3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des routines anodines qui renforcent l'anxiété sans que vous le réalisiez.
Vous les connaissez, ces journées où vous enchaînez les tâches sans jamais avoir l’impression de finir quoi que ce soit. Le café avalé debout, les notifications qui s’accumulent, cette petite voix intérieure qui vous dit que vous auriez dû faire mieux, plus vite, plus fort. Et le soir, vous vous effondrez dans le canapé, vidé, mais le cerveau continue de tourner, comme un moteur qu’on n’arrive pas à couper.
Je vois ça presque tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes, souvent très compétents, parfois même brillants, qui viennent me voir parce qu’ils n’en peuvent plus de cette tension permanente. Ils ont tout essayé : la méditation, les applications de sommeil, le sport. Mais le stress chronique reste là, comme une basse continue qui parasite toute leur vie.
Ce que beaucoup ignorent, c’est que ce ne sont pas toujours les grands événements traumatisants qui entretiennent ce stress. Ce sont souvent des habitudes quotidiennes, anodines en apparence, que nous répétons machinalement. Elles agissent comme des gouttes d’eau qui finissent par user la pierre. Aujourd’hui, je vais vous en révéler trois. Et surtout, vous donner des pistes concrètes pour les désamorcer.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut comprendre un mécanisme essentiel. Votre cerveau, celui que vous avez hérité de vos ancêtres chasseurs-cueilleurs, est une machine à détecter les menaces. Il est programmé pour survivre, pas pour être heureux.
Quand vous recevez un e-mail sec de votre patron, que vous croisez quelqu’un qui vous a blessé, ou que vous lisez une actualité anxiogène, votre cerveau active la même réponse que face à un tigre à dents de sabre. Il libère du cortisol et de l’adrénaline. C’est ce qu’on appelle la réponse de stress. Elle est vitale pour fuir ou combattre un danger immédiat.
Le problème, c’est que cette réponse n’a pas de bouton « off » automatique quand le danger est psychologique ou anticipé. Vous n’allez pas courir plus vite qu’un tigre en lisant un e-mail. Pourtant, votre corps se prépare à l’effort. Le cœur accélère, la respiration devient superficielle, les muscles se tendent, la digestion se met en pause.
Quand cette réponse s’active plusieurs fois par jour, sans jamais vraiment redescendre, vous entrez dans un état de stress chronique. Votre système nerveux est comme un élastique constamment tendu. Il finit par perdre son élasticité. C’est là que les troubles du sommeil, l’irritabilité, la baisse de concentration, les douleurs physiques et l’épuisement s’installent.
Les trois habitudes que je vais décrire sont des déclencheurs silencieux de cette réponse de stress. Elles ne sont pas spectaculaires, mais elles répètent la même injonction à votre cerveau : « Danger, reste en alerte. »
Je reçois régulièrement des personnes qui me disent : « Je suis hyper efficace, je fais toujours plusieurs choses à la fois. » En réalité, ce qu’elles décrivent, c’est une dispersion constante. Elles consultent leurs mails en écoutant une réunion en visio, tout en grignotant un sandwich et en pensant à la liste de courses.
Prenons l’exemple de Sarah, une cheffe de projet que j’ai accompagnée. Elle arrivait le matin avec une énergie débordante, mais à 11 heures, elle était déjà lessivée. Elle passait d’une tâche à l’autre sans jamais terminer quoi que ce soit. Son cerveau était comme un ordinateur avec trente onglets ouverts : il chauffait, ralentissait, et finissait par planter.
Le cerveau n’est pas fait pour faire deux choses cognitives complexes en même temps. Quand vous croyez « multitasker », vous faites en réalité du switching de tâches : vous passez de l’une à l’autre très rapidement. Chaque transition coûte de l’énergie et du temps. Des études montrent que cela peut réduire votre productivité de 40% et augmenter votre taux de cortisol.
Ce switching permanent envoie un signal d’urgence à votre système nerveux : « Je n’ai pas le temps, je dois tout gérer, c’est trop. » Votre cerveau reste en hypervigilance, prêt à réagir à la prochaine interruption. Le stress devient votre état par défaut.
Le multitâche est addictif, parce qu’il donne une illusion de contrôle et de productivité. Vous vous sentez actif, important, indispensable. Mais en réalité, vous êtes juste en train de vous épuiser sans avancer vraiment. C’est comme courir sur un tapis roulant : vous faites beaucoup de mouvements, mais vous restez sur place.
Je ne vais pas vous demander de tout arrêter du jour au lendemain. Commencez par une chose : le mono-tâche intentionnel pendant 25 minutes. Choisissez une tâche unique (rédiger un rapport, lire un document, ranger un dossier). Mettez votre téléphone en mode avion ou dans une autre pièce. Fermez les onglets inutiles sur votre ordinateur. Réglez un minuteur sur 25 minutes. Pendant ce temps, vous ne faites que ça. Si une pensée parasite arrive (un mail à envoyer, une idée), notez-la sur un papier sans agir. Vous verrez, les premières fois, c’est inconfortable. Votre cerveau va protester, chercher la distraction. C’est normal. C’est le sevrage. Au bout de quelques jours, vous ressentirez une profondeur de concentration que vous aviez oubliée. Et votre niveau de stress baissera sensiblement.
Le multitâche n’est pas une compétence, c’est une stratégie d’évitement déguisée en productivité.
Voici une habitude que je connais bien, pour l’avoir pratiquée moi-même. Vous êtes allongé le soir, ou sous la douche le matin, et votre esprit repasse en boucle une conversation, une erreur, une inquiétude. « J’aurais dû dire ça », « Et si ça tournait mal ? », « Pourquoi ai-je réagi comme ça ? ». C’est ce que j’appelle le disque rayé mental.
Je pense à Marc, un commercial que j’ai suivi. Il passait ses trajets en voiture à ressasser ses échecs de la journée. Il se disait : « Si j’avais mieux présenté ce dossier, j’aurais signé ce contrat. Je suis nul. » Résultat : il arrivait chez lui épuisé, irritable, et incapable de profiter de sa famille. Le lendemain, il repartait avec le même poids.
La rumination, c’est un piège à stress. Votre cerveau croit qu’en ressassant, il va trouver une solution, un contrôle. Mais en réalité, il active les mêmes circuits que face à une menace réelle. Vous revivez l’événement désagréable encore et encore, comme si vous vous faisiez une piqûre de cortisol à répétition.
Le problème, c’est que la rumination n’est pas une réflexion constructive. Elle est répétitive, négative, et souvent centrée sur des éléments que vous ne pouvez pas changer. Elle vous maintient dans un état d’alerte permanent, parce que votre cerveau ne reçoit jamais le signal que le danger est passé.
La rumination donne une fausse sensation de contrôle. Tant que vous pensez au problème, vous avez l’impression de ne pas l’abandonner. C’est aussi une habitude profondément ancrée, souvent apprise dans l’enfance. Peut-être avez-vous grandi dans un environnement où il fallait toujours anticiper le pire pour se protéger.
La clé, ce n’est pas d’arrêter de penser (c’est impossible), c’est de changer votre relation à ces pensées. Voici une technique simple que j’enseigne à mes patients : la technique du « et alors ? ».
Quand vous vous surprenez à ruminer, posez-vous trois questions à voix haute ou par écrit :
Continuez jusqu’à ce que vous arriviez à une conclusion, souvent banale ou gérable. Par exemple : « Je rate ma présentation. Et alors ? Je serai déçu. Et alors ? Je pourrai m’entraîner davantage. Et alors ? Personne ne mourra. » Ce petit jeu de questions force votre cerveau à sortir de la boucle et à envisager une fin. Vous reprenez le contrôle de votre narration intérieure.
En complément, vous pouvez pratiquer la mise à distance. Imaginez que vos pensées sont des nuages qui passent dans le ciel. Vous les observez, vous les nommez (« Ah, voilà la pensée de l’erreur de la réunion »), mais vous ne montez pas dedans. Vous restez sur votre chaise, à les regarder passer. Ça demande de l’entraînement, mais c’est extrêmement puissant.
Je vois des patients qui consultent leur téléphone plus de cent fois par jour. Pas par nécessité, mais par réflexe conditionné. Dès qu’ils ont une micro-seconde de vide (dans l’ascenseur, à un feu rouge, en faisant la queue), ils sortent l’écran. C’est devenu une réponse automatique.
Prenons Claire, une infirmière libérale. Elle consultait son téléphone entre chaque patient, mais aussi pendant ses repas, et même en conduisant (oui, je sais, c’est dangereux). Elle me disait : « Je ne peux pas m’arrêter. J’ai peur de rater quelque chose d’important. » Résultat : elle n’était jamais vraiment présente, ni avec ses patients, ni avec sa famille. Son cerveau était constamment en état d’alerte, guettant la prochaine notification, le prochain message.
Chaque notification est une micro-interruption qui active votre système de récompense (la dopamine) et votre système d’alerte (le cortisol). Vous êtes programmé pour réagir à ces signaux : ils pourraient annoncer une menace ou une opportunité. Mais comme vous les recevez en permanence, votre cerveau reste en hypervigilance.
Le problème, c’est que ces interruptions vous empêchent de descendre en dessous du seuil d’activation du stress. Vous passez la journée à osciller entre un stress modéré et un stress élevé, sans jamais revenir à un état calme. C’est comme si vous conduisiez une voiture en gardant le pied sur l’accélérateur même quand vous ne voulez pas avancer.
Les applications sont conçues pour être addictives. Les notifications sont des déclencheurs puissants. Et la peur de manquer quelque chose (le fameux FOMO) est réelle. Mais ce que vous manquez vraiment, c’est le calme intérieur, la présence à vous-même et aux autres.
Je vous propose un défi simple et radical : instaurez une heure sans écran avant le coucher. Pas de téléphone, pas de tablette, pas de télévision. Cette heure est sacrée. Vous pouvez lire un livre papier, écouter de la musique, discuter avec quelqu’un, prendre un bain, écrire dans un journal, ou simplement ne rien faire.
Pendant les premiers jours, votre cerveau va protester. L’ennui va surgir, et avec lui, l’envie de consulter votre téléphone. C’est le manque. Tenez bon. Après une semaine, vous remarquerez que votre endormissement est plus facile, que vos rêves sont plus vifs, et que votre niveau d’anxiété général a baissé.
En parallèle, essayez de regrouper vos consultations d’écrans. Par exemple, ne consultez vos mails que trois fois par jour (le matin, après le déjeuner, en fin d’après-midi). Désactivez toutes les notifications non essentielles (les réseaux sociaux, les jeux, les applications d’info). Vous verrez, le monde ne s’effondre pas. Et vous gagnerez des heures de tranquillité mentale.
Les écrans ne sont pas des fenêtres sur le monde, ce sont des miroirs qui vous renvoient votre propre agitation.
Peut-être que vous lisez ces lignes et que vous vous dites : « Je sais tout ça. J’ai déjà essayé. Je n’y arrive pas. » C’est normal. Le changement d’habitudes est difficile, parce que ces routines sont ancrées dans votre système nerveux depuis des années. Elles ne sont pas de simples mauvaises habitudes, ce sont des stratégies de survie apprises.
Le multitâche vous a peut-être permis de gérer une charge de travail trop lourde. La rumination vous a peut-être protégé de l’imprévu. Les écrans vous ont peut-être offert une échappatoire à un environnement pesant. Ces habitudes ont eu une fonction. Les abandonner, c’est comme perdre un ami, même toxique.
C’est pourquoi je ne crois pas aux solutions « one shot » ou aux résolutions du Nouvel An. Le vrai changement passe par une compréhension profonde de ce qui se joue. Pourquoi avez-vous besoin d’être constamment occupé ? Pourquoi ressassez-vous ? Pourquoi fuyez-vous le silence ?
L’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle sont des outils que j’utilise pour explorer ces questions. Ils permettent d’identifier les « parties » de vous qui entretiennent ces habitudes, et de les apaiser de l’intérieur. Ce n’est pas un combat contre vous-même, c’est une négociation avec les protecteurs intérieurs qui vous ont construit ces mécanismes.
Par exemple, avec l’IFS, on peut découvrir que la partie qui vous pousse à consulter votre téléphone est une partie anxieuse qui a peur d’être exclue ou ignorée. En l’écoutant, en comprenant sa peur, on peut la rassurer et lui trouver un nouveau rôle. Le besoin de connexion reste, mais il s’exprime différemment.
Vous n’êtes pas condamné à vivre avec ce stress chronique. Ces trois habitudes – le multitâche, la rumination, la connexion permanente – sont des comportements que vous pouvez modifier, pas des traits de caractère immuables.
Commencez par une seule habitude, la plus accessible pour vous. Peut-être que ce sera le mono-tâche de 25 minutes. Ou l’heure sans écran avant de dormir. Ou la technique du « et alors ? » pour sortir de la rumination. Choisissez-en une, et tenez-la pendant une semaine. Notez vos ressentis. Observez les changements, même minuscules.
Souvent, les premiers résultats sont surprenants : un peu plus de calme intérieur, une meilleure qualité de sommeil, une patience retrouvée avec vos proches. Ce sont des signes que votre système nerveux commence à se réguler.
Si vous sentez que vous avez besoin d’un accompagnement plus personnalisé pour dénouer ces mécanismes, je suis là. Mon cabinet à Saintes est un espace où l’on peut prendre le temps de comprendre votre histoire, sans jugement. L’hypnose et l’IFS permettent d’aller chercher les racines de ces habitudes, là où la volonté seule ne suffit pas.
Vous pouvez aussi commencer par un premier échange téléphonique, sans engagement. Parfois, le simple fait de nommer ce qui se passe, à voix haute, devant quelqu’un qui écoute vraiment, amorce déjà un changement.
Prenez soin de vous. Un pas à la fois.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des micro-actions pour briser la léthargie dès le réveil.
Repérez les indices cachés de la pensée répétitive.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.