HypnoseRelations Et Communication

5 signes que votre manque d'assertivité est lié à une peur ancienne

Découvrez la racine invisible de votre silence au travail.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous avez déjà vécu cette scène. Vous êtes en réunion, quelqu’un propose une idée qui vous semble bancale, voire injuste. Vous sentez une boule se former dans votre ventre, votre cœur s’accélère, les mots se bousculent dans votre tête… mais rien ne sort. Ou alors, vous émettez un « oui » timide, un hochement de tête, et vous vous taisez. Plus tard, dans la voiture ou sous la douche, la colère monte. Vous repensez à ce que vous auriez dû dire, à la manière dont vous auriez dû vous affirmer.

Si ce scénario vous parle, vous n’êtes pas seul. Des dizaines de personnes que je reçois à Saintes vivent exactement la même chose. Elles viennent me voir pour un problème de stress, de conflit avec un collègue, ou d’épuisement. Mais très vite, on découvre la même racine : un manque d’assertivité chronique. Et derrière ce manque, il y a presque toujours une peur ancienne, une histoire qui s’est gravée dans votre système nerveux bien avant que vous ne mettiez les pieds dans un open space.

Je m’appelle Thierry Sudan, je suis praticien en hypnose ericksonienne, en IFS (Internal Family Systems) et en Intelligence Relationnelle. Depuis 2014, j’accompagne des adultes qui, comme vous, ont appris à se taire pour survivre. Je travaille aussi avec des sportifs de haut niveau, des coureurs et des footballeurs, pour qui l’assertivité est une question de performance. Mais aujourd’hui, je veux vous parler de vous, de votre silence, et de ce qu’il cache.

Voici 5 signes qui montrent que votre manque d’assertivité n’est pas un défaut de caractère, mais une stratégie de protection héritée d’un passé qui n’est plus là.

1. Vous ressentez une paralysie physique quand il faut dire non

Le premier signe, le plus flagrant, c’est cette sensation physique qui vous tombe dessus au moment crucial. Vous êtes face à votre manager, un client, ou même un proche. On vous demande quelque chose que vous ne voulez pas faire. Vous savez rationnellement que vous devriez refuser. Vous avez même répété votre phrase dans votre tête. Mais votre corps ne suit pas.

La gorge se serre. Les épaules remontent vers les oreilles. La respiration devient courte, saccadée. Parfois, c’est une vague de chaleur qui monte, ou au contraire une sensation de froid dans les mains. Vous ouvrez la bouche, et il en sort un « oui » ou un « je vais voir ce que je peux faire ».

Ce que vous vivez là, ce n’est pas de la faiblesse. C’est une réaction archaïque de survie. Votre système nerveux, celui qui gère vos réponses face au danger, a été conditionné. Quand vous étiez enfant, dire non pouvait être dangereux. Cela pouvait déclencher une punition, une colère, un retrait d’amour. Pour un petit cerveau, le retrait d’amour, c’est la mort sociale. Alors il a appris : pour rester en sécurité, il faut dire oui.

Aujourd’hui, votre corps ne fait pas la différence entre un parent en colère en 1992 et un manager stressé en 2025. Il active le même programme de protection : le gel. Vous êtes paralysé, incapable de parler, parce que votre inconscient croit encore que dire non met votre vie en danger.

Votre corps ne fait pas la différence entre un parent en colère il y a trente ans et un manager stressé aujourd’hui. Il active le même programme de survie.

Quand je travaille avec mes patients sur cette paralysie, on ne commence pas par leur apprendre à dire non. On commence par accueillir cette partie d’eux qui a si bien protégé leur sécurité pendant toutes ces années. On lui dit merci. Puis, doucement, on lui montre qu’aujourd’hui, l’environnement a changé.

2. Vous vous excusez constamment, même quand vous n’avez rien fait de mal

« Désolé, je vais vous déranger… » « Désolé, est-ce que je peux poser une question ? » « Désolé, je ne suis pas sûr, mais… » « Désolé de vous faire perdre votre temps. »

Si vous vous reconnaissez dans ces phrases, vous avez probablement intégré que votre simple présence est un fardeau pour les autres. Chaque interaction commence par une mini-absolution. Vous demandez pardon d’exister, pardon d’avoir un besoin, pardon de prendre de l’espace.

Ce n’est pas de la politesse. C’est un mécanisme d’apaisement. Dans votre histoire, peut-être que vous avez grandi dans un environnement où les émotions des adultes étaient imprévisibles. Un parent qui explosait pour un rien, un autre qui se renfermait sans explication. Pour survivre dans ce climat, vous avez appris à vous faire tout petit, à ne pas faire de vagues, à vous excuser par avance pour désamorcer toute tension potentielle.

Aujourd’hui, ce réflexe est devenu automatique. Vous vous excusez même quand on vous marche sur le pied. Vous vous excusez d’être en retard alors que vous êtes arrivé en avance. Vous mettez les besoins des autres systématiquement avant les vôtres, et vous culpabilisez quand vous osez penser à vous.

Le problème, c’est que ce comportement envoie un signal puissant à votre entourage professionnel : « Je suis en bas de l’échelle. Vous pouvez me marcher dessus. » Et inconsciemment, les gens le font. Pas par méchanceté, mais parce que votre corps leur dit que c’est acceptable.

Un patient, commercial dans une grande entreprise, est venu me voir parce qu’il n’arrivait pas à conclure ses ventes. Il était compétent, sympathique, mais il perdait toujours à la dernière étape. En explorant, on a découvert qu’il commençait chaque appel par « Désolé de vous déranger », et qu’il finissait par baisser son prix avant même qu’on lui demande une remise. Il traitait son propre temps et son expertise comme une dette envers le client.

3. Vous ruminez pendant des heures après une interaction

Vous sortez d’une réunion, d’un échange avec un collègue, d’un appel téléphonique. Et vous ne pouvez pas vous arrêter d’y penser. Vous repassez le film en boucle. « J’aurais dû dire ça. » « Pourquoi je n’ai pas répondu quand il a dit ça ? » « Est-ce qu’il a mal pris ce que j’ai dit ? » « Je suis sûr qu’ils pensent que je suis nul. »

Cette rumination, c’est le signe que votre esprit cherche désespérément à reprendre le contrôle d’une situation où vous vous êtes senti impuissant. Vous n’avez pas réussi à vous affirmer sur le moment, alors votre mental essaie de réécrire le scénario. Il veut trouver la réplique parfaite, celle qui aurait tout changé, celle qui vous aurait enfin fait exister aux yeux des autres.

Mais cette rumination est un piège. Elle vous épuise, elle vous vole votre énergie, et elle renforce la croyance que vous n’êtes pas à la hauteur. Plus vous ruminez, plus vous vous enfoncez dans l’idée que vous êtes faible, que vous manquez de caractère, que les autres sont plus forts que vous.

Ce que vous ne voyez pas, c’est que cette rumination est aussi une protection. Elle vous empêche d’agir. Tant que vous êtes dans votre tête à refaire le match, vous ne prenez pas le risque de dire les choses en face. Vous restez dans la sécurité de l’imaginaire, là où personne ne peut vous rejeter.

Dans mon cabinet, je vois souvent ce schéma chez des personnes très intelligentes, très analytiques. Leur cerveau est leur meilleur outil, mais il est aussi devenu leur prison. L’hypnose ericksonienne permet de sortir de cette boucle en reconnectant la personne à son corps, à ses sensations présentes, plutôt qu’à un passé réécrit ou à un futur craint.

4. Vous avez une peur panique du conflit, au point de tout accepter

Ce signe est peut-être le plus visible de l’extérieur, mais le plus invisible pour vous-même. Vous avez une aversion si forte pour le conflit que vous êtes prêt à tout pour l’éviter. Accepter une charge de travail supplémentaire ? Oui. Endosser la faute d’un collègue ? Oui. Travailler le week-end ? Oui. Être traité injustement ? Oui, oui, oui.

La peur du conflit n’est pas une simple préférence pour l’harmonie. C’est une réponse traumatique. Dans votre histoire, le conflit a probablement été synonyme de danger. Peut-être avez-vous été témoin de disputes violentes entre vos parents. Peut-être avez-vous été la cible de cris ou de punitions lorsque vous exprimiez un désaccord. Peut-être avez-vous appris que la colère des autres était incontrôlable et destructrice.

Pour vous protéger, vous avez développé une hyper-vigilance. Vous scannez constamment l’environnement pour détecter les signes de tension. Vous lisez les micro-expressions, les changements de ton, les silences. Et dès que vous sentez le moindre risque de conflit, vous faites tout pour l’éteindre. Vous vous pliez, vous vous effacez, vous devenez le pompier volontaire de toutes les situations tendues.

Le problème, c’est que cette stratégie a un coût énorme. Vous accumulez de la frustration, de la colère rentrée, du ressentiment. Un jour, le vase déborde. Soit vous explosez de manière disproportionnée pour un petit truc (ce qui vous surprend vous-même et vous fait honte), soit vous tombez malade. Burn-out, migraines, problèmes digestifs : le corps prend le relais quand la parole n’a pas été libérée.

Un patient dirigeant une petite équipe était fier de n’avoir « jamais de conflit » dans son service. En réalité, ses employés le contournaient, prenaient des décisions sans lui, et son autorité était inexistante. Il confondait paix et absence de vie. En travaillant sur sa peur du conflit, on a découvert qu’enfant, il avait été le médiateur entre ses parents en pleine séparation. Il avait appris que le conflit détruisait les familles. Aujourd’hui, il apprenait que le conflit bien mené construisait les équipes.

5. Vous minimisez systématiquement vos besoins et vos réussites

« Ce n’est pas grave. » « Ce n’est rien. » « J’ai juste eu de la chance. » « Ce n’était pas si difficile. » « D’autres sont bien plus compétents que moi. »

Si ces phrases vous sont familières, vous pratiquez la minimisation comme un sport de haut niveau. Vous ne demandez jamais d’augmentation, parce que vous estimez ne pas la mériter. Vous ne postulez pas à une promotion, parce que vous pensez que d’autres sont plus qualifiés. Vous ne dites pas à votre conjoint que vous êtes fatigué, parce que « lui aussi il travaille ».

Cette minimisation n’est pas de la modestie. C’est une forme de survie émotionnelle. Dans votre système de croyances, avoir des besoins ou être fier de ses réussites est dangereux. Peut-être avez-vous grandi dans un environnement où l’on vous a appris que « l’orgueil précède la chute », ou que se mettre en avant était égoïste. Peut-être avez-vous été puni quand vous exprimiez de la fierté, ou ridiculisé quand vous demandiez quelque chose pour vous.

En minimisant, vous vous rendez invisible. Invisible, vous êtes en sécurité. Personne ne peut vous attaquer, vous jalouser, vous rejeter. Mais invisible, vous n’existez pas non plus. Vous passez à côté de votre vie professionnelle et personnelle.

En minimisant vos besoins et vos réussites, vous vous rendez invisible. Mais l’invisibilité n’est pas la paix, c’est l’absence de vie.

Je reçois souvent des femmes et des hommes brillants, avec des parcours impressionnants, qui sont incapables de dire une seule chose positive sur eux-mêmes sans ajouter un « mais ». « J’ai bien géré ce projet, mais c’était une petite équipe. » « J’ai obtenu ce résultat, mais j’ai eu beaucoup d’aide. » Ce « mais » est le couperet qui annule tout ce qui précède.

En IFS, on appelle ça l’exilé : une partie de vous qui a été mise au ban, qui a appris à ne pas se montrer, à ne pas demander. Et une autre partie, le manager intérieur, qui veille à ce que l’exilé reste caché. Le travail consiste à rétablir la confiance entre ces parties, à montrer au manager qu’aujourd’hui, on peut laisser l’exilé s’exprimer sans danger.

Le lien invisible : votre histoire n’est pas votre destin

Si vous avez lu ces cinq signes et reconnu certains d’entre eux, peut-être ressentez-vous un mélange de soulagement et de tristesse. Soulagement de comprendre que vous n’êtes pas « faible » ou « nul ». Tristesse de réaliser que vous avez passé des années à vous adapter à un environnement qui n’existe plus.

C’est normal. Ce deuil est nécessaire.

Le manque d’assertivité n’est pas un trait de personnalité fixe. C’est une stratégie d’adaptation. Elle a été utile, elle vous a protégé. Mais aujourd’hui, elle vous limite. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut la défaire. On ne change pas une personne, on change un système de protection. Et cela se fait avec douceur, respect et méthode.

L’hypnose ericksonienne est particulièrement efficace pour cela parce qu’elle ne s’attaque pas à la partie qui a peur. Elle ne vous force pas à « être plus fort ». Elle dialogue avec votre inconscient, avec ces parties de vous qui protègent, qui craignent, qui veillent. Elle leur montre que vous êtes adulte aujourd’hui, que vous avez des ressources, que l’environnement a changé.

L’IFS (Internal Family Systems) va plus loin en vous apprenant à reconnaître ces parties comme des alliées, pas des ennemies. Votre peur du conflit n’est pas un problème à éradiquer, c’est une protectrice à remercier et à rassurer.

L’Intelligence Relationnelle, enfin, vous donne des outils concrets pour le quotidien. Comment formuler un refus sans vous justifier excessivement. Comment exprimer un désaccord sans attaquer l’autre. Comment demander une augmentation en restant calme.

Ce que vous pouvez faire maintenant

Je ne vais pas vous dire « soyez plus assertif » ou « dites non plus souvent ». Ça ne marche pas. C’est comme demander à quelqu’un qui a peur de l’eau de sauter dans la piscine. La peur est là, elle est réelle, et elle a ses raisons.

Mais voici une petite chose que vous pouvez faire, tout de suite, en lisant ces lignes.

Prenez une respiration plus longue que d’habitude. Inspirez par le nez pendant 4 secondes, retenez 2 secondes, expirez par la bouche pendant 6 secondes. Maintenant, posez votre main sur votre ventre, juste en dessous du nombril. Et dites-vous, intérieurement, avec douceur : « Je vois cette peur. Je la remercie de m’avoir protégé. Mais aujourd’hui, je suis en sécurité, ici, dans cette pièce. »

Ce n’est pas magique. C’est juste un début. Un début pour renouer avec votre corps, pour lui montrer que le danger n’est plus là.

Ensuite, si vous vous sentez prêt, choisissez une situation cette semaine où vous allez délibérément ne pas vous excuser. Juste une. Vous êtes en retard ? Dites « Bonjour, je suis arrivé » sans ajouter « désolé ». Quelqu’un vous bouscule dans la rue ? Ne dites rien. Vous recevez un compliment ? Répondez « Merci » et taisez-vous. Observez ce qui se passe dans votre corps. C’est inconfortable ? Normal. C’est nouveau. Votre système nerveux proteste parce qu’il sort de sa zone de sécurité. Mais c’est le signe que le changement commence.

Un chemin possible

Si ces signes résonnent en vous, si vous en avez assez de vous taire, de vous excuser, de ruminer, je vous invite à ne pas rester seul avec ça. Je reçois à Saintes, dans mon cabinet, des adultes qui ont décidé que leur histoire n’était pas une condamnation à perpétuité.

On ne va pas « régler » votre manque d’assertivité en une séance

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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