mais elle te donne les clés pour la désamorcer.

« L’hypnose ne t’enlève pas ta peur, elle te redonne le choix de ne plus la laisser décider à ta place. »

Je me souviens de Sophie, une femme d’une quarantaine d’années, qui ne pouvait plus prendre le train sans faire une crise d’angoisse. Elle habitait en Charente-Maritime et devait aller voir sa fille à Paris. Elle passait par la voiture, ce qui lui prenait cinq heures, plutôt que deux heures de TGV. En séance, elle a découvert que sa peur était liée à un souvenir d’enfance : son père l’avait enfermée dans le coffre de la voiture pendant une dispute (un geste malheureux qu’il avait regretté, mais le traumatisme était là). L’hypnose nous a permis de « déverrouiller » cette association. Aujourd’hui, Sophie prend le train sans anxiété, et elle a même fait le voyage en avion pour la première fois de sa vie.

L’IFS pour dialoguer avec la partie qui panique

L’hypnose est un outil puissant, mais je l’utilise souvent en complément de l’IFS (Internal Family Systems), un modèle de psychothérapie qui considère que notre esprit est composé de plusieurs « parties » ou sous-personnalités. Chaque partie a ses propres émotions, croyances et stratégies. Quand tu vis une crise de claustrophobie, une partie de toi est en mode panique. Elle crie, elle veut sortir, elle est convaincue que tu vas mourir étouffé.

Cette partie n’est pas ton ennemie. Au contraire, elle essaie de te protéger. Elle a pris le contrôle parce qu’elle croit que c’est la seule façon de te sauver. Mais sa stratégie est devenue inadaptée. Avec l’IFS, on va entrer en dialogue avec cette partie. On va lui demander : « Qu’est-ce que tu crains vraiment ? Que se passerait-il si tu ne paniquais pas ? » Très souvent, la réponse est : « Si je ne panique pas, il va s’endormir, il va s’étouffer, il va mourir. » La partie est coincée dans une croyance ancienne.

En dialoguant, on peut rassurer cette partie. On peut lui montrer que l’adulte d’aujourd’hui a des ressources que l’enfant d’hier n’avait pas. On peut lui demander de prendre un peu de recul, de laisser le « Self » (la partie calme, confiante et compatissante de toi) reprendre les rênes. L’IFS ne cherche pas à éliminer la partie qui panique, mais à l’apaiser, à la transformer en alliée plutôt qu’en tyran.

Je repense à Julien, un footballeur de 28 ans. Il avait une peur panique des vestiaires fermés avant les matchs. Il arrivait à jouer, mais les vingt minutes avant le coup d’envoi étaient un enfer. Il transpirait, tremblait, avait des nausées. En séance, il a identifié une partie de lui qui était « le petit garçon enfermé dans la cave par son grand frère pendant des heures ». Cette partie était convaincue que tout espace clos était un piège mortel. Nous avons travaillé en IFS pour que Julien, adulte, puisse aller chercher ce petit garçon, le rassurer, lui montrer qu’il n’est plus seul. Aujourd’hui, Julien peut entrer dans un vestiaire sans panique. Il a même plaisanté : « Maintenant, je suis le premier à arriver, je prends ma place au fond. »

Des stratégies concrètes pour les moments où la panique monte

Les séances d’hypnose et d’IFS sont des bases solides, mais tu as aussi besoin d’outils pour le quotidien, pour ces moments où tu es dans l’ascenseur, dans le métro, dans la salle d’attente de l’IRM, et que la panique commence à monter. Voici quelques stratégies que tu peux essayer tout de suite.

1. La respiration carrée. C’est simple, mais terriblement efficace. Inspire sur 4 secondes, bloque ta respiration sur 4 secondes, expire sur 4 secondes, reste vide sur 4 secondes. Recommence plusieurs fois. Cette respiration active le système parasympathique, celui qui calme l’organisme. Elle donne à ton cerveau un signal de sécurité. Ce n’est pas magique, mais ça casse le cycle de l’hyperventilation.

2. L’ancrage sensoriel. Quand la panique monte, ton esprit est absorbé par la peur. Ramène-le dans le présent en te connectant à tes sens. Touche le tissu de tes vêtements, sens la texture. Regarde un détail précis : une tache sur le mur, la couleur de la moquette, le reflet sur le métal. Écoute les bruits : le ronronnement de l’ascenseur, les voix étouffées. Nomme trois choses que tu vois, deux que tu entends, une que tu touches. Ça force ton cerveau à sortir du mode « alerte » pour revenir au réel.

3. La visualisation de l’espace de sécurité. Avant d’entrer dans la situation redoutée, ferme les yeux une seconde et imagine un lieu où tu te sens totalement en sécurité. Ça peut être une plage, un coin de forêt, ton salon. Visualise-le avec tous tes sens : les couleurs, les odeurs, la température. Garde cette image en tête quand tu entres dans l’espace confiné. Tu emportes ton refuge avec toi.

4. Le dialogue interne. Quand la panique te chuchote « Tu vas étouffer, sors d’ici », réponds-lui calmement : « Merci de me prévenir, je t’entends, mais je suis en sécurité. Je peux respirer. Je peux sortir si je veux, mais je choisis de rester encore une minute. » Tu ne luttes pas contre la peur, tu la remercies et tu reprends le choix.

5. La règle des 30 secondes. Si tu es dans une situation qui te terrorise, dis-toi : « Je reste 30 secondes de plus. Juste 30 secondes. » Quand les 30 secondes sont passées, tu peux repartir. Mais souvent, tu constates que la panique a déjà un peu baissé. Tu peux alors renouveler. C’est une façon de t’exposer progressivement, sans te sentir piégé.

Je ne te promets pas que ces techniques vont faire disparaître ta claustrophobie du jour au lendemain. Mais elles te donnent des prises. Elles transforment la panique en inconfort gérable. Et c’est déjà un immense pas.

Ce que la claustrophobie ne doit pas décider pour toi

La claustrophobie, si tu la laisses faire, peut décider à ta place. Elle peut décider que tu ne prendras pas cet avion pour des vacances en famille. Elle peut décider que tu refuseras cette promotion qui implique des déplacements. Elle peut décider que tu éviteras ce soin médical nécessaire. Elle peut décider que tu vivras dans une version rétrécie de ta vie.

Mais tu as le droit de reprendre ces décisions. Tu n’es pas obligé d’attendre que la peur disparaisse complètement pour agir. Tu peux agir malgré la peur. C’est ça, le courage : avancer quand le corps tremble, quand le cœur bat, quand la voix intérieure crie de fuir. Et à chaque fois

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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