PsychologieAnxiete Et Depression

5 questions à vous poser pour évaluer votre état

Un auto-diagnostic simple pour savoir où vous en êtes.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Vous arrive-t-il de vous réveiller le matin avec cette sensation étrange, comme si vous aviez déjà couru un marathon avant même d’avoir posé un pied par terre ? Ou peut-être que, sans savoir pourquoi, vous vous sentez à cran, irritable, vidé, sans que rien de grave ne se soit passé la veille. Ces moments-là sont déroutants, parce qu’on aimerait pouvoir mettre un mot précis sur ce qu’on ressent, histoire de savoir par où commencer pour aller mieux. Mais le problème, c’est qu’on a souvent du mal à faire le tri : est-ce que c’est du stress passager, un coup de fatigue, ou quelque chose de plus profond qui s’installe ?

Je vois ça régulièrement dans mon cabinet à Saintes. Des adultes, actifs, souvent responsables, qui viennent me voir parce qu’ils sentent que ça ne va pas, mais qui n’arrivent pas à mettre le doigt sur ce qui cloche. Ils me disent : « Je ne sais pas si je suis anxieux, déprimé, ou juste crevé. » Et c’est normal : nos émotions, nos pensées et notre corps parlent tous en même temps, et on finit par ne plus entendre distinctement chaque voix. Pourtant, il existe un moyen simple de faire le point, sans avoir besoin d’un test compliqué ou d’une batterie de questionnaires. C’est ce que je vous propose aujourd’hui : cinq questions à vous poser, en toute honnêteté, pour évaluer votre état réel. Pas pour vous étiqueter, mais pour y voir plus clair.

Ces questions, je les utilise souvent en séance comme point de départ. Elles sont issues de mon travail avec l’hypnose ericksonienne, l’IFS (le modèle des parties) et l’intelligence relationnelle. Elles ne remplacent pas un diagnostic médical, évidemment, mais elles vous donnent une boussole pour savoir où vous en êtes. Alors, prenez un moment pour vous, respirez, et laissez-vous guider.

Question 1 : Quelle est la première chose que vous ressentez dans votre corps au réveil ?

On sous-estime souvent ce que notre corps nous dit avant même que notre mental ait eu le temps de s’emballer. Le réveil, c’est ce moment de transition entre l’inconscient et le conscient, un instant où votre état intérieur n’a pas encore été filtré par vos inquiétudes du jour. Alors, posez-vous cette question : quand vous ouvrez les yeux, quelle est la sensation physique dominante ? Est-ce une lourdeur dans les membres, une boule dans la gorge, une tension dans les épaules, un estomac noué, ou au contraire une légèreté surprenante ?

Je me souviens d’un patient, appelons-le Julien, la quarantaine, commercial. Il venait me voir parce qu’il se sentait « éteint ». Quand je lui ai demandé ce qu’il ressentait au réveil, il a eu un blanc. Puis il a dit : « Rien. Je ne sens rien. C’est comme si mon corps était en pilote automatique. » Cette absence de sensation, c’est un signal fort. Cela peut indiquer une forme de dissociation légère, une façon de se couper de ce qui est trop lourd à porter. D’autres, comme Claire, une enseignante, décrivent une oppression thoracique dès le premier souffle, comme si un poids s’installait sur leur cage thoracique. Ce n’est pas « juste du stress », c’est une information précieuse.

Votre corps ne ment pas. Il enregistre tout : les nuits agitées, les inquiétudes refoulées, les tensions accumulées. Si vous ressentez une tension musculaire diffuse, surtout dans le cou, les mâchoires ou le dos, cela peut être le signe d’une hypervigilance, un état où vous êtes en alerte permanente, même au repos. À l’inverse, une sensation de fatigue extrême, comme si vous étiez collé au lit, peut évoquer un épuisement émotionnel ou une dépression qui commence à s’installer. Ce n’est pas une fatalité, mais une piste.

Ce que vous ressentez dans votre corps au réveil est le premier indicateur de votre niveau de charge émotionnelle. Ne l’ignorez pas : il vous parle de ce que votre mental n’a pas encore eu le temps de masquer.

Alors, pour cette première question, je vous invite à faire ce petit exercice demain matin : avant de prendre votre téléphone, avant de penser à votre liste de choses à faire, restez allongé trente secondes et posez votre main sur votre ventre. Qu’est-ce que vous sentez ? Chaud, froid, tendu, vide ? Notez-le mentalement ou dans un carnet. Vous verrez, ce simple geste vous ancre dans le présent et vous donne un point de départ pour la journée.

Question 2 : À quelle fréquence vos pensées tournent-elles en boucle sur le passé ou le futur ?

L’esprit humain a une tendance naturelle à vagabonder. C’est normal, c’est même utile pour planifier ou analyser. Mais il y a une différence entre une réflexion constructive et une rumination qui vous aspire. La deuxième question à vous poser est donc : combien de temps passez-vous chaque jour à rejouer des scènes du passé (regrets, colères, « j’aurais dû ») ou à anticiper des scénarios futurs (peurs, inquiétudes, « et si… ») ?

Je reçois beaucoup de personnes qui me disent : « Je n’arrive pas à arrêter mon cerveau. Le soir, dans mon lit, ça tourne. » Et souvent, ce qui tourne, c’est une boucle : un conflit au travail qui date de trois semaines, une phrase blessante d’un proche, ou l’angoisse d’une réunion à venir. Ce mécanisme s’appelle la rumination mentale. Elle est épuisante, parce qu’elle consomme énormément d’énergie cognitive sans rien résoudre. Pire, elle active les mêmes zones cérébrales que la douleur physique.

Si vous passez plus de 50 % de votre temps d’éveil dans ces boucles, c’est un signal d’alarme. Votre esprit essaie peut-être de contrôler ce qui ne peut pas l’être, ou de trouver une solution à une situation qui n’en a pas pour l’instant. L’anxiété aime le futur : elle vous projette dans des scénarios catastrophes. La dépression, elle, aime le passé : elle vous y enferme avec des sentiments d’échec ou de perte. Les deux vous empêchent d’être ici et maintenant.

Prenez un exemple concret : vous êtes en train de préparer le dîner, et soudain, vous repensez à cette remarque que votre collègue a faite ce matin. Vous la retournez dans tous les sens, vous imaginez ce que vous auriez dû répondre, vous vous énervez à nouveau. Dix minutes plus tard, vous êtes toujours devant vos casseroles, mais vous n’avez rien cuisiné. Ce n’est pas un défaut de concentration, c’est une fuite en avant ou en arrière. Et cette fuite vous éloigne de votre vie réelle.

Pour évaluer cela, essayez une petite expérience aujourd’hui : réglez une alarme toutes les deux heures. Quand elle sonne, demandez-vous : « Où était mon esprit juste avant ? » Si vous réalisez qu’il était ailleurs trois fois sur quatre, c’est le signe que votre mental a besoin d’être apaisé. L’hypnose ericksonienne peut vous aider à retrouver un ancrage dans le présent, sans forcer, en utilisant vos propres ressources intérieures.

Question 3 : Quelles émotions dominent votre quotidien depuis une semaine ?

On a souvent tendance à résumer nos émotions en deux catégories : « ça va » ou « ça ne va pas ». Mais c’est un peu comme si on disait d’un plat qu’il est « bon » ou « mauvais » sans parler des épices, de la texture ou de l’équilibre des saveurs. La troisième question est plus fine : quelle est l’émotion qui revient le plus souvent chez vous ces derniers jours ? Est-ce de la tristesse, de la colère, de la peur, de la honte, de l’irritation, ou au contraire un vide émotionnel, une absence de sentiment ?

Je pense à Sophie, une infirmière de 35 ans. Elle est venue me voir parce qu’elle se sentait « à fleur de peau ». En creusant, elle a réalisé que l’émotion dominante chez elle, c’était l’irritation. Tout l’agaçait : le bruit de la machine à café, les questions de ses enfants, les notifications sur son téléphone. Sous cette irritation, il y avait en fait une grande fatigue et une peur de ne pas être à la hauteur. L’irritation était comme une couche de surface, un bouclier. D’autres ressentent une tristesse sourde, qui n’est pas liée à un événement précis, mais qui est là, en fond sonore, comme un ciel gris permanent.

Le piège, c’est de vouloir chasser ces émotions. On se dit : « Je ne devrais pas être en colère », « Je n’ai pas de raison d’être triste ». Mais une émotion n’est ni bonne ni mauvaise, elle est un signal. La tristesse dit que vous avez besoin de repos, de deuil ou de connexion. La colère dit qu’une limite a été franchie, que quelque chose d’important pour vous est menacé. La peur dit que vous vous sentez en insécurité. Le problème, ce n’est pas l’émotion elle-même, c’est son intensité et sa durée. Si elle est là en permanence, sans lien avec un événement récent, c’est qu’elle est devenue chronique.

Pour faire le point, je vous propose un petit rituel simple : chaque soir, pendant une semaine, notez trois émotions que vous avez ressenties dans la journée, et donnez-leur une intensité sur 10 (1 = très faible, 10 = très forte). Vous verrez rapidement un motif se dessiner. Par exemple, si la peur est à 7 tous les jours, c’est une information précieuse. Et si vous notez « rien » ou « vide », c’est aussi un signal : parfois, l’absence d’émotion est une façon de se protéger d’une souffrance trop grande. Dans mon travail avec l’IFS, on appelle ça une partie « protectrice » qui gèle les sentiments pour éviter la douleur. Mais cette protection a un coût : elle vous coupe aussi des moments de joie et de plaisir.

Question 4 : Avez-vous perdu l’envie de faire des choses qui vous plaisaient avant ?

Celle-ci est souvent la plus parlante. On l’appelle l’anhédonie en psychologie, mais je préfère la formuler simplement : est-ce que les activités qui vous faisaient sourire il y a six mois ou un an vous laissent aujourd’hui indifférent ? Je ne parle pas d’une baisse d’enthousiasme passagère après une grosse semaine de travail, mais d’un désintérêt durable.

J’ai eu un patient, Marc, un ingénieur qui adorait le jardinage. Il passait ses week-ends à bichonner ses rosiers, à tailler ses haies. Quand il est venu me voir, il m’a dit : « Je regarde mes outils, je sais que je devrais y aller, mais je n’ai aucune envie. Je reste sur le canapé à scroller. » Ce n’était pas de la paresse. C’était un signal que son système de récompense interne était en berne. La dopamine, ce neurotransmetteur qui nous pousse à agir, n’était plus suffisamment stimulée. Et plus on reste inactif, plus le seuil pour ressentir du plaisir monte. C’est un cercle vicieux.

Cette perte d’intérêt peut toucher les loisirs, mais aussi les relations sociales. Vous ne répondez plus aux messages, vous annulez des sorties, vous préférez rester seul. Parfois, on se dit que c’est un choix, que « les gens m’ennuient », mais en réalité, c’est souvent une protection contre la fatigue émotionnelle. Être avec les autres demande de l’énergie, et quand on est en souffrance, cette énergie n’est plus disponible.

Alors, posez-vous honnêtement la question : qu’est-ce qui vous faisait vibrer avant, et que vous avez abandonné sans même vous en rendre compte ? Est-ce un sport, une passion créative, une série que vous aimiez, un rendez-vous entre amis ? Si la réponse est « plusieurs choses », ce n’est pas une fatalité, mais c’est un signe fort que votre ressort émotionnel est affaibli. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut le retendre progressivement, sans forcer. L’hypnose peut aider à reconnecter ces parties de vous qui ont été mises de côté, en douceur, sans injonction à « aller mieux » immédiatement.

Question 5 : Comment réagissez-vous quand un imprévu survient ?

La dernière question est un test de résilience en temps réel. Elle vous confronte à votre capacité d’adaptation. Imaginez une situation simple : vous avez prévu de sortir, mais il se met à pleuvoir ; ou vous comptiez sur un collègue pour un dossier, mais il tombe malade ; ou votre ordinateur plante en plein travail. Quelle est votre réaction instinctive ? Est-ce que vous vous adaptez facilement, ou est-ce que ça déclenche une tempête intérieure disproportionnée ?

Je ne parle pas de la contrariété normale que tout le monde ressent. Je parle d’une réaction qui vous submerge : une montée de colère, une crise d’angoisse, un sentiment d’effondrement, ou au contraire une paralysie totale. Les personnes que je reçois en cabinet me disent souvent : « Le moindre imprévu me fait vriller. » C’est un indicateur précieux. Cela signifie que votre seuil de tolérance à l’incertitude est devenu très bas. Vous fonctionnez avec une marge de manœuvre émotionnelle très fine, et le moindre grain de sable fait dérailler la machine.

Pourquoi ? Parce que quand vous êtes déjà en surcharge (anxiété, dépression, stress chronique), votre cerveau n’a plus de ressources pour gérer l’inattendu. Il est en mode survie. Tout ce qui sort du plan prévu est perçu comme une menace. Vous n’avez plus la flexibilité mentale de dire « bon, je m’adapte ». Vous êtes comme un élastique tendu à l’extrême : le moindre choc le fait rompre.

Quand les imprévus deviennent des tempêtes, c’est que votre réservoir émotionnel est vide. L’adaptabilité n’est pas un trait de caractère, c’est le fruit d’un état intérieur stable.

Pour évaluer cela, soyez attentif aux prochains petits contretemps de votre journée. Observez-vous sans jugement. Si vous sentez que votre réaction est décuplée par rapport à l’événement, c’est un message de votre système nerveux : il a besoin d’être régulé. Des techniques simples comme la cohérence cardiaque ou une auto-hypnose rapide peuvent vous aider à remettre le compteur à zéro. L’intelligence relationnelle, que j’enseigne aussi, vous apprend à repérer ces moments et à réagir avec plus de souplesse, non pas en contrôlant tout, mais en acceptant l’incertitude.

Que faire avec ces réponses ? Un plan d’action simple

Vous avez pris le temps de vous poser ces cinq questions. Peut-être que certaines résonnent plus fort que d’autres. Peut-être que vous vous êtes reconnu dans plusieurs situations. L’idée n’est pas de vous diagnostiquer vous-même, mais de prendre conscience de votre état réel. Et cette prise de conscience, c’est déjà un premier pas immense. Beaucoup de personnes vivent des mois, voire des années, dans un brouillard émotionnel sans oser regarder en face ce qui se passe.

Alors, concrètement, que faire maintenant ? Si vous avez répondu oui à au moins trois questions sur cinq (ou si une seule question vous a particulièrement percuté), je vous invite à ne pas rester seul avec ça. Parlez-en à un proche de confiance, ou à un professionnel. Ce n’est pas un signe de faiblesse, c’est un acte de responsabilité envers vous-même. Dans mon cabinet, je vois des gens qui attendent souvent trop longtemps, parce qu’ils pensent que « ça va passer ». Parfois ça passe, mais parfois ça s’installe et ça devient plus lourd à porter.

Vous pouvez aussi commencer par une petite action concrète dès aujourd’hui : choisissez une des questions et tenez un journal pendant une semaine. Par exemple, notez chaque matin votre sensation corporelle au réveil (question 1), ou chaque soir l’émotion dominante (question 3). Ce simple geste vous permet de sortir de la confusion et de voir des motifs. C’est une forme d’auto-accompagnement, un peu comme si vous deveniez votre propre

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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