3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Un protocole rapide à appliquer seul chez soi.
Tu les connais, ces moments où ton cerveau tourne en boucle. Tu es au travail, dans les transports, ou même posé dans ton canapé, et une pensée s’installe. Elle revient. Encore. Et encore. Parfois c’est une inquiétude sur une conversation que tu as eue il y a trois jours. Parfois c’est la peur de ne pas être à la hauteur pour ce rendez-vous de demain. Ou alors c’est cette critique intérieure qui te répète que tu aurais dû faire mieux.
Ce cercle, je le vois tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des adultes intelligents, compétents, qui se retrouvent prisonniers de leur propre esprit. Ils viennent me voir parce qu’ils ont tout essayé : se raisonner, se distraire, ou même ignorer la pensée en espérant qu’elle disparaisse. Mais elle ne disparaît pas. Elle s’accroche, comme une chanson entêtante qui refuse de quitter ta tête.
La bonne nouvelle, c’est que tu peux agir. Pas en une semaine, pas en un mois. En cinq minutes. Cinq minutes chrono. Je ne te promets pas que ta vie va changer du jour au lendemain, ni que tu ne ressentiras plus jamais d’anxiété. Mais je te propose un protocole simple, concret, que tu peux appliquer seul chez toi, dès ce soir. Un outil que j’utilise avec mes patients en hypnose ericksonienne et en IFS (Internal Family Systems) pour briser ce cercle vicieux.
Alors, prêt à reprendre le contrôle ?
Avant de te donner le protocole, il faut que tu comprennes le mécanisme. Parce que quand on sait pourquoi quelque chose arrive, on arrête de se juger. Et le jugement, c’est justement ce qui alimente le cercle.
Ton cerveau n’est pas ton ennemi. Il est programmé pour te protéger. Depuis des millénaires, il scanne l’environnement à la recherche de dangers. C’est son boulot. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, les dangers ne sont plus des tigres à dents de sabre, mais des situations sociales, des échéances professionnelles, ou des souvenirs douloureux. Et ton cerveau ne fait pas la différence. Pour lui, une pensée menaçante est aussi réelle qu’une menace physique.
Quand tu as une pensée anxiogène, ton cerveau active le système d’alerte : l’amygdale. C’est elle qui déclenche la libération de cortisol et d’adrénaline. En temps normal, cette alerte se dissipe une fois le danger passé. Mais si tu accroches à la pensée – en la ruminant, en la combattant, en la jugeant – tu maintiens l’alerte active. Le cercle s’installe.
En hypnose ericksonienne, on appelle ça un état de « transe négative ». Tu es comme hypnotisé par ta propre pensée. Tu perds la perspective, tu te confonds avec elle. Tu n’es plus une personne qui a une pensée anxieuse, tu deviens une personne anxieuse. C’est subtil, mais cette différence fait tout.
L’IFS, que j’utilise beaucoup en accompagnement, ajoute une couche de compréhension : cette pensée qui tourne en boucle, c’est souvent une partie de toi – une « part » – qui essaie de te protéger. Par exemple, une part critique qui te dit « tu n’es pas assez bon » pour t’éviter la déception d’un échec. Ou une part inquiète qui ressasse « et si… » pour anticiper tous les scénarios. Cette part a une intention positive, mais elle est bloquée dans un mode de protection inefficace.
Le protocole que je vais te donner ne vise pas à éliminer ces pensées. Il vise à les désamorcer. À leur enlever leur pouvoir. Tu ne vas pas les combattre, tu vas les accueillir différemment.
Point clé : Le cercle des pensées ne se brise pas en les chassant, mais en cessant de les nourrir. Et pour ça, il faut une technique, pas de la volonté.
Je vais être honnête avec toi : ce que tu as probablement essayé jusqu’à présent – te raisonner, te distraire, ou « penser à autre chose » – a peu de chances de fonctionner sur le long terme. Et ce n’est pas de ta faute. C’est la nature même du cercle.
Quand tu te dis « arrête de penser à ça », ton cerveau doit d’abord vérifier ce qu’il ne doit pas penser. Donc il y pense. C’est le fameux effet « ours blanc » : plus tu essaies de ne pas penser à un ours blanc, plus il apparaît. C’est un biais cognitif bien documenté.
La distraction, comme regarder une série ou scroller sur ton téléphone, peut fonctionner temporairement. Mais dès que tu arrêtes, la pensée revient, souvent plus forte, parce que ton cerveau l’a stockée en mémoire comme « non traitée ». C’est comme essayer de calmer un feu en mettant un couvercle : la vapeur monte, et ça explose ailleurs.
Le raisonnement, lui, est peut-être le pire piège. Tu passes des heures à analyser la pensée : « Pourquoi je pense ça ? », « Est-ce que c’est rationnel ? », « Qu’est-ce que ça dit de moi ? ». Mais analyser une pensée anxieuse, c’est comme nourrir un monstre : plus tu lui donnes d’attention, plus il grossit. En IFS, on dirait que tu es en train de te fusionner avec la part protectrice, au lieu de créer un espace entre toi et elle.
J’ai un patient, je l’appellerai Marc, qui venait me voir pour des ruminations sur son travail. Il passait ses soirées à repenser à chaque phrase qu’il avait dite en réunion. Il se demandait : « Est-ce que j’ai eu l’air compétent ? », « Est-ce que le chef m’a regardé bizarrement ? ». Il essayait de se rassurer en se disant que tout allait bien, mais ça ne marchait pas. Parce que son cerveau, en cherchant des preuves que tout allait bien, trouvait aussi des preuves que tout allait mal. C’est le filtre anxieux : tu vois ce que tu cherches.
Le protocole que je vais te donner repose sur un principe inverse : tu ne luttes pas, tu observes. Tu ne raisonnes pas, tu accueilles. Tu ne fuis pas, tu restes présent, mais avec une technique précise qui change la relation à la pensée.
Voici le protocole. Installe-toi dans un endroit calme, assis ou debout, peu importe. Tu peux le faire les yeux ouverts ou fermés, selon ce qui te convient. Chronomètre cinq minutes. Pas plus, pas moins. La brièveté est importante : elle évite que ton cerveau ne s’habitue ou ne s’ennuie.
Étape 1 : La respiration d’ancrage (30 secondes)
Commence par trois respirations profondes. Inspire par le nez pendant quatre secondes, retiens deux secondes, expire par la bouche pendant six secondes. L’expiration longue active le système parasympathique, celui qui calme. Pendant ces trente secondes, ne cherche pas à chasser la pensée qui tourne. Laisse-la être là, en arrière-plan. Tu ne fais que respirer.
Étape 2 : Nommer la pensée (1 minute)
Maintenant, prends la pensée qui tourne en boucle et donne-lui un nom. Pas une analyse, juste un nom. Par exemple : « la pensée du jugement », « la pensée de l’échec », « la pensée du contrôle ». Si tu as plusieurs pensées, choisis la plus présente. En IFS, on appelle ça « créer un espace » entre toi et la part. En hypnose, c’est un phénomène de dissociation légère : tu passes de la position de victime à celle d’observateur.
Répète ce nom mentalement, comme une étiquette. « Voici la pensée du jugement. » Ne la juge pas. Ne dis pas « c’est nul d’avoir cette pensée ». Dis juste : « Elle est là. »
Étape 3 : Localiser la sensation (1 minute 30)
Les pensées ne sont pas que dans ta tête. Elles ont une empreinte dans le corps. Ferme les yeux si ce n’est pas déjà fait. Demande-toi : où est-ce que cette pensée se manifeste physiquement ? Est-ce une tension dans la poitrine ? Une boule dans le ventre ? Une pression dans la gorge ? Un poids sur les épaules ?
Ne cherche pas à changer la sensation. Reste avec elle, comme tu observerais une tache d’encre sur une feuille. Si elle est désagréable, accueille-la sans la repousser. Si elle bouge ou change de forme, laisse-la faire. Tu n’es pas en train de la dissoudre, tu es en train de la reconnaître.
Étape 4 : La boucle de libération (2 minutes)
C’est le cœur du protocole. Tu vas répéter un cycle en trois temps, pendant deux minutes.
Temps 1 : Inspire en pensant à la pensée (son nom). Imagine que tu l’accueilles, que tu lui fais de la place.
Temps 2 : Expire en lâchant la lutte. Visualise que tu relâches la tension autour de la pensée, comme si tu desserrais un poing.
Temps 3 : Pause. Pendant une seconde ou deux, laisse un espace vide. Ne pense à rien. Si la pensée revient, recommence au temps 1.
Ce cycle crée une nouvelle boucle : au lieu de la lutte (pensée → anxiété → lutte → plus de pensée), tu crées un circuit d’accueil (pensée → respiration → lâcher-prise → espace). En hypnose, on utilise ce principe de « reconditionnement » pour briser les automatismes.
Étape 5 : Le retour (30 secondes)
Pour finir, reprends une respiration normale. Ouvre les yeux si tu les avais fermés. Prends conscience de la pièce autour de toi : les sons, les couleurs, les objets. Bouge légèrement les doigts ou les orteils. Tu n’as pas besoin d’évaluer si ça a « marché ». Le simple fait d’avoir fait le protocole est une victoire.
Moment fort : Ce n’est pas la pensée qui te fait souffrir, c’est la lutte contre elle. Le protocole ne supprime pas la pensée, il supprime la lutte. Et sans lutte, la pensée s’effondre d’elle-même, comme une flamme sans oxygène.
Tu te demandes peut-être : « C’est tout ? Cinq minutes de respiration et d’observation ? Ça va vraiment changer quelque chose ? » Je comprends ton scepticisme. Quand on souffre depuis des semaines ou des mois, on cherche une solution spectaculaire. Mais les solutions spectaculaires n’existent pas. Ce qui existe, c’est une pratique régulière qui modifie les connexions neuronales.
Ce protocole fonctionne pour plusieurs raisons.
D’abord, il utilise le principe de l’attention focalisée. En hypnose ericksonienne, on sait que diriger l’attention sur une sensation corporelle ou une respiration spécifique permet de sortir de l’état de transe négative. Tu passes d’une attention diffuse (où la pensée occupe tout l’espace) à une attention concentrée (sur la respiration, la localisation, le cycle). C’est comme changer de chaîne : tu ne supprimes pas la pensée, mais tu changes la fréquence.
Ensuite, il active le système nerveux parasympathique. L’expiration longue, les pauses, l’observation sans jugement – tout cela envoie un signal à ton cerveau : « Il n’y a pas d’urgence. Tu peux te calmer. » Le cortisol baisse, le rythme cardiaque ralentit. La pensée anxieuse perd son carburant physiologique.
Enfin, il crée une dissociation saine. En nommant la pensée (« la pensée du jugement »), tu te distancies d’elle. Tu n’es plus la pensée, tu es celui qui la regarde. C’est le fondement de l’IFS : tu passes de l’identification à la part à la position de « Self », cette partie de toi calme, curieuse et compatissante. En répétant le protocole, tu renforces cette position. À force, la pensée perd son emprise.
Un patient, je l’appellerai Sophie, utilisait ce protocole avant ses réunions importantes. Elle avait une part qui lui répétait « tu vas te ridiculiser ». Au début, elle trouvait ça trop simple. Mais après une semaine, elle m’a dit : « La pensée est toujours là, mais elle est devenue comme une radio en fond. Je l’entends, mais elle ne me contrôle plus. » C’est exactement ça. Le but n’est pas le silence, c’est la liberté de choix.
Je veux être clair : ce protocole n’est pas une baguette magique. Certaines personnes ressentent un soulagement immédiat. D’autres non. Si c’est ton cas, ne t’inquiète pas. Il y a plusieurs raisons possibles.
Peut-être que tu es trop dans la performance. Si tu fais le protocole en te disant « il faut que ça marche », tu ajoutes une pression qui alimente le cercle. Le protocole fonctionne quand tu le fais avec une intention de curiosité, pas de résultat. Dis-toi : « Je vais voir ce qui se passe. » C’est tout.
Peut-être que la pensée est trop intense ou trop ancienne. Les ruminations qui durent depuis des années ont créé des chemins neuronaux profonds. Un seul protocole ne les efface pas. Mais chaque répétition affaiblit un peu le chemin. C’est comme un sentier dans l’herbe : si tu empruntes un nouveau chemin tous les jours, l’herbe repousse sur l’ancien.
Peut-être aussi que le protocole réveille une émotion sous-jacente. Parfois, quand on arrête de lutter, la pensée laisse place à une tristesse ou une colère qu’elle masquait. Si ça arrive, accueille cette émotion avec la même technique : nomme-la, localise-la, respire avec elle. C’est un signe que tu vas plus profond.
Dans mon cabinet, je propose souvent à mes patients de faire ce protocole trois fois par jour pendant une semaine. Matin, midi, soir. Cinq minutes à chaque fois. Au bout de sept jours, ils remarquent presque toujours un changement : les pensées sont moins fréquentes, moins envahissantes, ou ils réagissent avec moins de panique.
Et si ça ne suffit pas ? Alors c’est peut-être le signe qu’il y a un blocage plus profond, un traumatisme ou une part qui a besoin d’être entendue autrement. Dans ce cas, un accompagnement individuel – en hypnose, en IFS, ou en intelligence relationnelle – peut t’aider à dénouer ce qui se cache derrière le cercle. Mais le protocole reste une première étape concrète que tu peux faire seul.
Le plus dur dans un protocole, ce n’est pas de le faire une fois. C’est de le faire régulièrement. Ton cerveau résiste au changement. Il préfère les boucles familières, même douloureuses. Alors voici quelques astuces pour que ce protocole devienne un réflexe.
Ancre-le à un moment existant. Par exemple, juste après t’être brossé les dents le soir, ou avant de commencer ton café le matin. Le cerveau aime les routines. Si tu associes le protocole à un geste que tu fais déjà, tu augmentes les chances de le répéter.
Utilise un rappel visuel. Colle un post-it sur ton miroir ou ton frigo avec trois mots : « Nomme. Localise. Respire. » C’est suffisant pour déclencher le protocole quand tu sens le cercle arriver.
Ne le réserve pas aux moments de crise. Le protocole est plus efficace quand tu l’utilises en prévention. Si tu sens une pensée qui commence à s’installer – pas encore en boucle, juste une graine – fais le protocole tout de suite. C’est plus facile que d’attendre qu’elle devienne un ouragan.
Accepte les jours sans. Il y aura des jours où tu oublieras, où tu n’auras pas la force, où tu préféreras ruminer. C’est humain. Ne te juge pas. Le protocole est un outil, pas un devoir. Reviens-y quand tu es prêt.
J’ai un patient, footballeur amateur, qui utilisait ce protocole avant chaque match. Il avait une pensée
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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