HypnoseRelations Et Communication

Préparation mentale : l'hypnose pour des relations sportives saines

Équilibre et communication dans votre équipe ou duo.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Vous êtes footballeur ou footballeuse, et vous avez déjà vécu ça : ce coéquipier qui ne vous passe jamais le ballon dans les bons moments, ce regard en coin après une action ratée, cette ambiance qui devient lourde dans le vestiaire après une défaite. Vous êtes coureur ou coureuse, et vous connaissez aussi : ce partenaire d’entraînement qui vous met une pression silencieuse, ce groupe de running où les tensions montent parce que les rythmes ne correspondent pas, ce sentiment d’être seul·e à porter l’effort collectif. Le sport, c’est du physique, oui, mais c’est surtout du relationnel. Et quand les relations dysfonctionnent, la performance en prend un coup. Je reçois régulièrement des sportifs qui viennent me voir, non pas pour un problème de technique ou de blessure, mais parce que leur équipe ou leur duo sportif est devenu un champ de mines. Ils me disent : « J’ai l’impression de jouer contre mon propre camp », ou « On ne se comprend plus, on se tire vers le bas ». Et souvent, ils pensent que c’est une fatalité. Que c’est juste une question de caractères qui ne s’accordent pas. Mais ce n’est pas ça. La clé, c’est souvent dans la manière dont on communique, dont on gère ses émotions, dont on perçoit l’autre. Et c’est là que la préparation mentale, et en particulier l’hypnose, peut changer la donne.

Pourquoi les relations sportives deviennent-elles toxiques sans qu’on s’en rende compte ?

Vous avez probablement déjà vécu cette situation : vous êtes sur le terrain, en plein match, et votre coéquipier fait une erreur. Rien de grave, une passe mal ajustée, un mauvais placement. Mais dans votre tête, ça commence à gronder. Vous pensez : « Encore lui, il ne fait jamais d’effort », ou « Elle ne m’a pas vu, elle m’ignore ». Et cette petite pensée, vous la laissez grandir. Quelques minutes plus tard, quand vous ratez une occasion, vous vous surprenez à être plus dur·e avec vous-même, ou à jeter un regard noir à l’autre. Et lui ou elle, il le sent. Il se ferme. La communication devient froide, pleine de sous-entendus. C’est le début d’un cercle vicieux.

Ce mécanisme, je l’observe souvent chez les sportifs que j’accompagne. Il s’appelle la projection. Vous projetez sur l’autre vos propres peurs, vos insécurités, vos attentes non dites. Vous pensez que l’autre « devrait » comprendre ce que vous attendez, sans le formuler clairement. Mais dans la réalité, personne ne lit dans les pensées. Et ce petit décalage, s’il n’est pas rattrapé, peut transformer un duo gagnant en une relation toxique.

« Je pensais que mon partenaire de course savait que j’avais besoin de silence pendant les kilomètres difficiles. Mais en fait, il interprétait mon silence comme de la colère. On a failli arrêter de courir ensemble. » — Un coureur venu me voir, après avoir compris que son silence n’était pas une communication claire.

L’hypnose, dans ce contexte, n’est pas une baguette magique. C’est un outil pour déconstruire ces projections. En état d’hypnose, vous pouvez revisiter ces moments de tension, non pas pour les revivre douloureusement, mais pour observer ce qui se passe vraiment. Vous réalisez alors que ce regard que vous interprétiez comme un jugement était en fait de la fatigue, ou que ce silence que vous preniez pour du rejet était en réalité de la concentration. Cela change tout. Parce que quand vous comprenez le mécanisme, vous pouvez agir dessus. Vous n’êtes plus victime de vos propres interprétations.

Comment l’hypnose peut-elle rééquilibrer la communication dans un duo sportif ?

Imaginez un duo de coureurs, par exemple. L’un est plus rapide, l’autre plus endurant. Ils s’entraînent ensemble depuis des mois, mais les tensions montent. Le plus rapide se plaint que l’autre le freine, le plus endurant se sent dévalorisé. Ils viennent me voir, frustrés. Ce qu’ils ne voient pas, c’est que leur communication est biaisée par des croyances limitantes. Le plus rapide croit que la performance individuelle est tout ce qui compte, le plus endurant croit qu’il n’est pas assez bon. Ces croyances, elles ne sont pas conscientes. Elles sont ancrées dans leur subconscient, et elles dictent leurs réactions.

L’hypnose permet d’accéder à ces croyances. Pas pour les effacer, mais pour les déprogrammer en douceur. Je ne vous demande pas de vous allonger sur un divan et de vous endormir. L’hypnose ericksonienne, c’est un état de conscience modifié, très proche de la rêverie. Vous êtes pleinement présent·e, mais votre esprit critique est en veille, ce qui permet de dialoguer avec votre subconscient. Dans cet état, on peut travailler sur des scénarios précis : « Quand je suis en course avec mon partenaire, qu’est-ce qui se déclenche en moi ? » Souvent, la réponse est surprenante. Ce n’est pas l’autre qui est le problème, mais une vieille peur de l’abandon, ou un besoin de contrôle qui vient de l’enfance. Une fois que vous avez identifié la source, vous pouvez la transformer.

Je me souviens d’un footballeur qui jouait en club amateur. Il était en conflit permanent avec son milieu de terrain. Chaque match était une guerre de passes non données, de regards noirs. En hypnose, il a revécu une scène de son adolescence où il avait été humilié par un entraîneur pour ne pas avoir passé le ballon. Cette humiliation, il la rejouait inconsciemment avec son coéquipier. En quelques séances, il a pu dissocier la situation présente du souvenir ancien. Résultat ? Les passes ont commencé à circuler, et l’équipe a gagné en fluidité. Ce n’était pas de la magie, c’était un travail sur les automatismes émotionnels.

Quels sont les mécanismes inconscients qui sabotent l’esprit d’équipe ?

Vous êtes dans un vestiaire, après une défaite serrée. Les têtes baissent, les paroles sont rares. Quelqu’un lance une remarque acerbe : « Si tu avais défendu correctement… ». Et là, vous sentez le groupe se diviser. Ce n’est pas la première fois. Vous vous dites : « On n’a pas d’esprit d’équipe ». Mais est-ce vraiment ça ? Ce que j’observe, c’est que l’esprit d’équipe n’est pas une qualité innée, c’est le résultat de mécanismes inconscients bien précis.

Le premier mécanisme, c’est le besoin de reconnaissance. Chaque sportif, à un niveau ou un autre, a besoin de se sentir valorisé. Quand ce besoin n’est pas comblé, la frustration monte. Et cette frustration, elle se transforme souvent en critique envers les autres. Le deuxième, c’est la peur de l’échec. Dans un groupe, la peur de l’échec individuel peut se déplacer sur le collectif. On cherche un bouc émissaire pour se protéger. Le troisième, c’est le manque de cadre relationnel. Dans une équipe, on définit rarement comment on communique. On laisse faire. Et ce flou, c’est le terreau des malentendus.

L’hypnose et l’IFS (Internal Family Systems) sont particulièrement efficaces pour travailler ces mécanismes. L’IFS, c’est une approche qui considère que notre psyché est composée de différentes « parties » qui ont chacune un rôle et une intention positive. Par exemple, vous avez peut-être une partie « perfectionniste » qui vous pousse à être exigeant envers vous-même, mais aussi une partie « critique » qui juge les autres. Ces parties peuvent entrer en conflit. En séance, on apprend à les accueillir, à comprendre ce qu’elles veulent protéger. Ce n’est pas pour les faire taire, mais pour qu’elles s’apaisent. Résultat : vous n’êtes plus piloté·e par ces réactions automatiques. Vous pouvez choisir comment répondre à un coéquipier qui râle, plutôt que de vous laisser emporter.

« J’ai compris que ma partie critique envers mon coéquipier était en fait une partie qui avait peur de ne pas être à la hauteur. Quand j’ai accueilli cette peur, j’ai arrêté de le juger. On a commencé à vraiment jouer ensemble. » — Un footballeur de club, après trois séances d’IFS.

Comment l’Intelligence Relationnelle peut-elle renforcer votre duo ou votre équipe ?

L’Intelligence Relationnelle (IR), c’est un concept que j’utilise beaucoup, parce qu’il est concret. Ce n’est pas de la psychologie abstraite, c’est un ensemble de compétences que vous pouvez apprendre : l’écoute active, la gestion des émotions, la communication non violente, la capacité à formuler des besoins sans accuser. L’IR, c’est le lien entre la préparation mentale et les relations dans le sport. Et l’hypnose peut être un formidable accélérateur pour intégrer ces compétences.

Prenons un exemple concret. Vous êtes en pleine course, vous sentez que votre partenaire ralentit. Vous avez deux options : soit vous lui dites « Allez, accélère, on perd du temps », ce qui risque de le braquer, soit vous dites « Je sens que le rythme baisse. Comment tu te sens ? Tu veux qu’on ajuste ? ». La différence, c’est l’intention et la formulation. La première phrase est une critique déguisée, la seconde est une invitation à la coopération. Mais pour passer de l’une à l’autre, il faut un travail sur soi. Parce que la première réaction est souvent impulsive, elle vient du subconscient.

L’hypnose peut vous aider à ancrer des comportements relationnels sains. En état d’hypnose, on peut visualiser une situation de tension, et répéter mentalement la réponse que vous voulez adopter. Le cerveau ne fait pas la différence entre une action réelle et une action imaginée intensément. Donc, en vous entraînant mentalement à répondre avec calme et clarté, vous créez de nouveaux circuits neuronaux. Au bout de quelques répétitions, la réponse saine devient naturelle. Vous ne forcez plus, vous réagissez automatiquement de manière constructive.

Je travaille aussi avec des groupes de footballeurs sur l’IR. On fait des exercices en plein air, où on simule des situations de match. Mais je leur donne aussi des séances d’hypnose individuelles pour renforcer ce qu’on a appris en groupe. Le résultat, c’est que les joueurs commencent à se parler différemment. Ils arrêtent les reproches, ils passent aux demandes claires. Et l’ambiance change. Le vestiaire redevient un lieu de soutien, pas de jugement.

Pourquoi la préparation mentale ne peut-elle pas faire l’impasse sur les relations ?

Certains sportifs viennent me voir en pensant que la préparation mentale, c’est juste pour la concentration ou la gestion du stress avant une compétition. Et c’est vrai que ça marche pour ça. Mais si vous êtes en conflit avec votre coéquipier·e, votre concentration sera toujours parasitée. Vous ne pouvez pas être pleinement dans votre performance si une partie de votre esprit rumine sur une tension non résolue. C’est comme si vous couriez avec un poids invisible sur les épaules.

J’ai travaillé avec un coureur de trail qui avait un problème récurrent : il s’épuisait mentalement pendant les courses parce qu’il se sentait en compétition avec son propre groupe. Au lieu de courir ensemble, ils se tiraient la bourre. Résultat : personne ne donnait le meilleur de lui-même. On a travaillé sur sa perception du groupe. En hypnose, on a revisitée la notion de coopération compétitive : on peut être en compétition avec soi-même tout en coopérant avec les autres. Ça a l’air contradictoire, mais c’est un équilibre subtil. Une fois qu’il a intégré ça, ses performances ont grimpé, et son groupe s’est resserré.

Les relations sportives saines, ce n’est pas un luxe, c’est un levier de performance. Quand vous vous sentez soutenu·e, compris·e, vous osez prendre des risques. Vous osez tenter cette passe audacieuse, ou accélérer dans ce faux plat. Parce que vous savez que l’autre ne vous jugera pas si ça rate. Ce sentiment de sécurité psychologique, c’est ce qui permet aux grands duos et aux grandes équipes de se dépasser. Et ça se construit, ça ne tombe pas du ciel.

Comment intégrer l’hypnose et l’IFS dans votre routine de préparation mentale ?

Vous vous demandez peut-être : « Concrètement, comment je fais pour intégrer ça ? » Je vais être honnête : ce n’est pas une pilule à avaler. Ça demande un engagement. Mais ce n’est pas non plus des mois de thérapie. La plupart des sportifs que je reçois viennent pour 4 à 6 séances, espacées sur 2 à 3 mois. Ensuite, ils ont les outils pour continuer seuls.

Voici comment ça se passe typiquement. Lors de la première séance, on discute de votre situation, de ce qui coince dans vos relations sportives. On identifie les motifs récurrents : est-ce que c’est toujours le même type de conflit ? Avec les mêmes personnes ? Ensuite, on fait une première séance d’hypnose. Je vous guide dans un état de relaxation profonde, et on explore ensemble une situation précise. Par exemple, je vous demande de revivre mentalement un moment de tension avec un coéquipier, mais en restant observateur·trice, pas acteur·rice. C’est ce qu’on appelle la dissociation. Vous voyez la scène comme si vous étiez dans une salle de cinéma. Ça permet de prendre du recul, de voir les choses sous un angle nouveau.

Ensuite, on travaille avec l’IFS. On identifie les « parties » de vous qui réagissent dans ces situations. Par exemple, une partie « colère » qui veut tout casser, ou une partie « repli » qui veut fuir. On les accueille, on les remercie pour leur protection, et on leur demande ce qu’elles veulent vraiment. Souvent, elles veulent juste que vous soyez en sécurité, ou que vous soyez respecté·e. Une fois que vous avez compris ça, vous pouvez leur donner ce dont elles ont besoin, et elles se calment. Le conflit intérieur s’apaise, et le conflit extérieur aussi.

« Je pensais que ma colère était dirigée contre mon coéquipier. En IFS, j’ai découvert que c’était une partie de moi qui avait peur de l’échec depuis mon enfance. Quand j’ai rassuré cette partie, la colère a disparu. » — Un joueur de foot amateur, après quatre séances.

Après ces séances, je vous donne des petits exercices à faire chez vous : des auto-hypnoses de 5 minutes, des visualisations, des moments de pleine conscience relationnelle. Par exemple, avant un entraînement, vous pouvez prendre 30 secondes pour vous dire : « Aujourd’hui, je vais écouter mon partenaire sans l’interrompre, et je vais exprimer mes besoins sans accuser. » C’est simple, mais ça ancre l’intention.

Ce que l’hypnose ne fait pas : une mise au point honnête

Je ne veux pas vous vendre un rêve. L’hypnose, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle ne sont pas des solutions miracles. Elles ne remplacent pas un travail d’équipe concret, comme des réunions de vestiaire, des entraînements communs, ou une communication ouverte avec votre entraîneur. Elles ne vont pas non plus effacer les différences de caractère. Si vous êtes très compétitif·ve et que votre partenaire est très relax, vous aurez toujours des ajustements à faire. Ce que ces approches vous apportent, c’est la capacité à gérer ces différences sans qu’elles deviennent des obstacles.

Elles ne fonctionnent pas non plus si vous n’êtes pas prêt·e à vous remettre en question. Si vous venez en vous disant « C’est l’autre le problème », vous allez être déçu·e. L’hypnose vous invite à regarder votre propre fonctionnement, à prendre votre part de responsabilité. Et ça, ce n’est pas toujours confortable. Mais c’est ce qui fait la différence entre une relation sportive qui stagne et une qui

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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