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Votre enfant a peur des transports ? L’hypnose peut l’aider

Des solutions sur mesure pour apaiser les petits voyageurs.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

« Maman, j’ai mal au ventre. » Voilà ce que me raconte Sarah, 34 ans, venue me consulter pour son fils Léo, 8 ans. Chaque fois qu’elle annonce un trajet en voiture – même pour aller à l’école, à 5 minutes – Léo se plaint de nausées, de tête qui tourne, ou d’une boule dans la gorge. Les médecins ont écarté tout problème organique. Le diagnostic est clair : ce n’est pas la voiture qui le rend malade, c’est la peur de la voiture. Et ce n’est pas un cas isolé. Dans mon cabinet à Saintes, je reçois régulièrement des parents désemparés : leur enfant refuse de monter dans le bus scolaire, panique dans le train, ou pleure au décollage d’un avion. La peur des transports chez l’enfant, c’est plus fréquent qu’on ne le croit. Et souvent, on la confond avec un caprice ou une fragilité passagère. Pourtant, cette peur peut devenir un vrai frein dans la vie quotidienne, scolaire et sociale. Alors, concrètement, que faire ? L’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle – mes trois outils de prédilection – offrent des solutions sur mesure pour apaiser ces petits voyageurs. Pas de baguette magique, mais des techniques douces et efficaces, adaptées à l’âge et à la sensibilité de l’enfant. Je vais vous expliquer comment.

Pourquoi mon enfant a-t-il peur des transports ? Décoder le mécanisme

Avant de chercher une solution, il faut comprendre ce qui se passe dans la tête de votre enfant. La peur des transports n’est jamais « idiote » ou « irrationnelle ». Elle a toujours une logique interne, même si elle nous échappe. Chez l’enfant, cette peur s’enracine souvent dans trois grands mécanismes.

Le premier, c’est l’association inconsciente. Imaginez : un jour, en voiture, votre enfant a eu une grosse frayeur – une voiture qui a freiné brusquement, un bruit de moteur qui a calé, ou même une dispute entre adultes pendant le trajet. Son cerveau, pour le protéger, a associé la voiture à un danger. Dès qu’il monte à bord, son système nerveux se met en alerte : accélération du rythme cardiaque, respiration superficielle, muscles tendus. Les nausées, les maux de tête, les pleurs sont des manifestations physiques de cette alarme. Ce n’est pas un choix, c’est un réflexe involontaire.

Le deuxième mécanisme, c’est le sentiment de perte de contrôle. Dans un transport, l’enfant n’est pas maître de la situation. Il ne peut pas décider de s’arrêter, de changer de direction, ou de sortir quand il veut. Pour un petit être en pleine construction de son autonomie, cette impuissance est angoissante. C’est particulièrement vrai dans les transports en commun, où l’environnement est bruyant, bondé, imprévisible. L’enfant se sent submergé par des stimuli qu’il ne peut ni filtrer ni fuir.

Le troisième mécanisme, plus subtil, c’est la transmission familiale. On ne le réalise pas toujours, mais nos propres peurs d’adulte infusent chez nos enfants. Si vous-même, vous serrez les dents dans les embouteillages, si vous avez le vertige dans l’avion, ou si vous commentez à voix haute les « chauffards » sur la route, votre enfant capte cette anxiété. Il apprend à avoir peur parce que vous avez peur. Ce n’est pas une faute, c’est humain. Mais c’est un levier important à connaître.

Prenons un exemple concret. Je reçois Lucas, 6 ans, qui refuse catégoriquement de monter dans le bus scolaire. Ses parents sont épuisés : ils doivent l’emmener tous les matins, en retard au travail. En discutant avec lui, je découvre que le déclencheur a été un trajet où le bus a dû freiner brusquement pour éviter un chien. Lucas a été projeté en avant, il a eu peur. Depuis, chaque fois qu’il voit le bus, son corps revit cette secousse. Il ne fait pas un caprice : il se protège. Comprendre cela, c’est déjà apaiser la culpabilité des parents. Et c’est le premier pas vers une solution.

« La peur de votre enfant n’est pas un caprice. C’est un signal d’alarme que son cerveau a activé pour le protéger. Le travail ne consiste pas à éteindre l’alarme, mais à apprendre à la désamorcer en douceur. »

L’hypnose ericksonienne : un outil doux pour changer la perception du trajet

L’hypnose ericksonienne, c’est ma porte d’entrée préférée pour travailler avec les enfants. Pourquoi ? Parce qu’elle ne demande pas de volonté consciente, de raisonnement ou d’effort. L’enfant n’a pas besoin de « comprendre » sa peur pour la dépasser. Il suffit de lui offrir un cadre sécurisé où son imagination va pouvoir transformer l’expérience.

Concrètement, comment ça se passe ? Je ne parle pas de « vous allez vous endormir » ou de « vous allez obéir à mes ordres ». L’hypnose ericksonienne, c’est un état de conscience modifié, très léger, que nous expérimentons tous plusieurs fois par jour : quand on rêvasse dans le bus, quand on est absorbé par un film, ou quand on se perd dans une pensée. Chez l’enfant, cet état est encore plus naturel. Leur imaginaire est une porte grande ouverte.

Prenons le cas de Léo, le petit garçon aux nausées. Avec lui, je vais construire une histoire sur mesure. Je lui demande : « Si ta peur de la voiture était une couleur, ce serait laquelle ? » Il me répond « gris foncé ». Puis : « Et si tu pouvais la transformer en une autre couleur, qu’est-ce que tu choisirais ? » Il dit « bleu ciel, comme le ciel quand on va à la plage ». À partir de là, je l’invite à fermer les yeux, à se souvenir d’un moment où il s’est senti calme et heureux – par exemple, un après-midi à jouer dans le jardin. Je l’aide à ancrer cette sensation dans son corps : la chaleur du soleil, le bruit des oiseaux, la sensation de l’herbe sous ses pieds. Puis, je lui propose d’imaginer qu’il peut « envoyer » cette sensation bleu ciel dans la voiture, comme s’il peignait l’habitacle avec un pinceau magique. Il sourit. Il ouvre les yeux. La séance dure 20 minutes. Sa mère me rappelle une semaine plus tard : Léo a fait trois trajets sans nausée. Il demande même à mettre la ceinture tout seul.

Ce qui s’est passé ? Son cerveau a créé une nouvelle association : voiture = sensation de calme et de contrôle. L’hypnose ne supprime pas la peur – elle la remplace par autre chose. C’est un réapprentissage sensoriel. Et le plus beau, c’est que l’enfant peut réutiliser cette technique seul, avec un mot-clé ou un geste que nous avons installé ensemble. Par exemple, toucher le pommeau de la ceinture en disant « bleu ciel » dans sa tête. C’est un outil qu’il emporte partout.

Bien sûr, l’hypnose ne fonctionne pas si l’enfant est en pleine crise de panique. On ne va pas lui demander de se détendre quand son cœur explose. L’idéal, c’est de travailler en amont, dans un moment calme, pour préparer le terrain. Et si la peur est très intense, on combine l’hypnose avec d’autres approches – je vais vous en parler.

L’IFS : donner une voix à la partie qui a peur, sans la combattre

L’IFS, ou Internal Family Systems, c’est une approche qui considère que notre psychisme est composé de plusieurs « parties » – des sous-personnalités qui ont chacune une fonction et une histoire. Chez l’enfant, c’est particulièrement parlant. Vous avez déjà entendu votre petit dire : « C’est pas moi qui veux, c’est ma peur qui veut » ? Eh bien, il a raison. L’IFS va justement l’aider à dialoguer avec cette partie qui a peur, sans la juger ni la chasser.

Comment ça marche en pratique ? Je m’assois face à l’enfant, et je lui propose un jeu. « Si ta peur des transports était un personnage, à quoi ressemblerait-elle ? » Les réponses sont souvent surprenantes. Un petit garçon de 7 ans m’a dit : « C’est une tortue avec une carapace en béton. Elle ne veut pas sortir. » Une fille de 9 ans : « C’est un oiseau qui bat des ailes très fort dans ma poitrine. » Une fois que la peur a un visage, on peut entrer en relation avec elle.

Je demande à l’enfant : « Qu’est-ce que cette tortue ou cet oiseau essaie de faire pour toi ? » La réponse est presque toujours la même : « Il veut me protéger. » La peur n’est pas une ennemie, c’est un gardien un peu trop zélé. L’IFS consiste à remercier cette partie pour son travail, puis à lui demander si elle peut faire un peu moins de bruit, ou se mettre en veille, parce que l’enfant est en sécurité maintenant. C’est une négociation bienveillante, pas un combat.

Je me souviens d’Emma, 10 ans, qui paniquait dans le train à cause du bruit et du mouvement. Sa « partie peur » était un hérisson tout hérissé. Je lui ai proposé de dessiner ce hérisson, puis de lui parler. Emma lui a dit : « Je sais que tu veux me protéger, mais je veux aller chez ma grand-mère. Tu peux te rouler en boule et te reposer ? » Elle a ajouté une couverture imaginaire sur le dessin. Le hérisson s’est calmé. Lors du trajet suivant, Emma a sorti son dessin de sa poche et l’a regardé. Plus de panique. L’IFS, c’est redonner à l’enfant le pouvoir de dialoguer avec ses émotions, au lieu de les subir.

Cette approche est particulièrement utile pour les peurs anciennes ou très enracinées. Elle ne nécessite pas d’hypnose formelle, mais peut être combinée avec elle. L’enfant apprend que sa peur n’est pas « lui », c’est une partie de lui qui peut être écoutée et rassurée.

L’Intelligence Relationnelle : comment votre attitude d’adulte change tout

On arrive peut-être au point le plus important, et le plus difficile à entendre : votre propre posture a un impact direct sur la peur de votre enfant. L’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à créer un climat de sécurité émotionnelle autour de vous. Et dans le contexte des transports, elle fait des miracles.

Concrètement, qu’est-ce que ça signifie ? D’abord, arrêter de vouloir « raisonner » la peur. Quand votre enfant vous dit « j’ai peur du bus », ne répondez pas « mais non, c’est sûr, regarde tous les enfants qui montent dedans ». Cette réponse, même bien intentionnée, invalide son ressenti. Il apprend que sa peur n’est pas légitime, et il va l’enfouir, ce qui la rendra plus forte. À la place, dites : « Je vois que tu as peur, c’est normal. Tu veux qu’on en parle ? » Vous validez son émotion, et vous créez une alliance.

Ensuite, préparez le terrain en amont. Ne vous réveillez pas le matin du trajet en disant « Allez, on y va, ne fais pas d’histoires ». L’anticipation est clé. La veille, parlez du trajet à venir : « Demain, on prend la voiture pour aller chez mamie. On va passer devant le grand pont, puis on va tourner à droite. Tu veux qu’on imagine le chemin ensemble ? » Vous donnez des repères, vous restituez du contrôle. L’enfant sait ce qui va arriver, et ça réduit l’angoisse.

Je travaille souvent avec les parents sur leur propre anxiété. Un père m’a dit un jour : « Je stresse tellement à l’idée que mon fils ait peur que je finis par avoir peur moi-même. » C’est un cercle vicieux. L’Intelligence Relationnelle, c’est aussi apprendre à gérer votre propre stress avant le trajet. Si vous êtes calme, votre enfant le capte. Si vous êtes tendu, il le capte aussi. Alors, avant de démarrer, faites une respiration profonde, dites-vous « je suis capable de gérer ça », et incarnez cette confiance. Votre enfant vous regarde comme un phare. Si le phare vacille, il perd ses repères.

« Votre calme est contagieux. Votre stress aussi. Avant d’aider votre enfant à traverser sa peur, commencez par traverser la vôtre. »

Préparateur mental sportif : des techniques de champions pour les petits voyageurs

Vous savez ce que font les sportifs de haut niveau avant une compétition ? Ils visualisent, ils respirent, ils se préparent mentalement. Ces outils, je les utilise aussi avec les enfants qui ont peur des transports. Parce qu’un trajet en bus ou en avion, c’est un peu comme une épreuve : il faut gérer l’anxiété, rester concentré, et garder son calme.

La première technique, c’est la visualisation positive. Je demande à l’enfant de fermer les yeux et de s’imaginer dans le transport, mais en version réussie : il est assis, il regarde par la fenêtre, il écoute de la musique, il arrive à destination souriant. On répète cette scène plusieurs fois, en ajoutant des détails sensoriels : le bruit du moteur, l’odeur du siège, la lumière. Le cerveau ne fait pas la différence entre une expérience vécue et une expérience imaginée. En visualisant la réussite, il crée des connexions neuronales qui rendent le vrai trajet plus familier, moins menaçant.

La deuxième technique, c’est la respiration en boîte : inspirez sur 4 secondes, bloquez sur 4, expirez sur 4, bloquez sur 4. C’est simple, rapide, et ça régule le système nerveux. J’apprends aux enfants à le faire discrètement, en posant la main sur le ventre. Ils peuvent le faire dans la voiture, dans le bus, ou même dans l’avion. Ça leur donne un outil concret, un levier d’action.

La troisième technique, c’est la mise en place de rituels. Les sportifs ont des rituels avant chaque match : un geste, une phrase, un objet. Pour votre enfant, ça peut être une petite peluche porte-bonheur, une chanson qu’il écoute au départ, ou un mot-clé qu’il dit dans sa tête (« calme », « cool », « prêt »). Le rituel crée un sentiment de familiarité et de contrôle. L’enfant sait que, quoi qu’il arrive, il a ce repère.

Je pense à Tom, 11 ans, qui joue au football et qui avait peur de prendre le bus pour aller aux matchs à l’extérieur. On a travaillé ensemble comme avec un athlète : visualisation du trajet, respiration avant de monter, et une phrase-clé : « Je suis le champion de mon calme ». Il a commencé à sourire en montant dans le bus. Ses coéquipiers ne comprenaient pas pourquoi il était si détendu. Lui, il avait ses outils.

Quand consulter et à quoi s’attendre en cabinet ?

Vous l’aurez compris, il existe des solutions. Mais toutes les peurs ne se ressemblent pas, et toutes ne nécessitent pas une consultation. Alors, comment savoir s’il est temps de venir me voir ?

Voici quelques signaux : la peur dure depuis plus de trois mois, elle s’intensifie, elle empêche l’enfant de faire des activités normales (aller à l’école, voir des amis, partir en vacances), ou elle provoque des crises de panique avec des symptômes physiques forts (vomissements, tremblements, crise d’angoisse). Si c’est le cas, une consultation peut faire la différence.

En cabinet, à Saintes, je reçois les enfants à partir de 5 ans, souvent accompagnés d’un parent. La première séance est une découverte : je parle avec l’enfant et avec vous, je comprends l’histoire de la peur, je propose un petit exercice pour que l’enfant sente que c’est possible. Il n’y a pas de « guérison miracle » en une séance – souvent, il en faut 2

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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