HypnoseRelations Et Communication

Témoignage : « J'ai arrêté de me faire marcher dessus grâce à l'hypnose »

L'histoire d'une transformation professionnelle intérieure.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

C’est une histoire que j’entends souvent, avec des variantes. Celle-ci, je vais te la raconter parce qu’elle est emblématique de ce qui se joue dans mon cabinet, à Saintes, depuis des années.

Elle concerne une femme que j’appellerai Sophie. Quand elle a poussé ma porte pour la première fois, elle était à bout. Pas épuisée par un surmenage classique, mais par quelque chose de plus sournois : la sensation constante de se faire marcher dessus. Au travail, elle était la personne fiable, celle qui ne dit jamais non, celle qu’on sollicite sans cesse pour des missions qui ne sont pas les siennes. Celle qui dit « oui » en serrant les dents, puis qui rumine pendant des heures, la nuit.

« Thierry, j’en ai marre de cette image de moi. Je suis gentille, trop gentille. Les collègues me prennent pour une paillasson. Mon chef me refile tous les dossiers ingrats. Et moi, je rentre le soir, vidée, en me détestant de n’avoir rien dit. »

Sophie était cadre dans une collectivité territoriale. Compétente, appréciée, mais invisible dans sa capacité à poser des limites. Elle venait chercher une solution rapide : un protocole pour apprendre à dire non, une technique de communication imparable. Elle pensait que l’hypnose allait lui donner un « super-pouvoir » pour devenir une version plus dure d’elle-même.

La réalité, c’est que son problème n’était pas un manque de technique. C’était un conflit intérieur profond, une guerre silencieuse entre la partie d’elle qui voulait être aimée et acceptée, et une autre, plus authentique, qui hurlait pour exister. L’hypnose et l’IFS (Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur) ne sont pas venus lui apprendre à riposter. Ils sont venus l’aider à comprendre pourquoi elle se mettait elle-même en position de victime consentante.

Voici les étapes de sa transformation, et ce qu’elles peuvent t’apprendre si, toi aussi, tu te reconnais dans ce besoin constant de plaire au détriment de toi-même.

Pourquoi tu dis « oui » alors que tout ton corps crie « non »

Commençons par le mécanisme. Sophie était persuadée que son problème était extérieur : des collègues profiteurs, un chef autoritaire. La première séance d’hypnose a rapidement révélé que la racine était en elle. Pas dans une faiblesse, mais dans une stratégie de survie apprise très tôt.

Sous hypnose, Sophie est revenue à une scène d’enfance. Elle avait 8 ans. Son père, absent et imprévisible, rentrait du travail. Pour ne pas déclencher sa colère, elle avait appris à anticiper ses besoins, à se faire discrète, à dire « oui » à tout pour maintenir une paix fragile. Son cerveau d’enfant avait fait un calcul logique : « Si je suis gentille et que je ne dérange pas, je suis en sécurité. Je suis aimée. »

Ce programme, elle l’avait conservé sans le savoir. À 38 ans, dans un open space, face à un collègue qui lui refilait un rapport à rendre pour le lendemain, son cerveau activait le même circuit neuronal que celui de la petite fille de 8 ans. La menace n’était plus la colère d’un père, mais le rejet social. La réponse était la même : sourire, acquiescer, encaisser.

Le problème, c’est que ce programme est conçu pour un environnement hostile où la survie dépend de l’approbation d’un adulte. Dans un contexte professionnel adulte, il devient un boulet. Tu ne dis pas « oui » parce que tu es gentil. Tu dis « oui » parce qu’une partie de toi a peur de mourir socialement si tu dis « non ».

« Le système de protection que tu as mis en place à 8 ans pour survivre à un environnement émotionnellement dangereux ne te sert plus à 38 ans. Il te dessert. L’hypnose ne le supprime pas, elle te permet de le remercier et de lui dire de prendre sa retraite. »

C’est le premier pas que Sophie a fait. Arrêter de se juger pour sa « faiblesse ». Comprendre que son incapacité à dire non n’était pas un défaut de caractère, mais une compétence de survie devenue obsolète. Quand tu arrêtes de te détester pour ça, tu libères une énergie considérable.

Les « parties » de toi qui sabotent ton affirmation de toi

C’est là que l’IFS change tout. Je ne travaille pas avec une seule personne, mais avec un système interne. Sophie n’était pas « une personne qui se laisse marcher dessus ». Elle était habitée par plusieurs parties.

La première, la plus visible, c’était la « Gardienne de la Paix ». C’est elle qui prenait la parole en réunion pour dire « Pas de problème, je m’en occupe ». Elle était hyper-vigilante, scannait les visages pour détecter la moindre tension. Son job : éviter le conflit à tout prix. Elle était épuisée, mais elle croyait sincèrement protéger Sophie du rejet.

En dessous de cette Gardienne, il y avait une « Petite Fille Invisible ». Une partie de Sophie, très jeune, qui s’était construite la croyance que pour être aimée, elle devait se fondre dans le décor, ne pas faire de vagues, être utile. C’était la partie la plus vulnérable, celle qui avait mal quand on ne la regardait pas.

Et tout au fond, enfermée, il y avait une « Rebelle ». Une partie pleine de colère, de rage rentrée. C’est elle qui faisait les nuits d’insomnie, qui alimentait les ruminations. Elle voulait hurler, claquer la porte, envoyer tout le monde se faire voir. Mais elle était maintenue captive par la Gardienne de la Paix, parce qu’exprimer cette colère était perçu comme trop dangereux.

Le travail n’a pas consisté à tuer la Gardienne de la Paix. L’hypnose ericksonienne, couplée à l’IFS, a permis à Sophie d’entrer en dialogue avec elle. De la remercier pour tout le travail qu’elle avait fait. Et de lui demander de lâcher prise. « Tu peux te reposer maintenant. Je suis adulte, je peux gérer. »

C’est un moment clé. Tant que tu luttes contre tes parties protectrices (en te disant « je dois arrêter d’être gentil »), elles se renforcent. Elles sentent le danger. Mais quand tu les accueilles avec compassion, elles se détendent. Et la partie authentique, le « Soi » (cette essence calme, confiante et connectée), peut émerger.

Le vrai pouvoir de l’hypnose : désactiver le pilote automatique

Sophie avait déjà essayé des livres de développement personnel. « Osez dire non », « Lâcher prise », « S’affirmer sans agresser ». Elle les avait lus, annotés, et… rien n’avait changé. Pourquoi ? Parce que la connaissance intellectuelle ne suffit pas quand le corps est en mode survie.

Quand son chef lui demandait un service injuste, son rythme cardiaque s’accélérait, ses épaules se contractaient, sa gorge se serrait. C’était une réponse physiologique, un réflexe. Son cerveau reptilien prenait le contrôle. Dans cet état, aucun « Je peux dire non ? » appris dans un livre n’est accessible. Tu es en pleine réaction de soumission (ou de figement).

L’hypnose ericksonienne agit à ce niveau-là. Elle ne te donne pas un script. Elle te permet de reprogrammer la réponse automatique.

Nous avons travaillé avec des métaphores. Je lui ai raconté l’histoire d’un arbre qui plie sous le vent. Un arbre rigide casse. Un arbre flexible résiste. Sophie était devenue rigide à force de plier. Nous avons installé une ancre : un geste simple (poser sa main sur son sternum) associé à une sensation de calme et de force. Sous hypnose, elle a répété la scène avec son chef. La première fois, son corps a voulu paniquer. La deuxième, il a commencé à se détendre. La troisième, elle a pu dire, dans son corps, un « non » ferme et serein.

« Ce n’est pas la magie, c’est de la neuroplasticité. Chaque fois que tu répètes une nouvelle réponse dans un état de conscience modifié, tu crées un nouveau chemin neuronal. Le chemin de l’affirmation de soi devient progressivement aussi automatique que celui de la soumission. »

Le travail s’est fait sur plusieurs séances. Nous n’avons pas cherché à la transformer en une personne dure et cassante. Nous avons cherché à connecter sa capacité à dire non avec sa compassion. Elle a appris à dire : « Je comprends que ce projet est urgent pour toi. Je ne peux pas le prendre en charge ce soir, mais je peux te proposer de le regarder demain matin à 9h. » Ferme, clair, et sans culpabilité.

Le piège de la gentillesse toxique au travail

Parlons maintenant de ton quotidien. Tu es peut-être dans une situation similaire. Tu te dis que tu es une bonne personne, que tu aides les autres, que c’est une qualité. Et c’est vrai. Mais il y a une frontière fine entre la générosité et l’auto-négation.

Sophie avait développé ce que j’appelle la « gentillesse toxique ». Ce n’est pas une gentillesse librement choisie, c’est une gentillesse obligatoire. Elle disait oui pour éviter la culpabilité. Elle disait oui pour se sentir indispensable. Elle disait oui pour que personne ne soit fâché contre elle. Mais chaque oui était une petite trahison d’elle-même. Et la trahison de soi, c’est la source d’un épuisement profond, d’une perte d’estime de soi rampante.

Dans son service, Sophie était devenue l’« assistante sociale » officieuse. On lui confiait les collaborateurs en difficulté, les tâches ingrates, les dossiers que personne ne voulait. Elle était valorisée pour ça, mais d’une manière qui l’enfermait. « Sophie est si gentille, on peut toujours compter sur elle. » Traduction : « Sophie ne sait pas dire non, on peut lui mettre la pression. »

L’hypnose lui a permis de voir ce schéma de l’extérieur. Elle a réalisé que sa gentillesse n’était pas perçue comme une force, mais comme une faiblesse exploitable. Et que plus elle donnait, moins elle était respectée. Pourquoi ? Parce que le respect naît de la capacité à poser des limites. Un collègue qui te respecte, c’est quelqu’un qui sait qu’il ne peut pas tout te demander.

Le changement ne s’est pas fait en un jour. La première fois qu’elle a dit non à une demande abusive, elle a eu des sueurs froides. Elle s’est excusée trois fois. Mais elle l’a fait. Et le lendemain, elle a constaté que le monde ne s’était pas écroulé. Son collègue a un peu boudé, puis il est allé voir quelqu’un d’autre. Elle a survécu. Et surtout, elle a ressenti une fierté nouvelle, une vibration dans le ventre, celle de l’intégrité.

Comment j’ai utilisé l’hypnose pour la préparer à l’affrontement

Tu te demandes peut-être concrètement comment se déroule une séance pour ce type de problématique. Je vais te décrire une étape cruciale pour Sophie : la préparation à une situation de tension.

Elle devait annoncer à son chef qu’elle refusait de prendre en charge un nouveau projet qui ne faisait pas partie de ses missions. C’était une grosse source d’anxiété.

  1. L’état hypnotique : Je l’ai guidée dans un état de conscience modifiée. Pas un sommeil profond, mais un état de relaxation focalisée, une hyper-suggestibilité. Le mental critique s’est mis en veille, le corps s’est détendu.

  2. La scène virtuelle : Je lui ai demandé d’imaginer la scène comme un film. Elle était dans le bureau de son chef. Je l’ai invitée à voir la scène en « spectateur », de loin. Cela crée une distance émotionnelle.

  3. La ressource : Je lui ai demandé d’évoquer un souvenir où elle s’était sentie forte, calme et légitime. Pour elle, c’était un moment où elle avait réussi une randonnée difficile en montagne. Nous avons ancré cette sensation de force calme dans son corps (toucher du pouce et de l’index).

  4. La répétition : Je lui ai demandé d’entrer dans la scène, cette fois en étant elle-même, mais en activant l’ancre de la force calme. Elle a prononcé sa phrase : « Je comprends l’importance de ce projet. Malheureusement, mon périmètre actuel ne me permet pas de m’y engager avec la qualité nécessaire. Je te propose de voir avec [nom du collègue] ou de le prioriser différemment. »

  5. L’ajustement : Son corps, dans l’état hypnotique, a réagi. Il y a eu une contraction. Nous avons exploré : « Qu’est-ce qui se passe ? » Une voix intérieure disait : « Il va être déçu. Tu es méchante. ». Nous avons accueilli cette voix, remercié la partie qui voulait protéger, et lui avons rappelé que Sophie adulte était capable de gérer la déception d’un autre. Nous avons répété la scène jusqu’à ce que le corps reste calme.

Le jour J, elle n’a pas eu besoin de faire un long discours. Elle a activé son ancre, pris une respiration, et dit son texte. Son chef a été surpris, a tenté une négociation, mais elle est restée ferme. Il a fini par accepter. Elle est sortie du bureau, le cœur battant, mais avec un sentiment de victoire immense. Elle avait géré une relation complexe avec intégrité.

Ce que l’hypnose ne fait pas (et c’est important)

Je veux être très clair. L’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne va pas transformer un timide en bête de foire du jour au lendemain. Elle ne va pas faire disparaître la peur. Elle va t’apprendre à danser avec elle.

Ce que l’hypnose a fait pour Sophie :

  • Elle a arrêté de se battre contre elle-même. Fini la culpabilité de ne pas oser. Elle a compris ses mécanismes.
  • Elle a accédé à des ressources internes. La force, la clarté, la confiance n’étaient pas à inventer, elles étaient déjà là, enfouies sous des couches de protection.
  • Elle a reprogrammé des réponses automatiques. Son corps a appris une nouvelle façon de réagir face à une demande abusive.
  • Elle a reconnecté avec son « Soi ». Cette partie d’elle qui sait ce qui est juste pour elle, sans avoir besoin de plaire ou de dominer.

Ce qu’elle n’a pas fait :

  • Elle n’est pas devenue agressive.
  • Elle n’a pas perdu sa capacité à être gentille. Elle a juste appris à l’utiliser quand elle le choisit, pas quand on l’exige d’elle.
  • Elle n’a pas arrêté d’aider les autres. Elle a juste arrêté de le faire au détriment de sa propre santé mentale.

« La transformation n’est pas de devenir quelqu’un d’autre. C’est de retirer les masques que tu as mis pour survivre, et de laisser émerger la personne que tu as toujours été : capable de dire oui avec joie, et non avec sérénité. »

Ce que tu peux faire maintenant, tout de suite

Tu n’as pas besoin d’une séance d’hypnose pour commencer. Voici un petit exercice, directement issu de ce que j’ai transmis à Sophie.

  1. Identifie une situation récurrente : Prends un carnet. Note la dernière fois où tu as dit oui alors que tu voulais dire non. Décris la scène : avec qui, où, quelle heure, quelle était la demande.

  2. Explore la sensation corporelle : Ferme les yeux. Revis la scène. Où dans ton corps as-tu senti la tension ? (Poitrine ? Gorge ? Ventre ?) Quelle est la couleur, la texture, la température de cette sensation ? Ne la juge pas, observe-la.

  3. Donne-lui une voix : Demande à cette sensation : « Qu’est-ce que tu as peur qu’il se passe si je dis non ? » Sois honnête. La réponse est souvent : « Il va

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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