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Témoignage : « J’ai retrouvé le sommeil après 10 ans d’insomnie »

L’histoire authentique d’une patiente qui a enfin fermé l’œil.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Elle est entrée dans mon cabinet un mardi de novembre, le visage tiré, les yeux cernés jusqu’au menton. « Je n’en peux plus, Thierry. Dix ans que je ne dors pas. Dix ans. » Elle s’est assise dans le fauteuil, a croisé les bras, et j’ai tout de suite senti la fatigue, mais aussi une forme de colère résignée. Celle qu’on attrape quand on a tout essayé. Les médicaments, les tisanes, la méditation, les applis de sommeil, les podcasts relaxants, les lampes à lumière bleue filtrée, les draps en lin, les coussins mémoire de forme. Rien. Ou plutôt, rien de durable. Parce qu’elle avait connu des nuits correctes, parfois même deux ou trois d’affilée. Mais l’insomnie revenait toujours, comme un invité qui squatte sans jamais comprendre qu’il n’est pas le bienvenu.

Je l’ai écoutée vingt minutes. Elle m’a raconté ses nuits : l’angoisse de se coucher, le moment où elle posait la tête sur l’oreiller et où son cerveau s’emballait, les heures à tourner, à regarder le plafond, à compter les moutons jusqu’à en détester les moutons. Et puis le réveil à trois heures du matin, immanquable, comme un rendez-vous secret avec l’anxiété. Elle pleurait parfois, pas de tristesse, de fatigue pure. « Thierry, je suis épuisée. Je ne me souviens plus de ce que ça fait de dormir. »

Je lui ai dit une chose qu’elle n’avait jamais entendue : « Vous n’avez pas un problème de sommeil. Vous avez un problème d’éveil. » Elle a haussé un sourcil, sceptique. Je lui ai expliqué que l’insomnie chronique n’est pas un défaut de fabrication, c’est une stratégie de survie qui a mal tourné. Le cerveau, pour la protéger d’un danger qu’il perçoit – réel ou imaginaire –, refuse de lâcher prise. Il reste en vigilance. Et plus on lutte contre cette vigilance, plus on la renforce. C’est là que l’hypnose ericksonienne entre en jeu, mais pas pour « endormir » la personne. Pour lui apprendre à faire confiance à son propre système.

« L’insomnie chronique n’est pas un défaut de fabrication, c’est une stratégie de survie qui a mal tourné. »

Je vais vous raconter son histoire, mais surtout comment elle a retrouvé le sommeil. Pas avec une baguette magique. Avec des séances d’hypnose, de l’IFS (Internal Family Systems), et un vrai travail sur son Intelligence Relationnelle. Parce que, vous allez le voir, son insomnie n’était pas un problème de sommeil. C’était un problème de relation. Avec elle-même, avec son passé, avec ses émotions.

Pourquoi votre cerveau refuse de s’endormir (et ce n’est pas de sa faute)

Avant d’entrer dans le détail de son parcours, il faut comprendre un mécanisme fondamental : le sommeil n’est pas un interrupteur qu’on actionne. C’est un état qui survient quand le cerveau estime que l’environnement est suffisamment sûr. Pas seulement l’environnement extérieur – la chambre, le bruit, la température – mais surtout l’environnement intérieur : vos pensées, vos émotions, votre niveau de stress.

Quand vous vivez une insomnie chronique, votre système nerveux est en hypervigilance. Il scanne en permanence les dangers potentiels. Et la nuit, dans le silence, il n’y a plus de distractions. Alors le cerveau se dit : « Bon, maintenant que c’est calme, je vais en profiter pour vérifier tous les dossiers en souffrance. » Et il commence à ressasser. Les soucis du boulot, les conflits familiaux, les peurs, les regrets. Plus vous essayez de stopper ce flux, plus il s’amplifie. C’est comme si vous disiez à quelqu’un : « Surtout, ne pense pas à un ours blanc. » À quoi va-t-il penser ? À un ours blanc.

Cette patiente, je l’appellerai Claire (prénom modifié, évidemment), avait un cerveau qui fonctionnait comme une sentinelle fatiguée mais hyperactive. Pendant la journée, elle tenait le coup grâce au café et à l’adrénaline. Mais le soir, la sentinelle prenait son service et refusait de lâcher son poste. Pourquoi ? Parce qu’elle avait appris, au fil des années, que la nuit était un moment dangereux. Pas à cause d’un cambrioleur ou d’un fantôme. À cause de ce qui remontait : des émotions non traitées, des souvenirs douloureux, une angoisse diffuse qu’elle ne savait pas nommer.

L’hypnose ericksonienne, dans ce cadre, ne vise pas à « éteindre » la sentinelle. Elle lui propose un nouveau poste, une nouvelle mission. On ne lutte pas contre l’insomnie. On négocie avec elle. On comprend ce qu’elle protège. Et on offre au cerveau une alternative plus efficace. Mais pour ça, il faut d’abord accepter que l’insomnie a une fonction. Elle n’est pas une ennemie. Elle est un symptôme, un message. Et c’est ce message que nous avons décodé avec Claire.

Première séance : poser les armes et arrêter de lutter

Quand Claire est venue me voir, elle était dans une logique de combat. Elle luttait contre l’insomnie comme on lutte contre un adversaire. Elle avait des stratégies : ne pas boire de café après 14h, se coucher à heure fixe, faire des exercices de respiration, lire un livre ennuyeux. Tout ça, c’était du contrôle. Et le contrôle, en matière de sommeil, est contre-productif. Plus vous contrôlez, plus vous stressez. Plus vous stressez, moins vous dormez.

Je lui ai proposé un exercice simple, presque provocateur : « Pendant une semaine, ne cherchez pas à dormir. Au lieu de ça, quand vous êtes au lit, dites-vous : “Je ne vais pas dormir. Je vais rester éveillée et observer ce qui se passe.” » Elle m’a regardé comme si j’étais fou. « Mais Thierry, je viens pour dormir ! » Je lui ai souri. « Je sais. Mais parfois, pour arriver à un endroit, il faut arrêter de vouloir y aller. »

C’est un principe de l’hypnose ericksonienne : l’injonction paradoxale. En demandant à son cerveau de ne pas dormir, on enlève la pression. Et sans pression, le cerveau peut enfin se détendre. C’est comme quand on cherche désespérément ses clés et qu’on les trouve au moment où on arrête de chercher. Le sommeil fonctionne pareil.

Elle a essayé. Les deux premières nuits, elle est restée éveillée longtemps, mais sans angoisse. Elle observait. La troisième nuit, elle s’est endormie au bout d’une heure. La quatrième, en vingt minutes. Elle était étonnée. « C’est trop simple, non ? » m’a-t-elle dit. « C’est simple, mais pas facile. Parce que ça demande de lâcher une habitude de contrôle que vous avez construite pendant dix ans. »

« Parfois, pour arriver à un endroit, il faut arrêter de vouloir y aller. »

On a commencé les séances d’hypnose. Je ne lui ai pas fait de « formule magique ». Je l’ai accompagnée dans un état de conscience modifié où elle pouvait rencontrer cette partie d’elle qui veillait la nuit. Pas pour la faire taire. Pour l’écouter. Et c’est là que l’IFS est entré en jeu.

Quand l’IFS révèle que l’insomnie protège quelque chose

L’IFS, ou Internal Family Systems, est une approche qui considère que notre psyché est composée de plusieurs « parties » ou sous-personnalités. Chacune a un rôle, une intention positive, même si ses comportements peuvent être destructeurs. L’insomnie, par exemple, peut être une partie qui veille pour protéger une autre partie plus vulnérable. Une partie qui a peur de s’effondrer si elle lâche prise.

En hypnose, j’ai invité Claire à rencontrer cette « sentinelle » intérieure. C’était une partie d’elle, stricte, vigilante, un peu autoritaire. Elle disait : « Si je m’endors, je perds le contrôle. Et si je perds le contrôle, tout va s’écrouler. » Claire, en état de conscience modifiée, a pu dialoguer avec elle. Elle lui a demandé : « Qu’est-ce que tu crains vraiment ? » La sentinelle a répondu : « Je crains que tu ressentes la tristesse que tu refoules depuis des années. »

Et là, tout s’est éclairé. Claire avait vécu une rupture difficile huit ans plus tôt. Elle n’en avait jamais vraiment parlé. Elle avait serré les dents, s’était concentrée sur le travail, avait fait comme si de rien n’était. La tristesse était là, mais elle ne l’avait jamais laissée monter. La nuit, quand tout était calme, cette tristesse remontait. Et la sentinelle, pour l’en protéger, la maintenait éveillée. L’insomnie n’était pas un problème de sommeil. C’était une protection contre une émotion jugée trop dangereuse.

Avec l’IFS, Claire a pu accueillir cette tristesse. Pas la revivre en pleurant des heures, mais la reconnaître, lui donner une place, la remercier d’avoir été protégée. Et progressivement, la sentinelle a accepté de se reposer. Parce qu’elle avait compris que Claire était désormais capable de gérer ses émotions sans s’effondrer.

Intelligence Relationnelle : se réconcilier avec soi-même pour mieux dormir

L’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à comprendre et à gérer ses relations, mais surtout la relation avec soi-même. On parle souvent des conflits avec les autres, mais le conflit intérieur est souvent plus violent. Et Claire avait un conflit intérieur majeur : une partie d’elle voulait dormir, une autre voulait veiller. Une partie voulait lâcher prise, une autre voulait contrôler.

Pendant plusieurs séances, on a travaillé sur cette réconciliation. Je lui ai appris à reconnaître les signaux de son corps, à distinguer la fatigue réelle de l’épuisement nerveux, à accueillir ses émotions sans les juger. On a fait des exercices de visualisation : elle imaginait une table ronde où toutes ses parties étaient invitées à s’asseoir et à parler. La sentinelle, l’enfant triste, la femme fatiguée, la perfectionniste. Chacune avait un siège. Chacune avait une voix.

« Le conflit intérieur est souvent plus violent que n’importe quel conflit extérieur. »

L’Intelligence Relationnelle, c’est aussi apprendre à dire non. Claire disait oui à tout au travail et dans sa vie personnelle. Elle accumulait des charges mentales énormes. Le soir, son cerveau faisait les comptes. « Tu n’as pas répondu à ce mail. Tu n’as pas rappelé ta mère. Tu dois penser à l’anniversaire de ton collègue. » C’était une liste de tâches mentales qui l’empêchait de s’endormir. On a travaillé sur sa capacité à poser des limites, à déléguer, à accepter que tout ne soit pas parfait. Et son sommeil s’est amélioré, non pas parce qu’elle avait trouvé une technique miracle, mais parce qu’elle avait allégé sa charge mentale.

Les séances d’hypnose : ce qui se passe vraiment sous la surface

Je vais être honnête : l’hypnose ne fonctionne pas comme une télécommande. Je ne dis pas « dormez » et la personne s’endort. Ce serait mentir. L’hypnose ericksonienne est un outil pour accéder à des ressources inconscientes que la personne possède déjà, mais qu’elle n’utilise pas. C’est un peu comme si vous aviez un coffre à outils dans votre grenier, mais que vous n’arriviez pas à l’ouvrir. L’hypnose vous donne la clé.

Avec Claire, on a utilisé des métaphores. Je lui ai raconté l’histoire d’un jardinier qui arrosait ses plantes la nuit, croyant les aider, mais qui les noyait. Elle a compris qu’elle faisait la même chose avec son sommeil : à force de vouloir le contrôler, elle l’étouffait. On a aussi travaillé sur l’ancrage. Je lui ai appris à associer un geste simple – poser la main sur son ventre – à une sensation de sécurité. Elle pouvait le faire seule, au lit, pour activer son système parasympathique, celui qui calme le corps.

Chaque séance durait environ une heure. La première, on a surtout parlé. La deuxième, on a fait une induction hypnotique. La troisième, on a intégré l’IFS. La quatrième, on a consolidé. Au total, six séances espacées sur deux mois. Et à la fin, Claire dormait six heures d’affilée sans se réveiller. Pas une performance olympique, mais pour elle, c’était une renaissance. « Je ne me souvenais pas que le matin pouvait être doux », m’a-t-elle dit.

Ce que l’hypnose ne fait pas (et pourquoi c’est important)

Je ne veux pas donner l’impression que l’hypnose est une baguette magique. J’ai accompagné des dizaines de personnes souffrant d’insomnie. Certaines ont retrouvé le sommeil en trois séances. D’autres ont mis des mois. Certaines n’ont pas eu de résultat durable. Parce que l’hypnose ne peut pas tout. Elle ne peut pas effacer un trauma non traité, une dépression sévère, ou un environnement de vie toxique. Si vous dormez mal parce que votre conjoint ronfle comme un moteur de bateau, l’hypnose n’y changera rien. Si vous avez des apnées du sommeil, il faut un médecin. Si vous prenez des médicaments qui perturbent le cycle du sommeil, il faut un psychiatre.

L’hypnose est un outil puissant, mais elle s’inscrit dans une approche globale. Avec Claire, on a abordé son hygiène de vie, son alimentation, son activité physique. On a parlé de son travail, de ses relations. L’hypnose a été le catalyseur, pas la solution unique. Et c’est important de le dire, parce que trop de gens viennent avec l’espoir d’une solution rapide, et repartent déçus quand ils doivent faire un vrai travail sur eux-mêmes.

« L’hypnose est un catalyseur, pas une solution unique. Le vrai travail, c’est vous qui le faites. »

Claire a fait ce travail. Elle est venue aux séances, elle a pratiqué les exercices chez elle, elle a accepté de se confronter à ses émotions. Et un soir, sans prévenir, elle s’est endormie. Pas après une séance, pas après un exercice. Un soir normal, un mardi, en posant la tête sur l’oreiller. Elle m’a envoyé un message le lendemain : « Thierry, j’ai dormi. Vraiment dormi. » J’ai souri en lisant ça. Parce que c’est toujours comme ça que ça arrive. Pas dans un moment spectaculaire. Dans un moment ordinaire, quand le cerveau a enfin accepté de lâcher prise.

Et si vous arrêtiez de chercher la solution ailleurs ?

Si vous lisez ces lignes, peut-être que vous vous reconnaissez. Peut-être que vous aussi, vous luttez contre l’insomnie depuis des années. Que vous avez tout essayé, que vous êtes fatigué, que vous ne croyez plus aux miracles. Je ne vais pas vous promettre que l’hypnose va tout résoudre. Mais je vais vous dire une chose : tant que vous continuerez à chercher la solution à l’extérieur de vous – dans une pilule, une tisane, une appli –, vous risquez de passer à côté de l’essentiel. L’insomnie chronique est presque toujours le signe d’un conflit intérieur, d’une émotion non traitée, d’une partie de vous qui veille pour vous protéger.

Et la bonne nouvelle, c’est que vous pouvez dialoguer avec cette partie. Vous n’avez pas besoin de la combattre. Vous avez besoin de l’écouter. Et pour ça, vous n’avez pas forcément besoin d’un thérapeute tout de suite. Vous pouvez commencer par un petit geste, ce soir.

Avant de vous coucher,

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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